‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 114 sur 125 · SILVESTRE III · texte numérisé non relu

SILVESTRE III

M|/s\LYESTRE 11

Jean, évêque de Sabine, achète le trûne pontifical. - Il est ordonné sous le nom de Sylvestre III. — Son règne dure trois mois. IJenoît IX rentre dans Rome à la tête des troupes des comtes de Toscanelle. — Ses e.\actions soulèvent une seconde fois le peuple contre lui. — Le saint-père vend la tiare à un prêtre nommé Jean.

Après l'expulsion de Benoît IX, l'évêque de Sabine, l'un des ambitieu.x qui avaient disputé la chaire de saint Pierre à Théophylàcte, répandit de l'argent dans le peuple, promit des charges et des honneurs au clergé, et parvint à la papauté le lendemain de la fête de Noël de l'année 1044; il fut ordonné sous le nom de Sylvestre III : son règne dura trois mois.

Benoit IX, à l'aide des comtes de Toscanelle, ses parents, leva de s bandes armées qui parcouraient les campagnes de Rome, insultaient les citoyens et ravageaient les moissons. Pour arrêter les incendies et les meurtres de ces brigauds, la ville sainte fut obligée d'ouvrir ses portes à l'indigne pontife, qui remonta sur le trône apostolique.

Mais ses débauches et ses exactions excitèrent bientôt une nouvelle révolte; et pour se soustraire aux effets de l'indignation du peuple, il résolut d'abandoimer le gouvernement de l'Église. Cependant

il jugea qu'il serait indigne de lui de se démettre du pontificat sans en tirer des avantages importants, et il vendit la tiare pour la somme de quinze mille livres d'or à un prêtre nommé Jean; ensuite il se retira dans le palais du comte de Tusculum, son père.

Au milieu de cette dépravation universelle, un saint moine, Pierre Damien, faisait entendre sa voix pour ramener les hommes dans le sentier de la vertu.

Ce religieux avait d'abord professé les lettres humaines avec un grand succès ; mais ensuite, guidé par une inspiration céleste, il avait quitté les vanités de ce monde pour se livrer à l'étude des sciences dans le silence du cloître ; sous le froc des moines, ce philosophe donnait d'utiles avertissements aux papes et aux rois, cherchait à éclairer les peuples, et préparait les germes de cette opposition formidable qui devait grandir un jour, et foudroyer les puissants de la terre.

Jean est consacré pape par l'infâme Benoît. — L'antipape Sylvestre III rentre dans Rome et dispute le pouvoir suprême à Jean XX. — Benoît IX à son tour lève des troupes, s'empare du palais de Latran et reprend la tiare. — Trois papes sont assis sur la chaire de saint Pierre. — Le triumvirat pontifical se partage le patrimoine des pauvres. — Débauches et crimes des trois papes. — Ils vendent le trône pontifical à un quatrième pape.

Benoît consacra le prêtre auquel il avait vendu la tiare, et l'intronisa sous le nom de Jean XX.

Mais Sylvestre III, qui avait acquis la papauté par une simonie également criminelle, voulut revendiquer ses droits au trône de l'apôtre; il rentra dans Rome, s'empara du Vatican, et sedéfendit courageusement contre les troupes de l'antipape son compétiteur.

Benoît, de son côté, après avoir dissipé le prix de son infâme marché, conçut le projet de reprendre la chaire de saint Pierre pour la vendre une seconde fois ; il leva de nouvelles bandes de soldats, rentra de vive force dans le palais de Latran, et chassa le pontife qu'il avait lui-même établi.

Alors on vit trois papes dans Rome: l'un siégeant

à Saint-Jean de Latran, l'autre à Saint-Pierre, et le troisième à Sainte-Marie Majeure ; Jésus-Christ eut trois vicaires: Benoît IX, Sylvestre III, Jean XX; et comme si le scandale n'eîit pas encore été porté à son comble, ces prêtres firent entre eux un pacte abominable pour se partager les dépouilles des peuples et le patrimoine des pauvres.

Les auteurs contemporains affirment que ces trois démons déchaînés par l'enfer se réunissaient chaque nuit dans de monstrueuses orgies avec leurs mignons, et remplissaient Rome d'adultères, de vols et de meurtres ; enfin lorsqu'ils eurent épuisé les trésors amassés dans leurs églises, pour la quatrième fois, ils mirent à l'encan le trône apostolique.

GRÉGOIRE VI

.-leclion simoniaque de Jean Gratien. — Il est inironisé so\is le noai de Grégoire VI. — Opinions contradictoires des historiens sur ce pontife. — Tableau déploralile des désordres de l'Italie. — Cruautés du pontife. — Concile de Pavie. — Grégoire est convaincu de simonie. — Il est déposé.

Un riche piètre romain, appelé Jean Gratien, fut

lui qui offrit aux trois exécrables antipapes les ijiames les plus fortes; ceux-ci lui donnèrent la (iiéféreuce ; le marché fut conclu sur l'autel même du Christ, et ils consacrèrent Jean sous le nom de Grégoire VI.

Plusieurs écrivains ecclésiastiques ontglorifié ce prêtre indigne pour ce fait, qu'il avait renversé cette monstrueuse trinité; mais quoique le moine Glaber exalte les vertus et la piété de Grégoire, nous devons avouer que le mobile de sa conduite n'était pas dans l'esprit Je la doctrine apostolique, mais dans le désir immodéré de posséder la tiare. Dès les premiers temps de son règne, Gratien comprit qu'il devait par son hypocrisie faire oublier le scandale de son élection ; alors il s'appliqua à gouverner l'Église avec les apparences de la modération, et réforma quelques abus ; mais bientôt se voyant maître absolu dans Rome, il joignit la cruauté à l'avarice ; il lit périr dans les supplices les citoyens les plus opulents pour confisquer leurs propriétés; enfin par ses exactions il répara promptement les sacrifices qu'il avait été obligé de (aire pour acheter la tiare pontificale.

La malheureuse Italie, ruinée par ses pontifes, voyait avec la misère publiijue s'accroître le nombre des voleurs; les routes en étaient infestées; les pè-

lerins n'osaient plus traverser les provinces que réunis en grandes troupes ; les villes mêmes étaient remplies d'assassins qui égorgeaient les citoyens jusque sur les autels, et, à Rome, ils enlevaient de vive force les offrandes que l'on déposait sur les tombeaux des apôtres.

Grégoire voulut arrêter ces sacrilèges qui diminuaient ses bénéfices, et publia un décret pour défendre au peuple de voler le bien de l'ÉgUse; mais sa bulle n'ayant amené aucun résultat favorable, il essaya des foudres de l'excommunication ; cette mesure violente ne fit qu'irriter les coupables; un rassemblement se forma autour du palais patriarcal, et fit entendre des menaces de mort contre Grégoire. Alors le saint-père fit marcher ses troupes et refoula les rebeUes dans l'éghse de Saint-Pierre, où on en fit un massacre effroyable.

Ces sanglantes exécutions furent désapprouvées par le clergé même, qui refusa d'obéir plus longtemps au pape; "les cardinaux et les principaux prélats d'Itahe adressèrent leurs plaintes à l'empereur Henri le Noir, qui se rendit aussitôt en Lombardie et convoqua un concile pour juger le pontife. Grégoire VI fut convaincu d'avoir acheté le trône apostolique, et condamné à se dépouiller des ornements sacerdotaux, après vingt mois de règne.

Tliéophylacle. l.'ii'pape, intronise à lïige Je douze

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