‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 100 sur 125 · BENOIT IV · texte numérisé non relu

BENOIT IV

Tableau hideux de la corruption des ponlifes. — Ëleclion de Benoît. — Les prêtres se livrent à toutes les débauches.— Les églises deviennent des lieux de prostitution. — Mort du pape.

Il est certain que la vacance du saint-siège après la mort de Jean ne fut pas de longue durée ; néanmoins il serait difficile de la déterminer. Le nouveau pontife était Romain, fils de Mummole et d'origine noble; quelques auteurs parlent de son amour pour le bien public et de sa libéralité envers les pauvres; mais Platine assure que dans ces temps malheureux, où la raison et la vertu étaient entièrement bannies de l'Église, il n'était pas possible de trouver un pontife digne de remplir la chaire de saint Pierre.

Cet historien exprime ainsi son opinion sur cette déplorable décadence de la pureté apostolique : « La majesté du souverain ponlific:it s'était étalilie à Rome, par la sainteté des mu'urs et par les kunières de la doctrine chrétienne, deux choses qui s'acipiièrent par de grands travaux et sans le secours des riciiesses. Mais à peine le luxe fut-il introduit dans le temple de Dieu, cjue les prêtres, abandonnant la régularité de leur vie, se livrèrent à la volupté et s'endormirent dans les bras de la corruption. Enfin la chaiie d'humilité et de chasteté devint le but de toutes les ambitions, la récompense de tous les crimes, le refuge de toutes les abominations. »

Que devons-nous penser de l'infaillibilité des papes en lisant ces accusations d'une véracité malbeureusement incontestable? Et pourrons-nous croire encore que la succession apostolique des évêques de Rome ait toujours été bénie de Dieu'...

Dès que Benoît fut assis sur le saint-siége, il reçut une députation envoyée par Argrim, qui n'était pas encore rétabli dans l'évêché de Langres. Ce ])ré-

lat exposait au pape, qu'après la mort de Geilon il avait été élu par le clergé et par le peuple, et consacré canoniquement par son métropolitain Aurélien, archevêque de Lyon, assisté de ses sulTragants, et de Bernouin, primat de Vienne; il ajoutait .[u'après avoir gouverné son Église pendant deux années et trois mois, une faction l'en avait chassé, sous le règne de l'empereur Guy, et que depuis son absence de grands désordres s'étaient introduits dans son diocèse; que depuis longtemps on ne consacrait plus le saint chrême, que les enfants restaient sans confirmation, et que les fonctions épiscopales n'étaient plus

lii'iKiit iif viHilaiil lii'U décider de son autorité privée pour une allaiiv aussi importante, rassembla au palais de Latran un c iunlr dans lequel il fut déclaré ([u'Argrim serait niainiriiu siii le siège de Langres, et qu'une lettre serait a.hrssci' aux évêques des Gaules, aux rois et aux -riL:niiirs, pour confirmer la consécration que le pii'l.il aval! .li''|à reçue du ])ape For mosc. Afirès Ijicn iK^s virissiliiilas, le saint évèque put enlin lkhivci ncr son jiuiiple jusqu'en 911, époque où

Peu de temps ajji-ès, vers la fin de l'année 903, la mort happa le chef de l'Église latine.

La harangue d'Edgar, roi d'Angleterre, aux évêques de son royaume, nous donnera une peinture exacte des désordres des pontifes. « On ne voit dans Rome que débauches, dissolutions, ivrogneries et impuretés, disait le monarque ; les maisons des prêtres sont devenues les retraites honteuses des prostituées,

des bateleurs et des sodomites ; on joue nuit et jour dans la demeure du pape; les chants bachiques, les danses lascives et les débauches de Messaline ont remplacé les jeûnes et les prières. Est-ce donc ainsi, jnètres infâmes, que vous dissipez les patrimoines des pauvres, les aumônes des princes, ou plutôt le prix du sang du Christ?... « Ce document précieux nous a été conservé par Alfred, abbé de Rhienval.

Stella adresse égalemertt des reproches sévères aux évèques du dixième siècle ; il les accuse d'avoir ouvert aux moines les collèges qui appartenaient aux prêtres, et de leur avoir donné les moyens de grossir leurs trésors et d'accroître leur formidable iniluencc sur les peuples.

