‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 104 sur 125 · LÉON VIII · texte numérisé non relu

LÉON VIII

Concile de Rome. — Cérémonies pour la déposition de Benoît. — Décret en faveur de l'empereur. — Le pontife accorde à Olhoii l'invesàture des évêques et le droit d'élire les papes. — Réflexions sur la servitude des papes envers les empereurs. — Ltion permet aux évêques de la Bavière de se marier. — Mort de Léon.

Devenu maître de Rome, < Khoii ïonyd une seconde fois les citoyens à reconnaîtn' pour ]r.i-^i,- Léon VIII.

Le pontile convoqua aussii.M rii rniii-ile dans l'éf,'lise de Latran les prélats et les seigneurs romains, italiens, lorrains et saxons : Bencàt \', revêtu des habits pontificaux, l'ut araeni' devant les prélats qui Tavaient consacré; et l'eieliidiaeiv rardinid Benoll, Uun de ces apostats qui a-,;iiHiit niau |ué trois lois à leurs serments, osa insultci à son iiialaeur,en lui demandant par quelle autorité et de quel droit il avait revêtu les ornements pontificaux pendant la vie du vénérable Léon. •< Ne te souvient i! plus, usurpateur, ajouta rindigne arehidiacie, que tu as choisi pour chef avec nous le vénérable Léon, après avoir l'ejeté de l'Église l'abominable Jean? Peux tu nier lo serment fait par toi à l'empereur ici présent ? Rél)onds, as-tu juré que jamais toi ou les autres Romains vous n'éliriez ou n'ordonneriez un pontife sans le consentement du magnanime Othon ou du roi son fils? »

Benoît pâlit en entendant ces interpellations faites d'un ton menaçant; la crainte d'un supplice terrible s'empara de, son âme ; il tomba k genoux au milieu du concile, et s'écria d'une voix lamentable : « Parion, mes frères; j'ai failli, ayez pitié de moi. « Le prince, ému à ce spectacle, pria 'l'assemblée de ne porter aucune atteinte à la vie de l'accusé; il demanda seulement qu'on l'interrogeât sur les accusations de simonie et de rébeUion.

Ce malheureux pajio, l'esprit troublé par la terreur,

se traînait sur les genoux eu demandant grâce à l'empereur, à Léon VIII et aux évêques; enfin, au miheu de ses sanglots, il avoua qu'il se reconnaissait coupalile; il ùta son pallium et tendit eu tremblant la férule ou bâton pastoral qu'on lui avait mis i la main. Léon le prit, le rompit eu plusieurs pièces et les montra au peujile. ciisuil.' il lil étendre à terre le patient d lui arrai.-lia la chasiiMr rt l'étole, en disant : « Nous privons du pontili at et de la prè- Iris'' riisiirpat..'ur du saint-siége, et nous ne lui laissons la vie ([lie par égard pour le souverain qui nous a rétabli sur le trône". »

Après ce jugement, Benoît fut chassé du concile : ensuite on s occupa de rendre un décret par lequel le saint-père, le clergé et le peuple confirmèrentà Othon et à ses descendants le dioit de choisir leurs successeurs pour le royaume d'Italie, d'établir les pontifes, de donner l'investiture aux prélats ; enfin on décida que dans l'avenir aucune élection de pape, d'évèque ou de patrice, ne pourrait être laite sans le consentement de l'empereur.

Dans cet acte, le saint-père s'autorisait de l'exemple du pontife Adrien, qui avait accordé à Ghailemagne, avec la dignité de patrice, l'ordination du saint-siége et le droit de nommer aux prélatures vacantes ; ce droit d'investiture devint dans les siècles suivants le sujet de longues contestations entre les souverains temporels et les chefs spirituels de l'Église, qui réclamaient l'indépendance des élections. Cependant il est certain qu'avant même Gharlemagne le

