‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 119 sur 125 · BENOIT X · texte numérisé non relu

BENOIT X

Élection violente et simoniaque de Benoît X. — Un archiprêtre est forcé de le consacrer pour échapper à la mort. — L'ahbé Didier revient à Rome et prend possession du monastère du Mont-Cassin. — Election de Nicolas II. — Seatimeuts de Pierre Damien sur cette double élection. — Benoit dépose la tiare et abandonne volontairement le saint-siége.

Etienne X , avant son départ pour la Toiïcane , avait assemlilé les cardinaux et les membres les plus influents du clergé, et leur avait fait jurer que dans le cas oîi il viendrait à mourir, ils ne lui nommeraient pas de successeur avant le retour du sousdiacre Hildebrand, qu'il avait envoyé en Allemagne pour des affaires d'Etat.

Ainsi ce moine devait exercer dans le concile les fonctions du Saint-Esprit, et inspirer aux Romains le choix d'un souverain pontife. Mais les instructions d'Étieime furent méprisées; et la nuit même où sa mort fut connue à Rome, Grégoire, fds d'Albéric, comte de Tusculum, et Gérard de Galère, n'écoutant que leur ambition, réunirent dans leur palais les principaux citoyens de la ville, et proclamèrent souverain pontife Jean Mincius, évêque de Yeletri, leur parent.

Pierre Damien, voulant se conformer au décret d'Etienne X, s'opposa à l'ordination du nouveau pontife, et prononça l'anathème contre les séditieux ([ui avaient élu Benoît chef suprême de l'Église; mais son opposition n'eut aucun résultat, et il fut contraint de s'enfuir du palais de Latran pour échapper aux soldats, qui menaçaient d'égorger tous ceux qui résisteraient aux volontés des comtes de Toscanelle, prêtres ou laïques.

Un archiprêtre fut conduit de force à Saint-Pierre, et on le contraignit, le poignard sur la gorge, à consacrer Benoît X; ce qui eut lieu le 5 avril 1058.

Le nouveau pontife occupa le saint-siège environ

dix mois. Pendant que Rome était devenue le théâtre de sanglantes querelles, Didier, abbé du couvent du Mont-Cassin, et les deux autres légats envoyés à Gonstantinople par Etienne, revenaient de leur mission et débarquaient à Bari, sur les côtes de l'Adriatique. Aussitôt qu'ils eurent appris la mort du pape, Didier se détacha de son escorte et partit en grande hâte pour se rendre au Mont-Cassin, afin de prendre immédiatement le gouvernement de son riche monastère et préparer de nouvelles intrigues. Il fut mis en possession de son abbaye le jour de Pâques, par le cardinal Humbert, qui s'était réfugié dans cette pieuse retraite pour échapper à la vengeance des comtes de Toscanelle.

De son côté, l'ambitieux Hildebrand abandonna promptement la cour de l'impératrice Agnès et se mit en route pour venir briguer le souverain pontificat; mais, à son arrivée à Florence, il apprit l'élection de Benoît. Aussitôt il écrivit aux ecclésiastiques et aux notables de Rome des lettres violentes, leur reprochant la faiblesse qu'ils avaient eue de courber la tête sous le joug des comtes de Toscanelle, et de se laisser imposer un pontife; il leur enjoignait de chasser Benoît du saint-siége, et de se rendre auprès de lui pour procéder à une élection régulière.

Un petit nombre de prélats, qui regardaient Benoît X comme un pape charitable, d'une extrême bonté et d'une piété exemplaire, lui pardonnèrent son ignorance en faveur de ses qualités, et restèrent

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