‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 117 sur 125 · IX · texte numérisé non relu

IX

saint-siége est plus tolérant que vous , puisque nous souffrons dans l'intérieur de Rome plusieurs couvents et plusieurs temples de votre religion. »

Cette lettre exaspéra le clergé de Constantinople, qui persista dans son schisme et refusa de reconnaître l'autorité de Rome; mais l'empereur Constantin Monomaque, qui voulait obtenir le secours des Allemands et des Italiens contre les Normands, |iar l'entremise du pajie, qui exerçait une grande inlluence sur respril de Henri III, écrivit à Léon pour lui témoigner qu'd désirait siurèi-emeut n'tajjlir l'union qui avait été détruile (le|iuis deux siècles entre les iiglises d'(Jrient et (!'( Iccideni , Le piiuce menaça même Michel (V'i nlaiiiis de le ili'poser s'il ne consentait à si' soimietlie au pontife relativement à la question du pain az\me.

Léon répliqua à la lettre de l'empereur : ■<- Prince, nous vous louons de vous être courbé devant notre suprême puissance, et d'avoir pro])osé le premier de rétablir la concorde entre le clergé de votre empire et notre Église ; car dans ces temps déplorables tous les chrétiens doivent s'unir pour exterminer cette nation étrangère qui veut s'élever contre nous, le vicaire de Dieu. Ces Normands, nos ennemis communs, ont fait tomber sous leurs glaives nos fidèles soldais; ils ont envahi le patrimoine de Saint-Pierre, sans avoii- égard à la sainteté de nos demeures ; ils ont forcé les couvents , massacré les moines, violé les vierges, et brûlé les églises. Ces peuples sauvages, ennemis de Dieu et des hommes, ont résisté aux prières, aux menaces et aux anathèmes du saint-sii'gc ; ces barbares, endurcis clans le pillage et dans le meurtre, ne redoutent plus la vengeance divine.

« Alors nous avons été oldigé d'appeler de tous côtés des secours pour dompter ces hordes du Nord; et nous-raème à la tête d'une armée nous avons voulu marcher contre eux et nous réunir à votre fidèle serviteur le duc Argyre, afin de conférer avec lui pour chasser les Normands de l'Italie ; mais ces démons incarnés nous ont attaqués à l'improviste, ils ont taillé en pièces toutes nos troupes, et se sont emparés de notre personne sacrée. Néanmoins, leur victoire leur inspire de grandes craintes, et ils redoutent que les princes chrétiens ne viennent enfin les écraser et nous arracher de leurs mains.

« Nous ne faiblirons pas dans la sainte mission que Dieu nous a confiée ; nous ne cesserons point d'exciter contre eux les autres peuples, afin d'exterminer cette race maudite. Nous n'imiterons pas nos prédécesseurs , ces évêques mercenaires, qui étaient plus occupés de leurs débauches c{ue des intérêts de l'Église romaine. Quant à nous, nous voulons rétablir le saint-siége dans son antique splendeur, et nous n'épargnerons ni l'or, 'ni le sang, 'pour rendre notre trône digne de la majesté de Dieu. Déjà l'empereur Henri , notre cher fils, s'avance à notre secours avec une nombreuse arnii'''.ei lions espérons que vous-même couvrirez liienh'it le IJosphore de vos voiles pour faire déliai ((iiei des soldats sur les côtes de l'Apulie. Que ne (liiis-je pas espérer maintenant pour la gloire (lu saiiit-sii'ge, avec d'aussi puissants secours? »

Dans sa lettre à Michel Gùinlanus, le ■ pape lui dour-.'t le titre d'archevêque de Constantinople. Il Taccuse d'ambition, d'hérésie et d'usurpation, ajoutant : n On affirme que vous êtes simple néophyte, et que vous n'êtes jioint monté par les degrés des ordres jusqu'à l'épiscopat. On prétend que vous osez menacer les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche de les priver de leurs anciennes prérogatives, afin de les soumettre à votre domination ; et que vous prenez par une usurpation sacrilège le titre d'évêque universel, qui n'appartient qu'à l'évêque de Rome. Ainsi, dans votre orgueil, vous osez vous comparer à nous-mème, et contester notre infaillibilité, au mépris des décisions des Pères et des conciles orthodoxes, et même contre les apôtres; enfin, vous persécutez les fidèles qui reçoivent l'Eucharistie avec le pain azyme, sous prétexte que Jésus-Christ s'est servi du pain levé pour instituer le sacrement de l'autel; je vous préviens donc que vos doctrines impies seront anaihématisées par nos légats, et que votre conduite sera condamnée publiquement si vous persistez à nous refuser le serment d'obédience. »