consentement des empereurs grecs était nécessaire pour l'ordination de l'évêque de Rome, comme l'attestent tous les historiens. Depuis le règne du grand Otlion, les élections ne furent pas précisément enlevées au peuple ni au clergé, mais eUes furent soumises au contrôle de l'empereur. Quand un prélat était mort, on portait sa crosse et son anneau au prince, qui les donnait à celui qui devait prendre possession du bénéfice ; le nouveau titulaire ne pouvait se faire sacrer par son métropolitain qu'après avoir rempli cette formalité. Les autres charges ecclésiastiques étaient conférées par le chef du diocèse, à moins que le prince ne voulut présenter quelqu'un de ses favoris; et il suffisait même aux rois de recommander un de leurs sujets , pour qu'en vertu de celte expectative il fût pourvu à la première vacance. C'est ainsi qu'en usèrent les empereurs d'Occident et particulièrement les trois Othon.

Malgré ces précédents nombreux et incontestables, le cardinal Baronius entreprit de prouver la falsification des deux actes d'Adrien t' et de Léon VIII; il déclama avec beaucoup d'aigreur contre le moine Sigeberl, qu'il accusait d'avoir fabri([ué ces pièces

pour favoriser l'empereur Henri IV, dont il soutenait le parti contre Grégoire VII. Si l'on voulait réfuter les écrits de Baroniiis, il suffirait d'observer que les raisons avec lesquelles il combat l'authenticité de l'acte d'Adrien sont complètement erronées ; il prétend que darfs un de ses capitulaires Charlemagne laisse au clergé et au peuple l'élection libre de leurs évêques; mais ce capitulaire, attribué au grand empereur, est au contraire de son fils Louis L Débonnaire, comme l'a prouvé dans le second volume dises conciles le savant et consciencieux Père Simon L'acte d'Adrien, cité plus de cent quarante ans après dans un décret rendu par Léon sur le même sujet. se trouve encore dans Gratien, quoique les écrits de cet historien aient été corrigés et falsifiés par Grégoire XIII.

Léon ^'III n'ayant plus de compétiteur, gouverna encore l'Eglise pendant un an et quatre mois ; il mourut au commencement d'avril, l'an 965.

Sous son règne, la cour de Rome avait autorisé les évêques de Bavière à se marier; fait remarquable, qui depuis fut tenu dans l'oubli par la politiqui^ de tous les adorateurs du saint- siège.

Intionisation de Jean XIII. — Révolte des R un rie ses ennemis. — Olhoii pt'iiLti.- en II de Rome. —11 fait déterrei' 1.- c;vh. . i .■ de en Pologne. —"Histoire 'de la coiiM-biuii J malheureux qui refusent d'enjljias>i saint-siège. — Conversion des Hong lie Ravenne. — Métropole de Magdeh envoie des légats à Constanlinople. elle

— Le pontife est cbassé de son siège. — Il fait assassiner le comte Rofrcde, •n Italie. — l'imiti n des rebelles. — Vengeance exercée par Jean XIII contre le préfet lie Hidiède. le lait tiainer dans les boues de la ville et jeter à la voirie. — Un miracle m des l'nlonais- — Fanatisme du roi Miec-ilas. — Il condamne au supplice du feu les r le christianisme. — I es prêtres romains envahissent la Pologne et la soumettent au )is. — Deux femmes changent la religion de la Pologne et de la Hongrie — Concile urg. ~ Evéclié de Prague. — Pèlcriiiag» de Mlada, la vierge ( e Bohême. — Le pa]'e à Constantmople. — Mépri- des Ore^s pour Jean XIII. — L'empereur NiC"phore créo de nouveiu.\ archevé- Italie. — Miracle éclatant de la chaîne de saint Pierre. — Dunslan, archevêque de Cantorbéry. — Raptême des cloches, de Jean XIII.

