‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 116 sur 125 · VISI · texte numérisé non relu

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Les comtes Eugelrai et Euslache furent excommuniés pour crimes d'incestes ; Hugues de Braine le fut également pour avoir quitté sa femme légitime et avoir épousé une concubine; les nolilesde Coinpiègne fuient menacés des foudres ecclésiastiques s'ils osaient empêcher" les membres de leur clergé de rentrer dans le diocèse; enfin les comtes Thibaut et Geofi'roi furent cités au concile qrd devait se tenir à Mayence, l'un pour avoir quitté sa femme , l'autre pour retenir en prison le comte du Mans. Le synode étant terminé, Léon congédia les laïques en leur donnant sa benedutMu.

e imir du mois d'ocl.dire, le saiut-p'Te ait're des moines de Saiiit-1 leiiis. 11 les enrs pnêres anv sieunes. el après s'être nés. Il Uurdouna .aii^olul ea. et le bai-

ré-lise, celelira l'oliiee divin, el ayant

la fête du saint serait célébrée le premier chaque anni'e.

octol

Enfin le pape repartit puur l'Ail chemin il s'arrêta tinis jieus au c Maurice, dans le bas N'alais: il arc .des exemptions considérables, et de d'anathème, à tous les prélats

Muagne ; sur son ouveiit de Saiiitiirda aux religieux

uller l'es i.iens de Je ^'immiscer consentement

l'abbaye, de s'attribuer aucun droit ^ dans les alïaires de cette EgUse sans des chanoines.

Arrivé à Mayence, Léon tint un nouveau concile, auquel assistèrent l'empereur Henri le Noir, les^ seigneurs de ses Etats et quarante evèques : les métropolllains de Mayence , de Trêves , de Cologne , de Hambourg et de Magdebourg se trouvaient à la tète

du clergé. On raconte que Sibicon, chef du diocèse de Spire, accusé d'avoir commis plusieurs adultères, voulut se justifier en célébrant le saint sacrifice de la messe, mais que Dieu fit un miracle pour le punir de ce sacrilège, et permit qu'une paralysie soudaine lui tournât la bouche d'un côté de la face. Plusieurs décisions importantes furent prises dans cette assemblée touchant la simonie et le mariage des prêtres ; pour en assurer l'exécution, l'archevêque Ailalbert, en arrivant à Hambourg, excommunia en masse toutes les concubines des prêtres et les chassa de sa capitale.

A cette époque s'éleva en France une nouvelle doctrine sur l'Eucharistie, qui troubla longtemps l'Église; elle était enseignée par l'évèque Bérenger. Ce prélat, né à Tours au commencement du onzième siècle, avait fait ses études à l'école de Saint Martin, oi!i Vautier son oncle était chantre ; plus tard il les continua sous la direction de Fulbert, évêque de Chartres. Revenu dans sa ville natale , Bérenger fut reçu dans le chapitre de Saint-Martin , où il obtint la chaire de professeur; en 1040, il fut nommé archidiacre d'Angers, en conservant sa place au monastère de Tours : il avait pour disciple Eusèbe ou Brunon, qui depuis fut évêque d'Angers.

Dans le même temps, Lanfranc, moine de Bec en Normandie, commençait ses leçons sur l'histoire sacrée; et il obtenait un succès si prodigieux, que de toutes les parties de la Gaule les clercs accouraient pour l'entendre. Mais lorsque Bérenger parut, l'école de Lanfranc devint déserte : celui-ci, blessé dans son amour-propre, entreprit d'altarpier son antagoniste comme héréticjue, et prêcha contre la pureté et la simplicité primitives du dogme de l'Eucharistie, en cnnJamnant les opinions de Bérenger. A son tour, 1 il!u>tre professeur de Tours censura publiquement la doctrine du moine, et la querelle fut engagée.

