ANASTASE III
Election d'Anastase. — Lettre du patriarche Nicolas au pape. — Quatrième Mort d'Anastase III.
iage de l'empereur Léon.
Anastase III, fils de Lucien, était né à Rome : les événements de son pontificat sont en partie inconnus ; nous savons seulement qu'il témoignait une grande soumission à Bérenger, qui prenait le titre d'empereur et de roi d'Italie, et qu'à la prière de ce prince , il permit à l'archevêque de Pavie de se placer sous un dais, de monter une haquenée blanche dans les grandes cérémonies, et de porter une croix devant lui; il poussa même la déférence pour les ordres de Bérenger jusqu'à faire asseoir ce prélat à sa gauche dans les conciles et à la sainte chapelle.
Comme ses prédécesseurs, il bâtit des églises ; il réjjara la diaconie de Saint- Adrien , et consacra solennellement un autel magnifique dont il avait posé la première pierre de sa main.
On croit que ce fut à ce pontife que Nicolas, patriarche de Constantinople, envoya une lettre où il raconte la persécution qu'il avait soufferte à l'occasion du quatrième mariage de l'empereur Léon. Cette lettre est remarquable parce qu'elle montre la prédominance de l'Eglise d'Occident sur celle d'Orient. Nicolas se plaint amèrement de la dureté des légats du dernier pontife. « Ces prêtres semblaient n'être venus de Rome que pour nous déclarer la guerre, dit-il; au lieu de s'informer soigneusement de l'affaire qui était soumise à leur investigation et d'en faire le rapport à leur chef spirituel, ils ont condamné ceux qui avaient encouru l'indignation du prince en refusant d'autoriser un acte d'incontinence. Ces deux
ou trois hommes, s'atfribuant la primauté dans l'Eglise, ont fait approuver leur scandaleuse décision par les prélats d'Occident; ils ont vendu à l'empereur de prétendues dispenses, comme si avec ces dispenses on pouvait violer les canons et autoriser la débauche.
>' Dans aucune circonstance l'Eglise ne peut permettre qu'on demeure dans le péché où l'on est tombé; elle se propose seulement d'imiter la miséricorde de Dieu, en tendant la main au pécheur pour le relever. Vos légats soutenaient qu'il s'agissait d'union légitime et non de concubinage ; et ils appelaient mariage la conjonction impure avec une quatrième femme. Pourquoi donc les canons chassent-ils de la communion ceux qui tombent dans cette faute? Pourquoi la traitent-ils d'incontinence brutale qui excède les bornes de l'humanité ? Cependant ils ont osé avouer que tel était l'usage parmi les Romains. Est-ce un éloge ou un blâme contre le saint-siége? Est-il vrai que vous permettiez de prendre une quatrième, une cinquième, une sixième femme, et à l'infini, jusqu'au tombeau? Vous allégueriez vainement cette parole de fApôtre : « Il vaut mieux se marier que brûler. « Ce n'est point pour vous qu'elle est écrite, puisqu'il est dit que les secondes unions ne sont permises qu'aux femmes à cause de leur faiblesse qui les condamne à obéir. »
Nicolas cite plusieurs passages des saints livres en faveur de son opinion ; et après avoir établi que
HISTÛIIIE DES PAPES
les princes, en matière de péché, n'ont point Je privilèges au-dessus des autres hommes, il ajoute : « Je ne dis point ces paroles pour vous obliger à condamner la mémoire de l'empereur et celle de Sergius votre prédécesseur; tous deux se sont présentés au tribunal du souverain Juge. Cependant Léon, avant de mourir, a reconnu sa faute avec larmes; il a demandé pardon à Dieu , et j'ai prié avec lui ; car, à sa mort, il m'avait rappelé de l'exil, il m'avait rendu le gouvernement de mon clergé et de mon peuple. Je ne vous demande, saint-père, que la punition de ceux qui restent et qui ont excité contre moi de si grands troubles; votre devoir est de me l'accorder; votre dignité et l'honneur du siège de Rome la réclament. Nous vous en conjurons tous, et le prince ([ui règne s\ir l'empire vous envoie le maître de son palais pour vous prier de punir sévèrement nos ennemis. »
La vie obscure d'Anastase III n'a point excité l'attention des historiens de ces temps déplorables ; il n'entreprit rien contre la mémoire de ceux qui avaient occupé avant lui la chaire apostolicpie, et son règne ne s'est pas distingué par de grands crimes. Il mourut en 912, après un pontificat de deux anset quelques mois.
Pendant que le christianisme plongeait dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie tous les peuples qui embrassaient ses doctrines, le mahométisme civilisait les nations qui suivaient ses lois. Abdérame III , surnommé le protecteur du culte du vrai Dieu, huitième kalife ommiade d'Espagne, montait sur le trône de Gordoue, et faisait fleurir les
arts, l'industrie et le commerce chez les populations aral)es qui s'étaient étabhes sur le sol de la péninsule hispanique. De nombreux ouvriers, dirigés par des métallurgistes et des lapidaires habiles, exploitaient les riches mines d'or et de rubis situées près de Malaga et de Bi-ja; des agronomes élevaient des vers à soie dans les fertiles campagnes de Gordoue et de Grenade, et des artisans fabriquaient les brillants tissus que les autres peuples achetaient au poids de l'or. En vain les rois catholiques de Léon et les comtes de Gastille voulurent-ils troubler la trani]uillitc du royaume d'Abdérame ; ils eurent ia honte d'être vaincus dans vingt-deux batailles rangées. Abdérame est sans contredit le plus grand prince qui ait paru au dixième siècle : il fonda une école dr médecine, la seule qu'il y eût alors en Europe; i! établit des académies pour l'étude des sciences abstraites ; grâce à son intelligente direction, les arts lurent portés à un tel degré de perfection , qu'on serait tenté de révoquer en doute l'existence des chefsd'œuvre d'architecture et de sculpture dont il embellit la ville de Gordoue. Gependant, malgré la splendeur qui environnait son trône, le kaHfe n'était point heureux ! Lui-même en fait l'aveu dans un livre de maximes qu'il écrivit pour son successeur : « Richesses, honneurs, plaisirs, j'ai joui de tout, j'ai tout épuisé. Tout ce que les hommes désirent m'a été prodigué par le ciel. Néanmoins, dans un long espace d'apparente félicité, j'ai calculé le nombre des jours où je me suis trouvé heureux ; ce nombre se monte à quatorze ! Mortels, appréciez la grandeur, le monde et la vie I »
La belle Warozie, mère incestueuse de deux générations de pape
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Klection de Landon. — Obscurités sur son pontifical.
Conversion de RoUon, chef des Normands.
Le successeur du pontife Anastase fut le diacre Landon, Romain de naissance, et fils d'un prêtre nommé Anastase. Les actions de ce pape sont restées dans l'oubli le plus profond. Platine rapporte, d'après un ancien auteur, que Lnndon eiiipljya son autorité et sa médiation pour iMn]M"clier lieruncrer et Rodolphe, fils du comte Guy. i\>' sr t-mv la guerre et de se disputer la couroniii' im]it"Mui'e Landon mourut après un pontificat de six mois et deux jours.
Sous ce règne éphémère, un événement d'une grande importance pour l'Église s'accomplit dans les Gaules : Rollon, un des chefs féroces des Normands à qui Charles le Simple, pour acheter la paix, avait donné en mariage la princesse Giselle , et pour dot le pays compris entre l'Epse et la mer de Bretagne ainsi que la Neustrie, reçut l'eau régénératrice du baptême. Le nouveau chrétien, fanatisé parFrancon, archevêque de Rouen, fit également baptiser les comtes, les chevaliers et les soldats de son armée, ce qui ne les empêcha pas d'être aussi pillards qu'avant leur conversion. Rollon fut alors obligé, pour étouffer l'esprit de rapine qui caractérisait ces hordes de barbares, de faire des ordonnances si terribles contre les voleurs, que bientôt on n'osa plus ramasser sur le chemin un objet perdu. Les chroniques rapportent même que le duc , voulant faire une épreuve
pour juger de quelle manière ses ordres étaient respectés, suspendit un bracelet d'or à une branche d'arbre au milieu de la campagne, et que ce bracelet demeura trois années entières sans que ni homme ni femme ni enfant osât y toucher.
Rollon n'était pas seulement un objet de crainte salutaire pour les voleurs de ses États ; il était tellement redouté au dehors, que' les pirates, qui avant son installation dans la Neustrie infestaient les côtes et faisaient des incursions jusque dans l'intérieur du pays, n'osèrent plus se montrer, et que les Normands mêmes furent obligés^de respecter le sol de k France.
Ainsi se trouvèrent interrompues les invasions des barbares qui venaient périodiquement ravager les provinces avoisinant les rives de la Seine. Toutefois il faut bien se garder d'attribuer ce résultat heureux à l'influence du christianisme ou à la politique de l'imbécile Charles III ; car en protégeant le sol qui lui avait été abandonné, le duc Rollon suivit tout simplement cette loi naturelle qui porte les hommes mêmes les plus barbares à défendre leurs foyers. Et le jour où cette doctrine du partage des terres entre les travailleurs aura pu être généralfsée et appliquée chez tous les peuples, on n'aura plus à redouter les luttes fratricides, les guerres atroces qui épouvantent le monde depuis tant de siècles.
JEAN X
Élection de Jean X, — Ses amours avec la patricienne ïhéodora. — Il est chassé du siège de Raïenne. — Le pape combat les Arabes à la tête des armées. — Hypocrisie de Jean. — Réunion des Églises d'Orient et d'Oocidenl.— Décrets sur les mariages. — Église deTongrcs. — Le jeune Hugues ebt consacré, âgé seulement de cinq ans, archevêque de Reims. — Révolution d'Italie. — Mariages incestueux dans la famille de la Marozie. — Mort de Jean X. — Le pape est étouiïé par les ordres de Marozie
Jean X, clerc de Raveiine , succéda au pontife Landon ; il était Romain de naissance, fils d'une religieuse et d'un prêtre. Sa beauté le fit remarquer de Théodara, la maîtresse du pape Sergius, qui en devint éperdument amoureuse; le jeune ambitieux répondit à la passion de Théodora, et se prépara ainsi les moyens de parvenir au souverain pontificat.
Sa maîtresse, qui était toute-puissante à Rome, le lit d'abord nommer à révêclié de Roulogne ; mais avant même qu'il lût sacré, le prélat de Ravenne étant mort, Jean l'ut élu archevêque de cette ville. Enfin Théodora, craignant les infidéhtés de son amant s'il demeurait dans un archevêché éloigné de Rome, le fit ordonner pape à la mort de Landon,
Platine, historien toujours exact dans ses assertions, affirme qu'avant cette dernière élection, Jean avait été chassé ignominieusement par le peuple de Ravenne pour ses scandales et pour ses crimes.
Au commencement de son pontificat, il se joignit aux deux frères Landulfe et Atenufe, princes de Gapoue, et marcha -avec eux contre les Sarrasins qui étaient' campés dans le pays de Garillan. Jean X, plutôt soldat que pape, le casque en tête, l'épée au poing, prit le commandement des troupes, livra une grande bataille aux Arabes, et les chassa entièrement des provinces qu'ils occupaient.