Qthon 1" n'ayant pu gagner l'affection des Romains par sa douceur, se fit au moins redouter d'eux par ses armes toujours victorieuses; uussi, ajirès la mort de Léon Mil, n'osèrent ils pu nt pir.céder à une nouvelle élection sans l'auliiri-ution du Tempeleur; en conséquence ils lui députèrent Azon, piotosci-iniaire, et Marin, e'.èipie Je Sutii, pour le prier de nommer un pontife. Le prince reçut les envoyés avec honneur, et, satisfait de la délérence iiu'on lui montrait, il permit aux Romains d élever sur le trône pontifical un homme de leur choix, exigeant néanmoins que 1 élection eût lieu en présence lie ses commissaires Oger et Linzon. prélats de Spire et de Crémone. On porta d'un commun accord l'évpque de Narni au saint-siége, et il fut consa<-ré sous le nom de Jean XIII ; il était Romain et fils d'un évêque appelé aussi Jean.

Dès les c immencements de son règne, le nouveau pape traita avec tant de hauteur les premiers citoyens et les gens de métiers, qu'il s'attira leur inimitié, et Jiientôt il fut chassé de Rome.

Ce fait est diversement raconté par les auteurs; quelques-uns afSr-nent que Rofrède, comte de Camp.niie, et le préfet Pierre, secondés par les chefs de

corporations, arrêtèrent le pontife, l'enfermèrent au château Saint-Ange ei l'envoyèrent ensuite à Capoue, oi!i il passa onze mois en exil; mais Maimbourg,après avoir fait l'éloge de la conduite irréprochable, de la pureté de mœurs de Jean XIII, assure que le gouverneur de Rome, les principaux magistrats, les tribuns du peuple ou les capitaines des quartiers, voulurent entraîner le pape dans une révolte contre l'autorité souveraine, et que sur son refus de se joindre à eux, il fut assailli dans son palais à coups de pierres, chassé de la ville sainte et contraint de se retirer chez le comte Pandulfe, sonami, qui habitait Capoue.

Peu de temps après , le" saint-père soudoya quelques bandits de la Calabre, et fit assassiner L comte Rofrède, son ennemi déclaré que les Romains avaient pris pour chef. La mort du consul et la défaite d'.\dalbert, dont les troupes avaient été taillées en pièces sur les bords du Ptj par l'armée de Burchard, lieutenant du grand Othon, vint porter le dernier coup à la rébellion.

Les Romains, ayant perdu leurs chefs, et ne pouvant plus compter sur Adalbert ni sur les Lombards, furent saisis de terreur à la nouvelle de l'approche de l'empereur, qui passait les Alpes dans le dessei»

JEAN XIII

de punir sévèrement leur révolte ; ils s'empressèrent de rappeler Jean XIII et de le rétablir sur le trône pontifical, espérant qu'il se placerait entre eux et la colère du souverain ; mais ils se trompèrent dans leurs calculs.

Otlion, à son entrée en Italie, fit saisir le prélat de Plaisance et les seigneurs lombards qui s'étaient déclarés pour Adalbert, et les envoya prisonniers en Allemagne ; ensuite il s'avança vers la ville sainte, où l'on célébrait alors la fête de Noél. Tous les citoyens étaient dans la consternation et dans l'effroi; car l'empereur, justement irrité de leur perfidie, avait déclaré qu'il refuserait un nouveau pardon. En effet,

après

prime fît pendre douze des prinrl il abandonna le préfet Pierre à

cipaux d

la discrétion du jidiitil'e.

Jean, au lieu d'intercéder pour son peuple, s'abandonna à toute sa rage contre la malheureuse victime qui lui avait été livrée ; il fit couper le nez et les lèvres à l'infortuné pri^fct, et le fit attaclier par -les cheveux au cheval de hi sl;itue éipirstre de Constantin ; par ses oïdies lis liimii-eaux sduillèrent son visage d'excréments humains ; ensuite ou lui arracha ses vêtements, on le plaça à rcljours sur un àne, avec des sonnettes h la tète et aux jambes. Ilaus cet état, il fut promené et flagellé parles exécuteurs publics dans toutes les rues de la cité et jeté tout sanglant dans un horrible cachot. Enfin Jean XIII fit déterrer le cadavre du comte Rofréde. le même qu'il avait fait assassiner, ainsi que celui d'Etienne L' vestiaire ; il les foula aux pieds sur la place publique, les fît traîner dans la boue , et ordonna au bourreau de les jeter dans les cloaques impurs de la voirie.