Cette époque, ajoule-t-il, no donna naissance à aucune hérésie, parce que les impies pouvaient se cacher au fond du cloître, où ils menaient impunément une vie licencieuse et se livraient à toutes les débauches; la religion n'était pratiquée dans aucun lieu de la terre ; on n'administrait plus les sacrements ; les choses saintes étaient oubliées, et les prêtres comme les peuples, les grands comme les rois, tous s'adonnaient à la magie ; enfin 1 iniquité était à son comble !

Glabert Rudolplie, qui assistait aux saturnales de ce siècle impie, s'exprime ainsi dans son langage biblique : u LeLéviathan ancien conçut l'espérance que le débordement des eaux du Jourdain remplirait son

fleuve, je veux dire que la multitude des chrétiens baptisés se précipiteraient dans l'enfer par l'avarice, par l'impureté, par le crime et par l'abandon de la vérité! » En effet la corruption, la cupidité, la violence et la cruauté avaient été poussées à un tel degré chez les prêtres, grâce à l'exemple des chefs de l'Église, qu'il n'était plus possible de distinguer les ecclésiastiques des seigneurs séculiers. Tous s'abandonnaient sans pudeur à une ambition effrénée, à une avarice insatiable, se livraient aux délices du luxe et de la volupté, ou aux plaisirs de la table, et dépensaient dans des orgies avec les courtisanes l'argent des pauvres et de l'autel. Bientôt, grâce à eux, la société tout entière se trouva plongée dans le plus profond abrutissement et dans la corruption la plus effroyable.

Il est donc souverainement absurde de dire que le christianisme a été la cause du progrès de l'humanité, puisque bien avant son existence les peuples de l'Occident étaient parvenus au plus haut degré de civilisation, et que neuf siècles après son apparition ils étaient tombés dans la barbarie. Pour expliquer les causes de cette décadence, nous dirons seulement avec saint Jean Ghrysostome : « Tout mal en ce monde a sa source dans le temple; » et nous ajouteïons avec saint Jérôme : « On ne trouve d'abrutis- Beurs, de séducteurs et de corrupteurs du peuple que parmi les prêtres et parmi les rois! »

HiSTOlUE LES PAPES

Sergius \ient encore disputer le siège de Rome. — de Léon.

lîecticn de Léon. — Christophe chas:

- Mort d'AlIVed le Grand.

le nouveau pontife. — Mort

Après la mort de Benoît IV, ies marquis de Toscane firent de nouveaux efforts pour mettre .sur le trône pontifical leur parent Sergius ; ils échouèrent dans leur tentative ; et les Romains, par haine contre l'indigne ministre qu'on voulait leur imposer, s'empressèrent d'élire un vénérable prêtre qui fut intronisé sous le nom de Léon V.

Ce saint homme étant incapable de gouverner i"Église, ne put se maintenir au pouvoir, et fut bientôt renversé par un ambitieux nommé Christophe, qu'il avait élevé dans sa propre maison.

Ce monstre détrôna son bienfaiteur, et ie jeta dans un cachot, oîi il le fit étrangler.

Cette cruauté confirnii' la seiiii'ini' dr Tliéocrite ; « Si vous nourrissez des luu|is, ils mmis mangeront. » Et les prêtres seront ijhtn ,|uc 1.~ l.inps aussi longtemps qu'on n'aura pas s('-]j;uv l'I'.jlivr de l'État.

Pendant que l'Église romaine ri, lii IimYc à l'anarchie la plus déplorable, le roi .Mfied If Cnaud achevait son règne glorieux et laissait à son lils Edouard P"' la monarchie de la Grande-Bretagne, que lui avaient léguée son père et son aïeul. Tous les historiens s'accordent à faire le plus grand éloge de ce prince et l'appellent le régénérateur de l'Angleterre. En effet, il établit à Oxford des écoles qui devinrent l'origine de la célèbre université de cette ville; il s'occupa de la marine, de l'administration intérieure du royaume; il

publia un recueil de lois qui servirent plus tard de base aux codes du droit et de la législation britannique; il se montra l'ardent protecteur des arts et des sciences, et appela autour de lui les savants étrangers pour qu'ils l'aidassent à faire sortir ses peuples de la barbarie oîi ils étaient plongés. Luimême prit la plume et traduisit en saxon pour ses sujets l'Histoire ecclésiastique de Bède, le Pastoral de saint Grégoire et les Consolations de Boëce;mais il se garda bien de contraindre les consciences, et il mit au contraire toute sa gloire à convertir les hommes par l'exemple de ses vertus.