Parmi les envoyés du pontife à Constantinople se trouvait Humbeif. évèque de Sainte-Rufine ou de Blanche-Selve, ancien moine de l'abbaye de ]\Ioyen- Moustier, au diocèse de Toul, qui avait été tiré de son monastère par Erunon lorsque ce prélat parvint à la papauté; Pierre, métropolitain d'Amalli, faisait également partie de cette ambassade, avec Frédéric, frère de Godefroi, duc de Lorraine et de Toscane, parent du pape et de l'empereur Henri le Noir. Ce dernier était alurs diacre et chancelier de l'Église romaine; plus tard il fut élu souverain pontife.

.Avant le départ des ambassadeurs pour la cour de Byzance, Léon reçut les lettres des évèques d'.Afrique qui continuaient à veiller sur les chrétiens soumis à la domination d.s iiiusuliuiins; ils se plaignaient des entreprises auil-iii-u^. < lin |i;v:,m ,\.' Gommi, et demandaient quel fl.iii \r m. tin|mluain dont ils devaient reconnaitre la suprématie depuis que Carthapp avait cessé d'èti'e la opitale de r.Afri((ue. Le pontife, dans la réponse qu'il adressait aux Africains, témoignait une profonde affliction de voir leur Eglise réduite à cinq évêchés, au lieu de trois cents qu'elle possédait avant d'être asservie par les Arabes. Relativement au droit de rai'tropdle, il décidait qu'il n'était pas inh/'i-cnl à l'iinpoit.inee profane des villes, mais qu'il résidait dans l'aucienueté d'un siège, ou dans la sainteté de sa fondation ; qu'ainsi Carthage, malgré sa décadence, devait être considérée comme la métropole du diocèse, et sonévêque comme ayant seul le droit de déposer les prélats et les prêtres, de les consacrer, et de convoquer les conciles provinciaux.

« Quant aux synodes généraux, sachez, ajoute le saint-père, que sans notre autorisation ils ne peuvent êlre assemblés, et que nul d'entre vous ne peut prononcer un jugement définitif contre ses frères, parce que les canons ont donné la puissance souveraine au siège de Rome. » Ce qui est une imposture flagrante ; car les papes se sont arrogé ce dioit à l'aide des fausses décrétales, et non d'après les canons, qui le déféraient au contraire aux assemblées ecclésiastiques

Pendant la captivité de Léon, on tint en France plusieurs conciles provinciaux. Le plus remarquable fut celui deNarbonne; l'archevêque Guifroy le piésidait : on décréta vingt-deux canons pour confirmer la trêve de Dieu. Il fut défendu, sous yjeine des censures les plus terribles et d'exil perpétuel, de livrer aucune bataille ou combat singulier, depuis le premier dimanche de l'Avcnt jusqu'à l'octave de l'Epiphanie, et depuis le dimanche de la Quinquagésime jusqu'à l'octave de Pâques, ainsi que pendant les autres jours de fêtes ou déjeunes commandés par l'i^ghsc.

Il fut également défendu d'élever aucune forteresse ou muraille crénelée pendant la durée de la trêve, afin d'empêcher les seigneurs d'employer ces temps de repos à fortifier leurs domaines de murailles ou de fossés, et à les couvrir de tours imprenables. Les Pères du synode de Narbonne déclarèrent les oliviers des arbres sacrés, parce qu'ils fournissaient la lumière des basiliques et l'huile du saint chrême; et défense fut faite d'en couper un seul pied, sous peine d'anathème.

Léon était toujours retenu prisonnier à Bénévent ; et quoiqu'il eiit plus de cinquante ans, il étudiait la langue grecque avec une grande ardeur, à cause des relations qu'il voulait entretenir avec les empereurs de Constantinople. Cependant une maladie de tristesse et de langueur s'était emparée de lui et faisait de grands progrès; enfin, sentant ses forces diminuer, il fit appeler le comte Humfroi, l'un des chefs normands, et le somma de tenir la promesse qu'il lui avait faite de le conduire à Rome avant sa mort. Le comte, après avoir fait constater par des gens de l'art la position du pape, le fit placer sur une litière, et l'accompagna lui-même dans la ville sainte avec une nombreuse escorte.