Les cruautés du chef de l'fjgli^g épouvantèrent le grand Othon, qui mit fin à ces sanglantes exécutions; le prince exigea seulement que les Romains se soumissent à des lois capables de les maintenir dans l'oljéissance ; à cet effet , il rendit de nouveaux décrets pour remplacer les capitulaires de Charlemagne; et les ordonnances de l'empereur des Franks firent place à une législation sévère et martiale.

Pendant que l'Italie gémissait sous le despotisme des papes, la malheureuse Pologne ouvrait les portes de ses villes à des prêtres qui avaient capté la confiance de Alieczislas, duc de ces contrées. On raconte que ce prince était né aveugle, mais qu'à l'âge de sept ans, lorsqu'on lui eut rasé la tête, selon l'usage de ces peuples, il recouvra la vue tout à coup. Sa mère, transportée de joie d'un événement aussi extraordinaire, conduisit aussitôt le jeune enfant dans la salle où étaient réunis les seigneurs de la province. Ceux-ci étonnés d'un semblable prodige envoyèrent chercher les devins les plus renommés qui déclarèrent que sous le règne de Mieuzislas la Pologne serait éclairée par une grande lumière.

Le duc régnant donna tous ses soins à l'éducation de son fils, qui lui surcéda l'an 964. Malgré la prédiction des devins, les commencements de ce règne ne répondirent pas aux espérances qu'on en avait conçues; le nouveau duc fut battu dans toutes les guerres qu'il soutint contre ses voisins ; en outre il négligeait le gouvernement des affaires publiques, et passait les journées entières dans les festins et les nuits dans les bras de ses concubines. Gomme le

prince, épuisé par les excès, .•(ait menacé d'impuissance, il fit ])nblicr dans t(jus ses Etats que ceux qui lui indi([ueiaieuf les moyens d'avoir un héritier seraient L;i''ni'reiisriiicnt ri'conqiensés : aussitôt quelques prètii's. qui s'étaient déjà répandus dans la

comme iiiaiririens. l'I lui :i^~iii. m ni i|n'il "blieiidrait inl'ailliblenii'iil un lils, s'il :ili|iir;ijl le iiau'aïusine, s'il ri'qiiidiait les cnuiiisanes ([iii remplissaient son palais, el s'il épiiiisalt une femme chrétienne. Les priuces allemands dont les Etats étaient limitrophes, et qui avaient déjà embrassé le christianisme , appuyèrent ces moines de tout leur crédit ; et bientôt Mieczislas, superstitieux comme le sont tous les gens ignorants, céda à leurs instances, et se décida enfin à envoyer une ambassade à Boleslas, roi ou duc de Bohême, pour lui demander eu mariage sa fille Dambrawca, qui était dou e d'une beauté remarquable.

Ce monarque répondit aux ambassadeurs qu'il lui était impossible ,r;iiT(.|,li'r les pinpnsiliuns de leur ninilie, p.iirc (|ne les (■|in''tii'iis ne |i(iii\aient s'allier aviv d.-i,l,,l:Un-; i„;ii~ qnrs',! rniisei. I lilt à se faire bnpIiMTct ^1 mtin,],,,,-,. la reliL;ioii du Gliiisl dans ses

sèment. .Mnxv.islas adhéra aux désirs de Boleslas, et avant môme .l'accomplissement de son mariage, il permit aux missionnaires romains de prêcher l'Evangile à ses peuples; néanmoins il différa de se convertir jusque après son union avec labelle Dambrawca, qui eut la gloire de le soumettre à Jésus-Christ.