Voltaire a dit de lui : « Je ne sais s'il y eut jamais sur la terre un prince plus digne des respects de la postérité qu'Alfred le Grand. L'histoire ne lui reproche ni défauts ni faiblesses, et le met au rang des héros utiles au genre humain, c'est-à-dire le compte parmi les hommes extraordinaires qui ont aidé leurs semblables à sortir de l'état de barbarie. » A cet éloge de l'illustre écrivain, nous ajouterons que le souverain anglais fut réellement plus grand que Charlemagne, le régénérateur des lettres en France, parce qu'il se contenta d'être le père de son peuple, tandis que le monarque français voulut ajouter aux titres réels qu'il avait à l'admiration de la postérité, ceux de conquérant, de fondateur du despotisme en Occident, et de protecteur des papes 1

Christophe s'empare du saint-siége. — Sergias à son tour renverse le nouveau pontife. — Christophe est relégué dans un monastère, ensuite renfermé dans une prison et coniamné à mourir de faim.

On ne saurait mettre en parallèle les ambitions politiques et leur cortège d'assassinats, d'empoisonnements et de massacres, avec les ambitions religieuses, pour l'atrocité des crimes qu'elles ont causés et pour la grandeur des maux qu'elles ont attirés sur les peuples. Dans les unes, la force brutale joue le principal rôle; dans les autres, la ruse et la trahison viennent en aide à la force matérielle.

Les despotes se contentent de dominer les peuples, de voler leurs richesses, et leur pouvoir s'arrête à la répression des actes visiJ:)les; la mort est un refuge toujours prêt, toujours assuré contre la tyrannie. IMais il n'en est pas de même de l'autorité religieuse ; les prêtres veulent opprimer en ce monde et poursuivre leurs victimes jusqu'au delà du tombeau; ils veulent régner sur la pensée, gouverner les convictions, s'arroger la puissance de commander aux âmes; et vivant ou mort, ils exigent que l'homme soit soumis à leur détestable omnipotence.

L'histoire de l'Église à cette époque est remplie de faits qui démontrent combien est ardente chez les ecclésiastiques cette soif du pouvoir, et à quels excès ils peuvent se porter pour satisfaire leur ambition. Lorsqu'un prêtre s'est fixé un but et lorsque ce but est l'autorité, tous les moyens lui sont bons pour parvenir à ses fins : s'il rencontre des obstacles, il

les franchit ou les brise; la justice, l'honneur, la morale sont pour lui des mots sans valeur ; la bonne foi est une duperie, le dévouement de la démence, et la probité un crime ; parents, amis, hommes, femmes, il sacrifie tout, il trompe ou corrompt tous ceux qui l'entourent.

C'était en mettant ouvertement en pratique ces abominables doctrines que Christophe le Romain s'était élevé sur le saint-siége; mais les moyens qui lui avaient donné le pouvoir furent employés pour le renverser par l'mfâme Sergius,'qui aspirait depuis longtemps à la papauté.

Christophe fut arraché de la chaire apostoliqne et renfermé dans un monastère ; puis, comme son ambition et ses menaces donnaient des inquiétudes à son successeur, il fut tiré de l'asile sacré du cloître, et plongé dans un horrible cachot, oij il fut condamné à mourir do faim.

Cependant au milieu de toutes ces révolutions de palais, les maximes ambitieuses et usurpatrices de la cour de Rome poursuivirent leurs progrès, et devinrent, selon les circonstances, de plus en plus exigeantes; aussi verrons-nous l'influence sacrée du siège de Rome s'appuyer sur l'influence politique, pour fortifier cet immense réseau qui enveloppera les peuples et les rois.

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