‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 105 sur 125 · BENOIT VI · texte numérisé non relu

BENOIT VI

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Mort de l'empereur Otlion. — Troubles à Rome,

ioentius veut rétablir l'antique liberté, conjurés. — Mort tragique du pape.

Benoît s'oppose au dessein de

Les historiens placent l'époque de la mort de l'empereur Ollion au 7 mai 973. Le prince avait assisté aux matines et à la messe dans la même journée ; mais aux vêpres, après le Magnificat, il tomba frappi'd'apdiili'xie foudroyante. Les seigneurs qui rentnurairiit s Vmpressèrent aussitôt pour lui porter sccnurs; ih''j;L il était trop tard, et l'empereur était entré dans l'éternité.

Othon avait régné trente-six ans comme roi de Germanie, et onze ans comme empereur d'Italie. Ce prince, doué d'une activité incroyable et de gi'ands talents militaires, joignait à ces qualités une prudence et une sagesse consommées qui rappelaient l'illustre Charlemagne ; comme lui, il avait tenu dans ses mains les destinées de l'Italie, et Rome avait été domptée par ses armes toujours victorieuses. A peine fut-il descendu dans la tombe que toutes les ambitions s'agitèrent dans la ville sainte; mais bientôt le parti de Centius ou Crescentius domina tous les autres, parce qu'il ralliait autour de son drapeau les amis de la bberté du peuple.

Cet homme courageux avait conçu la généreuse pensée de rélabHr l'ancienne répuMique romaine; il appela les citoyens aux armes et délibéra avec eux sur les mesures qu'il convenait de prendre pour exécuter leurs nobles projets. Tous reconnurent la nécessité de renverser le nouveau pontife, qui était la créature de l'empereur ; et afin que le peuple pût se regarder comme délié du serment de fidélité qu'il

avait prêté, ils décidèrent qu'on lui arracherait la vie. En conséquence, Crescentius, à la tête d'une troupe de soldats, envahit le palais pontifical, s'empara de la personne du pape, entraîna Benoît dans la cour du cliàtuau, et le fit étrangler. Justice expéditive dont les peuples devraient faire plus souvent usage à l'é- ,i;ard d.s rois et des empereurs!

liiMi.iii \\ (■i,nt Romain de naissance et fils d'Hildebraud ; srs momrs étaient infâmes, et plusieurs écrivains assurent que sa mort tragique, qui suivit de pou de jours son exaltation pompeuse, était une juste punition de tous les crimes de sa vie.

Ils ajiprouvent hautement le républicain Crescentius d'avoir délivré Rome d'un mauvais pape. D'ailleurs cette sanglante exécution n'aurait-elle pas une excuse aussi légitime, qu'elle serait justifiée par la nécessité où se trouvait le peuple romain de se défaire d'un pontife qui voulait exerctu- sur la ville sainte une tyrannie odieuse; ensuite ou déviait tenir compte de la barbarie de cette ép()i[ue, i[ni faisait considérer les moyens les plus violents coiume fort naturels du moment qu'ils assuraient la réussite d'une entreprise. Malgré cet acte de sévère justice, Crescentius n'en a pas moins droit à l'admiration et à la reconnaissance de la postérité, pour les sentiments patriotiques qui l'animaient et pour le sublime projet qu'il aurait formé d'affranchir Rome de l'oppression des rois et des pap,es !

Un des assassins de Benoît VI eit nommé pape. — Caractère ambiiieui et cruel du nouveau pontife. — Boniface VU est chassé de Rome. — Il vole les trésors de l'Église. — Il se sauve à Constantinopie. — Guerre des Grecs contre Otùon U. — Le pape vend publiquement les trésors des églises, les patènes, les ciboires, eic'. — Boniface revient en Italie.

Sur la place même où Benoît VI venait d'être étranglé, au milieu des cris de mort et du bruit des armes, un prêtre, l'exécrable Francon, osa se faire proclamer souverain pontife de Rome. Le nouveau pape foula d'abord à ses pieds le cadavre de son préde'cesseur, ensuite il s'élança dans le palais de Latran et plaça la tiare sur sa tête criminelle ; il fut intronisé sous le nom de Boniface VIT.

