SERGIUS III
L il baje de LluDj
de l'implorer, il résolut de punir sa témérité. Nicolas fut chassé de son siège , envoyé en exil ; et on consacra à sa place Euthymius le syncelle, homme d'une rare piété et d'un grand savoir.
Pour régulariser ce changement, l'empereur écrivit aux patriarches d'Alexandrie, d'Antioche, de Jérusalem et au pape Sergius, et il les engagea à examiner la validité canonique de son mariage. Ceux-ci, intimidés par la fermeté de Léon, envoyèrent des légats ù Constantinople, pour apprendre aux peuples que l'union du prince n'était point condamnahle par la religion^ chrétienne, et que les canons n'étaient obligatoires que pour les simples fidèles.
Dans le même temps , la Gaule voyait s'élever r abbaye de Cluny , qui a donné tant de grands hommes à la France et quelques pontifes au saintsiége; le fondateur de ce célèbre monastère fut le comte Guillaume, duc d'Aquitaine et de Berry, fds de Bernard, comte d'Auvergne, et petit-fds d'un autre Bernard, comte de Poitiers; il avait épousé Ingelberge, fille de Boson, roi de Provence, et sœur de l'empereur Louis; depuis il avait été dépouillé de ses Etats, et l'usurpateur lui avait fait crever les yeux par le bourreau.
Guillaume explique lui-même les motifs de son action pieuse dans la charte qui établit cette fondation : « Voulant employer utilement pour le salut de
mon âme les biens terrestres C[ue Dieu m'a donnés, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de m'attirer les bénédictions des pauvres, et j'ai fondé à mes dépens une communauté de moines. Désirant que cette œuvre soit durable dans l'avenir, je déclare, au nom de Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, donner aux saints apôtres Pierre et Paul la terre de Cluny, située dans le comté de Mâcon, sur la rivière de Ijraune. La chapelle dédiée à la Vierge et à saint Pierre, ainsi que ses dépendances, feront partie de la donation, et ce, pour le repos de l'âme de monseigneur le roi Eudes, pour celui de mes parents et Je mes serviteurs.
« On bâtira à Cluny un monastère pour réunir des frères, qui vivront selon la règle laborieuse de saint Benoît : ce refuge, consacré aux apôtres saint Pierre et saint Paul, sera à jamais l'asile de ceux qui, sortant pauvres du siècle, n'apporteront avec eux que la bonne volonté. Les moines et tous les biens seront placés sous la direction souveraine de l'abbé Bernon; après sa mort, le pouvoir d'élire un abbé du même ordre retournera aux frères, sans que nous ou aucune autre autorité puisse empêcher l'élection régulière.
« Néanmoins les moines devront payer tous les cinq ans dix sous d'or au saint-siége, pour obtenir la protection des apôtres et celle du pontife. Ils
exerceront chaque jour les œuvres de miséricorde envers les pauvres, les étrangers et les pèlerins; et dès ce moment ils ne seront soumis ni à nous, ni à nos parents, ni au roi, ni à aucune puissance ilc la terre. Les comtes, les évèques et les papes mêmes (je les en conjure au nom de Dieu , de ses saints et du jour du ]ugemenl; ne s'empareront jamais des biens de ces serviteurs du Christ, et ne pourront ni vendre, ni diminuer, ni échanger ou donner en fiel' les terres de ce couvent. »
Des malédictions terrililes et une amende de cent livres d'or devaient punir ceux qui oseraient s'élever contre la teneur de ces chartes. La donation fut déposée dans la cathédrale de Bourges, en 910; elle fut souscrite par Guillaume, par le métropolitain et par les évèi[ues Atton et Adalard ; la princesse Ingelberge et plusieurs seigneurs de la contrée y apposèrent leurs sceaux.
Bernon, premier abbé de Cluny, descendait d'une dfs phis n.ilik's familles de la Bourgogne; il avait déjà fouil.' (Il' ^1^ liiens le monastère de Gigni, dans le diuLi'^e di' Lyun, et avait réformé celui de la Baume, près Lons-le -Saunier; il ne mit dans s« nouvelle communauté que douze moines ; plus tard, il en éleva le chiffre jusqu'à soixante et leur donna un grand nombre de domestiques pour les servir.
Au commencement du dix-huitième siècle, les moines de Cluny possédaient encore dans les provinces des terres seigneuriales ; ils avaient un coÙége où l'on enseignait les humanités et
ils possédaient une magnifique église où l'on célébrait l'office divin avec les mêmes cérémonies qu'à Saint-Pierre de Rome. La mémoire de saint Hugues était en grande vénération dans le monastère, et les cendres de cet abbé avaient été placées derrière le maître-autel, où l'on entretenait une lampe qui, disait-on, avait le privilège merveilleux de toujours brûler sans que l'huile pût jamais diminuer !
Tandis qu'on travaUlait à fonder la célèbre abbaye de Cluny, le vénérable Adalger, archevêque de Hambourg, parvenu à une extrême vieillesse, venait demander au saint-siége que l'évêque Hoger, de la Nouvelle-Corbie, eût la permission de le soulager dans ses fonctions épiscopales. Mais le pontife Sergius refusa brutalement cette autorisation, et ne tint aucun compte des plaintes et des prières de ce vieillard ; bien plus, il cassa les décrets rendus par Formose en faveur de son diocèse ; il renouvela les privilèges de l'Êghse de Brème, confirma ceux que les papes Grégoire et Nicolas avaient accordés à saint Anscaire et saint Rembert ; et enfin il lui imposa cinq évèques voisins comme assesseurs pour l'aider dans le gouvernement des fidèles.
On ne peut fixer exactement l'époque où l'infâme Sergius disparut de la terre ; cependant, soit qu'il ait perdu le trône patriarcal avec la vie, soit qu'il ait été chassé de la chaire apostolique par son successeur, et qu'il ait ensuite continué ses honteuses débauches avec la Marozie, tout porte à croire que dans l'année 910 la chrétienté fut délivrée de ce monstre.