Bérenger seconda le pontife dans ses projets bel-
liqueux, et par reconnaissance Jean le couronna empereur, quoiqu'il eût déjà été sacré par Etienne VII.
Ensuite le saint- père envoya en Espagne un légat chargé de faire en son nom des dévotions au corps du bienheureux saint Jacques de Compostelle ; dans ses lettres à l'évêque Sisenand , l'hypocrite Jean lui enjoignait de brûler de l'encens sur la châsse du saint apôtre, et de faire prier jour et nuit pour la rémission de ses péchés.
Ordogone II, qui régnait alors en Espagne, reçut avec distinction l'envoyé du pape, et le combla de riches présents pour son maître, malgré la diversité des opinions du clergé espagnol et du clergé latin sur le rite mosarabique usité dans toute la péninsule.
Les prêtres de Gonstantinople étaient toujours partagés en deux factions, ayant à leur tête les patriarclies Nicolas et Eullivmius; enfin, après la mort d'Eutlivuiius, ils se réunirent et firent cesser le scliisiur qui avail ('II'' causé par le quatrième mariage de l'empereur Léon. Le décret qui rétablit la paix dans l'Église d'Orient se terminait ainsi : « A partir de cette année, la 6428" depuis la naissance du monde, nous défendons à tout homme clerc, prince ou la'ique, de contracter un quatrième mariage ; si quelqu'un est assez hardi pour oser contrevenir à notre commandement , il restera privé des sacrements ecclésiastiques, et l'entrée du lieu saint lui
fîera fermée aussi longtemps qu'il persévérera dans ses liens abominables.
« Quant aux troisièmes mariages, les Pères, à la vérité, les autorisent, mais comme une honteuse Faiblesse de l'iiom ■ me. En conséquence, ceux qui se marieront à Tàge de quarante ans pour la troisième t'ois, et qui n'auront point eu d'enfants , resteront privés de la communion pendant cinq ans, et ne la recevront qu'une fois à Pâques , comme étant purifiés par la continence du Carême ; ceux qui auront des enfants n'auront pas d 'excusespourlestroisièmes unions.
Néanmoins, ceux qui à l'âge de
trente ans, ayant ^^-g^^p
même des enfants,
épouseront une troisième femme, resteront excom ■ munies pendant quinze cents jours. On pourra
les recevoir à la communion à Pâques, à l'Assomption de Notre-Dame et à Noël, à cause des abstinences qui précèdent ces trois fêtes solennelles.
Ceux qui n'auront point d'enfants resteront soumise la pénitence observéejusqu'àprésent.
« Les premières et secondes unions , quoique permises, ne doi vent être le résultat d'aucuuL mauvaise cause , comme rapt ou débauche antérieure, sous peine, pour les coupables, de n'être admis à la communion qu'après avoir accompli la , J pénitence de la
■ ^ fornication. Cette
J^' pénitence dure
j£ sept ans, et ne
peut être adoucie urLéon q^a l'article de
la mort. » Ce dernier décret devait être lu tous les ans, au mois de juillet, sur l'ambon de la cathédrale de Constantinople
Patriarches de Conslantinople
Lii lelli-p synodale fut portée au saint-siège par ordre de Tempereur, ainsi que nous l'apprend une lettre du patriarche Nicolas, dans laquelle il s'exprime ainsi : « Vous connaissez, très-saint Père, les afflictions que nous avons souffertes depuis quinze années ; mais lorsque nous l'espérions le moins, Jésus- Christ vient apaiser cette violente tempête. Nous vous écrivons pour rétablir la concorde qui avait été interrompue par la difficulté des temps; pour demander de nous entendre et de décider avec vous sur ce quatrième mariage qui a causé tant de scandale,
mariage défendu par toutes les lois canoniques, et que nous n'avons toléré que par une indulgence ox trême pour la personne du prince, et dans la crainte que sacolère n'atliràt des maux plus graves sur l'Eglise.
« A compter de ce jour, on recommencera à lire votre nom avec le nùti'e dans les sacrés diptyques, et nous jouirons d'une paix parfîiite. L'empereur vous en prie instamment, par Basile, protospathaire, son ambassadeur, que nous avons fait accompagner par le prêtre Euloge.
" Vous nous adresserez également des Ii'gats, afin
!IlS'n»llll-: liKS l'AI'K
((uc nous puissions régler avec eux ce qui |iounait î'tie justement modifié dans les décrets que nous vous soumettons, i--
Vers la même époque, Jean X Vécut les plaintes du clergé de Tongres contre Herman, archevÔTue df Cologne, qui avait nommé Hikluin prélat de leur ville, quoique le roi Charles le Simple en eût donné k siège à l'ablié de Prom. Herman fut verlement réprimandé par le ponlife pour avoir ordonné Hilduin sans l'autorisation du loi. « On ne doit point, dit il. établir d'évèqups dans aucun diocèse sans la volonté du prince. » Herman et Hildum furent mandés à r{ome pour être jugés selon les canons; mais comme ils refusèrent de comparaître, Hilduin l'ut excommunié; l'abhé de Prom gagna sa cause, et fut ordonné par le pape, qui lui donna le pallium, honneur qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait obtenu avant lui. Néanmoins ce:te affaire ne lut définilnement terminée qu'en 922.
Hervé, métropolilaiii de Reims, étant mort cette année, Robert, fds de Robert le Fort, pioclamé roi de France à la place de Charles le Simjiie, lit sacrer archevêque l'archidiacre Seulfe. Celui-ci se vovant atlermi sur son siège, fit demander à I\ome la consécration de son élection , et l'autorisatiou do porter le pallium; ce qu'il obtint l'année suivanlf.
Après trois ans et cinq jours .Ici i-iMii.ii. S^iiHc mourut empoisonné par lespartisims dlf Ini i i >ini!i^ de ^'ermandois, qui briguait la jo lissinnc ilrs liions de l'évèché. En effet, aussitôt que L I il niai' r lui mort, le comte lit venir auprès de lui AMmui de Soisiions et Bovon, évêque de Châlons, pour traiter avec eux de la chaire vacante : le peuple et le clergé, menacés de voir les biens de leur Église divisés et donnés à des étrangers, se déclarrivni d,' m:i ],a!i'. tl Lcomte de Vermandois lit l'iur -.w- ! i i i .'- !i mII' son cinquième fils, nommé llii,i;i i<, ;ij, -, ni, iiimi de cinq ans. Les prélats Abbon cl Buvon fuivnt envoyés comme ambassadeurs aujirès du rui Raoul.
qui, j)ar leurs conseils, approuva l'ordination de cei enfant et confia au père l'administration de l'épiscopat. Rien ne manqua à ce scandale religieux, (pii obtint l'approbation du pontife romain. Jean X. plus occupé de ses amours et de ses débauches ipu' des afl'aires de la chrétienté, confirma tout ce qui avait été fait, et nomma Abbon pour exercer les fonctions sacerdotales dans le diocèse de Reims jusqu'à la majorité de l'enfant archevêque.
Alors l'Italie était le théâtre d'une de ces révolutions fréquentes qui ensanglantèrent si souvent le moyen âge; les Lombards ayant chassé Rodolphe, roi de Bourgogne, appelèrent au trône Hugues, comte d'Arles, fils du comte Thibaut et de Bertlie. fille du roi Lothaire.
Hugues régna vingt ans; il était brave, habile, libéral et protecteur des lettres ; mais ses belles qualités étaient teruies par une dépravation horrible dans les mœurs. Son royaume embrassait les anciennes provinces des Lombards, sans comprendre la ville de Rome, dont la possession était restée à (juy, sdu frère utérin, par le mariage incestueux ([u'il avait contracté avec l'impudique Marozie.
Celte femme exécrable, après avoir donné ce scandale public, se fatigua de son mari, et entretint un commerce sacrilège avec Jean X ; puis, joignant la cruauté à la luxure, elle devint jalouse du pontife, et pour se venger des relations qu'il entretenait avec sa mère et avec sa sœur, e le résolut de l'assassiner et força son mari à exécuter le crime. D'infâmes satellites, commandés par Guy et par Marozie, envahirent le ]i:ii. is Latran . égorgèrent le frère du pape, le i:aiinit;'ii'iii Ini-iiièine et le jetèrent dauN une pii<on. m'i il lïii ('■Ifiidlé sous des mate'as, vers, la fin di- l'ai, 11 !■ 'j-i'^. ?*Iort digne d'un tel pape!
.Im \ 1 i, ni iiiidniieux. avare, apostat, impudique, siii- I .1, -;iii-; hoiinrur, et sacrifiait tout à ses passions; il tint le saint-siége environ seize ans. à l-i boule de riiumanité !
LEON VI
\km^~'
Rédexions des historiens sur Léon VI. — Incertitudes sur son règne. — Mort du pape.
Léon VI, s'il faut en iroii'e Baronius etPapebroch, était Romain et fils du piimicier Christophe; il fut élu régulièrement en 928.
Sa modestie, rintùyiitéde ses mœurs, le soin qu'il prit de la religion, la trampillité qu'il rétujjlit dans Rome, la pacification de l'Italie et rexpuisi<m des barbares qui la ravageaient, seraient autant de belles actions dont il faudrait lui tenir compte, si nous pouvions les étabhr sur des témoignages authentiques.
Mais les usages de la cour de Rome dans ces temps de corruption nous portent à croire que ce pontife a vécu comme ses prédécesseurs.
Il mourut après un pontificat de si.K mois et quelques jours.
Luitprand, évêque de Crémone, historien judicieux, qui a rempli ses ouvrages d'événements dont il a été témoin, raconte, entre autres anecdotes scandaleuses, un fait qui se passa sous le règae de Louis VI et qui sert à faire connaître les mceurs du clergé catholique et des souverains de cette épo(|ue barbare.
L'empereur Béranger régnait encore sur l'Italie avec sa femme l'impératrice Willa, sur laquelle il concentrait toutes ses affections. Cette princesse impudique s'était donné pour amant un prêtre laid, noir, velu, insolent, ivrogne, grossier et sot, auquel elle avait confié l'éducation de ses filles, afin de l'a-
voir toujours à sa disposition. Une nuit qu'il se rendait auprès de sa maîtresse, les pieds nus, pour ne point éveillerl'attention des gardes du palais, il fitune chute dans le couloir qui conduisait à la chambre même de 1 impératrice. Par malheur les domestiques qui étaienl de service entendirent le bruit, crurent qu'un voleur s'était introduit dans les appartements, accoururent dans le couloir et arrêtèrent le prêtre. Comme il se trouvait pres([ue sans vêtements, Willa comprit qu'on ne manquerait pas de soupçonner ses relati .ns adultères; alors elle prit le parti d'accuser le précepteur d'avoir voulu séduire une de ses filles. L'amant infortuné n'osa pas contredire sa royale maîtresse, dans le secret espoir i[u'elle n'agissait ainsi que ]iour le sauver: mais celle-ci, qui avait hâte de ^1' ih'iivriT 'i'iiii eomplire, accéléra le jugement, et sn;is pii'irxir (i'éviler qu'il ne prononçât des paroles ijut!:i jiaiiWs, [lour la dignité impériale, elle obtint qui' 11' juin nù l'on devait prononcer la sentence du l'oiijialili'. il niiriparùt devant ses juges avec un bâillon, (pii (levait ne lui être retiré qu'après son supplice. Le piètre fut condamné à être décapité, ce qui fut exécuté incontinent, à la grande satisfaction de l'infàine 'Willa. On pourrait douter de l'exactitude de semblables récits, si l'on ne savait de quels crimes sont capables ceux ou celles qui président au.\ destinées des peuples !