Léon resta plusieurs jours au palais de Latran pour ré,i;ler ses dernières volontés ; ensuite s'étant fait porter dans la Ijasilique de Saint-Pierre, il reçut l'extrème-onction en présence d'un grand nombre d'évèques, d'abbés et d'ecclésiastiques, et fit une prière en allemand, demandant à Dieu d'être délivré promptement de ses souffrances, par la guérison ou par la mort; enfin il mourut le 19 avril 1054, après un règne de cinq ans et quelques mois.

L'Église a placé ce pontife au nombre des saints qu'elle honore. Platine rapporte que son palais était ouvert à tous les malheureux, et qu'un jour un vieillard, couvert d'une lèpre horrible, s'étant présenté au palais patriarcal pour passer la nuit, le saint-père le fit mettre dans son propre lit, parce que tous les appartements étaient déjà occupés, et lui-même se retira dans l'oratoire de Latran. Le lendemain, lorsqu'il rentra dans sa chambre, le pauvre avait disparu, et le lit était enveloppé d'une auréole lumineuse; c'était Jésus-Christ lui-même, ajoute le na'if historien, qui avait revêtu la forme d'un mendiant lépreux pour éprouver la charité du pontife. la chronique d'Herman raconte également plusieurs miracles qui eurent lieu sur le tombeau de Léon.

On doit à ce pape la création des archichanceliers de l'I-'glise romaine, dignité qu'il institua en faveur d'Hérimon, métropolitain de Cologne.

Ilîli

Concile de N'arbonne

Réponse du canl moine Nicétas.

romaine. — Lettre du patriarche contre le clergé d'Occident

Humbert à Michel Cérularius. — Réfutation des écrits de Nicélas sur le pain azyme. — Rétractation du

Excommunication du patriarche de Conslantinople. — Michel Cérularius anathématise à son tour l'Ëglise

arque sur le schisme des Grecs. — Origine des cardinaux.

Après la mort de Léon IX. le saint-sii'gc fcsta vacant une annéu entière, les Romains n'osant pi-ocèder à l'élection' d'un pontife sans l'autorisation de l'empereur Henri III.

Pendant cette vacance, il se passa en Orient des événements extrêmement importants. Les légats envoyés à Constantinople jiar Léon avaient été reçus avec de grands honneiu's par Constantin IMonomaijue; et Humbert, prolitant des bonnes dispositions de l'empereur, publia une réponse au manifeste lancé par Mkbel Cérularius et par Léon d'Acride contre les ecclésiastiques latins. Cette réfutation est dialoguée ; nous en donnons la substance : « '\"ous dites, patriarches de Constantinople et d'.\cride, que la charité chrétienne et la compassion humaine vous ont engagés à réprimander les Franks et le pape luimême, parce qu'ils pratiquaient les erreurs des juifs en conservant l'ancien usage de faire la Pàque avec le pain azyme.

« Mais avant d'arrêter vos regards sur l'Occitlenl , pourquoi donc négligez-vous les Églises que vims êtes chargés de diriger, et pouri[uoi permetlez-vdus que des jacobites. ;iinsi ([ne d'anties héréliques, s'entretiennent et coiiiniiiniiiucnl avec les liib'les de vos diocèses? Vous dites encore que .Tésus-Christ , en célébrant la Cène, prit ilii pain, appelé arlos en grec; vous insistez sur réiymologie de ce nom, qui d'ajirès vous signifie que le [.ain esl levé nu enllé par la fermentation, et v.ius eu concluez (pie le pain sans levain n'est pas réellemenl du pain. Le sens que vous donnez au mot artos est restreint, et nous pouvons vous présenter de nombreux passages de l'Écriture, dans la version des Septante, oii ce terme est em-

ployé pour désigner le pain azyme que l'ange apporta au prophète Élie, ainsi que les pains de proposition. Ainsi arlos dans la langue grecque , comme leheni dans la langue hébra'ique, signifie toutes sortes de pains, et non une espèce particulière.

« D'ailleurs Jésus- Christ a institué la Pàc[ue avec du pain azyme, parce qu'il a célébré cette fête légalement, et ]iai(e ipie la loi judaïque défendait pendant ce-- [(iiir^ s:u II ■; de jiiéparerdu pain levé.