Bérenger écrivit à Lanfranc : « J'ai appris, mon frère, par Enguerrand de Chartres, que vous désapprouvez et tenez même pour hérétiques les pensées de Jean Scot sur le sacrement de l'autel , parce qu'elles ne s'accordent point avec celles de Paschase, votre auteur favori. S'il en est ainsi, je crains qu'en portant ce jugement précipité vous n'aj-ez pas sagement usé de l'esprit que Dieu vous a donné. Lorsque vous aurez étudié l'Écriture sacrée, vous condamnerez également saint Ambroise , saint Jérôme et saint Augustin , ou bien vous approuverez les raisonnements de Jean Scot sur l'Eucharistie; car vous saurez qu'en prenant les ouvrages des Pères et des docteurs de l'Église selon leur sens le plus droit, il reste démontré que la transsubstantiation ou la présence réelle de Jésus-Christ dans le pain et le vin est une erreur que le siècle dernier a malheureusement léguée au nôtre. »

Hugues , prélat de Langres , se prononça contre Bérenger dans une lettre oii il l'appelle néanmoins /très-révérend Père : « Vous prétendez, lui écrivaitil, que la nature du pain et du vin n'est point changée dans le sacrement de l'autel, et que l'essence du Christ dans ces substances est immatérielle, c'est-à-dire que vous faites pur esprit le corps palpable de Jésus qui a été crucifié, et que vous scandalisez toute l'Église en le déclarant incorporel. Si la

consécration ne transsubstantie pas physiquement le pain et le vin , le fait ne s'accompht alors que dans notre intelligence et n'existe point hors de nous, et la sainte communion n'est qu'une cérémonie idolâtre; mais, comme vous l'avouez, vos sentiments sur le mystère sont différents de ceux des ecclésiastiques vulgaires. »

Léon IX, à qui les opinions de Bérenger avaient été dénoncées comme hérétiques, tint un concile à Rome, où se réunirent un grand nombre d'évêqucs, d'abbés et de clercs; Lanfranc y assistait. Par ordre du souverain pontife , on produisit la lettre sur l'Eucharistie , adressée au moine de Bec par l'illustre professeur de Tours ; Bérenger fut excommunié, et le saint-père ordonna à Lanfranc d'expliquer sa foi , en l'appuyant par des autorités et non par des raisonnements. Le moine fit alors l'exposition de ses croyances, qui furent trouvées orthodoxes.

On entendit ensuite les députés du métropolitain de Tours , relativement aux plaintes qui avaient été portées l'année précédente, au synode deReims, contre l'évèque de Dol et contre celui de Bretagne. Ces deux prélats ne s'étant point rendus au concile, le saintpère écrivit au duc de Bretagne pour rappeler ces prêtres insoumis à l'obéissance : « Vous savez , seigneur , que d'après les anciennes chartes tous les membres du clergé de votre pays doivent être soumis à l'archevêque de Tours , ainsi qu'il a été déclaré à Salomon, roi de Bretagne, par le pape Nicolas. Nous vous prévenons donc que nous mettons hors de notre communion les ecclésiastiques qui refuseront l'obéissance à leur supérieur, et nous leur défendons de célébrer l'office divin ou même de donner la bénédiction aux peuples. Nous vous prions de ne point paraître dans les temples où ils se présenteront jusqu'à la tenue du concOe de Verceil, et jusqu'à ce qu'ils se soient justifiés de l'accusation portée contre eux. »

Malgré l'anathème prononcé contre sa doctrine, Bérenger continua à propager ses erreurs ; et Cuillaume le Bâtard, duc de Normandie, désirant éclairer sa religion sur une question aussi importante, réunit quelques évêques à Brione, petite ville sur la rivière de Risle, près du monastère de Bec, où il fit appeler Bérenger.