Bientôt le duc devint un propagateur ardent de la nouvelle foi : il fit briser tous les simulacres des faux dieux, confisqua les biens des malheureux qui restaient attachés à leurs anciennes croyances, et en fit même brûler quelques-uns. Le pape, qui avait amené par ses intrigues cette heureuse conversion, se hâta d'envoyer en Pologne des légats afin d'assujettir ce nouveau peuple à son siège; il nomma deux archevêques, l'un à Clnesne, l'autre à Gracovie; il établit sejit i''vè(lii's. plusieurs églises collégiales, des abbaye>. ri il ivuiplit le pays de moines et de prêtres. Tous cosesrlaves mendiants avaient mission de prélever sur ces contrées une dîme extraordinaire pour le saint-siége : le fanatique Mieczislas adhéra aux ordres du pontife, et assigna même des terres considérables pour l'entretien des nouvelles églises; Dambrawca donna les vases et les ornements nécessaires au service divin; enfin d'un côté le fanatisme du prince, de l'autre, l'avarice du clergé, dépouillèrent bientôt la noblesse et le peuple en faveur de la cour de Rome.

Dans le même temps, Ga'isa ou Ge'isa, prince de Hongrie, ayant entendu parler de la beauté d'Adéla'ide, sœur de Mieczislas, en devint amoureux sur le portrait qu'on lui en fit, et l'envoya demander en mariage La recherche de ce. monarque fut agréée , et bientôt la jeune épouse, aussi ardente pour la religion que le duc son frère, persécuta son mari pour lui faire abandonner le paganisme. D'abord le prinoe résista aux instances de sa femme; mais enfin, obsédé par ses prières, ou plutôt cédant à ses menaces, il consentit à se faire baptiser, et l'Évangile éclaira la Hongrie parce qu'une reine refusait de partager la couche d'un pa'ien ! Ainsi, la beauté de deux fem

mes fit en quelques jours ce que depuis huit siècles les papes et les empereurs n'avaient pu exécuter!... Après avoir établi d'une manière durable son autorité dans Rome, l'empereur Otbon, accompagné du souverain pontife, entreprit de visiter les principales cités de la Toscane et de la Romagne just[u'à Ravennc. Lorsqu'ils furent arrivés dans cette dernicie ville, ils convoquèrent un coiiiilc où se réuniient plusieuv» é-éques de l'Italie, de la (lerrnanie et de l;i (laulc: l'assemblée eut lieu dans la l.iasilique de

Les Pères confirmèrent le jugement rendu contre Hérolde, archevêque de Salzbourg, ([ui avait été déposé par les papes précédents, et condamné à avoir les yeux crevés par le bourreau. Ce prêtre indigne avait en eflet dépouillé les églises pour enrichir ses maîtresses : il avait donné les trésors des pauvres aux païens pour acheter leur protection; il avait conspiré avec les idolâtres contre l'empereur, et s'était révolté contre sa domination; enfin il "'était mis lui-même à la tète d'une troupe de lirigands qui rançonnaient es villes et massacraient les voyageurs. Un saint évoque nommé Frédéric avait été élevé à

P .i <l il II lii

sa place par les seigneurs de la Bavière et par le; clercs de la province; mais comme Hérolde, quoiqui aveugle et déposé, continuait à dire la messe et à < porter le i>;illium, .Tran XHI fut obligé, pour valider 1 l'éleclinii ,li\ iMuxeiiu prclat de Salzbourg, d'excom- | munier ur.c srcoiide fois tous les adhérents du condamné. On s'occupa ensuite d'ériger Magdebourg en | métropole, ou plutôt de confirmer ce qui avait été % fait en 962. On régla également plusieurs points qui intéressaient l'Eglise romaine; et enfin Othon confirma la donation qui avait déjà été faite au saintsiége de la ville et du territoire de l'exarchat de Ravenne.

L'empereur désirant assurer la conversion des Slaves, qui était son ouvrage, et en même temps faire un acte de clémence, fit sortir du monastère de Weissembourg, dépendant du diocèse de Spire, le prince Adalbert, son ancien ennemi, qu'il y avait renfermé, et il le nomma au siège de Magdebourg.