« l'uur i.iMeljK 1 (limieiiicnt cette fête, nous plaçons sur la sainte table du pain que les diacres, et les prêtres mêmes, revêtus d'iiabits sacerdotaux, ont pétri et préparé dans un fourneau d'argent en chantant des hymnes religieux. Vous, au contraire, vous suivez les erreurs de l'Église latine des premiers siècles, vous achetez le pain de l'autel chez un pannelier public; vous le luisez en miettes dans !e vin "du calice, et vous administrez le sacrement avec une cuillère Vous oubliez ipie Jésus-Christ prit un pain entier, le Iiéuit, et l'ayant rompu, le distribua par nioiceaiix à ses disciples. L'Eglise de Jérusalem, la plus ancienne de toules, a gardé cette sainte tradition ; ses prêtres consacrent des hosties entières sur les patènes, et ils les divisent non comme les Grecs avec une lame de fer, mais avec les doigts, parce f(iic le pain sacré est mince, friable et de Une fleur cle froment.

« .V])iès la communion, s'il reste quelques miettes de riioslie, on ne les lniilc |ioint. on ne les jette pas dan.s les ordures de 1 egiisi' ; elles sont au contraire placées religieusement dans un cofl're précieux, et on les donne aux fidèles dans la communion du lendemain. Dans vos églises grecques, vous jetez les

VACANCE DU SAINT-SIEGE

fragments du corps sacré de Dieu avec les immondices de vos sacristies.

<t Quant à nous, qui nous conforini)ns aux usages de l'Église do Jérusalem , nous plarons sur l'autel des hosties minces, saines et entières; après la consécration, nous les rompons avec nos mains et nous les donnons au peuple ; ensuite nous prenons le sang du Christ dans le calice, c'est-à-dire le vin, et nos lèvres l'aspirent avec délices. «

Humbert justifiait les ecclésiastiques romains de ce qu'ils chantaient alléluia ] enduit toute l'année, excepté dans le temps du Caième ; enliu il adressait de sanglants reproches aux (jrecs sur ce qu'ils faisaient rebaptiser les Latins, rt piTjn. ■liaient le mariage aux prêtres; sur ce(pi'ils rcliis.iinii la communion ou le baptême aux lèiuines en péril de mort par suite d'un enfantement dangereux, et les excluaient des sacrements pendant les temps menstruels; ainsi que sur la défense ridicule faite aux moines et aux religieuses de porter des caleçons.

Il combattait ensuite les écrits de Nicétas , surnommé Stethatos ou Pectorat, moine de Stude, qui jouissait d'une grande réputation dans l'Orient. Ce religieux avait accusé les Occidentaux de rompre l'abstinence en célébrant la messe tous les jours de Carême à l'heure de tierce , ce qui les empêchait de jeûner jusqu'à none ; tandis que les Grecs ne disaient que l'office des présanctifiés, sans consacrer l'hostie à l'heure de none, comme ils le pratiquent encore.

Humbert prétendait également que « le saint sacrifice ne devait pas être célébré sur de la soie ou sur des étoffes de couleur, mais sur le lin tissu avec sa blancheur virginale, afiu qu'il représentât le Imceul du Christ, ainsi que saint Sylvestre l'avait ordonné.

« Nous jeûnons exactement tous les jours du Carême, ajoutait-il, et même nous faisons jeûner les enfants de dix ans ; car il est faux que la communion rompe le jeûne ; celui qui reçoit le corps de Jésus- Christ reçoit la vie éternelle et non une chair corruptible sujette aux lois impures de la digestion. D'ailleurs, soit que nous disions la messe à tierce, à none ou à une autre heure, nous ne réservons pas la moindre partie de l'oblation, parce que nous sommes convaincus que les apôtres n'ont point célébré la messe d'une manière différente de la nôtre. Dieu lui-même , après avoir béni le pain , ne le réserva pas pour le lendemain; il le rompit et le distribua aussitôt à ses discipiles.

ce Nous n'ignorons pas que les Grecs ont établi l'usage de dire l'office sacré à l'heure de tierce le dimanche et les jours de fêtes solennelles, en commémoration de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; mais nous croyons aussi que nous ne sommes pas coupablrs lie péché en célébrant la messe les jours île ji uni' ,'i l'heure de none ou de vêpres, puisque NoIir-.Sci^iicur a institué ce sacrement le soir, et qu'il ;i acioiiipli sou sacrilice à la neuvième heure. Ainsi, qunii[ui' le malin soil plus eonvenalile à la célébration de la n)csse, on ne rompt pas le jeûne en l'accomplissant à d'autres heures, comme le témoigne l'institution de la messe de minuit. Dans tous les cas, nous ne prétendons pas apprendre le rite de votre mi'ssi', parce que nous ne voulons pas prati([uer vos scandaleux usages.