EflENNl-: \lii
luceriitudes sur le ;
cal d'Etienne VIII
Etienne était fils de Tlieuderaond et Romain d'oliyine. Quoiqu'il ait possédé le samt-siége deux ans et deux mois, toutes les actions de son pontificat sont restées dans l'oubli le plus absolu.
On loue sa douceur et sa probité, s'il faut en croire plusieurs scribes religieux : sa mort est fixée en 931.
Suivant quelques ecclésiastiijues, Etienne YIII se serait montré très-rigide à l'égard des mœurs du clergé; mais cette assertion, qu'ils n'appuient sur aucun témoignage, ne saurait être admise consciencieusement; d'autant plus que ce fut sous son règne ((ue parut cette singulière proposition, fendue par les canonistes romains, que « les laïques ne pourraient jamais accuser un prêtre d'adultère, lors même qu'ils le surprendraient en flagrant délit avec leurs femmes ou leurs filles, et qu'ils devaient croire qu'il n'agissait ainsi que pour les bénir plus intimement. »
D'ailleurs, il était impossible à un pape d'interdire aux ecclésiastiques les mariages concubinaires, puisque les prêtresses et les diaconesses étaient encore autorisées dans l'Eglise, comme le prouve un mandement de Telaspérieu, évêque de Lucques, par lequel le prélat déclarait accorder au prêtre Romuald et à Ratperge, sa femme et sa prêtresse, que celui-ci avait enlevée à sa famille, la direction et l'administration de l'Eglise, du couvent et de l'bôpital de San Quirico di Capanneli, au val d'Arno. Un
acte authentique alleste en outre qu'à leur mori ils léguèrent à leur Église tous les biens qu'ils possédaient dans les Etats de Lucques et de Pise.
En France, de même qu'en Italie, l'usage des mariages concubinaires des prêtres et des prêtresses était si généralement répandu, que la chronique du Mans parle d'un évêque nommé Segeufrid qui épousa une jeune diaconesse, quoiqu'il fût déjà très-vieux. L'historien raconte même plaisamment que le prélat ne voulait passer aucune nuit séparé de sa chère évêchesse, qu'il travailla tant et si bien qu'il en eut six évèchons et mourut d'excès libidineux. « Le pauvre vieux s'épuisa en fourniquant de nuit et de jour, tant et si bien qu'il en creva. >>
Les désordres et les scandales étaient alors poussés si loin, que le cardinal Damien, dans un de ses ouvrages, blâme la coupable tolérance du saint-siége; il dit « qu'il s'étonne grandement que le pape permette que des mains consacrées pour manier le pain de,- anjesse souillent dans les attouchements lascifs et impurs de la femme. Il ajoute que les concubines épousées par des prêtres sont la moelle du diable, le virus des intelligences, le poison des buveurs, le gynécée de l'antique ennemi ; il les appelle des huppes, des hiboux, des louves, des sangsues, des prostituées, des lupanars, des étables fangeuses de pores gras, des cloaques immondes, des nymphes, des sirènes, des lamies, etc
Couronnemeul de l'empere-ir Othini pai le iia|-
HISTOIRE DES l'VPES
Naissance de Jean XI, fils du pape Sergius et delà courtisane Marozie. — Il est élu évêque de Rome à Page de dix-huit ans. Incestes du jeune pontife avec Marozie sa mère. — Elle empoisonne son mari Guy, marquis de Toscane. — Son mariage incestueux avec Hugues. — Rathier, évèque de Vérone. — .\lbéric, fils a!né de Marozie, sempae de Rome et renferme sa mère et le pape Jean son frère dans le château de la ville. — Albéric continue ses incestes avec sa mère. — Mort du pontife.
Après la mort d'Etienne, la maîtresse de Jean X, la patricienne Marozie, se servit du pouvoir absolu ip'elle exerçait dans Rome, pour iaire ordonner pontife son jeune fils Octavien, qu'elle avait eu du pape Sergius. Sa naissance criminelle et son jeune âge n'empêchèrent pas le clergé romain de poser la tiare sacrée sur le front d'un enfant de dix -huit ans; il est vrai que la Marozie savait payer tes suffrages par des caresses et par des présents.
Cette femme abominable, qui était alors dans tout l'éclat de la beauté, voulut assurer sa domination sur l'esprit du jeune pape en devenant sa maîtresse; et l'on raconte que la Marozie, retirée dans les jardins délicieux du palais de Latran, se livrait à des amours incestueux avec son fils ! Alors, éternelle honte pour le saint-siége ! on vit sur la chaire de saint Pierre un pape sortir des bras impudiques de sa mère pour paraître dans les cérémonies les plus saintes de la religion; et des prêtres à genoux devant une Messa- Une qui surpassait dans ses débauches les courtisanes les plus éhontées de Rome et de Lesbos.
Bientôt la Marozie, craignant les irrésolutions et la faiblesse du caractère de son fils, voulut s'assurer un protecteur plus puissant; elle fit empoisonner Guy, marquis de Toscane, son mari, et offrit au roi Hugues, son beau-frère, sa main et la principauté de Rome : le prince eut la lâcheté de consentir à cette alliance sacrilège.
Avant son maiiage , Hugues avait donné le siège
de Vérone à l' évèque Hilduin, qui s'était retiré à sa cour après avoir été chassé de l'évêché de Tongres par Richer. Un moine de Lobes, nommé Rathier, un des plus savants hommes de ce siècle, s'était déclaré le partisan du nouveau prélat, et l'avait sui\-i à la cour du prince, sous la promesse de succéder à l'évêché de Vérone aussitôt que son ami aurait été élevé à de plus hautes dignités. Hilduin ayant été nommé archevêque de Milan peu de temps après, Rathier s'empressa de se rendre à Rome pour demander le pallium; mais à son retour, Hugues qui avait changé d'avis, s'opposa à son élection. Néanmoins les pressantes sollicitations des grands du royaume, celles d'Hilduin et du souverain pontife, le forcèrent à recevoir le nouveau prélat : Rathier eut la mitre , mais le roi continua à le persécute)-, et souleva contre lui des haines puissantes parmi les moines et dans le clergé.
Par son mariage avec la ilarozie, Hugues croyait son pouvoir bien affermi et à l'abri de toutes les révolutions; il ne prit plus la peine de cacher l'indignation qu'il éprouvait pour Albéric, le fruit incestueux de sa femme et du marquis Adaibert, qui partageait avec Jean XI les cares.ses monstrueuses de leur mère; une fois même il s'emporta jusqu'à frapper au visage le jeune prince. Albéric exaspéré par cet outrage se jeta dans le parti des mécontents, ras sembla le peuple de Rome, et à la tète de quelques troupes, il attaqua le château Saint-Ange. Hngues,
suipris à l'improviste, écliupiia aviA iiuiiie k ses onwuiis, et fut obligé de se sauver par-dessus les remparts, accompagné de ifuelques-uns de ses partisans.
Maîfj-e du château, Albéric se fit déclarer duc des Romains , et il renferma dans une étroite prison le pape Jean son frère. La Marozie commanda encore dans la ville sainte avec le nouveau patrice son fils; et de leurs embrassemeuts criminels n.'ii[iul un enfant que nous verrons plus tard, sous li' nom dv Jean XII. occuper à son tour le trône ponlincal, et prolonger les incestes de celte abominable famille jusque dans ime troisième génération! Et les peuples imbéciles continueront à s'agenouiller devant ces infâmes pontifes I
Pendant sa captivité, Jean Xf expédia des lettres apostoliques à l'empereur de Constantmople pour confirmer l'élection d'un des fils de l'amiral Romain Lécapène, qui avait été promu au siège archiépiscopal de cette ville à l'âge de cinq ans. Sa Sainteté accorda en outre à cet enfant l'usage du pallium à ]>erpétuité, faveur inou'ie et dont n'avait joui jusqu'alors aucun des prélats de l'Orient. Quelques historiens ont prétendu excuser la conduite du pontife en soutenant que, même avant son emprisonnemen', Jean XI n'avait jamais été libre dans l'exercice de son ministère. que sa mère, la Marozie, s'était emparée de l'autorité suprême, et que le sceptre des papes était tombé en quenouille. Singulière justification, qui n'est nullement propre à relever le trône de l'Apôtre aux yeux
.lèk
et serait au contraire un argument poui lalmliliou de la papauté.
I)u reste, vv qui se passait en Italie à cette époque n était ni ])lus étrange ni plus scandaleux que les inlauii.s ijni avaient lieu dans les autres pays. Partout régnaient les mêmes désordres, la même anarchie, dans l'iglise et dans l'État; la féodalité s'élevait menaçante pour les rois efpour les peuples; les seigneurs se déclaraient indépendants, et s'associaient aux évêques pour secouer le joug des suzerains et pour soumettre les provinces; l'hérésie, 1 impiété, les débauches, les empoisonnements, le vol. 1 incendie et le meurtre se traînaient à leur suite, et couvraient l'Europe de désastres depuis le Bosphore jnscpi'à la Baltique et depuis l'extrémité du Portugal jusqu'aux monts Durais.
Il ne faut donc pas s'étonner, au milieu des boulevei-sements etîroyables qui agitaient tous les royaumes, de voir des courtisanes commander dans Rome, remplir le rôle du Saint-Esprit, disposer du saintsiége à leur gré, et y placer les fruits de leurs adultères et de leurs incestes.
Jean XI. énervé par les excès de table et par la débauche, vécut dans la débdité jusqu'en 936, où la mort vint terminer la dure captivité que son frère lui avait imposée. Depuis longtemps ce pontife dégradé ne sortait de sa prison qu'entouré des satellites d'Alb('ric. et seulement pour célébrer le service divin dans b's grandes solennités.
IlISTOIME DES PAPES
Election Je Léon. — Lahlié Odon à Rome.
. Lettre du pape aux prélats de Bavière. Mort de Léon
Mariage des prêtres.
Léon VII l'ut consacré pape en 936; les historiens Je représentent comme un serviteur de Dieu qui, Lien loin de rechercher les dignités, fut élevé au pontificat malgré lui.
Après son ordination, il continua de vivre avec une grande sagesse ; affable, zélé, agréable dans ses discours, sa piété fut toujours e.xemplaire, et il s'appliqua sans relâche aux méditations des choses célestes. Tel est le portrait que nous en a laissé son contemporain Frodoart ; néanmoins , nous devons mettre en doute l'exactitude de l'écrivain, qui nous dit avoir mangé et conversé souvent avec le saint-père.