Mais le professeur refusa d'entrer en discussion avec les prélats, et se retira à Chartres, d'où il écrivit une lettre, dans laquelle il déclare qu'il ne répondra pas aux interpellations qui lui seront faites par le clergé régulier et sécuKer, avant d'avoir convaincu d'hérésie le pape et les évêques rotnains dans le concUe de ^■erceil. Cette assemblée fut tenue au mois de septembre 1050 : Léon IX la présida; Lanfranc s'y trouva , et Bérenger ne comparut point encore cette fois. Alors on fit la lecture du livre de Jean Scot sur l'Eucharistie ; il fut déclaré héréticpie et jeté au feu ; Bérenger fut une seconde fois excommunié, et deux de ses disciples qui se présentaient comme ses ambassadeurs furent arrêtés dans le synode et brûlés vifs.

Dans le même concile, le saint-père suspendit de ses fonctions Humfroi, métropolitain de Ravenne ; il accorda le pallium à Dominique, patriarche de Grade, avec le titre de primat et le droit de faire porter la

LÉON IX

croix devant lui. Le synode terminé, Léon passa encore les Alpes et vint à Toul , où il accorda un privilège au monastère de Saint-Mansuil , à l'occasion de la translation des reliques de saint Gérard; il resta en Lorraine et en Allemange jusqu'au mois de février de l'année suivante.

Malgré la double excommunication fulminée contre Bérenger, sa doctrine s'étendait secrètement dans la Gaule ; alors le roi Henri, par Je conseil des évêques , indiqua un concile à Paris pour la juger définitivement. Bérenger ayant reçu l'ordre d'y comparaître, adressa aussitôt. une lettre au moine Ascelin-, elle était ainsi conçue :

« Si la puissance divine m'en avait laissé le loisir, je vous adresserais une épître longuement raisonnée; mais puisque Dieu ne me l'a point permis , je vous écris mes pensées sans les approfondir et sans les ordonner. Jusqu'à présent je n'ai point combattu la proposition sacrilège du frère Guillaume, par laquelle il décide que tout chrétien doit s'approcher de la sainte table au terniis de l'à(|U('s; et à cause de mon silence, ce moine |ii('U'iid que. je n'ai ]ju défendre les sentiments de Jean Scot , et que j'ai avoué qu'il était hérétique.

« Je prie Dieu, mon frère, de vous ouvrir les yeux pour que vous compreniez combien il est impie , sacrilège et indigne du sacerdoce de condamner les vérités surhumaines que Scot a démontrées. Si vous croyez avec Paschase que dans le sacrement de l'autel la substance du pain s'anéantit, vous démontez la raison naturelle et la doctrine de l'Évangile et de l'Apôtre. Ainsi que je l'ai écrit à Lanfranc, vous proscrivez les lumières de l'Église, de saint Ambroise, de saint Jérôme et de saint Augustin , et vous vous condamnez vous-même, puisque les paroles prononcées par le prêtre dans la consécration prouvent que la matière du pain reste dans l'Eucharistie.

« On m'accuse encore, dans votre couvent de Bec, d'avoir soutenu que la verge épiscopale ne donne pas le pouvoir de diriger les âmes des fidèles ; ce qui est une imposture, car je voudrais pouvoir pubHer hautement tette vérité. Mais je ne puis me hasarder à paraître devant un concile ; la rage de mes ennemis m'est assez connue, et je ne veux pas m'exposer à subir l'afl'reux supplice auquel ont été condamnés mes envoyés. Je vous conjure seulement, au nom des Pères, des évangélistes, des docteurs et du Christ, de ne pas porter contre moi un témoignage coupable en disant que j'ai condamné Scot; et j'appelle la malédiction de Dieu sur ceux qui , ayant la clé de la science, fuient le temple sacré et en ferment l'entrée aux hommes. Adieu. »

Théoduin ou Déoduin , évêque de Liège , excité par les suggestions de la cour de Rome , écrivit au roi de France pour le dissuader de faire comparaître devant le concile de Paris l'évêque d'Angers ou le professeur de Tours, et il engagea le prince à les punir sans même les entendre. Bérenger, qui prévoyait sa condamnation, refusa de s'y présenter, et demeura auprès de Brunon, son supérieur et son ancien élève, qui approuvait sa doctrine. On déclara hérétique le livre de Jean Scot, et on décida que des troupes, ayant le clergé en tète, iraient arrêter le coupable diacre et ses sectateurs jusque dans les

sanctuaires, et qu'on les poursuivrait par le fer et par la flamme jusqu'au jour où ils se soumettraient à la foi orthodoxe.