Francon était de la plus basse origine et fils d'une courtisane et d'un diacre nommé Ferrutius; ambitieux, vindicatif et cruel, sa vie n'avait été qu'une longue suite d'infamies ; ce fut lui C£ui conseilla aux conjurés l'assassinat de Benoît VI, et qui osa se faire sacrer à sa place. Néanmoins il ne jouit pas longtemps du fruit de ses crimes ; les chefs d'une autre faction, les comtes de Toscanelle, qui ambitionnaient également la puissance souveraine dans Rome, comme l'avaient autrefois possédée les marquis de Toscane leurs parents, lui déclarèrent une guerre furieuse, et le poursuivirent avec tant d'acharnement qu'il fut obligé de quitter Rome pour échapper aux poignards

des assassins. Mais avant d'abandonner la ville sainte Boniface enleva les trésors de l'église de Saint -Pierre; alors, fuyant comme un voleur, il gagna rapidement la mer, et s'embarqua pour Constantinopie.

En Orient, son or et ses promesses lui gagnèrent les courtisans de Zimiscès, qui par leurs conseils déterminèrent ce prince à prendre les armes contre Othon II. Les Grecs vinrent faire une descente dans la Pouille et dans la Calabre, dont ils firent la conquête, pendant que l'empereur était engagé dans une guerre malheureuse contre le roi Lothaire.

Boniface , pour subvenir aux dépenses de sa table et pour payer ses maîtresses, mit publiquement en vente dans les rues de Constantinopie les ornements sacrés, les- saints ciboires, les patènes, les chandeliers et jusqu'aux crucifix.

Enfin, après plusieurs mois d'une conduite scandaleuse et impie, le pape Francon osa repasser en Italie , à la suite des troupes grecques, et nous le verrons bientôt employer la simonie et le meurtre pour remonter sur le trône pontifical.

DOMNUS II

Ëlectioa de Domnus 11. — Obscurités s — Opinion de Tévêque de Véro:

r son pontificat. — Mayeul, abbé de Cluny, refuse la papauté. — Corruption du clergé, sur les ecclésiastiques de cette époque. — Incertitudes sur la mort du jape Domnus.

Apres la fuite de Boniface YII, la faction des comtes de Toscanelle mit sur le saint-siége le prêtre Domnus, Romain d'origine.

Ce pape, il est vrai, n'a rien fait de remarquable pendant son règne, mais aussi on n'a point à lui reprocher des actions honteuses ; et pour cette époque

corruption, le silence des auteurs suffit pour l'éloge des souverains pontifes. Plusieurs écrivains placent Domnus avant Benoît; d'autres entre Benoît VI et Boniface VIL; enfin, quelques-uns ne comptent point Domnus parmi les papes. Nous devons supposer qu'il ne gouverna l'Église que peu de temps, et qu'il ne fit aucun acte important pendant la durée si courte de son pontificat.

Avant l'élection de Domnus, saint Mayeul, abbé de Gluny, avait refusé le trône apostolique qui lui était offert par Othon II et par l'impératrice Adélaïde, mère de ce prince; exemple d'humilité vraiment chrétienne, qu'on admire d'autant plus qu'il ne se présente pas fréquemment dans l'histoire de l'Église.

On raconte qu'en revenant d'un pèlerinage à Rome, Mayeul et tous ceux qui l'accompagnaient furent attaqués par une troupe de Sarrasins, qui les firent tous prisonniers et les chargèrent de chaînes.

Le saint abbé fut traité avec une extrême rigueur, et renfermé dans une grotte affreuse avec les fers aux pieds. Il n'attendait plus que la mort, et adressait au ciel des prières ardentes, lorsqu'il eut une vision dans laquelle lui apparut un ange qui lui pré- <lit une délivrance prochaine.

En effet, le lendemain en se levant, ses chaînes tombèrent comme par miracle, et il sortit delà grotte. Les barbares, étonnés de ce prodige, n'osèrent le maltraiter davantage, et ils se contentèrent de le garder parmi eux jusqu'à ce qu'il eût payé une rançon qu'ils fixèrent à mille livres pesant d'argent.