Albéric était toujours le maître dans Rome, et repoussait les propositions de Hugues, qui demandait à rentrer dans sa principauté. Le pape, voulant réconcilier ces deux princes, fit venir en Italie Odon, abbé de Giuny, qui autrefois avait joui d'un grand crédit auprès du roi ; ce pieux abbé parvint en effet à rétablir la paix entre les deux monarques; et le roi Hugues consentit à donner sa fille en mariage au patrice Albéric, en signe de pardon.
Pendant son séjour à Rome, l'abbé de Gluny montra une humilité vraiment chrétienne et une charité inépuisable : le clei'gé, touché de sa fcrvc-ute et sincère piété, le supplia de rétablir le monastère do Saint-Paul, avec la sévérité de la règle primitive. Ce cloître devint ensuite sa demeure.
Albéric avait conçu pour Odon un respect si profond, une admiration si vive, qu'un jour le saint abbé ayant été rudement poussé par tm paysan qui ne le ■ point, le prince condamna le coupable à
perdre les deux mains, et la sentence fut exécutée à l'instant même par le bourreau.
Vers cette époque , Gérard, archevêque de Lorc, dont le siège fut transféré plus tard à Juvave ou Salzbourg, vint consulter Léon VII sur plusieurs abus qui régnaient en Bavière et dans les provinces voisines ; il raconte qu'il quitta Rome, édifié par la conduite du chef de l'Kghse. Le saint-père lui remit une lettre qui était adressée aux rois, aux ducs, aux prélats de Juvave, de Ratisbonne, de Frisingue et de Sebone ou Siben, dont le siège fut depuis établi à Brixen. Léon répondait à toutes les demandes que Gérard lui avait adressées au nom du clergé et des grands de ces contrées.
Nous rapportons quelques passages des lettres des prélats et du pontife : « Fallait-il mettre sous le poids d'une pénitence ceux qui avaient frappé de mort les devins, les emljanffio^sps, les sorciers ou tout autre fauteur dr mal. li.v^ / ., écrivaient les Bavarois.
La sagessi^ |Mmllli' air résolvait ainsi cette difficulté : « Quoique l'ancienne loi demande la vie des coupables adonnés aux pratiques abominables de la magie, le jugement ecclésiastique la leur conserve pour faire pénitence. Néanmoins, si ces pécheurs endurcis refusent de se soumettre aux saints canons, ils deviennent sujets aux lois humaines, qui ne sauraient être exécutées trop rigoureusement contre eux. »
Devait-on dire » Dominus vobiscum , ou Pax vobis?» A cette question, Léon avait fait cette réponse ambiguë : « Il faut suivre l'usage de l'Église romaine, qui emploie c Pax vobis » les dimanclies et
LEON Vil
Prêtresse du moyen ùgo
les fêtes, excepté aux temps de jeûne, et « Doaiinus « vobiscum » aux jours ordinaires. »
Léon défendit de prononcer l'Oraison dominicale pour la bénédiction qui précède le repas; cette prière, d'après lui, devait être réservée pour le sacrifice divin. II s'élevait avec force contre le maiiaye des prêtres : « L'archevêque Gérard, dit-il, nous a rapporté un désordre déplorable ! Les prêtres se marient pubbqueraent, et veulent encore que leuis enfants soient promus aux ordres sacrés ! Vous verrez combien ces unions sont blâmées par le concile de Nicée, qui délend aux ecclésiastiques de loger même avec des femmes, quel que soit leur à'^c : lelui de Néocésarée ordonne même aux prélats de (li'|io-cr lis clercs qui se sont mariés. Nous voulons que tes dinel s soient exécutés avec la dernière rigueur; eependaut les enfants nepor:eront point l'iniquité de leurs pères.
« Les chorévêques ne pourront point consacrer les temples, ni ordonner les prêtres, ni confirmer.
t< Nous défendons encore aux fidèles d'épouser leur marraine ou leur filleule; et ceux qui étant parents au troisième ou au quatrième degré se sont unis sans connaître leur parenté, doivent être soumis à la [lénitence.»
A la fin de sa lettre, le pontife ordonnait au cler-
gé d'obéir à Gérard comme à son vicaire, et il commandait à Eljerhard, duc de Bavière, de lui prêter maiu-fiirte si les peuples refusaient de se soumettre à sou autiirilé.
Pendant celte deiniêie année, les Arabe:
leurs c(in.|uêt<'s; ils vinrent niellre le
Gêiifs, reiupiirlèiciil d'assiiiil. iiiass<-ieréri'iit tous les
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accumulées. De d'Agaune, qu'il nastère de Sai maîtres des ron
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ihs iiasmques 11. u) lies y avait jusqu'à la ville , ainsi que le fameux mor i luiis ils se rendirent duisaicnt à Rome, et atta-
qui
venaient faire
querent te
leurs dévotions aux tomljeaiix des Apôtres.
Léon voyant diminuer les revenus du saint-siége par suite de la tactique des Arabes, se décida à entrer en arrangement avec eux, et leur envoya des prêtres habiles qui firent comprendre aux infidèles qu'il était de leur intérêt de laisser venir au tombeau (le saint Pierre, et d'astreindre seulement à payer un droit de passage ceux qui accouraient à Rome,
HISTOIUE DES PAPES
Élection d'Etienne. — Les Romains mutilent le pontife. — Hugaes, archevêque de Reims. — Nouveau voyage de saint O.lonàRome.
Mort d'Etienne IX.
Le règne de Léon YII a été très-stérile en événements, puisque les historiens ont gardé un profond silence sur les actions de ce pape. Il mourut en 939, après un pontificat de trois années et quelques mois: il fut enterré à Saint-Pierre.
On rapporte à l'année 940 l'exaltation d'Etienne IX, Allemand de nation : il fut élevé sur le saintsiège par le crédit du roi Hugues et par la faction qui était dévouée à l'empereur Othon. Mais cette élection ayant été faite sans la permission du prince Albéric, fils incestueux de l'impudique Marozie, celui-ci souleva les Romains contre le saint-père ; et à la suite d'une émeute, le peuple envahit le palais patriarcal, arracha le pontife de son trône; et des soldats lui tailladèrent le visage avec tant de barbarie, que depuis cette mutilation l'infortuné n'osa plus paraître en public, même pour les cérémonies les plus solennelles.
Quelques années après, l'archevêque de Reims, Aitaud, aj-ant été déposé par un concile tenu à boissons, Hugues, fils du comte Herbert, fut ordonné à sa place. Dès que ce dernier fut intronisé, il envoya des députés au pape pour lui demander le pailium ; ses ambassadeurs revinrent avec l'autorisa-
tion du saint-père, mais accompagnés par un prélat nommé Damase, qui était chargé de remettre des lettres destinées aux seigneurs de France et de Rourgogne, pour les forcer à reconnaître l'autorité du roi Louis.
Etienne les menaçait des foudres ecclésiastiques s'ils n'obéissaient pas à ses ordres avant le temps de Noël, et s'ils continuaient la guerre.
Alors les chefs du clergé de Reims supplièrent le comte Herbert d'intercéder auprès du comte Hugues, pour qu'il consentît à un traité d'alliance avec Louis, afin qu'ils fussent garantis eux-mêmes de rexcooimunicaiion dont ils étaient menacés.
La même année 942, saint Odon vint à Rome pour la troisième fois, afin d'établir les bases d'une paix durable entre Hugues et son gendre le patrice Albéric, dont l'ambition excitait sans cesse de nouvelles guerres qui ensanglantaient l'Italie. L'abbé de Cluny se chargea aussi de la réforme du monastère de Saint-Êlie, à Suppenton, près de Xépi, oii il plaça pour abbé un de ses disciples appelé Théodart. ^ Après un pontificat de trois ans et quatre moi3, Etienne mourut en 943 , sans avoir rien fait de remarquable m en bien ni en mal.
MAHTliN in
Election de Martin. ■
DévoliûD du pontife. — Réflexions sur les papes. — Obscurités de l'histoire sur le rigne de Martin. — Ses démêlés avec Sicon, évèque de Capoue. — Mort du pape.
Quelques jours après la mort d'Etienne IX, le patrice Albéric fit élire un pape que les historiens appellent :Mann II ou Martin III.
On ra]i])(ii te (pie pendant troi? années et demie de pontiticat Martin ne s'appliqua qu'aux devoirs de la religion et aux pratiipres monacales; aussi les prêtres de Rome montrèrent-ils un grand méjiris pour ce pontife; ils disaient de lui : « Que la clirélienlé n'avait que faire d'un semblable pape; qu'ils trouvaient mieux leur compte dans le règne d'un homme qui entendait l'art d'agrandir les possessions du saint-siége et de faire affluer les ofi'randes des peuples dans son épargne. ^^
D'après ce i;iisi.i,iii"i]rnt , il s'ensuivrait que k grandeur et li i!in;i'''' i!-; l'Ejli-r il''mandenf un chef qui pnsr^udr nnu y:\< 1rs vertus d'un apôtre, mais les talents d'un habile diplomate. Le clergé veut un pontife qui ait le courage de se damner pour le bien et l'agrandissement de ses États; il exige que les papes se dévouent pour la république chrétienne, comme Curtius et Décius s'étaient dévoués poru" la république païenne. Aussi ne doit- ou pas s'étonner de voir les Evêques de Rome se confor-
mant à cette politique, s'efforcer d'agrandir les États de l'Église par la ruse, par le crime, par les assassinats et les violences de toute sorte.
Martin III , scrupuleux et bigot , laissa dépérir le temporel, qui était indispensable pour le maintien du spirituel; aussi est-il passi' à la postérité avec la réputation d'un mauvais |iapc.
Crpen'limt AI,-irliii iircnnla d.' grnnds privilèges à plusieurs 11 'i ' -e- .1 l'.iii ;i--iuv (pi'i! ('crivit une lettre fort leiu.i; '|:: .1 '■ ;i >;.m'i. >'■'! èi|ni' il'' Ijapoue, homme Ignorant, j)retre luipudiqui' et débauché; le saintpère reprochait vivement au prélat d'avoir donné en lief à son diacre une église que ses prédécesseurs avaient accordée aux ni' in ■> béui'iliitiirs pour étabhr un monastère; il lui oiil"ii!!:iii iniiiérieusement de transformer sans délai cette liasilii|ue et ses dépendances en un couvent qui serait déclaré indépendant de la juridiction du siège de Capoue , et resterait sous la direction des relii^ieux de Saint-Benoît. Il lui défendait é. '1 -'-rver aucune relation
avec le jeune 'Ir :iit pour son mignon,
sous peine d'être .^ . . -ummunié.
Martin III mourut l'année 946.
. ' ^fc
HiSTOIUE DES PAPES
Intronisation d'Agapet. — Ignorance profonde des pontifes de Ron papes. — Concile d'Ingelheim. — Querelle scandaleuse entre dei Mort du pape.