Bérenger écrivit aussitôt à l'abbé Richard, qui avait accès auprès du roi Henri, pour qu'il transmît ses prières à ce prince. Dans sa lettre, il demandait au monarque qu'il suspendît l'exécution des arrêts injustes rendus contre lui, et qu'il voulût bien lui adresser une personne de sa cour avec laquelle il pût entrer en conférence ; il s'engageait à prouver que le synode de Verceil avait condamné Scot et approuvé Paschase par ignorance ; il rappelait au roi que Jean Scot n'avait écrit qu'à la prière du grand Charles le Chauve, son prédécesseur; enfin il terminait en disant que dans l'amertume de son cœur il ne pouvait admettre que les hommes grossiers de cette époque fussent plus infaillibles que les saintes Écritures.

Les plaintes du professeur de Tours étaient justes ; car en le privant de ses biens, en le menaçant du fer et du feu, le monarque et ses évêques se rendaient coupables d'une grande intolérance. Il n'appartient à aucun pouvoir d'imposer ses croyances aux hommes, et surtout de les faire professer en employant la persécution. Les religions qui ont recours aux suppHces pour étabHr leurs dogmes en font suspecter la divinité par les violences mêmes c[u'elles emploient; et nous devons avouer que la religion catholique est celle qui a fait le plus de martyrs pour convertii>-les hommes. Frontignières, dans l'histoire de Bérenger, ajoute même cette réflexion : « Le cathohcisme s'est propagé par la violence, parce que les prêtres sont cruels, et parce qu'ils prennent plaisir à verser le sang pour cimenter des erreurs cpii doivent augmenter leurs richesses. »

Avant Bérenger, le dogme sur l'Eucharistie reconnu dans l'Église n'était pas celui de la transsubstantiation; il n'avait donc fait que renouveler les décisions des docteurs et des Pères. Les idées de progrès n'étant point admises dans ces siècles barbares, on condamnait comme hérésies les doctrines nouvelles, non à cause des erreurs qu'elles propageaient, mais à cause des différences d'opinions sur les textes adoptés par l'ÉgHse : aussi les accusés étaient-ils tenus de se disculper par des citations et non par des raisonnements.

Môme de nos jours, les prêtres affirment avec assurance qu'un fidèle ne saurait dépa,sser le sens renfermé dans les saintes Ecritures , sans nier la divinité du Verbe ; suivant eux , le christianisme est immobile ; il peut cesser d'être , mais il ne saurait progresser. Nous espérons néanmoins qu'un temps viendra où l'humanité, désabusée des vieilles croyances qui l'ont assujettie aux prêtres et aux rois, suivra le culte de la raison , et adorera la Divinité sur les autels de la tolérance.

Pendant qu'on persécutait en France un diacre pour satisfaire aux exigences de la cour de Rome, Léon IX célébrait en Allemagne la fête de la Purification. On raconte que le saint-père fit un miracle très- singulier dans la ville d'Augsbourg : Humfroi, métropoHtain de Ravenne, était venu trouver le pape par ordre de Henri le Noir, pour lui faire hommage des terres qu'il avait usurpées sur le saint-siége, et pour lui demander l'absolution de l'anathème qui

La dispute du Saint Sacrement

avait été prononcé contre lui au concile de Verceil. Au moment où il se tenait prosterné aux pieds de Léon, en présence de tout le clergé, Sa Sainteté dit d'une voix émue : « Dieu lui accorde le pardon de ses péchés selon ses mérites, car il en a besoin. » L'archevêque se releva en riant, et répliqua d'un air moqueur : <■<■ Vous en avez, saint-père, plus besoin que moi. » Le pontilé alors fondant en larmes, s'éci'ia : « Hélas! ce malheureux n'existe plus! «En effet, le prélat tomba raide mort au même instant, comme frappé par la foudre.