Mayeul s'empressa d'envoyer un messager à son couvent de Cluny, avec une lettre ainsi conçue : « A mes seigneurs et mes frères de Cluny, Mayeul, malheureux, captif. Les torrents de Bélial m'ont environné, les filets de la mort m'ont enveloppé. Maintenant donc , envoyez , s'il vous plaît, la rançon pour moi et pour ceux qui sont avec moi. »

Cette lettre ayant été apportée à Cluny , causa une extrême affliction aux moines; on vendit tous les ornements de l'église, on vida tous les trésors de la communauté , et enfin le couvent réunit la somme énorme de mille livres d'argent.

Le saint abbé fut enfin délivré, ainsi que tous ceux qui avaient été pris avec lui.

Mais les Sarrasins ne furent pas longtemps sans recevoir la punition du sacrilège qu'ils avaient commis en touchant à l'oint du Seigneur : Guillaume, duc d'Arles, excité par l'appât du butin, se mit à la poursuite des infidèles, les mit en déroute et s'empara de l'argent qu'ils avaient reçu. Le duc conserva le trésor, et renvoya seulement au monastère les livres de l'abbé.

Ce fut quelques mois après cet événement que l'empereur Othon II et l'impératrice Adélaïde firent

HISTOIRE DES l'APrlS

Saint Mayeiil. abbé de Clu

venir saint Mayeul à la cour et le supplièrent d'accepter la tiare pontificale.

L'homme de Dieu demanda une jouraée pour réfléchir; et s'étant mis en prières, une révélation divine le forlilia dans la résolution de refuser cet honneur suprême. Il répondit à ceux cjui le pressaient d'accepter : « Je sais que je manque des qualités nécessaires à une si haute mission; représentf

pas au pouvoir d'un pécheur aussi faible que moi. Je dois vivre pauvre et humble ; d'ailleurs comment pourrais-je diriger ces prélats romains, dont je .'■uis aussi éloigné de mœurs que de pays? Mon abbaye est déjà un fardeau trop lourd pour mes forces. •

En effet le clergé d'alors était encore plus corrompu

qu'il ne l'est de nos jours. Voici l'opinion de Rathier,

prélat de 'S'érone, sur les ecclésiastiques : « Lorsque

Dieu sur la terre, être infailhble comme lui, n'est j je fus transféré à l'épiscopat de Liège, un évêque

DOMNUS II

Métropolitain russe

blâmait cette translation comme répréhensible et punissable par les canons; tandis que lui-même se livrait à des excès de vin, et passait les nuits dans les orgies avec des femmes ; le jour il allait à la chasse, et il ne paraissait jamais dans son église.

« J'ai vu encore deux métropolitains qui se disputaient à la suite d'une débauche de table ; l'un reprochait à l'autre son humeur belUqueuse et les meurtres qu'il avait commis ; celui-ci l'accusait à son tour d'avoir fait empoisonner des maris et d'entretenir trois femmes à la fois. De ces deux prélats, l'un avait commis des adultères avant son ordination, et entretenait cinq jeunes filles dans son gynécée; l'autre, après sa consécration, avait épousé trois femmes.

« Mais nous ne devons pas être surpris que nous ne trouvions personne qui soit digne de la prélature ; car si un homme parjure, ivrogne, adonné aux prostituées , est placé sur le trône apostoHque, comment pourrons-nous porter nos plaintes à son tribunal? Les papes n'osent pas condamner ceux dont les sentiments sont conformes aux leurs. Voilà d'oii vient le mépris où nous sommes des lois de l'Église et de l'Evangile même ! Comment peut- on croire utile d'observer les règlements ecclésiastiques, lorsqu'on voit des pontifes voleurs, incestueux, assassins, violer les plus saints préceptes du Sauveur ?

