CHAPITRE SIXIÈME
iiione ; il constate que a les Francs qui habitaient dans la Gaule avaient accommodé leur langue sur celle des Gaulois (I) ».
Enfin, la langue des Francs était devenue si étrangère au pays de rile de France, à la fin du onzième siècle, que les Allemands venaient y apprendre le dialecte gaulois, alors appelé francique (2), et qui un peu plus tard fut appelé Froncés ou François,
La deuxième invasion qui aurait pu troubler l'unité philologique de la Gaule est celle des Basques, arrivée au septième siècle, sous le règne de Dagobert.
M. de Humboldt a donné quelque crédit à un système suivant lequel les Basques seraient les descendans des habitants primitifs de l'Espagne, et auraient occupé anciennement l'Aquitaine, le Languedoc, la Provence et bien d'autres pays (3).
Ce système, que nos contemporains ont cru allemand, est français d'origine. Il appartient en propre d'abord à Joseph Scaliger, qui en a formulé les principes en ces termes : <x C'est une langue estrange que le basque; c'est le vieil espagnol (4) » ; il appartient ensuite aux éditeurs du savant Ménage, qui l'ont exposé dans la préface du dictionnaire de la langue française. M. de Humboldt n'a ajouté à l'idée générale de Scaliger et de Ménage que deux choses, qui lui sont propres; une affirmation relative aux anciens Ibères , qu'il assure n'avoir eu qu'une seule langue ; et une thèse basée sur de prétendus radicaux de la langue Escuarra , thèse de laquelle il infère que les Basques ont occupé autrefois les pays où quelques-uns de ces radicaux se retrouvent.
L'affirmation et la thèse du savant allemand tombent également devant les faits.
D'abord, les Ibères ne furent pas un peuple spécial, naturel à l'Espagne, et possédant une langue unique; l'histoire donna le nom général d'Ibères aux peuples d'origine diverse qui occupèrent ribérie ou l'Espagne ; et chacun de ces peuples eut naturellement la langue de sa nationalité. C'est ce que constate Strabon. Ils en avaient plusieurs.
Après avoir dit que les habitants de la Bétique sont les plus instruits, qu'ils ont des monuments écrits de Feur ancienne his-
(1) Luilprand.» HUt, rerum in Europe.,. lib. lY, ca|*. XXII; Basil., t53?.
(2) Guibert de Nogent, Hist, de m vie, lif. III, ch. V.
(3) Guill. de Humboldt, Recherches sur les habitants primitifs de P Espagne, trad. par M. A. Marrast, proc. imp. h Oloron; Paiw, A. Franck, 1866.
(4) Scaligrrana^ y. 52. -^ Colon. AgrippiH., 1667.
toire, une littérature et des poèmes, il ajoute : a Les autres Ibères ont aussi des règles grammaticales, mais ils n'ont pas tous la même grammaire ni la même langue (i). »
Ce témoignage établit qu'avant l'ère vulgaire les Espagnols avaient non-seulement plusieul*s langues, mais plusieurs espèces de langues ; il exclut par conséquent l'hypothèse de M. de Humboldt, d'après laquelle l'Espagne n'aurait possédé qu'un seul idiome, qui aurait été le basque.
Le système du savant allemand sur le séjour ancien des Basques en Aquitaine, en Languedoc et en Provence ne résiste pas non plus à un sérieux examen ; mais exposons d'abord, avant de le caractériser, les circonstances parfaitement connues du passage des Escualdunac ou Basques sur le versant septentrional des Pyrénées.
Il est d'autant plus étrange qu'on ait cherché des mystères dans l'établissement des Basques en France , qu'on ne citerait pas en Occident une nation mieux éclairée par la tradition depuis vingt siècles.
Les Basques entrent dans l'histoire pendant la guerre de Sertorius, à laquelle ils prirent une part active, puisque Pampelune a perpétué dans la Navarre le nom et la victoire de Pompée (â). La renommée militaire des Basques en resta si bien établie, ainsi que leur loyauté, qu'Auguste avait pour la garde de sa personne, pendant la guerre contre Antoine, un corps de Calahoritains (3).
La nation des Basques occupait, sous divers noms de peuplades, l'espace compris entre l'Océan, les Pyrénées et l'Hèbre, jusqu'à la vallée du rio Aragon, qui forme à peu près la limite orientale de la Navarre. Ils n'en sortirent pas avant la chute de l'empire romain en Occident. Ils y étaient encore du temps d'Ausone, vers l'an 393, comme le prouve sa lettre vingt-cinquième, adressée à saint Paulin (4) ; mais ils avaient franchi les Pyrénées, et ils fesaient des courses dans l'Aquitaine avant la mort de Fortunat, évéque de Poitiers, arrivée en l'année 609, ainsi que le prouvent les vers adressées par lui au comte Galactorius :
(1}... Kat ol âX/oi B" 'tarife; xP^^^^^ y^V'V-^'^^^^t oO (iia 6' Idéqe, oOdi yàp Y/ûrnp (lia. — Strabon., Geograph., lib. III, cap. I, § 6.
(2) Voir, sur ces événements, Strabon, Ub. III, cap. IV, § 10, et Oîhenarl, ^otit. utriusq. Faicoti,., lib. II, cap. II.
(3) Suéton., Oct.'Aug.y cap. XLIX.
(4) Anson., Epistol. XXV. Puulino, vers 51 et su'?.