Ensuite le \m\ie retourna à Rome, où il tint un synode pour juger Grégoire, évèque de Yerced, sur une accusation d'adultère commis avec une veuve qui était fiancée à son oncle. Le prélat se rendit aussitôt auprès du souverain de l'Eglise ; il lui offrit une forte somme d'argent, et en obtint l'autorisation de continuer ses fonctions épiscopales en vivant dans son péché. On attribue à cette assemblée le décret qui déclarait esclaves du palais de Latran les femmes qui s'étaient prostituées à des ecclésiastiques dans l'enceinte delà ville apostolique; ce droit s'étendit dans la suite aux autres diocèses.

Léon est encore le premier pape qui ait ordonné que la dixième partie des oblations offertes sur l'autel de Saint-Pierre serait employée aux réparations, aux embellissements et au luminaire de cette basilique.

Par une lettre adressée au clergé et au peuple d'Ossirao, le pontife blâme sévèrement l'usage qui

existait dans quelques villes, et qui consistait à entrer à main armée dans la demeure des évêques défunts, pour piller les meubles, voler la vai-selle. brûler les maisons de campagne, et pour arracher jusqu'aux vignes des domaines.

Pierre Damien adressa une lettre à Léon pour lui demander ses conseOs relativement aux scandales du clergé de sa province. « Nous avons des prélats, écrivait-il, qui se livrent ouvertement à toutes les débauches, s'enivrent dans les festins, montent à cheval, et entretiennent leurs concubines dans les palais épiscopaux. Ces ministres indignes poussent les fidèles dans l'abîme; et les simples prêtres sont tombés dans le dernier degré de la corruption, sans que nous puissions les exclure des ordres sacrés. Le sacerdoce est tellement méprisé que nous sommes obligés de recruter des ministres pour le service de Dieu parmi les simoniaques, les adultères et les meurtriers.

« Autrefois l'Apôtre déclarait dignes de mort nonseulement ceux qui commettaient ces crimes, mais encure ceux qui les toléraient ! Que dirait-il s'il revenait sur la terre et qu'il vit le clergé de nos jours? La dépravation est si grande maintenant que les prêtres pèchent avec leurs propres enfants! Ces infâmes s'autorisent des règlements de la cour de Rome; et comme ils ont un tarif pour les crimes, ils les com.Tiettent en toute siireté de conscience. »

Pieire cite quelques-uns de ces règlements qui sont remarquables par leur obscénité : « Un prêtre

LEON IX

Les \ormancJ^ (.\ttriiiinent les ikfenseuib du pipe

qui n'est point moine et qui pèche fortuitement avec une vierge, fera deux ans de pénitence, et jeûnera pendant les trois carêmes, au pain et à l'eau, le lundi, le mercredi, le vendredi et le samedi. Si la jeune fille est consacrée à Dieu et si le péché est commis habituellement, la pénitence sera de cinq ans.

« Un simple clerc, pour la même faute, fera pénitence pendant six mois ; et un chanoine, pendant deux ans. Les prêtres coupables de fornication seront condamnés à dix ans de peines sévères, et les laïques à trois ans.

« Ainsi, ajoute Damien, les clercs, d'après les Pénitentiaux, n'étant soumis qu'à six mois d'une pénitence légère, se trouvent traités plus favorablement que les hommes qui n'appartiennent point à l'Eglise. Mais je déclare que les papes qui ont fabriqué ces lois déplorables sont responsables auprès de Dieu de tous les désordres de l'Église , car les décrets du synode d'Ancyre condamnaient à vingt-cinq ans de pénitence les simples laïques coupables du péché de la chair; saint Basile et le pape Syrice déchiraient toute personne soupçonnée de ces crimes indii,'ii(' Je la cléricature ; j'espère donc que Votre Sainteté, apiès avoir consulté la législation de l'Eglise et les docteurs, prendra une décision pour réprimer les débordements de nos prêtres. »

L'''iin répdiiilit ,111 imiiniMpie les pécliés qu'il censurait uirrilaii'iil (I êlre punis ;'.ve"touU.' la rigueur

des Pénitentiaux, et par la privation des ordres ; mais que le nombre des clercs coupables rendait cette mesure impraticable et l'oliligeait à conserver dans Ijiglise môme les criminels.