— Politique du archevêques. —
patrice jVlbéric dans l'éltction des Agapet appelle Othon en Italie. —
Agapet II était Romain de naissance ; il fut élu, comme son prédécesseur, par la faction d'Albéric. Cet ambitieux patrice désirant conserver son crédit ft maintenir sa tyrannie dans Rome, ne voulait élever sur le saint-siége que des pontifes faibles, ignorants et incapables de gouverner les affaires temporelles ; il se trompa néanmoins sur le nouveau chef de Tjiglise qu'il fit introniser en 946. . La division entre les principaux seigneurs d'Italie était à son comble ; et l'autorité du roi Hugues avait beaucoup diminué depuis que le grand Othon et Herman, duc de Souabe. avaient envoyé des secours à Rérenger pour rétablir sa puissance dans la péninsule romaine. Agapet entreprit néanmoins de réconcilier le patrice Albéric et le roi Hugues, sans prévoir quelle serait l'issue de ses négociations.
La première action du pape fut d'établir artiG • cieusement la domination spirituelle sur les Églises de l'empire ; dans ce but, il envoya au prince Othon le légat Marin, évêque de Polymarte ou Rormazo en Toscane , pour réunir un concile général. Cette assemblée, composée de prélats français et germains, se tint à Ingelheim , dans l'église de Saint-Remi , le 7 du mois de juin, l'an dkS , en présence des rois Othon et Louis : INIarin la présida. Malgré l'opposition du synode, le légat rétablit impérieusement dans la dignité épiscopale Artaud, l'ancien évêque de
Reims, qui avait été chassé de son siège par Hugues comte de Paris.
Vers la même époque, Hadumar, abbér de Fulde, fit un pèlerinage à Rome pour instruire Agapet de la dissidence qui existait entre Hérold et Gérard, archevêques de Salzbourg et de Lorc ou Lauréac, qui tous deux se prétendaient métropolitains de toute la Pannonie. Le pape leur écrivit une lettre dans laquelle il déclarait que l'Église de Lauréac avait bien été primatiale pour les deux Pannonies avant les incurf ions des Huns, mais que les ravages des barbares avaient obligé le métropolitain de transférer son siège dans une autre ville; et que depuis cette époque, Salzbourg avait été érigée en archevêché ; qu'en conséquence ils occupaient légitimement leurs sièges respectifs, et que les deux prélats devaient conserver l'un et l'autre leur rang et leur diocèse. Agapet décidait que la juridiction de la Pannonie occidentale appartenait à Hérold , et la partie orientale avec le pays des Avares, des ^iloraves ou Slaves convertis, à l'archevêque Gérard.
Après avoir favorisé les intérêts de Bérenger pendant dix années entières, Agapet reconnut que les rois trop puissants deviennent des tyrans pour les peuples ; il appela alors en Italie l'empereur Othon ; mais avant l'arrivée de ce prince, le saint-père fut pris d'un mal subit et mourut en 956.
M<^mUÂ'4i/.
an XII, pape saciilége et incestueux, déposé pai- le concile de Rome
Octavien, fils incestueux du patrice Albéric et de Marozie, est élevé sur le trône pontifical. — Révoltes dans Rome. — Incestes monsirueux de la .Marozie et du jeune pipe. — Histoire de Théophylacte, patriarche de Constantinople, âgé de seize ans. — Débauches, scandales, désolation dans les Églises d'Orient et d'Occident. — Guerre suscitée par le pape .lean. — Othon est rappelé de nouveau en Italie. — 11 est couronné empereur. — Magdebourg est érigée en métropole. — Jean se révolte contre 1 autorité de l'empereur. — Les Romains chargent le pape d'accusations infâmes. — Le pontife envoie des ambassadeurs à Othon. — L'empereur entre en Italie. — Le pape s'enfuit honteusement. — Concile de Rome. — Les cardinaux et les évècjues accusent le pontife de crimes horribles. — L'empereur ordonne à Jean de comparaître devant le concile. — Déposition de Jean XII.
La confusion qui régnait dans le gouvernement lioliti.jue de l'Italie s'accroissait chaque jour par les rivalités des rois et des empereurs; bientôt les mêmes luttes, ks mêmes divisions éclatèrent dans le ,<:ouvernement de l'Église.
Dans chaque ville, les évêques et les abbés élus par un prince étaient bientôt renversés par d'autres compétiteurs soutenus par un nouveau maître. 11 n'existait aucune hiérarcliic dans l'Église ; les inférieurs condamnaient leurs supérieurs, et souvent des 'ùïques sans caractère sacré s'emparaient des bénéfices et se créaient prélats de leur propre autorité. C'est ainsi que devint pape le jeune Octavien, fils du patrice Albéric, lui-même le fils et l'amant de la Marozie.
Selon quelques auteurs, le nouveau chef de l'±jl; lise n'avait que douze ans ; d'autres affirment cju'il atteignait sa dix-huitième armée ; tous conviennent qu'il était dans un âge fort tendre, et que déjà l'infâme Marozie, par un double inceste, l'avait initié aux plus honteuses débauches. Les intrigues, les promesses, les présents acquirent au jeune Octavien le trône pontifical, et aussitôt après son élévation il quitta son nom et prit celui de Jean XII.
Ce règne, commencé sous des auspices sacrilèges, finira par une chute épouvantable! Baronius fait le
portrait du pape enfant en termes fort spirituels; il l'appelle un avorton, et le représente comme un acteur qui paraîtrait sur un théâtre, couronné de la tiare et chargé de remplir le rôle de pontife.
A la même époque, et comme si la Providence avait voulu montrer aux bommes toute l'horreur que leurs crimes inspiraient à la Divinité, le siège de Constantinople était également occupé par le jeune Théophylacte, un patriarche de seize ans, qui commandait au clergé corrompu de l'Église grecque. Ce jeune ambitieux, soutenu par une ft-mme puissante, avait été sacré en présence des légats du pontife romain et d'après un décret d'élection rendu par un conciliabule de prêtres infâmes.
Théophylacte, élevé à la plus haute dignité de l'ÊgHse, dans l'âge où les passions sont dans toute leur efi'ervescence, s'abandonna aux actions les plus criminelles et les plus honteuses ; il vendait les ordres et les promotions; il ne couHacrait ni prêtres, ni diac-3s, ni abbés ou prélats, qu'on ne lui donnât de l'argent, qu'il dissipait bientôt avec ses mignons et ses courtisanes. Passionné pour la chasse, il avait rassemblé dans Ses écuries plus de trois mille chiens et près de deux mille chevaux qu'il nourrissait avec des pignons, des pistaches, des noisettes, des dattes, des raisins secs et des figues trempées dans dus
JEAN XII
vins généreux et parfumés des arômes les plus suaves. On raconte qu'un jour de jeudi saint, pendant qu"il célébrait Toffice divin, un de ses palefreniers vint l'avertir que sa cavale chérie avait mis bas un nouveau poulain ; aussitôt le patriarche quitta l'auguste cérémonie en habits pontificaux pour se rendre dans ses écuries, laissant les fidèles dans la stupeur et l'étonnement. On prétend que pour rendre les cérémonies religieuses plus attrayantes, il imagina d'admettre dans les basiliques les comédiennes et les courtisanes, qui se livraient à des danses lascives au son des instruments.
Enfin dans une partie de chasse, Théophylacte fit une chute terrible, et par suite cracha le sang; malgré son état de maladie, il ne voulut pas interrompre son genre de vie, et il mourut d'épuisement.
Quant à Jean XII, Maimbourg dit : « Après son exaltation, Octavien changea de nom, mais il ne changea pas de mœurs; car il est certain qu'il n'y eut jamais de prêtres qui aient déshonoré plus que lui la tiare pontificale par toutes sortes de vices et de crimes. Cependant Dieu permit que sa inort fût aussi funeste et aussi malheureuse que son existence avait été honteuse et déplorable. »
Octavien réunissait dans ses mains le pouvoir spirituel et l'autorité temporelle, ou plutôt il faisait peser sur l'Italie une double tyrannie qu'il pouvait exercer sans crainte, étant soutenu par les satellites de sa famille. Il forma le projet de s'emparer du duché de Spolette, et il marcha à la tête d'une armée contre Pandulfe, prince de Capoue ; mais celui-ci ayant été secouru par Gisulfe, prince de Salerne, Jean XII fut contraint de battre en retraite et dv demander la paix.
Bérenger, non moins ambitieux que le saint-père, voulait étendre sa domination sur les peuples, et traiter les citoyens de Rome comme les serfs de ses domaines; il devint tellement odieux que le pape fut obligé d'envoyer deux légats, Jean, cardinal-diacre, et Azon, scriniaire de l'Eglisi' nniMiiic, ])Our supplier Othon devenir délivrer li's iiroviurc^ ii.ilieunes de leur tyran. Le vénérable ^■;lllM ri. ;urliu\èque de Milan, vint également se jeteraux pieds dupiince, réclamant sa protection contre Bérenger et son fils Adalbert, qui l'avaient chassé de son siège au mépris des lois divines et humaines, pour le donner à Manassès, arehevèijue d'Arles. Presque au même moment le titulaire de Como adressait au roi des plaintes semblables contre la violence de Bérenger.
Vingt années s'étaient écoulées depuis que le grand Othon régnait glorieusement sur l'.VIlemngne ; il avait dompté les Slaves et les peiqiles de B(]lième; il avait soumis les provinces rebelles, paiilie la Germanie et reconquis tout le royaume de Lorraine ; enfin il jouissait dans une paix profonde du fruit de ses nombreuses victoires. Mais comme l'ambition chez les rois est une passion insatiable, il sacrifia le rœos des peuples au désir de posséder un plus grand empire ; il rassembla en toute hâte une armée puissante et envahit la Lombardie. Tout plia ilevanl lui : les députés du peuple, les seigneurs el les elii^'s du clergé s'étant assemblés à Milan, drç! renl IJérenger et Adalbert son fils déchus de tous leurs droits ; Othon fut proclamé roi d'Italie, et il reçut, selon
l'usage, la couronne et le sceptre de fer ; ensuite il se dirigea sur Rome avec ses soldats. Sa marche fut un véritable triomphe : cependant Jean XII exigea qu'avant de pénétrer dans la capitale chrétienne il fît le serment solennel qu'il lui conserverait la vie sauve et sa dignité de pontife, et ne prendrait à son égard aucune résolution ; qu'il maintiendrait tous les privilèges de l'Église romaine, et ferait même la restitution au saint-siége de tous les domaines qu'il enlèverait à leurs ennemis.