Adalbert vint ensuite à Rome pour demander le pallium ; non-seulement le saint-père le lui accorda en l'autorisant à gardei^ l'abbaye de Weissembourg, mais encore il lui conféra plusieurs privilèges impor-

tants; il le fit primat de Germanie, et l'éleva en dignité au même rang que les métropolitains de Cologne, de Mayence et de Trêves; il lui conféra le droit

de siéger au milieu des évêques cardinaux de Rome, et le pouvoir d'ordonner douze prêtres, sept diacres et vingt-quatre cardinaux suivant l'usage de l'Église

latine; enfin il l'établit métropolitain de toute la nation slave, au delà des fleuves appelés Elbe et Sala, et lui permit de fonder des prélatures dans les villes de Gisi, de Misui, de Alersbourg, de Brandebourg, de Havelberg et de Posnam, déclarant tous ces évèques sulîragants d'Adalbert.

Jean XIII formula tous ces décrets dans un synode; ensuite il envoya le nouveau prélat prendre possession de son siège : Guy, chef du diocèse de Sainte-Rufine et bibliothécaire de l'Eglise romaine, et le cardinal Benoît furent désignés pour l'introniser dans son siège. Le peuple, le clergé et les principaux citoyens de Magdebourg reçurent avec soumission et de grandes démonstrations de joie leur métropolitain et confirmèrent son élection.

Vers le même temps, Boleslas, duc de B.ohême, mourut, laissant pour successeur de ses États un jeune fds que sa douceur et sa vertu firent surnommer le Bon, pour mieux faire ressortir les vices et la férocité du père, qui l'avaient fait nommer Boleslas le Cruel. Le nouveau duc de Bohême était sincèrement chrétien; il protégeait les étrangers, cherchait à développer les arts, et soulageait les malheureux peuples autant que le lui permettaient les moines et les prêtres odieux qui avaient envahi son royaume.

Sous son règne, Mlada, sœur de ce jeune prince, surnommée la Vierge de Hongrie, fit un pèlerinage à Rome : le souverain pontife, rendant hommage à la pureté et au grand savoir de cette princesse, la bénit, la consacra abbesse, et changea son nom en celui de Marie; il lui donna la règle de saint Benoît, le bâton pastoral, et des lettres pour le duc de Bohême. «Votre sœur, écrivait-il à Bcl;slas, nous a demandé notre consentement pour l'érection d'un évèclié dans votre principauté; nous en avons rendu grâces à Dieu, qui permet ainsi que son Église s'étende chez toutes les nations ; nous consentons à ce que la basilique des martyrs de saint Vitus et saint Venceslas soit érigée en siège épiscopal, et nous permettons que l'église de Saint-George devienne un monastère de filles soumis à la règle de Saint-Benoît et confié à la direction de notre chère fille Marie.

« Néanmoins je vous blâme d'avoir suivi jusqu'à présent le rite des Bulgares ou des Russes, et d'avoir employé l'idiome des Slaves dans vos prières ; pour l'avenir je vous engage à prendre un évêque qui soit instruit des lettres latines et capabla de conduire nos fidèles de l'Eglise de Bohême. »

Pour se conformer à cette bulle, le duc s'empressa de choisir pour chef du clergé de Prague un moine de Saxe appelé Ditmar, qui fut consacré par le métropoHtain de Alayence, et intronisé avec les acclamations du peuple et des ecclésiastiques.