En 1052 eut lieu la fondation du monastère de la Chaise -Dieu, en Auvergne, par Robert : cette abbaye fut autorisée par une bulle du pape et par des lettres patentes du roi de France, souscrites par les évêques et les seigneurs île ce royaume.

Cette anni'c lut éL^al.uucnt marquée par un fatal événement, la niui i li llaiinai.l, archevêque de Lyon. Ce métropolitain élail \enu à Home avec Hugues, ancien prélat de Langres , pour obtenir du saintpère la réinstallation du coupable sur son siège de Langres. A la ]>rière du \éuiuablc prclal, Léon pardonna au traitic IIul'ucs, et il lui iloupa même une mitre d'évêque en signe de réconciliai mn. Mais ce misérable, qui regardait le raétropuliiaui de Lyon comme le premier auteur de ses disi;r,'iccs, paya ses bienfaits par la plus noire ingratitude : llalî inviti'' à un leiias iiuç lui otliiiTuf nuL;iu's et

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taille un tui'liol em|ini;^.iiini'. ei i arciie\ei[ue inonrui le lendemain, 29juillel, des suite-; de ce lestiu. Ce prélat était doué d'une éloquence remarquable ; il servait de mi'diateur à Léon pour traiter de la y i\ avec les Normands. Ami fidèle du pontife, il l'avait suivi à B.'iiévent, à Cai)oue, au Mont Cassin. au Mont-

Gargan, et ne le quittait presque jamais dans ses voyages et dans ses pérégrinations.

Comme André, roi de Hongrie, refusait toujours de payer le tribut annuel que ses prédécesseurs versaient dans les trésors de l'empire, conlormément aux traités que ses ancêtres avaient laits, Léon, sous prétexte d'empêcher la guerre qui était sur le point d'éclater entre Henri le Noir et André, fit un nouveau voyage en Allemagne. En réalité, le jjontife n'avait d'autre but que d'obtenir de l'empereur du secours contre les Normands, qui ravutceaient les terres de l'Eglise. Aussi le roi Aiidri', (|iu avait pénétré les secrètes intentions du sainl-iiêri'. ne voulut point accepter sa médiation, et lui reliisa même l'entrée de ses États.

Henri le Noir et le pape passèrent une grande partie de l'année dans les États allemands, pour conférer sur les mesures à prendre contre les Normands. Pendant le séjour de Léon à Ratisbonne, les moines de Saint -Emmeran vinrent le supplier de les seconder dans une pieuse fourberie relativement aux reliques de saint Denis l'Aréopagite, premier évèque de Paris, dont ils se prétendaient les seuls possesseurs. Le saint-père consentit à examiner les ossements qui lui furent présentés, et il déclara par une bulle, en date du 7 octobre 1052, que par l'inspiration de Dieu il reconnaissait le corps de saint Denis dans les précieuses reliques du couvent de Saint-Emmei-an, et il apjielait visionnaires les moines français qui avalent la prétention de posséder les restes du bienheureux martyr.

Cette même année, l'empereur et Sa Sainteté célébrèrent les fêtes de Xoél à \\'orms ; le pontife officia le jour de la fête, et le lendemain ce fut au tour de Liupold, rnéliopoliiuin de Mayence : un diacre de l'Eglise, après la première oraison de la messe, entonna une leçon, suivant l'usage de la province ; mais comme cette coutume était contraire à celle de la cour de Rome, les prélats ultramontains se récrièrent et engagèrent le pape à imposer silence au diacre ; celui-ci refusa d'obéir. Alors Léon, dans sa colère, ordonna que le jeune téméraire fût amené devant lui, et il le dégrada au même instant.