Othon fut reçu à Rome avec une pompe extraordinaire ; la population entière se porta à sa rencontre au milieu des cris de joie; le pape le couronna empereur, lui fit serment sur le corps du saint apôtre Pierre de ne jamais renoncer à son obéissance, et de ne donner aucun secours à Bérenger ni à son fils ; les citoyens, les prêtres et les seigneurs firent le même serment. Alors le nouveau chef de l'empire d'Occident rendit à l'Église toutes les terres qui lui avaient été arrachées par les princes déchus ; il fit au souverain pontife en particulier de magnifiques présents d'or et de pierreries ; il confirma au saintsiége, par un acte authentique, les donations immenses de Pépin et de Charlemagne, comprenant Rome, son duché et ses dépendances, plusieurs villes de Toscane, l'exarchat de Ravenne, la Pentapole, le duché de Spolette, celui de Bénévent, l'île de Corse, le patrimoine de Sicile, et plusieurs autres places de la Lombardie et de la Campanie, « si Dieu les met en notre pouvoir, » ajouta-t-il par une sage restriction. Cette donation fut copiée presque mot à mot sur celle de Louis le Débonnaire ; Othon y annexa Rieti, Amiterne et cinq autres villes du royaume qu'il venait de conquérir. A la fin de l'acte on lit cette clause importante et remarquable : « Sauf en tout notre puissance, celle de notre fils et de nos descendants. »
On s'occupa ensuite de l'élection de Jean XII, qui n'avait pas été faite canoniquement; le clergé et la noJjlesse s'engagèrent à la régulariser, mais sous la condition cependant que le pontife s'engagerait publiquement, et en présence des commissaires de l'empereur, à conserver les droits des citoyens. On régla aussi l'administration de la justice ; il fut convenu que les délégués du saint-siége et de l'empire feraient chaque année un rapport pulilic sur toutes les causes qui auraient été jugées par les ducs ou par les prélats. Les abus devaient être signalés au pape, qui avait la liberté ^e les réformer aussitôt ou de permettre qu'ils fussent corrigés par les commissaires im^iériaux. Cette clause montre que le grand Othon se réservait la souveraineté et la juridiction définitive sur toutes les villes et sur les provinces qu'il avait données à la chaire apostolique. Ce diplôme est daté du 13 février 962, l'original, écrit en lettres d'or, fut gardé dans les archives de l'Église.
L'empereur obtint l'érection de Magdebourg en métropole ; et dans la bulle qui fut expédiée à ce sujet il est dit : « Othon nous a représenté qu'après avoir vaincu les Sh.ves, il les avait convertis à la foi chrétienne. Alors, pour ne pas exposer ces peuples à retomber dans l'idolâtrie en les privant de directeur, et pour les conserver à notre rehgion sainte, nous ordonnons que le monastère de Magdebourg,
HISTOIRE DES l'Ai' ES
L'empereur Othon
b'.li un S:ix('. sur l'Elbe, et le plus voisin de ces Eatioiis, soit l'i-igé en siège épiscopal, afin qu'il puisse les gouverner par ses sufragants.
« En exécution d'un vœu, fait par le prince dans une bataiUe contre les Hongrois, nous voulons également que le monastère de Mersbourg soit érigé en siège épiscopal, mais sous la juridiction de celui de Magdebourg, parce qu'un seul prélat ne pourrait point gouverner de si grandes provinces. Nous voulons encore que le cens et la dîme de tous les peuples que l'empereur a fait baptiser ou qui le seront par les soins de ses successeurs, puissent être répartis entre les évêchés que nous venons d'ériger; et nous ordonnons aux chefs du clergé de Mayence, de Trêves, de Cologne et de Salzbourg, de protéger de tout leur pouvoir ces nouvelles Eglises. Enfin, lorsque Dieu, par le zèle du grand Othon ou de ses descendants, aura amené à notre communion les Slaves voisins, nous voulons qu'il soit établi dans' leurs pays de nouveaux prélats ordonnés par le métropolitain de Magdebourg. » Cette bulle, expédiée le 14 février 962, ne fut exécutée que six ans après.
Quoique le pape Jean parût alors très-disposé à favoriser l'empereur, il oubli:; liientôt ses protesta-
tions de fidélité, par l'effet de la crainte où il était que le prince ne se contentât pas d'un titre imaginaire, et ne voulût exercer l'autorité dans Rome, comme avaient fait autrefois les souverains grecs ou gaulois. Le traître Jean envoya des ambassadeurs au fils de Bérenger, qui s'était retiré chez les Sarrasins, pour l'engager à lever l'étendard de iarévolte, lui promettant sur l'Évangile que le saint-siége le seconderait dans ses entreprises contre Othon.
L'empereur ayant eu connaissance de cette négociation, en fut surpris et courroucé; cependant il espéra que le jeune pontife pourrait être ramené à des sentiments plus favorables par les conseils d'hommes sensés ; et il envoya quelques vieux officiers de sa cour pour réclamer au sénat de Rome contre cette infraction au traité qui avait été fait avec le saint-siége.
Les seigneurs italiens, indignés de courber la tête sous le joug d'un pape sacrilège qui remplissait Rome de ses débauches et de ses débordements, firent cette réponse au prince : « Jean XH hait Othon par la même raison que le diable hait son créateur. Vous, seigneur, vous cherchez à plaire à Dieu, et vous désirez lu bien de l'Eglise et de l'Etat; le pape,
JEAN XII
au contraire, aveuglé par la passion criminelle qu'il a conçue pour la veuve Je son vassal Rainier, lui a donné le gouvernement de plusieurs villes et la direction de plusieurs couvents; et, ce qui est le comble du scandale, il a payé ses voluptés infâmes avec les croix et les calices d'or de la basilique de Saint-Pierre » » Une de ses concubines, Étienuette, vient de
mourir sous nos yeux, dans le palais de Latrau, en accouchant d'un fils qu'elle a déclaré appartenir au pontife. Enfin la demeure sacrée des papes est devenue sous le règne de Jean un affreux lupanar, le reluge des prostituées ! Sa tante partage avec la Marozie sa mère les horreurs de l'inceste! Les femmes romaines ou étrangères n'osent plus visiter les égli-
histoire: des papeï
ses, car sur les marches de l'autel même ce monstre fait enlever les épouses, les veuves et les vierges! La pourpre ou les haillons, la beauté ou la laideur, lout doit servir à ses exécrables débauches! Les temples des apôtres tombent en ruines; la pluie du liel inonde la sainte table; et les voûtes menacent d'écraser les fidèles. Xo'ûà. pourquoi Adalbert convient mieux au pape que l'empereur. •
Malgré ces accusations terribles des Romains, Othon n'osa pas encore punir la révolte du pontife , il se contenta d'assiéger Mouto-Feltro, où Bérenger s élait enfermé. Jean lui députa aussitôt le protoscimiaire Léon, et Démétrius, l'un des principaux citoyens de Rome; il promettait de se corriger de ses erreurs, qui provenaient, disait-il, de son extrême jeunesse ; il se plaÎL'nait rn nv'mo temps de ce que
l'empereur ne mail.- -■ i-ii rxitreant
que les peuples ].!' i. lih- à lui-
même, etnoiiau^i, i cr.ilcraent
lie retenir à sa cour r.JMJque Ll'uu et Jean, diacrecardinal, deux prêtres qui étaient de son église.
Othon répondit au saint-père : « Il est vrai que j'ai promis de rendre à la chaire apostolique toutes les terres de Saint-Pierre qui tomberaient en ma puissance; et c'est pour accomplir religieusement toutes mes promesses que je veux chasser Bérenger de sa forteresse Quant aux prélats Léon et Jean, ((ue vous m'accusez de retenir prisonniers, je vous (iéclare qu'ils ont été arrêtés lors(|u'iIs étaient en route pour se rendre à Constantiiiojjle afm de conférer avec mes ennemis. On a même pris avec eux Zacliée, homme ignorant et fourbe, que vous aviez nommé évêque, ainsi que le Bulgare Salec, votre favori et votre mignon, qui devaient se rendi-e l'un et l'autre chez les Hongrois pour exciter ces peuples contre nous. Trahison indigne que je n'aurais pu supposer, si de mes yeux je n'avais vu les lettres scellées en plomb et revêtues de votre nom et signées de votre main. « Néanmoins Othon se détermina à faire partir pour Rome Landohard et Liiitprand, évèques de- Munster et de Crémone, avec les députés du pontife; ceux-ci furent reçus au palais de Latran avec toutes les démonstrations de l'amitié la plus sincère , mais huit jours après, Jean XII les renvoya avec les prélats Jean et Benoît, et la trahison fut consommée.
Adalbert entra dans la ville sainte avec tout l'éclat d'un triomphateur, et prit possession de l'ancien palais des patrices. En apprenant cette nouveUe perfidie du pape, Othon résolut d'en tirer une éclatante vengeance, et marcha aussitôt sur Rome pour secourir ses partisans, qui s'étaient emparés du château de Saint-Paul. Mais à son approche, le pape et Adalbert prirent la fuite, emportant avec eux les trésors de Saint-Pierre. L'empereur trouva la population de Rome divisée en deux camps ; les vagabonds, les voleurs et les bandits soutenaient le pontife; les citoyens honorables et le peuple s'étaient déclarés pour lui ■: la préseni:e de son armée changea la face des choses, tous jurèrent au prince une fidélité inviolable, et s'engagèrent à ne jamais élire un pontife sans son consentement ou celui du roi son fils.
Trois jours après l'arrivée d'Othon, les prélats Italiens et allemands, la noblesse, le clergé et le peuple romain, lui adressèrent leurs suppliques pour
l'engager à convoquer un concile afin de remédier à tous les désordres et aux maux infinis que souffrait l'Église. Othon se rendit à leurs jjrières, et fit tenir une assemblée dans laquelle se trouvèrent environ quarante ''vèques, treize cardinaux-prêtres, troisdiacres, plusieurs moines et un grand nombre de citoyens. Lorsque le silence se fut établi, l'emp.ereur appela à haute voix le pontife Jean XII; et comme personne ne se présentait pour répondre, il demanda i|uels étaient les motifs qui empêchaient le saintpère de paraître à cette auguste réunion.
Un évêque prit alors la parole : « Nous sommes surpris, seigneur, que vous demandiez ce que n'ignorent pas même les peuples qui habitent les lointaines contrées de l'Inde; les crimes de Jean XII ont été commis au grand jour par cet exécrable pontife, qui plaçait sa gloire dans l'infamie! » L'empereur demanda alors que les accusations fussent formulées d'une manière plus précise: aussitôt tous les évêques et les cardinaux se levèrent spontanément, et l'un après l'autre ils prirent la parole contre le pape, l'accusant de s'être rendu coupable d'horribles impiétés, de blasphèmes, de sacrilèges, de profanations, d'adultères, de viols, d'incestes, de sodomie, d'empoisonnements et de meurtres.
Pierre, cardinal-prêtre, déclara qu'il l'avait vu célébrer la messe en état d'ivresse; Jean, évêque de Narni, dit qu'il avait consacré un diacre dans une écurie; Jérôme, cardinal-diacre, affirma qu'à la suite d'une orgie le pape avait conduit une courtisane dans le temple, et que l'adultère s'était accompli sur les marches de l'autel. Enfin on lut un long mémoire dans letfuel se trouvaient inscrits tous les crimes de Jean XII. « Le saint-père était accusé d'avoir vendu l'épiscopat ; d'avoir ordonné prêtres ou évèques des enfants en bas âge, de s'être livré publiquement à des incestes monstrueux avec sa tante et avec la Marozie sa mère ; d'avoir dissipé le patrimoine des pauvres avec les courtisanes Rainier, Étiennette, Anne et sa nièce ; d'avoir transformé le sacré palais en un lieu de prostitution; d'avoir fait crever les yeux à Benoit, son père spirituel, qui était mort entre les mains du bourreau;, d'avoir fait égorger en sa présence le cardinal sous-diacre Jean, après lui avoir fait arracher les parties naturelles; et plût à Dieu, ajoutaient les prélats, qu'on lui eût fait à lui-même celte cruelle opération ! Enfin, on l'accusait d'avoir parcouru les rues de Rome l'épée au côté, le casque en tète et revêtu d'une cuirasse; d'avoir nourri des meutes de chiens, des chevaux de
chasse » Cette lecture achevée, ses anciens affi-
dés, clercs ou laïques, déclarèrent que le pontife avait bu du vin à la santé du diable ; ils affirmèrent qu'en jouant aux dés il invoquait le secours de Jupiter, et que dans ses orgies il s'appelait lui-même le prêtre de Vénus ; ils jurèrent qu'il ne disait ni matines, ni heures canoniales, et qu'il ne faisait point le signe de la croix.