Dans cette année 968, le jeune Othon, qui déjà avait été associé à l'empire, fut couronné empereur d'Italie par Jean XIII ; et sur l'invitation d'Othon le Grand, le pontife envoya des nonces à Constantinople pour demander en mariage la fille de Nicéphore Phocas. Mais comme le pape, dans ses lettres, donnait à Othon le titre d'empereur des Romains, et n'appelait JSicéphore qu'empereur des Grecs, ceux-ci repoussèrent la demande et répondirent au saint-père : «Quelle est donc votre insolence, prêtre barbare qui osez traiter ainsi le souverain du monde? Comment

la mer n'a-t-elle pas abîmé le vaisseau et les ambassadeurs qui portaient un pareil blasphème? Maintenant notre seule crainte est de ne pas trouver un supphce assez terrible pour punir vos nonces insolents, ces rustres, ces misérables esclaves couverts de haillons sacerdotaux ; et si nous consentons à ne pas les faire mourir, c'est que nous nous regarderions comme souillés, si nos mains versaient un sang aussi abject ! »

En efî'et, on jeta en prison les envoyés de l'Église d'Occident en attendant que l'empereur fît connaître sa décision. Mais Luitprand, qui avait été député par son souverain pour la même affaire, obtint enfin une audience du patrice Christophe, et demanda la grâce des légats. Cet eunuque lui dit : « Vous ne devez pas trouver mauvais que nous retenions en prison ces prêtres maudits, et que nous les ^)unissions de l'insolence de l'évêque de Rome (si toutefois on peut qualifier ainsi un homme qui s est déclaré le protecteur du fils d'Albéric, l'apostat, l'adultère, le sacrilège et l'incestueux), celui que vous appelez Jean XIII, et qui ose adresser à notre maître des lettres où il le traite d'empereur des Grecs ! L'insolence de votre pape égale son ignorance ; il ne sait donc pas que le magnanime Constantin, lorsqu'il transféra le trône impérial dans Byzance, amena tout le sénat, toute la noblesse avec lui, et ne laissa dans Rome que des esclaves, des pêcheurs, des cuisiniers et une populace immonde. »

Luitprand répondit : « Le pontife Jean XIII, au lieu de vouloir offenser Nicéphore Phocas, a pensé qu'il lui donnait un titre agréable ; car les empereurs grecs ayant renoncé aux mœurs, aux vêtements et au langage des Latins, il a supposé que le nom d'empereur des Romains pouvait le mécontenter; mais à l'avenir il changera la suscription de ses lettres. »

Cette réponse adroite tempéra l'indignation des Grecs. Nicèjihore et son frère répondirent eux-mêmes à l'empereur Othon ; quant au pape, le curopalate fut chargé de lui écrire pour le menacer de le punir sévèrement s'il ne se corrigeait pas; on ne voulut même pas que les pauvres nonces du saintsiége. fussent les porteurs de cette réponse; et elle fut confiée à Luitprand, qui nous instruit de toutes ces particularités dans la relation qu'il a laissée de son ambassade à Constantinople.

Ensuite l'empereur d'Oiient ordonna au patriarche Polyeucte d'ériger Otrante en primatie, et de ne plus permettre qu'on célébrât l'office divin en langue romaine dans la Pouilie et dans la Calabre, parce que, disait-il dans son décret, tous les èvêques latins sont den simoniaques, des adultères et des apostats. Sur l'invitation expresse du prince, Polyeucte envoya au prélat d'Otrante des lettres par lesquelles il le déclarait métropohtain, avec le pouvoir de consacrer des èvêques aux sièges de Turcico, Gravina, Tricario et Acirentola. De son côté, Jean XIII érigea deux archevêchés dans cette partie méridionale de l'Italie, qui jusque-là n'avait eu d'autre métropole que la ville de Rome.

Capoue devint un siège supérieur, qui fut confié à Jean, frère du prince' Pandulfe ; etBènévent, en considération du corps de saint Barthélemi qui y reposait, ou plutôt à la recommandation de Pandulfe,

JEAN XIII

L'église de saint George, en Bohê

qui était également seigneur de cette ville, devint un siège archiépiscopal qui fut soumis à l'autorité de Pandulfe lui-même. Jean lui envoya le pallium, et lui concéda le droit d'élire dix suïïragants, sous la condition expresse que ses successeurs viendraient se faire consacrer par le pape. Un concile, tenu à Rome l'an 969, rendit ces décrets, et la bulle qui promulgua l'élection fut souscrite par le pontife, par l'empereur et par vingt-trois évêques.