Pendant qu'on déchirait les vêtements de son diacre, Liupold ne prononça pas une parole, ne fit pas un geste; mais .■i|iii''s l'I vanirile et l'Offertoire, il se plaça dans son si, -,■. ri ii.rlaia que ni lui, ni LéonIX lui-même, n'acli.'xnaii lullice divin , si son diacre ne lui était rendu; cr que le pontife s'empressa de faire pour mettre fin au scandale.

Pendant son séjour à Wurms, le pape renouvela les instances qu'il avait faites auprès de Henri ie Noir, pour recouvrer l'abbaye de Fulde, et plusieurs autres domaines ou monastères qui relevaient du saint-siége. L'empereur repoussa les demandes de Léon relativement à ces domaines; il consentit seulement à lui échanger Rénévent contre la ville de Ramberg, et lui accorda également quelques troupes pour l'idder dans sa guerre contre les Normands.

Le saint-père recruta en outre une multitude de volontaires allemands et de scélérats chassés de tous les pays, qui s'enrôlèrent sous les bannières sacrées par l'espoir d'un riche butin; ensuite il retourna en Italie à la tète de sa nouvelle milice.

A l'approche de ces hordes de brigands, les Norenvoyèrent aussitôt des ambassadeurs au pontife pour lui demander la paix, offrant de se reconnaître ses vassaux et de tenir de lui ce qu'ils avaient usurpé sur les terres de Saint-Pierre. Léon rejeta ces propositions, et leur ordonna de se retirer de l'Italie et de rendre tout ce qu'ils avaient usurpé. Les Normands n'ayant plus d'espoir que dans leur courage, réunirent toutes leurs forces, infanterie et cavalerie, et résolurent de défendre leurs conquêtes jusqu'à la dernière extrémité.

Une grande bataille eut lieu, le 18 juin 1053, entre les deux armées ; les Allemands chargèrent les ennemis avec une grande impétuosité, et mirent en désordre le premier corps des Normands ; mais leur réserve composée de vieilles bandes, s'étant mise en mouvement, les troupes du saint-père se trouvèrent enveloppées par une manœuvre habile ; à leur tour les Allemands lâchèrent pied, et ceux qui résistèrent furent tués jusqu'au dernier par leurs terribles adversaires. Le pontife, qui commandait lui-même son armée, couvert d'une cuirasse et la lance au poing, put à peine s'échapper de la mêlée. Ainsi, dit Herman. Dieu voulut punir le pape de ce qu'il abandonnait le soin de son troupeau pour accroître ses richesses dans ce monde, et il permit que ces bandes d'assassins et de voleurs fussent exterminées par les Normands.

Ceux-ci poursuivirent Léon jusque dans la forteresse où il s'était réfugié après la bataille, et le firent prisonnier. Le souverain pontife fut conduit à Bénévent, où il resta depuis le 23juin 1053jusqu'au 12 mars de l'année suivante. Pendant sa captivité, l'hypocrite Léon affectait un genre de vie très-austère ; il se couvrait d'un cilice, couchait à terre sur une natte, et se servait d'une pierre pour oreiller. Souvent même, pendant la nuit, iP entonnait des psaumes et des prières, ou il récitait le Psautier en tenant son front appuyé sur les dalles de sa prison. Le jour, il célébrait plusieurs messes, récitait encore le Psautier, et faisait des aumônes à tous les pauvres qui se présentaient. Il reçut à cette époque une lettre de Pierre, le nouveau patriarche d'Antioche, qui lui annonçait sa promotion, et lui envoyait sa profession de foi par un pèlerin de Jérusalem.

Dans sa réponse, Léon donne de grands éloges à Pierre de ce qu'il reconnaît la primauté de l'Eglise romaine; il l'exhorte à soutenir la dignité du siège d'Antioche, qui est le troisième du monde, ajoute le saint-père, depuis que le patriarche de Constantinople a été dégradé du rangqu'il occupait dans fÉglise. Il approuve l'élection de Pierre, et déclare sa profession de foi catholique ; ensuite Sa Sainteté lui envoya la sienne, suivant l'usage établi ; mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que Léon ne cite dans sa lettre que sept conciles généraux, au lieu de huit qui étaient reconnus dans toutes les Églises.