Comme les Romains n'entendaient pas la langue saxonne que parlait Othon, il fit dire à l'assemblée par Luitprand, évêque de Crémone: >; Il arrive fpielquefois, et nous le savons par notre propre expérience, que les hommes élevés en dignité sont calomniés par les envieux; ne vous étonnez pas si j'é-
JEAN XII
prouve de la défiance en écoutant l'horrible accusation qui vient d'être lue par le diacre Benoît. Aussi, j'- vous en conjure au nom du Dieu qu'on ne peut tromper, au nom de sa sainte mère, et par le corps du saint apôtre Pierre, en présence duquel nous sommes réunis, je vous en supplie, n'avancez rien contre le pontife Jean XII dont il ne soit etïectivement coupable et qum ait été vu par des hommes dignes de foi. » Le clergé, la noMcsse et le peuple de Rome s'écrièrent ; 'Si le jiajie Jean n'a pas commis, les abomitiations que le diacic IJenoit vient de lire, et encore
illlS
re ne lions neur
d'autres ati nous délivr à jamais cl
nous place à sa gauche au jour du jugement dernier! » Itn fit venir dans le cuncile des soldats du prince qui déclarèrent avoir vu le saint-père l'épée à la main, le casque en tête, escorter ses courtisanes, et précéder les chariots qui emmenaient les candélabres , les crucifix, les calices, les burettes et les patènes sacrées. L'empereur répondit : - Chaque soldat de mon armée est un témoin irrécusable; je crois tout, et d'ailleurs ne sais-je pas moi-même que Jean s'est rendu coupable de parjure envers nous par sou alliance avec Adalbert? néanmoins nous entendrons sa défense avant de le condamner. »
En efl'et, le prince kii envoya cette lettre : «Nous sommes venus à Rome pour le service de Dieu, trèssaint Père ; et comme nous demandions aux prêtres la cause de votre absence, ils ont avancé contre vous des accusations horribles ; clercs et laïques vous ont accusé de sacrilèges, de concussions, dh<imicides et d'abominables incestes ; ils ont tous déclaré ijue vous aviez bu du vin pour l'amour du démon, que vous aviez invoqué dans vos orgies les dieux des païens qui président aux débauches. Nous vous prions instamment de venir vous justifier devant nous ; et si vous craignez quelque violencr du peuple, nous vous promettons avec serment de faire respecter votre personne, et nous vous donnons l'assurance qu'il ne se fera rien contre les canons. ..
Le pontife ayant lu cette lettre se contenta d'y faire cette réponse, qu'il adressa au concile : "J'apprends qu'on veut élire un autre pape; si vous persistez dans ce dessein, je vous excommunie au nom du Dieu tout-puissant, afin que vous u'ayiv Ii' pinivoirnidefaire cette élection, ni de cililurr la lui-si^.
Et des prêtres ont été assez insmsi's jmmu vuulnir réhabihter la mémoire de Jean XII, et pour .soulenii qu'après avoir fulminé sa bulle d'excommunication, cet exécrable chef de l'Église ne pouvait plus être déposé du pontificat !1...
L'assemblée, dont les fanatiques prétendent contester le pouvoir, jugea néanmoins qu'on ih'vait renverser de la chaire de saint Pierre \r iiimislir (jni la profanait, mais avant de rendre la sunlmcc, on le cita encore à comparaître devant le concile; voici la lettre synodale (|ui lui fui adressée : « Très-saint Père, vous n'avez point encore répondu à l'empereur Othon, et vous n'avez pas envoyé des députés pour expliquer vos moyens de défense; veuillez nous en donner les motifs. Nous consentons à reconnaître votre autorité si vous venez parmi nous pour vous justifier: mais si vous refusez de le faire sans donner
des excuses légitimes, nous mépriserons votre excommunication et nous la retournerons contre vousmême : car Judas avait également reçu avec tous les apôtres le pouvoir de lier et de délier ; mais après son crime, il ne put lier que lui-même. »
Adrien, cardinal-prêtre, fut chargé de porter cette seconde citation, qui demeura sans réponse comme la première ; alors les Pères s'assemblèrent pour la troisième fuis, et Othon ouvrit la séance par le discours suivant : « Nous avons attendu Jean pour form\iler nus plaintes contre lui; maintenant, comme nous savons i(u il ne viendra jioint, nous vous prions d'examiner sa cunihutu. Pendant qu'il était opprimé par Bérenger et par Adalbert. nos sftjets rebelles, il nous a envoyé des (li'iiuti's eu Sa\u. iinu'; ini]ilorant au nom de Dieu jiuni ipiu ii.uk Miis^inns d('livrer l'Italie et l'ÉgUse des dnix lyrans (jui la désolaient ; vous savez ce que j'ai lait. Cependant, oubliant la fidélité qu'il m'avait jurée dans ce lieu même, il a fait venir à Rome le tiailre .\dalbert; il s'est révolté contre mes troupes, et le ministre de paix, devenu capitaine de guerre, s'est revêtu de la cuirasse et du casque. Que le concile prononce son jugement! »
Un évêque répliqua au nom de tous : ;< Nous déclarons, seigneur, que pour un grand scandale il faut un remède extraordinaire. Si ce pontife exécrable ne nuisait qu'à lui-même, nous devrions le tolérer ! Mais comme son affreux exemple pervertit la chrétienté entière, nous vous prions donc, magnanime empereur, de chasser ce moq^tre de la sainte Eglise romaine, et de mettre à sa place un homme qui donne l'exemple de la sagesse et des vertus. »
Le prince répondit : •< Nous le voulons. >>
Tel fut le décret qui déposa Jean XII du siège pontifical, l'an 963.
Plusieurs auteurs ecclésiastiques prétendent qu'un pape ne saurait perdre l'auturit"'' sunveraine, i(nulqne grands que soient ses ciiuics : prusn' 1.' i.-iuilianv, disent-ils, est la plus KuqiaMr ilr^ hci.'Mr^. Alai, en admettant à la lettre la vice-déité des jioutilus, ijui voudra croire que Dieu ait pu confier le soin de son Église à un homme plus digne que Jean XII d'êti-e appelé l'émule d'Héliogabale? La foi la plus robuste, le fanatisme le plus stupide, ne sont-ils pas révoltés à l'idée d'une pareille morale? (Juoi ! un voliMir. un meurtrier, un incestueux, peut représenter diuuciurnt le Christ sur le trône pontifical ! Il peut i'x> (iimuunier les victimes de ses crimes infâmes! parce (|ue la religion le veut, le commande ainsi!
Lors(ju'on voit des monstres semblables à Jean XII assis sur la chaire de l'Apôtre, il est impossible de croire que l'esprit divin s'incarne dans les pontifes; car il faudiuil alors que l'humanité repoussât le christianisme lui- même comme une religion anti- ^^(Jl■lall■ et immorale. \':uiiêment le cardinal Baronius l'ialme, le Père Maimhouig et la plupart des histoiiens ecclésiastiijues avouent-ils que l'Eglise était alors gouvernée par des papes indignes; cette c>ufession ne suffit pas pour justifier l'institution de la papauté, au contraire elle la condamne, puisqu'elle vient corroborer cette vérité, que des hommes élus et consacrés pontifes ont dépassé par leurs débordements tout ce que le paganisme avait de plus hideux dans ses doctrines matérialistes.
HISTOIRP: DES PAPES
Élection de Léon VI
- Conspiration contre Olhon. — Les Romains attaquent la gard^ allemande. — Les conjurés sont vaincus Générosité de l'empereur.
Après la déposition de Jean, les évêcpies s'étant de nouveau réunis en concile, choisirent pour pontife le vénérable Léon, protoscriniaire de l'Eglise romaine, homme d'un mérite et d'une vertu éprouvés; l'empereur consentit à cette élection, qui se fit au milieu des acclamations de l'assemblée.
Le nouveau pape était Romain de naissance, et iils de Jean, protoscriniaire comme lui: il fut emmené avec pompe par les cardinaux au palais de La tran, selon la coutume, pour subir l'épreuve de la chaise percée; ensuite \\ fut ordonné dans l'église de Saint-Pierre: le clergé, les nobles et le peuple lui jurèrent fidélité.
Cette élection terminée, tout rentra dans l'ordre : et Othon, croyant n'avoir plus rien à craindre, ni du côté des Romains, qui l'avaient accueilli avec de si grandes démonstrations de respect, ni de la part de Jean XII, qui avait perdu toute son autorité dans la ville sainte, se détermina, pour soulager les citoyens, à renvoyer son armée dans ses quartiers d'hiver en Ombrie , et il ne retint près de lui qu'un petit nombre de troupes qui formaient sa garde particu- Hère. Mais il reconnut bientôt combien peu on doit compter sur la fidélité des prêtres; car ceux-là même qui avaient imploré son secours contre Bérenger furent les premiers à conspirer contre sa personne.
Jean XII secondé par les partisans qu'il avait conservés dans la ville, excita les mécontentements dans le peuple, fit répandre des libelles où il accusait le concile qui l'avait déposé, de s'être rendu coupable
d'une hérésie énorme, d'avoir méconnu le droit ecclésiastique, d'avoir renversé les traditions des Pères, d'avoir violé les canons contre toute justice, enfin d'avoir foulé aux pieds toutes les lois divines et humaines. A lui seul, disait-il, appartenait le pouvoir de convoquer légitimement le clergé, les nobles et le peuple romain ; à Dieu seul appartenait la puissance de juger un pape, quelque abominable qu'il put être, ainsi que l'avaient décidé le synode de Sinuesse, tenu sous le pontife Marcellin, et celui des prélats italiens et ultramontains, tenu dans la basilique ^e Saint-Pierre, en présence de Charlemagne. Il appelait^ Léon VIII un antipape ; l'empereur un tyran, un parjure, et il les vouait tous deux à l'exécration des hommes, ainsi que les évêques, les cardinaux, les diacres, les prêtres et les seigneurs qui avaient assisté à cette assemblée sacrilège. Il permettait aux fidèles de leur courir sus, de les frapper par le fer ou de les faire mourir par le poison, d'après l'autorité qu'il avait reçue de saint Pierre, lui, Jean XII, véritable pontife, élu, ordonné, sacré et intronisé canoniquement par tous les fidèles. Il avertissait les Romains que Dieu avait frappé d'aveugleirent l'exécrable Othon, qui était venu se livrer lui-même entre leurs mains avec une poignée de soldats ; il leur commandait de l'assiéger dans son palais, et de le massacrer sans pitié.