« Les évêques et les archevêques traversent les places publiques avec leurs meutes de

(luisant leurs concubines, frappant leurs serviteurs à coups de fouet ou de bâton; et quand leurs trésors sont vides, ils vendent publiquement des absolutions, et ajoutent l'hypocrisie à l'ignoble scandale de leurs débauches. Faut-il donc nous étonner que les peuples ne soient plus touchés des enseignements de la sainte Écriture, quand ils voient les ministres de Dieu tenir une conduite aussi contraire à la morale du Christ?

•r Le peuple plaisante sur les excommunications, parce que nous ne les redoutons pas nous-mêines, quoique nous ne cessions de les mériter par notre impudeur, par notre incontinence et par nos excès honteux. De toutes les nations chrétiennes, c'est la nôtre qui possède les prélats les plus impudiques, par l'usage qu'ils font des ragoûts épicés et des vins préparés. En Italie, on est appelé prêtre dès qu'on s'est rasé la barbe et le haut de la tète, et lorsqu'on a murmuré à l'église quelques prières, dans l'intention de plaire aux femmes plutôt qu'à Dieu. »

Rathier fit d'inutiles efforts pour corriger les prêtres de son diocèse ; tous ses ecclésiastiques tenaient publiquement des maisons de filles d'amour ou de jeunes Napolitains, la honte de l'humanité; et lorsque le saint prélat voulut invoquer les lois de l'empereur et les canons de l'Église pour les obliger à renvoyer ces prostituées et ces hommes abominables, ils lui représentèrent que la pauvreté était la seule cause du honteux commerce qu"ils faisaient. Eu effet, le prélat de Vérone ayant pris une connaissance exacte de l'état des revenus du clergé de son siège, reconnut que leur mauvaise répartition empêchait qu'ils fussent suffisants pour les besoins de ses prêtres. Ceux qui rendaient le moins de services recevaient des sommes considéraljles, et les ecclésiastiques infirmes ne pouvaient pas faire admettre leurs réclamations :« J'ai attendu la mort de mes prédécesseurs, leui répondaient les grands dignitaires, pour mener bonne vie, manger fort et boire sec, enfin pour jouir de ce que j'ai maintenant ; attendez aussi la mienne. »

Rathier voulut faire exécuter les canons; mais on lui opposa la coutume. Aussi, dans sa sainte colère, le pieux prélat s'écriait : « J'ai reçu des synodes le pouvoir de corriger ce qui se fait contre les règles des Pères, et cependant je ne puis réformer aucun abus. Je ne vois parmi vous que des bigames, des trigames, des polygames, des concubinaires, des séditieux, des parjures, des apostats, des usuriers, des sodomites et des ivrognes. Vos enfants sont tous irréguliers comme bâtards ; enfin, votre dépravation est la cause de la perte de mon peuple.

a Comment oserai-je maintenant punir un laïque du crime d'adultère, de parjure ou de vol, puisque je suis forcé de tolérer l'ignorance et la dépravation chez mes ecclésiastiques? Vous ne connaissez pas même le Symbole des apôtres; mais en revanche vous connaissez parfaitement ce que l'usure, la prostitution et la sodomie peuvent rapporter. »

Rodolphe Glaber joignait sa voix éloquente à celle de Rathier, et dans son indignation s'écriait : « Non, jamais à aucune époque on n'a entendu parler d'un si grand nombre d'adultères, de mariages illicites, d'incestes, de viols, de honteux concubinages, d'actes de sodomie ou de bestiahté, de vols ou d'assassinats; la société chrétienne n'est plus qu'une immense agglomération de forcenés qui vont au crime et au vice par bandes plus nombreuses que les grains de sable de la mer, conduites par les rois, et marchant sous un étendard d'abomination porté par les évèques, les cardinaux et le pape!!.... ;>

Ces citations'ne donnent qu'une faible idée des affreux désordres et de l'abrutissement inconcevable du clergé au dixième siècle.

On ne sait rien de certain sur la mort de Domnus. Fut-il détrôné par son successeur et envoyé en exil? Cette version est probable; ou bien acheva-t-il ses jours dans les honneurs du pontificat? Nous l'ignorons. Quoi qu'il en soit, il disparut du saint-siége et de l'histoire vers l'année 974.

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