« Quand vous rompez le pain sacré, vous en laissez tomber les fragments, que vous foulez aux pieds ; et vous avez la même négligence en essuyant les patènes avec des feuilles de palmier, ou avec des brosses de soies de sanglier ; nous savons même que plusieurs d'entre vous apportent à la sainte table des légumes et de la chair rôtie pour manger avec le corps de Jésus-Christ. «

Enfin, Humbert terminait celte longue réponse en prononçant l'excommunication contre Nicétas, s'il persistait dans ses erreurs sur le pain azyme. Constantin Monomaque, qui avait un puissant intérêt à ménager la cour de Rome, contraignit le pauvre moine à se rétracter, sous peine de perdre les biens qu'il avait reçus de lui. Les légats du saintsiége se rendirent au monastère de Stude , et , en présence du souverain, des grandis dignitaires de l'État et d'un nombreux clergé, .\ir/>ias condamna l'écrit publié sous son nom conlic 1 i^i^lise latine, relativement au pain azvme, au >ali|iai et au mariage des prêtres; il analbi'inalisa imis n^nx qui nieiaient l'orthodoxie du rih^ romain et l'iiilailliliilité du saintsiége; enfin, il brûla son livre au milieu de l'assemblée, sur un autel de marlire.

Quant à Michel Gérularius , il résista opiniâtrement aux menaces de Constantin, et refusa de communiquer- avec les légats. Alors le lendemain, à l'heure de tierce, Humbert et ses collègues se rendirent à l'église de Sainte-Sophie, pi'iK'iièrenl jusijue dans le sanctuaire, et déposèrent sui- U- niaiid autel un acte d'excommunication fulminé contre lui; ensuite ils sortirent de la basilique et secouèrent la poussière de leurs sandales en criant : « Anathème sur Michel Cérularius! »

L'acte d'excommunication était conçu en ces termes : « Nous, Humbert, Pierre et Frédéric, envoyés par le saint-siége dans cette ville impériale pour la juger, nous déclarons avoir trouvé beaucoup de Ijien et beaucoup de mal. Les colonnes de l'empire, les hommes élevés dans les hautes dignités, et les principaux citoyens, sont orthodoxes ; mais le moine ^liclicl, qui s'intitule patriarche, et ses adhérents, la remplissent d'hérésies et de crimes; ils vendent les dons de Dieu comme les simoniaques; ils font des eunuques comme les valésiens , et ils élèvent ces malheureux non-seulement à la cléricature, mais encore à l'épiscopat. Ils affirment, comme les donatistes, que hors de l'Église grecque il n'y a plus dans le monde ni Église de Jésus-Christ, ni vrai sacrifice de la messe, ni vrai baptême; comme les nicolaïtes, ils permettent le inaiiayv aux ministres de l'autel; comme les sévéïieiis, ils maudissent la loi de Moïse; comme les inacédoni.ns, ils retranchent du symbole raffirmation i|iii' \r Saint-Esprit procède du Fils; comme les maiiirluCiis, lU prétendent que tout ce qui a du levain l'si animé; et enlin, comme les nazaréens, ils praliijueut les purificaliiius judaïques et refusent la communion aux tidèli's (jui se coupent les cheveux et la barbe.

<e Michel avait été averti par le pontife Léon qu'il eût à renoncer à ces erreurs; et cependant il a méprisé les sages avis de son père; il a refusé de comnnmiquer avec nous et de nous accorder des églises pour célébrer l'office divin; il a voulu abaisser la

intà de musique en usage au onzième si'.cie

VACANCE Dr SAINT-SIÈGE

Le pape de Home excommunie le patriarche de Jén

dignité du saint-sit'ge, et il va pousser l'audace jusqu'à prendre le titre d'évêipie universel.

