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CHAPITRE SIXIÈME

Tels furent longtemps nos énergiques ancêtres, voués au génie de la guerre, en aimant les audaces, en pratiquant les cruautés. C'était l'honneur du chef gaulois de rapporter, pendues au cou de son cheval de bataille, les têtes coupées des ennemis; et lorsque l'une d'elles était celle d'un illustre adversaire , on en refusait son poids d'or (i). Il fut un temps où les Romains eux-mêmes déshonoraient leurs victoires par les mêmes férocités (S).

Cependant la civilisation a toujours prise sur les natures élevées. Selon l'observation de Strabon, les Gaulois, quoique toujours prêts à mettre l'épée à la main , étaient portés à l'étude et aux lettres (3). Nous parlerons plus loin de leurs Druides et de leurs Bardes. Ils aimaient le faste dans leurs vêtements et la richesse dans leurs armes. Ils relevaient leurs cheveux sur le front et les rejetaient en arrière, et ils portaient, avec les joues rasées, de longues et d'épaisses moustaches, filtrant, écrit Diodore, tout ce qu'ils buvaient (4). Leurs chausses avaient dans leur langue le nom de bragues (5) , et ils avaient imaginé ces casques fermés , qu'on revoit au treizième siècle, et qui avaient pour cimiers ou des cornes de taureau , ou des becs d'oiseaux , ou des gueules de quadrupèdes. Les fonctionnaires portaient des habits brodés d'or (6).

était fort long, et sans pointe. « GallU gladii prœlongi ac sine mucronibus. Hispano, puncHm magis quam carstm, adsueto peterehostem... » Histor.A- XXII, cap. XL VI.

(1) Strabon., Geogr., lib. IV, cap. IV, § 5.

(2) A la bataille de Bénérent, livrée Tan de Rome 537, avant J.-G. 215 , contre Hannon, le préteur Tibèrius Gracchuft, au nom du sénat, promit la liberté aux soldats Tolons, h la condition que chacun d*eux rapporterait la tête d*un ennemi. « Qui capul hostis retuUsset^ eum de extemplo libei-um se jussurum esse, • — Tit.-Liv., Histor. , lib. XXIV, cap. XIV. —Les soldats, occupés h couper et à porter des têtes, faillirent coinpromettre le succès de la journce.

(3) Strabon, Gfograph., lib. IV, cap. IV, J 2.

(4) Diodor.Sicul., Histor., lib. V, cap. XXVIII.

Déjà, à cette époque reculée, les moustaches des Gaulois s*appclaient de leur nom actuel. On disait également en grée, OicîivT} et (luota^

Hesycliius s'eiprime ainsi : 'AXXot (lUTcaÇ, diXXoi birivr), 5; ivtiv 0ic6t^|V ^'va tôno;. Voy. Henr. Stepban., Thesaur. ling. gnec., verbo Oici^*/ti.

Dans d^aulres dialectes gaulois, le nom est différent.

En gascon, les moustaches Vappeilent bigots ; en espagnol, bigotes,

(5)... "A; èxc?vo( ppdbca; icpo^aYopcuouvtv. — Diodor. Sicul., ff^j/ or., lib. V. cap. XXX.

(6; Strabon. y Gcograph., lib. IV, cup. IV, § 5.

Ainsi les trouva l'invasion romaine, divisés, dit Tacite, en soixante«quatre cités ou agglomérations politiques (i), comprenant chacune un grand nombre de tribus ou de villages, et formant, entre les quatre lignes du Rhin et des Pyrénées , des Alpes et de l'Océan , une population totale d'environ sept millions et demi d'habitants (2).

Toute la Gaule se reconnaissait une sorte de capitale politique et religieuse, ou ville sainte; c'était Alise, bâtie , disait-on, par Hercule, et qu'illustra la chute glorieuse de Vercingétorix (3). Ce qui perdit la Gaule, après avoir perdu la Grèce, ce fut une confédération sans suprématie traditionnelle et acceptée.

C'est dans ces soixante-quatre cités et dans leurs villages qu'avaient leur siège ces dialectes ou patois que bésav et Strabon signalaient , et qui sont restés aussi nombreux et aussi divers qu'ils l'étaient de leur temps.

A l'époque où César soumit la Gaule, l'élément national était sans mélange dans la Province , dans l'Aquitaine et dans la Celtique. Les populations allemandes, amenées par Arioviste, à la sollicitation des Éduens, et qui depuis seize ans occupaient alors une partie de la Bourgogne , venaient de repasser le Rhin , après la défaite de leur chef. Tout était donc a'ors celte ou gaulois, du Rhin aux Pyrénées, des Alpes à l'Océan, à l'exception de la lisière orientale de la partie de la Gaule dite Belgique^ depuis le haut de la vallée des Vosges jusqu'au Yahal.

Là se trouvaient établies depuis longtemps des tribus germaines, mêlées et alliées aux Gaulois , et sur lesquelles nous reviendrons.

A partir d'Auguste et de Tibère, nous allons voir des éléments étrangers s'établir sur quelques points latéraux du sol gaulois, depuis les Sicambres, qui furent les premiers, jusqu'aux Normands, qui furent les derniers; mais constatons bien d'abord que,

(1) Tacit., ^nna/. JJb.III^ cap. XLIY.

(2) Diodore dit que les cités oa nations les plus importantes de la Gaule araient 200,000 habitants, et les plus peUtes 50,000.

Un calcul très-plausible de Pauteur de la Vie de César porte la population totale à 7,500,000 d'indîTidus. — Vie de César, t. II, p. 18.

(3) Alise conserva son caractère politique et religieux, même après sa chute. Diodore, qui vivait sous Auguste, certifie qu'elle était encore de son temps Tobjet de la vénération des Gaulois. Voici ses paroles :

01 & KeXToi fu'xpt TûvSe Tûv xaipûv iTi|ACiyv Tawnjv xi^ ir6Xiv CAXridCav), w; àKiffYi; T>5c Ke/.Tixij; oîaotv IffTi'av xal jjisxpojtoXiv. — DioJor. Sicul., Histov.. lib. IV, cap. XIX.

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