CHAPITRE 5IX1ÈME
blirent, à l'ouest du Rhône y. entre la mer, les Pyrénées et la Loire.
De ces trois nations, celle des Francs était la plus guerrière et la mieux organisée au point de vue militaire. Au bout d'un siècle , le royaume des Bourguignons était détruit et celui des Wisigoths'réduit aux villes maritimes de la Provence, depuis Agde et Maguelonne jusqu'à Elne. Au huitième siècle, les rois francs avaient remplacé dans la Gaule la puissance politique des Romains.
Comme le but de ce livre est principalement philologique, nous avons à nous demander quel trouble l'invasion germaine avait apporté dans les dialectes de la Gaule.
Les Francs et les Bourguignons étaient de purs Allemands , et parlaient les dialectes de l'Allemagne.
Les Vandales étaient aussi des Allemands, d'après Tacite (1); €tProcope déclare que les Goths, les Wisigoths, les Gépides étaient de la même nation que les Vandales (2). Les Wisigoths étaient donc aussi des Allemands, et ils en parlaient la langue (3).
Enf résumé, l'invasion des Francs, des Bourguignons et des Wisigoths eut pour résultat d'introduire dans l'intérieur de la Gaule les dialectes allemands.
Qu'y sont-ils devenus? — Ils s'y sont tous fondus, au contact de la langue gauloise, parlée par les populations autochthones et ambiantes.
Un témoin contemporain, Luitprand, évéque de Crémone, le déclare en disant que les Francs et les Bourguignons en s'établissant en Gaule y adoptèrent la langue des Gaulois (4).
Le gothique n'a laissé dans les dialectes du midi aucune marque reconnaissable de son passage. Il s'éteignit, dit M. Max MûUer, au neuvième siècle, après la chute des Goths (5).
( 1 ) Plures gentis appellationes, Marsos.GambrÎTios, Saevos, Vandalios. . . . Tacil. , Gennania, cap. II.
(2) TôtOoi xi tWi X9\ BorvdiXoi xal OOtaiYorOot xal TmotiUç.,, Procbp., De Bell, vandalic, lib. I, cap. II.
(3)... <l>a>viQ te oOrot; iori (lia, ToxOixi^ X(YO|it^vT).... Procop., Ibid.
(4) Étrange effet des opinions préconçues I Dom Riret constate et accepte comme décisif le témoignage de Luitprand; mais comme ii est persuadé que les Gaulois parlaient lous latin, après avoir dit, avec Luitprand, que les Francs et les Bourguignons adoptèrent la langue des Gaulois, il ijoute, c*est'à'dire le laiin!— Hist. lit, de la France, t. VII, Avertissement, p. 31.
(5) Max Mûller, Science du langage, cinquième leçon, p. 196.
ilk lANGUE FRANÇAISE.
Les dialectes parlés pai^ les Francs et par les Bourguignons eurent une durée un peu plus longue. On les suit dans les textes jusqu'à la fin du dixième siècle.
En 665, Momolenus est nommé évéque de Tournay, après la mort de saint Éloi, parce qu'il parle également bien la langue ieutonique ou allemande, et la langue romane ou gauloise (1). C'est en effet dans la Gaule belgique et dans le pays de Tournaysis que la nation des Francs s'était établie ; et les deux populations avaient quelquefois des querelles^ comme on peut le voir dans Grégoire de Tours (4). ■ '
En 750, saint Adalard, abbé de Corbie, dans l'Amiénois, parlait avec une égale perfection la langue tudesque et la gauloise vulgaire (3).
En 813, le troisième concile de Tours ordonne aux évéques et aux abbés de faire traduire les Écritures en langue théotisque et en roman vulgaire (4).
En 842, Charles le Chauve échange à Strasbourg une promesse d'alliance avec son frère Louis le Germanique, et il prononce son serment en langue ieutonique^ tandis que Louis prononce le sien en langue romane (3) .
En 999, le pape Grégoire V, de la race royale des Francs, parle latin, gaulois vulgaire et francique ou allemand (6).
Voilà l3 dernière mention que l'on trouve dans les chroniques de la langue allemande parlée dans l'intérieur de la Gaule. On ne la parlait plus dans l'Ile de France, môme à la cour, car Hugues Capet parlait le dialecte gaulois de Paris. Nous avons déjà vu en effet, au chapitre II de ce livre, que Theodorinus, duc des Moselliens, ayant eu à envoyer un légat auprès du fils de Hugues Capet, son cousin, en l'année 987, fit choix d'un personnage reconnu comme très-disert dans la langue gauloise (7).
D'ailleurs, à celte époque écrivait Luitprand, évêque de Cré-
(1) Extr. de la Chrooique de Sîgebert de Gembloux, dans Jacob Meyer, Annal. Ftoru/r.Jib. I, p. 5, verso; AntuerpioB, m.c.lxl.
(2) Gregor. Turon., tfM^or.Froncor.Jib. X.
(3) Bolland., Ad. 5aytcf., januar., t. I, p. 109, 116.
(4) Labbe, Ad. Condlior.,i. IV, ConcU. Turon., III, can. XVII.
(5) Nilhanl, Bistor. dissenlion. FiUor. Ludovic. PU, lib. III, cap. V.
(6) Baroniiis, AnnaL ecclesiast., an. 999.
{!)... Linguœ gallicœ peritia facun Hssimus. — Alberic. Monach. Tririnlium, Chronic.y ann. 987.