Des chroniqueurs racontent un singuUer miracle opéré sur un des seigneurs de la suite du prince Othon, qui était possédé du démon. Cet infortuné, dans ses accès de fureur, se meurtrissait le visage et se déchirait les bras et les mains avec les dents : l'empereur, profondément affligé de l'état de son favori, ordonna que le démoniaque serait présenté au pontife, afin qu'il lui mît autour du coula fameuse chaîne de saint Pierre. Le pape fit placer successivement

sur le possédé plusieurs chaînes sembla) îles pour la forme à celle de saint Pierre, qui ne tirent aucun effet; mais lorsqu'on lui eut fait toucher la véritable , une fumée épaisse sortit tout à coup du corps du démoniaque, des cris affreux se firent entendre dans les airs, et le démon fut chassé de sa demeure. Thierry, évêque de Metz, qui était un des témoins du miracle, fut tellement enthousiasmé de la puissance de la chaîne apostolique, qu'il se jeta sur le jeune seigneur, saisit la relique, et jura qu'il ne l'abandonnerait que si on lui coupait le bras. Le saintpère, qui avait dirigé toute cette jonglerie, consentit à laisser au prélat les anneaux qu'il tenait dans la main, pour se mettre à l'abri des interprétations défavorables, si le même miracle ne se reproduisait pas avec les anneaux comme avec la chaîne entière.

A cette époque, le vénérable Dunstan, archevêque de Cantorbéry, venait de censurer un des plus puissants comtes de l'Angleterre, et l'avait excommunié à cause du mariage qu'il avait contracté avec une de ses parentes. Le roi lui-même ne put adoucir la sévérité du prêtre, qui déclara le favori du prince retranché de la communion des fidèles jusqu'au jour où il renoncerait à son union criminelle. Alors on eut recours au souverain pontife, qui vendit des lettres apostoHques qui enjoignaient au prélat anglais de recevoir le comte dans l'église et de l'admettre à la sainte table; mais l'opiniâtre Dunstan répondit : « Quand je verrai le repentir du pécheur j'obéirai au pape ; jusque-là aucun homme, quelle que soit sa dignité, ne m'empêchera d'observer la loi de Dieu. »

Il paraîtrait que le pouvoir suprême de lier ou de délier, ou l'infaillibilité pontificale, n'était pas admise par le métropolitain de Cantorbéry ; aussi le comte fut-il obligé de se séparer de sa femme pour obtenir son admission dans le temple.

Ce fut Jean XIII qui introduisit la coutume singulière de bénir les cloches, ou de les baptiser : on a prétendu que cet usage était antérieur à son règne, mais nous n'en trouvons aucune trace avant lui ; il est donc certain que l'Église lui doit cet abus du plus auguste des sacrements, ainsi que le témoigne d'une manière irrécusable l'inscription de la grande cloche de Saint-Jean de Latran, à laquelle il donna son nom.

Selon quelques légendaires, cette cloche, après avoir reçu le baptême, aurait acquis la vertu spirituelle de mettre en fuite les démons, lorsqu'ils s'étaient emparés du corps des ■ fidèles. Un moine du Mont-Cassin affirme avoir été témoin d'un de ces singuliers exorcismes. « C'était à l'heure de none, dit-il dans sa légende ; une jeune fille était conduite par sa mère à la basilique, et comme elles commencèrent à monter les degrés du parvis, le son de la cloche retentit pour appeler les Romains à la prière. Aussitôt je vis cette pauvre fille tomber en d'horribles convulsions, et j'aperçus l'esprit des ténèbres s'échappant de l'extrémité de ses vêtements, sous la forme d'un enfant nouveau né, qui disparut subitement, emporté dans les airs. »

Jean XIII mourut l'an 972, le 6 septembre, après avoir occupé la chaire pontificale près de sept années.

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