Le cardinal Humbert, qui se trouvait en mission dans la Pouille, eut communication d'une lettre adressée à Jean, évêque de Trani, par Michel Cérularius, patriarche de Constantinople, et par Léon, métropolitain de Bulgarie. Elle était ainsi 'conçue : <c La charité nous a engagés, mon très-cher frère, à vous écrire, afin que vous transmettiez nos paroles

aux prélats des Franks, aux moines, aux peuples et au pape lui-même, relativement à l'usage des pains azymes et surtout pour le sabbat, ((ue vous oliser- VfZ par suite de vos rapports avec les juils.

•A Après avoir célébré la Pàque ancienne comme les enfants d'Israël, Jésus-Christ institua la nouvelle Pàque avec du pain levé, le seul que notre religion jiermette aux fidèles. Nous reprochons aux ecclésiastiques latins d'observer le sabbat en Cairmi', jiuis- (|u'ils jeûnent la veille du jour consacré au Si'igni'ur, tandis que les Grecs ne pratiquent l'alistiiirnce ni le jeuch ni le dimanche. Nous les lil.iiiiinis ili- manger les viandes étouffées, au mépris des laiions qui défendent de boire le sang des animaux ; enfin, nous les accusons de ne point chanter Alléluia pendant le saint temps du Carême. Nous vous exhortons à les désabuser sur ces points de discipline eccli'siastique, et si vous accomplissez cette œuvre, nous vous promettons de vous envoyer des lettres qui éclaireront voti-e esprit sur des vérités que vous paraissez ignorer et dont l'importance est plus grande

Humbert traduisit cette lettre en latin et la porta au pape, qui y fit une longue réponse. Léon écrivait ainsi au patriarche de Constantinople : " On vient de m'assurer, indigne' prélat, que vous avez poussé l'audace jusqu'à condamner ouvertement l'Eglise latine , parce qu'elle célèbre l'Eucharistie avec du pain sans levain. Suivant votre opinion, les ponlil'es romains, après dix siècles entiers de l'exercice de la puissance souveraine, devront apprendre de l'évêcfue de Constantinople la manière dont ils doivent honorer la mémoire de leur divin maître. Vous ignorez donc que les papes sont infaillibles, qu'aucun homme n'a le droit de les juger, et (|u'ii appartient au saint-siége de condamner ou d'absoudre les rois et les peuples?

« Constantin lui-même a décrété qu'il trouvait indigne de la majesté divine , que le prêtre auquel Dieu a donné l'empire du ciel fût soumis aux princes de la terre. Non-seulement il a donné à Sylvestre et à ses successeurs l'autorité temporelle, mais encore il leur a concédé les ornements, les officiers, les gardes, et tous les honneurs attachés à la dignité impériale. Afin que vous ue ; nous accusiez pas d'établir notre domination sur l'ignorance et sur le mensonge, nous vous adressons la copie des privilèges que Constantin a donnés à l'Église romaine. .> Le saint-père rapportait textuellement cette célèbre donation, que tous les savants ont reconnue comme apocryphe ; il reprochait aux évêqucs grecs l'ordination des eimuques, qui ', étaient tolérés même sur les sièges épiscopaux ; et il laissait éclater son indignation contre les prêtres de Constantinojile, dont les mccurs étaient si révoltantes, qu'on ignorait, disait-il, si le clergi' était composé d'hommes ou de femmes.

Enfin, Léon accusait le patriarche ^lichel d'ingratitude envers l'Église romaine, s:i mère, qui avait permis qu'il fût honoré comnie i^n'lal de la ville impériale. " On assure, ajonl-iil-il, que \ous avez fermé les églises des Latins dans vos contrées: que Ivous avez chassé îles niiuiaslèns les reliu'ii'ux et ^■""- '■■

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