« Ainsi, nous, par l'autorité de la sainte Trinité, du trône apostolique , des sept conciles œcuméniques, et de toute l'Église catholique, nous souscrirons à l'anathème que Léon IX a prononcé contre Cérularius, et nous le déclarons clerc infâme, patriarche usurpateur, néophyte ignorant qui s'est revêtu de l'haliil monasticpie pour éviter les châtiments que ses crimes lui ont mérités.

n Avec lui, nous condamnons Léon, appelé scandaleusement évêque d'Acride, Constantin, sacellaire de Sainte-Sophie, qui a foulé de ses pieds profanes le corps et le san^ du Christ, qui avaient été consacrés par des prêtres latins. Nous excommunions enlin tous leurs sectateurs quels qu'ils soient; nous les proscrivons du temple de Dieu, et nous les vouons à Satan et à ses anges, s'ils refusent de s'humilier devant la puissance suprême du papel Amenl amenl amen! «

Ce coup d'autorité, on plutôt l'insolence des légats romains, au lieu d'épouvanter le patriarche de Constantinople, excita sa juste indignation; et comprenant que pour guérir la blessure qui avait été faite à son Église, il fallait employer un remède plus violent que le mal, il rendit un décret véhément contre l'excommunication prononcée contre lui , et à Bon tour il anathématisa toute l'Église latine. Ensuite il rcri\i( :i Pierre d'Antioche : « Des barbares impies siii lis ,|,~ iciirbres de l'Occident sont venus en cette pii'usc ville, d'où les sources de la foi orthodoxe se sont répandues dans tout le monde. Ils ont entrepris de corrompre la saine doctrine par l'impureté de leurs dogmes; ils veulent nous contraindre à judaïser comme eux ; ils prétendent que les moines doivent manger des viandes suffoquées, qu'ils peuvent se nourrir de lard pendant toute la durée de l'année, et même pendant les premières semaines du Caiême.

" Ils ont osé ajouter au symbole de Xicéo ces paroles hén'tiqncs : ,< Je crois au Saint-Esprit, sel- « gneur et vivitiaiit qui procède du Père et du Fils; ils défendent le mariage des prêtres, et condamnent les ecclésiastiques eunuques. Ces infâmes permettent qu'au moment de la communion, le plus beau des jeunes clercs dépose des baisers impurs Sur la bouche de l'officiant ; leurs évèques portent des anneaux aux mains pour rappeler aux fidèles que leurs Églises sont leurs épouses, et cependant ils combattent à la guerre, souillent leurs mains du sang de leurs frères, et après avoir égorgé des chrétiens, ils osent encore offrir à Dieu le sacrifice divin. Ils administrent le baptême par une simple immersion, et en mettant du sel dans la bouche des néophytes; enfin, au lieu de du-e avec l'apôtre Paul : « Un peu « de levain fait lever toute la pùte, >> ils prétendent qu'il la corrompt. Ce qui met le comble à leurs iniquités, c'est qu'ils ne sont pas venus auprès de nous pour être édifiés par la pureté de notre doctrine et de nos rites, mais au contraire avec la pensée impie de nous instruire et de nous faire embrasser leurs opinions sacrilèges, sous peine d'anathème.

« Quant à nous, nous avons évité de communiquer avec ces envoyés de Satan, et nous avons refusé de traiter des questions de doctrine avec ces légats maudits, sans que vous et les autres patriarches fussiez réunis en concile. Alors ces forcenés, pour vaincre nos refus, ont pénétré les armes à la main dans notre cathédrale, et ont jeté sur le maître-autel une excommunication contre toute l'Église orthodoxe. Nous pouvions brûler cet écrit infâme et l'anéantir; mais nous avons préféré le juger puldiquement, afin que la condamnation des auteurs d'un pareil sacrilège fût une réparation éclatante et dinne de la majesté de notre ministère. L'empereur s'est alors rangé de notre parti, il a contraint les légats de Rome à se rendre dans la grande salle du conseil pour abjurer leurs erreurs et nous faire amende honorable; mais ceux-ci ont menacé de se tuer euxmêmes si on voulait leur arracher une rétractation.

« Nous vous adressons ces détails afin que vous soyez informé exactement des faits qui se sont passas dans notre ville, et pour que vous n'^pondiez avec la circonspection qui convient à un dèlenscur c'c la

foi orthodoxe, si l'on écrit de Rome contre nos frères et contre notre siège. »

Telles furent les causes qui déterminèrent un nouveau schisme entre l'Orient et l'Occident, ou plutôt qui réveilla les anciennes disputes soulevées autrefois sous le célèbre Photius, et qui n'avaient, pour ainsi dire, jamais eu d'interruption, malgré les intervalles de paix apparente entre Rome et Constantinople.