Pour donner plus de force à leurs déclamations, les agents du pape prodiguaient l'or aux ecclésiastiques, et promettaient que Jean, à son retour, parla-
Adélaïde, une des cuurlisanes de l'K.'lise c:i
gérait avec eux les trésors qu'il avait emportés dans sa retraite. Les haines secrètes, les ambiiions trompées, et surtout l'avarice insatiable du clergé, firent entrer dans la conspiration un grand nombre de prêtres; la populace, entraînée par le fanatisme, seconda leurs projets de rébellion ; et le 2 janvier 964, au signal donné par les cloches des églises, le clergé se réunit en armes, et marcha en ordre de bataille vers le pont du château pour surprendre l'empereur.
Instruit de la révolte par le bruit même des séditieux , Othou s'avança à leur rencontre à la tête de ses fidèles Allemands, et se saisit de l'entrée du pont, où il arrêta les Romains. Après une légère résistance, tous les prêtres lâchèrent pied, et prirent la fuite avec tant de désordre, qu'une panicpie se répandit parmi les rebelles ; tous en voulant s'échapper tombèrent les uns sur les autres, et restèrent exposés sans défense à la fureur des soldats.
Heureusement Léon VIE sortit au même instant du palais patriarcal et fit arrêter le carnage; le lendemain, le généreux Othon lui accorda encore le pardon des coupables, à la condition cependant que les Romains donneraient cent otages choisis parmi les personnes les plus influentes de la vdle, et qu'ils lui prêteraient im nouveau serment de fidélité.
Dans le même temps, on apprit la nouvelle de la reddition de ^lonte-Feltro , dernière forteresse où Bérenger, après un siège long et malheureux, s'était vu forcé de se rendre à discrétion ; il fut envoyé pri-
sonnier en Allemagne, où il mourut huit jours après. Sa chute était la juste punition de la violence qu'il avait voulu exercer sur la princesse Adélaïde, veuve de Lothaire, comte de Paris et duc de France, pour la contraindre à épouser son fils. Adélaïde, pour se garantir de ses persécutions, s'était placée sous la protection d'Othon le Grand; et celui-ci, par une ambition condamnable, non-seulement avait consenti à la protéger, mais encore l'avait épousée, ((uoiqu'il sût parfaitement qu'elle avait été souillée par les embrassements de Hugues, père de Lothaire, avant son mariage et même depuis son veuvage. Après tout, il importe peu à un roi d'épouser une courtisane, pourvu qu'elle ait des provinces en dot ! Othon la prit pour femme, parce que indépendamment des grands biens qu'il acquérait, son mariage avec Adélaïde lui fournissait le prétexte de revendiquer plusieurs duchés français et italiens qu'elle réclamait comme héritage de son premier mari. Plus tard nous veçrons cette même Adélaïde, deux fois adultère et incestueuse , devenir la maîtresse d'un pape et prendre place dans le catalogue des saintes!
Othon, regardant l'Italie comme entièrement pacifiée, se prépara à partir pour rejoindre son armée dans rOmbrie, et rendit les otages des Romains, espérant par cet acte de clémence s'attacher l'affection du clergé. ÎNIais à peine était-il sorti des murs de la ville, cpie les prêtres conspiraient déjà contre le prince et contre le pontife.
JEAN XII
Les dames romaines organisent une nouvelle révolte contre Tempereur Othon. — Jean usurpe une seconde fois le saint-siége. — Conciliabule du pontife. — fa cruauté. — Il fait couper la main droite au cardinal diacre Jean qui s'opposait à son usurpation. — 11 condamne Azon, protoscriniaire et ami de Léon, à avoir le nez et la langue arrachés et deux doigts de la main droite coupés par le bourreau. — Jean XII surpris en adultère est tué dans les bras de .sa maîtresse. — Réflexions sur les débauches de ce pontife.
Les femmes adultères etles courtisanes de Rome désiraient impatiemment le rétablissement de Jean XII sur le saint-siége ; elles parcouraient les tavernes, répandaient de l'or à pleines mains, et se livraient à des orgies dégoûtantes avec les vagabonds et les bandits, afind'augmentéf liMKjmlno despartisans de Jean XII. Bientôt elles iciisMiriit à former une armée de tous les scélérats di' lltaliL'; et cet infâme pape rentra en tnompbe dans iloini;par la porte Dorée, pendant que le vénérable Léon s'écliuppait seerèlement pai-dcssus les remparts, alln d'éviter la vengeance de son cruel compétiteur.
A poine installé au palais de Latran, Jean XII décréta la tenue d'un concile, et les mêmes prélats ([ui l'avaient proscrit, racclamèrent de nouveau devant le corps de Ttipôtre saint Pierre.
Le pape, entduré de baccbaiites échevelées et de hideux satellites, se leva de son sir-r, l't prononça le discours suivant ; « Vous saviv, mes cIuts frères, que j'ai été arraché du saint-siege \i.\v \.\ \i.ilriiri' de l'empereur ; aussi le synode que vous ;i\i/, irmi ici même pendant mon absence et au nn''|iiis des i niiumes et des canons ecclésiastiques, duil être anathématisé à l'instant; vous ne pouvez reconnaître pour dominateur temporel celui qui a présidé cette assemblée impie, m pour directeur spirituel celui que vous aviez élu pape. )>
Tous ces prêtres éhontés répondirent ; « Nous
avons commis une prostitution en laveur de l'adultère et usurpateur Léon le scriniaire.
« Voulez-vous le condamner? reprit le pontile. « Nous le devons. ■ iVqilKiiiciciil li's l'éics
Jean ajouta : -- Lis ].n-lals imlonnr^ |iai' nous peuvent-ils faire des onluniliuiis il,ais notre palais palriai-cal? El quelle esl volie pensée sur l'évèque Sicon, i[ue nous avnins sacn' de nos mains, et qui a
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Alors le pontife pronont;a la sentence qui condamnait Léon VIII ; il le déclara déposé de tout honneui sacerdotal et de toute fonction cléricale, avec menace d'anathème perpétuel s'il tentait de rentrer dans la ville sainte. On lit comparaître ensuite les
Jean, canlinal-d
\zon, protoscnmaire
prélats qui avaient été ordonnés pendant le pontificat de Léon; ceux-ci se présentèrent revêtus de chasubles et d'étoles, et ils écrivirent sur un parchemin qui leur fut donné : « Mon père n'ayant rien à lui, ne pouvait légitimement rien me donner. >• Après quoi ils furent dégradés et remis au rang qu'ils occupaient avant l'usurpation de Léon.
Le lendemain, à la seconde session de ce conciliabule, Benoît de Porto et Grégoire d'Albane, qui avaient été. saisis dans leurs palais, furent amenés devant les Pères. On leur fit lire à chacun ces paro'.es : « Moi, du vivant de mon Père, j'ai consacré à sa place Léon, officier de cour, néophyte et parjure; je l'ai fait contre toutes b'S ordonnances des Pères et les coutumes de l'Eglise. »
Ensuite Jean XII continua: « Quant à ceux qui ont prêté de l'argent au néophyte pour acheter la grâce de Dieu, nous les condamnons à perdre leur rang dans l'Église, s'ils sont prêtres ou diacres; et nous les excommunions s'ils sont prêtres ou laïques. Nous ordonnons qu'à l'avenir l'inférieur ne pourra jamais ôter le rang à son supérieur. Nous défendons aux moines de sortir des lieux où ils ont renoncé au siècle, et nous prononçons contre les coupables la peine de l'excommunication. »
Le concile adhéra à toutes les volontés du pape : le lendemain, iour de la troisième session, Sicon fut
condamné par contumace; et les prélats qui avaient. été dégradés dans les séances précédentes, furent rétabhs dans leurs dignités en considération de leur lâcheté ; le pontife, pour justifier l'irrégularité de cette action, allégua l'exemple d'Etienne III, qui avait dégradé et réélu des évêques nommés par Constantin. Ainsi se termina cette saturnale.
Le saint-père fit ensuite couper la main droite au cardinal diacre Jean; il fit arracher la langue et le nez à Azon, protoscriniaire , et lui fit couper deux doigts de la main droite.
Jean XII ne survécut pas longtemps à ce nouveau triomphe. Une nuit, il fut surpris par un seigneur romain dans les bras de sa femme ; et le mari, dans sa fureur, le frappa si violemment à la tête, qu'il lui ouvrit le crâne; le saint-père fut transporté sans connaissance au palais patriarcal, et il mourut huit jours après, le 20 mars 964. Les prêties firent courir le bruit que Jean s'était battu avec le démon.
Ce prêtre abominable a^ait souillé la chaire de saint Pierre pendant neuf années entières, et avait mérité d'être nommé le plus scélérat de tous les papes; cependant, ajoute Platine, il y eut des papes encore plus scélérats que Jean XII ! Le diable lui-même serait assurément assez embarrassé pour désigner celui des papes qui a surpassé les autres en crimes et en scélératesses ' !
HISTOIRE DES l'Ai'
BEXniT \
Les Romains persévèrent dans leur révolte contre O hon. — Election séditieuse de Benoît V. — Othon revient à Rome. Siège de la ville sainte. — Le pape monte tout armé sur les remparts pour repousser les ennemis — Kaniine dans Rome. Exil et mort de Benoît.
Bien persuadés qu'après avoir tiré^Tépée contie lin prince, il faut jeter le fourreau, les Romains persistèrent dans leur révolte; et au mépris des serments lie fidélité qu'ils avaient faits à l'empereur, ils élevèlent sur le saint-siége Benoit, cardinal diacre de l'Église. Un concours immense de peuple assista à cette élection, et tous, prêtres et bourgeois, jurèrent de détendre le pontife contre la puissance d'Othon, ou de mourir les armes à la main.
Benoît V, Romain de naissance, homme très-recommandable par son savoir et par ses vertus, fut intronisé sans obstacle, l'emperpur étant occupé pour îe moment aux opérations du siège de Gamerino.
Mais lorsqu'il eut appris la révolte des Romains, Othon leva brusquement le blocus et marcha enseignes déployées et sans s'arrêter jusque sous les murs de la ville "sainte, ou plutôt de cette affreuse Babylone de l'Apocalypse Ses troupes l'investirent do
tous côtés, interceptèrent les communications, et eiupêchèrent qu'aucun homme pût sortir de la place.
Encouragé par Benoit, le peuple supporta avt. courage les rigueurs du siège, et combattit vaillamment pour la défense de ses foyers; ou raconte qi.e le pape monta lui-même sur les remparts, re\êtu dises habits pontificaux, une hache d'armes à la main ,et que du haut des murailles il lançait des anatliimes sur les assaillants et abattait les ennemis qi : montaient à l'assaut.
Othon n'en pressa pas moins le siège avec vigueur, et bientôt la famine désola Rome; alors le peuple sentit diminuer son courage avec ses forces ; la ville se rendit à discrétion et ouvrit ses portes à Othon et à Léon '\TII, le 23 juin 964.
Benoît fut exilé à Hambourg, où il mourut de chagrin : ainsi finirent tous ces troubles, dont l'infâme Jean XII avait été le principal auteur!