BENOIT IX
et conduits au delà des Alpes dans les prisons de l'empire. Quant à Héribert, toujours enfermé dans Milan et à l'abri de la vengeance du prince, il ne voulut écouter aucune des propositions d'accommodement qui lui étaient faites par le saint-père. Enfin Benoît IX le déposa de son siège et le frappa d'anathème; Conrad donna son évêché à un noble, appelé Ambroise, et chanoine du même diocèse; mais il ne put mettre son protégé en possession de son église ; l'archevêque excommunié s'y maintint malgré l'empereur, et s'empara des domaines qu' Ambroise possédait autour de la ville.
Bientôt même Conrad fut obligé' de suspendre les
opérations du siège pour secourir le pontife, qui avait été chassé de Rome à cause de ses brigandages. Ce prince, qui par pohtique s'était déclaré le protecteur des comtes de Toscanelle, ramena triomphant jusque dans la ville sainte le jeune pape, qui atteignait alors sa dix-huitième année.
D'autres événements se passaient en Pologne ; le roi Mieczislas venait de mourir ; et Richenza,sa veuve avait soulevé une haine universelle en voulant faire peser sur les peuples un gouvernement despotique. Les citoyens vertueux du royaume essayèrent de lui adresser de sages remontrances pour qu'elle apportât quelques changements dans sa conduite et dans sa
HIi^TOIRE LES PAPES
manière de gouverner. Richenza ayant méprisé leurs avertissements, ils lui refusèrent toute obéissance ; le peuple prit aussitôt les armes, assiégea le palais, et chassa honteusement cette reine superbe ; mais elle parvint à soustraire le trésor royal et les pierreries de la couronne, et se relira avec son fils Casimiien Allemagne, d'où elle continua ses intrigues pour préparer son retour. Quant au jeune prince, il traversa la Hongrie, et vint en France pour visiter le célèbre monastère de Gluny : la sainteté des religieux qui habitaient ce couvent l'rappa tellement son esprit, qu'il prit la résolution de se consacrer à Dieu ; il se fit admettre dans l'abbaye, et prononça ses vœux sous le nom de Charles.
La Pologne était toujours livrée aux désordres que l'ambition des princes voisins excitait dans les provinces ; la religion chrétienne était abandonnée ; des bandes de paysans conduits par les nobles ravageaient les campagnes et dévastaient les églises ; enfin Bretislas, duc de Bohème, sous prétexte de protéger les prêtres, entrait sur le territoire polonais et s'emparait des villes les plus importantes du pays, entre autres de Gnesne, qui en était la capitale. Ce prince, mettant de côté toute pudeur, procéda au pillage des églises avec l'évèque de Prague, qui l'accompagnait dans ses expéditions ; ils firent enlever de la cathédrale de Gnesne un crucifix d'or du poids de trois cents livres, trois tables précieuses enrichies de pierreries, et le corps même de saint Adalliert ; mais on assure que le clergé, trompant leur avidité sacrilège, mit à la place des reliques du martyr celles de saint Gaudeuce, son frère.
Pour arrêter ces déprédations , Etienne, métropolitain de ce siège, envoya une députationau souverain poiîiife, cpi cita les coupables à comparaître à la cour de Rome. Ceux-ci envoyèrent aussitôt des ambassadeurs qui expliquèrent au pape que leur intention avait été de rendre hommage à la mémoire du saint martyr Adalbert, et qu'ils avaient exercé un droit légitime de conquête, en s'emparant de ses reliques;
ils appuyèrent leurs raisonnements d'une forte somme d'argent, et Théophilacte déclara que Bretislas et Sévère étaient innocents des crimes qu'on leur reprochait.
Cependant les Polonais, fatigués de l'anarchie et des maux qu'elle entraîne à sa suite, s'assemblèrent en diète générale, pour remédier aux désastres. Après avoir délibéré longuement, l'assemblée prit la détermination d'envoyer une ambassade au jeune Casimir, afin de lui offrir la couronne. .\ cet effet, on choisit plusieurs députés qui se rendirent en France, et obtinrent de saint Odilon, supérieur du monastère, la permission d'être admis en présence du prince. Ils lui parlèrent ainsi : « Nous venons, prince, au nom des seigneurs et de toute la noblesse de Pologne, pour vous supplier d'avoir pitié de ce royaume, de vouloir lemonter sur le trône et de le délivrer de ses ennemis. •> Casimir leur répondit, « Qu'il n'appartenait plus au monde et qu'il ne pouvait même les écouter sans l'autorisation de son abbé. » Alors les députés adressèrent la même demande à saint Odilon, qui ne se reconnaissant pas le pouvoir de relever de ses vœux un religieux profès et ordonné diacre, les renvoya au saint-père.
Benoît IX refusa d'abord de rendre Casimir ii ses peuples ; l'or et les présents ébranlèrent peu à peu sa résistance; et enfin la promesse d'un tribut annuel fit obtenir au prince non-seulement l'autorisation de de sortir du monastère et de rentrer dans ses dignités, mais encore de contracter un mariage. Un auteur affirme que ce tribut fut levé avec une extrême rigueur non sur les nobles et sur le clergé, mais sur le malheureux peuple, qui fut en outre obligé depuis cette époque de se couper les cheveux au-dessus de l'oreille, à la manière des moines. Casimir épousa une princesse russe. Son règne prend date dans l'histoire de Pologne à l'année 1041.
Le pape Théophylacte devint de jour en jour plu3 odieux aux Romains; enfin, après douze années de rapines, de meurtres, de viols et de brigandages, le peuple le ciiassa de la ville sainte.