Néanmoins, il ne faut pas supposer f(ue ces divisions scandaleuses, qui ont excité de si grands troubles dans la clnViienté, aient eu pour motif sérieux do ridiiules ([iieielles théologiques sur la procession du SaiuL-Espiit, sur le pain azyme, sur le jeîine du samedi et sur d'autres questions peu importantes ; ces controverses n'étaient que des prétextes spécieux pour cacher aux yeux des peuples la véritable cause de la haine des patriarches et des papes ; la cupidité et l'ambition de ces orgueilleux prêtres alimentaient les discordes et rempHssaient la Grèce et l'Italie de guerres, de brigandages et d'assassinats. Mais l'Église romaine peut revendiquer la plus large part dans les causes des malheurs qui ont désolé les nations ; car, lors même que les prétentions des Grecs relativement à leur indépendance religieuse eussent été contraires aux canons de l'Église, cette faute n'était pas assez grave pour que le saint-siége condamnât aux feux éternels de l'enfer catholique les deux tiers de la chrétienté.

Après la mort de Constantin Monomaque, le patriarche acheva la tâche commencée par Photius, régularisa le schisme et sépara pour toujours l'Eglise d'Orient de celle d'Occident.

Parmi les légats romains envoyés à Constantinople, Humbert, évêque-cardinal, était le personnage le plus influent par l'autorité que son titre lui conférait sur ses collègues; aussi est-il nécessaire de faire connaître l'origine du cardinalat et quelle importance cette dignité avait déjà obtenue dans l'Église vers la fin du onzième siècle.

Le plus ancien auteur qui ait parlé des cardinaux est saint Grégoire, en 596, le premier pape dont la pohtique ait jeté les fondements de la puissance temporelle du saint-siége. Dans ces premiers âges de l'Église, le prêtre-cardinal était simplement le curé d'une paroisse principale dans laquelle il n'était pas né.

A la suite des bouleversements et des révolutions poHtiques, un grand nombre d'ecclésiastiques, chassés par les barbares, venaient se réfugier dans les villes placées sous la protection de l'empire, et où ils étaient entretenus de la bourse commune du clergé, comme les clercs de la cité. Lorsqu'un ecclésiastique venait à mourir, son office était C{uelquefois assigné à un prêtre réfugié, qui prenait le titre d'incardinatus, c'est-à-dire d'agrégé ou de transféré, pour le distinguer du clerc qui parvenait à un ministère sans avoir passé par un autre, et fjui se nommait ordinatus, c'est-à-dire prêtre consacré hiérarchi([uement et selon les règles.

Cet usage s'établit en Italie au commencement du septième siècle, époque à laquelle un grand nombre devèques, de prêtres et de diacres furent dépouillés de louis églises par les Lombards. Gomme la ma-

VACANCE DU SAINT-SIÈGE

jeure partie de ces fugitifs vinrent dans les villes de Ravenne ou de Home , qui leur oflVaient plus de chances de placement, il arriva que dans ces deux villes presque toutes les charges étant occupées par eux, les titulaires furent appelés cardinaux. On distinguait alors les diacres cardinaux, les jirètres et les évoques cardinaux; mais bientôt ce titre, ([ui dans l'origine désignait un état précaire et subalterne, changea de signification, et servit à marquer la différence des Églises et des emplois; par exemple, un chanoine de cathédrale était nommé cardinal ])Our le distinguer des ecclésiastiques qui desservaient les basiliques de second ordri; ; mais h titre de caidmal était inférieur à celui d'évèque, et les prélats ne le conservaient pas habituellement lorsqu'ils parvenaient à l'épiscopat.

Sous le pontificat de Pascal I", en 817, les curés de Rome prirent le titre de cardinaux pour marquer qu'ils étaient les ministres les plus rai)pr()chés du papi' cl qu'ils participaient à son élection; plus tard, Lusp,. 1,. r\rv,r rut .nVvé au pcupl,. romain le dioil d'clccLiun, l'aulurué des cardinaux grandit tel-

lement, que le pontificat échéait presque toujours à quelqu'un d'entre eux. Peu à peu le cardinalat se transforma en une dignité particulière, et les ])rélats cjui en étaient revêtus se constituèrent insensiblement en collège électoral.

Au douzième siècle, cependant, les cardinaux n'avaient encore aucune marque distinctive de leur titre; le chapeau rouge ne leur fut donné que dans le siècle suivant; en 1464, Paul II les autorisa à porter la calotte rouge et des housses écarlates lorsqu'ils montaient à cheval; enfin, Ur))ain Vllf leur donna le titre d'éminence par une bulle solennelle.

C'est ainsi que par degrés cette dignité est devenue dans l'Église la première après la papauté; et maintenant les cardinaux sont à l'éirard lu pnutife ce que les sénateurs ou les secrétaires d'IJat suiil à l'égard d'un empereur ou d'un roi. Dans l'Eglise catliolii|ue, ils sont regardés comme les pivots sur lesquels roule tout le gouvernement, et les simples les honorent comme des seigneurs pour lesquels il n'existe point de dénominations assez magnifiques. Les cardinaux sont destinés à disparaître avec la papauté.

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Election singulière du pontife. — I! est intronisé : Miracle du Gloria Patri. — Concile de Tours. viole les privilèges de l'abbaye du Mont-Cassin.

us le nom de Victor II. — Miracle de l'empoisonneur possédé du diable. — Concile de Toulouse. — Plainte contre lévêque de Narbonne. — Le pape - Voyage du ^aint-père. — Sa mort.

Après la mort de Léon IX, les Romains n'osèrent point élever un nouveau pontife sur le saint-siége sans les ordres de l'empereur, et ils lui députèrent le sous-diacre Hildebrand pour le prier, au nom du clergé, des grands et du peuple, de désigner luimême celui qu'il jugerait le plus digne de monter sur le trône de saint Pierre.

Hildebrand, qui poursuivait toujours ses projets ambilieux et voulait rendre les élections pontificales indépendantes de la volonté des princes, se rendit aussitôt en Allemagne, et persuada aux évêques de la Germanie qu'il serait utile à leur province d'élever au pontificat le vénérable Gébéhard, parent de l'empereur, que les Romains avaient déjà désigné. Les prélats, dociles à ses inspirations, se présentèrent au souverain et le supplièrent d'approuver cette nomination.

Henri aimait tendrement cet évêque, qui était un des plus riches et des plus puissants seigneurs de son empire; il fut piot'ondément affligé du choix qu'on avait fait, prévoyant que la dignité pontificale changerait les inclinations de son parent, et susciterait à l'empire un ennemi formidable. Il refusa d'abord de confirmer cette élection, sous prétexte que la présence de Gébéhard était nécessaire en Allemagne; et il proposa d'autres sujets pour la papauté; mais toutes les raisons qu'il allégua afin de justifier son refus n'ayant pu ébranler la résolution d'Hildebrand, il fut obligé de céder aux obsessions du sousdiacre. Gébéhard partit pour Rome avec l'ambassa-

deur; il fut reconnu pape par les suffrages unanimes et on le consacra le jeudi saint, 13 avril 1055, sous le nom de Victor II.

Une légende raconte cpie peu de temps après son intronisation, un diacre de Saint-Pierre, qui vivait en concubinage avec sa sœur, et qui avait été censuré pour cet inceste, forma le projet de se venger du pape, et mêla du poison avec le sang de Jésus- Ghrist dans le c;dice, pendant que le pontife célébrait l'office divin. IMais dès que Gébéhard eut prononcé les paroles sacramentelles et voulut élever le calice devant le peuple, quelque effort qu'il fît, il ne put le détacher de l'autel. Surpris de ce prodige, le saint-père se prosterna la face contre terre, implorant Dieu à haute voix afin de connaître la cause de ce miracle ; aussitôt l'empoisonneur, qui était à genoux auprès de lui, fut saisi par l'esprit des ténèbres, et tomba à la renverse sur les marches de l'autel en prononçant des blasphèmes épouvantables, et s'accusant du parricide qu'il voulait commettre. Alors le pieux Gébéhard, touché des souffrances horribles du possédé, se mit de nouveau en prière avec le peuple jusqu'au moment oii l'obsession du diacre fut passée; ensuite il souleva sans peine le calice, et l'enferma dans le tabernacle d'un oratoire pour le conserver avec les reliques. Maimbourg rapporte ce fait très-gravement comme une preuve irréfragable de la sainteté de Victor.

La même année, l'empereur vint en Italie pour assister aux fêles de la Pentecôte, que le ponliftt

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