BENOIT X
attachés à son parti; mais quelques autres se laissèrent entraîner par l'espoir de s'enrichir sous un autre règne; ils envoyèrent leur adhésion au sous-diacre HildeJjrand , et approuvèrent sans restriction tout ce qu'il lui conviendrait de décider dans l'intérêt de l'Église. Celui-ci rassembla immédiatement les prêtres de son parti, et fit élire pour souverain pontife l'évêque Gérard, qu'Henri IV, roi de Germanie, avait lui-même désigné à l'époque où les Romains étaient venus le supplier de leur donner un pape de son choix. Gérard fut consacré sous le nom de Nicolas II, et l'Eglise reconnut deux jjontifes!
Pierre Damien, consulté par un archevêque pour savoir quel était le véritable pape auquel ou devait obéir, fit cette singulière réponse : « Celui ijui est maintenant sur le saint-siége a été intronisé de nuit, par des troupes de gens armés qui l'ont fait élire en distribuant de l'argent au clergé. Le jour de sa nomination, on a vendu dans toute la ville les patènes, les saints ciboires et les crucifix du trésor de Saint- Pierre ; son élection a donc été violente et simoniaque. Il allègue pour sa justification qu'il a été forcé d'accepter le pontificat, et je ne voudrais pas affirmer qu'il n'en est pas ainsi ; car notre pape est tellement stupide, qu'il n'y aurait rien d'extraordinaire qu'il eut ignoré les brigues que les comtes de Toscanelle faisaient en son nom ; néanmoins, il est cou-
pable de rester dans l'abîme où on l'a jeté, et de s'être fait ordonner par un archiprètre dont l'ignorance est si grossière, qu'il ne pourrait pas lire une page entière sans épeler chaque syllabe.
« Quant à l'élection de Nicolas II, quoiqu'elle n soit pas entièrement régulière, je me soumettrais plus volontiers à l'autorité de ce pontife, parce qu'il est suffisamment lettré, cpi'il possède un esprit vif, des mœurs pures, et qu'il est rempli de charité. Cependant, si l'autre pape pouvait composer une ligne, je ne dirai pas d'un psaume, mais d'une homélie, je ne ferais plus d'opposition, je le proclamerais le vrai pontife et je lui baiserais les pieds. »
Henri IV avait donné l'ordre au duc Godefroi d'accompagner Nicolas II à Rome, et d'arracher de vive force l'évêque de Velelri de la chaire de saint Pierre, s'il ne voulait pas en descendre volontairement. Néanmoins, avant de procéder par la violence, Gérard et Hildebrand convoquèrent un concile à Sutri, afin de déclarer l'antipape dépossédé et excommunié s'il persistait à se maintenir sur le saintsiége. Benoît, comprenant que les comtes de Toscanelle n'étaient pas assez puissants pour le protéger contre les armes du duc Godefroi, se résigna en philosophe; il déposa la tiare, renonça au gouvernement de l'Eglise, et se retira dans sa maison, abandonnant le palais de Latran à l'ambitieux pontife Nicolas.
M(()[ \s II
Intronisation du pape. — Il lùve rexcommunication prononcée contre l'antipape. — Marché scandaleux conclu entre N colas et l'abbé Didier. — Etal dé; loiable de l'Eglise. — Concile de Rome. — Décret contre les simoniaques. — Lettre synodale du pape. — Perfidie du pape envers Bérenger de Tours. — Bérenger persiste dans ses doctrines sur l'Eucharistie. — Nicolas II cùde la province de la Fouille aux Normands. — Philippe I" est couronné roi de France. - Conciles des Gaules. — Aldred, archevêque d'Yor-' , fait un pèlerinage à Rome. — Mort du pape.
Aussitôt que Jean Mincius eut abdiqué la suprême dignité de l'Église, Nicolas II, accompagné de Godefroi et des cardinaux de son parti, fit son entrée à Rome ; il fut reçu avec de grands honneurs et porté au palais de Latran, où il subit les épreuves de la chaise percée, suivant l'usage adopté.
Quelques jours après son intronisation, l'antipape Benoît vint se jeter à ses pieds, protestant de son dévouement et s'accusant d'être un sacrilège, un usurpateur et un parjure; alors Nicolas leva l'escommunication qui avait été prononcée contre lui, sous la condition expresse qu'il ne pourrait sortir de l'église de Saintc-:\Iarie-Majeure. Benoît X se soumit à ce jugement, et le schisme fut ainsi terminé sans avoir fait couler le sang dans Rome.
Mais les capitaines des quartiers qui avaient été nommés sous les règnes précédents ne se montrèrent pas d'aussi bonne composition relativement aux revenus du saint-siége dont ils s'étaient emparés; ils méprisèrent les décrets du nouveau pape, et continuèrent à percevoir les dîmes du clergé, sous prétexte qu'ils pouvaient sans crime dépouiller l'Église de l'argent qu'elle prélevait sur la superstition et sur l'ignorance des peuples.
Nicolas, trop faible pour lutter contre les capitaines de la milice, les laissa en possession des revenus de Rome, et s'adressa à l'abl^é du Mont-Cassin pour en obtenir les somtnes qui lui étaient néces-
saires pour satisfaire aux exigences du clergé italien. Didier accéda à la demande du pontife; mais en retour il exigea le titre de prêtre-cardinal de Sainte-Cécile : le marché fut accepté, et le lendemain Nicolas lui abandonna les revenus de l'église de Saiute-Gécile ; il augmenta en outre les privilèges de son monastère, et il le nomma son vicaire pour la réformation de tous les couvents de la Gampanie, de la Pouille et de la Calabre.
Rome et l'Italie continuèrent à être livrées à d'é pouvantables désordres; tous les prélats, à l'exemple du pontife, mettaient les ordres sacrés à l'encan. les adjugeaient publiquement aux derniers enchérisseurs, afin de regagner eux-mêmes par ce trafic sacrilège l'argent qu'ils avaient donné pour obtenir l'épiscopat. En outre; il s'était introduit dans l'Eglise un luxe tellement scandaleux, que les revenus des diocèses n3 suffisaient plus à l'entretien des meutes, des équipages, des mignons et des courtisanes qui remplissaient ks palais épiscopaux.
Nicolas, désirant remédier à ces désordres qui faisaient présager infailliblement la ruine de l'Église, convocjua un concile dans la ville sainte. Gent treize évêques se rendirent à Rome et siégèrent dans le palais de Latran ; le pape ouvrit ainsi la séance : « ^'ous savez, mes frères, comment après la mort d'Etienne, notre prédécesseur, le saint-siége a été exposé aux brigues déplorables de.> simoniaques.
NICOLAS li
asba du sainl-siége
Afin d'empê^lier à l'avenir de tels scandales, nous ordonnons, suivant l'autorité des Pères, qu'après la mort d'un pape, les évèques cardinaux délibéreront ensemble les premiers, et choisiront un ponlifo; ensuite ils appelleront dans la salle les clercs cardinaux, pour écouter leurs représentations; et enfin, le reste du clergé et le peuple viendront aiiprouver la nomination du nouveau chef de l'Eglise.
« Nous devons surtout avoir sans cesse présente à notre souvenir cette sentence du bienheureux Léon :
« Il ne faut pas appeler évèques les ecclésiastiques « qui ne sont élus ni par le clergé, ni demandés par « le peuple, ni consacrés par les prélats de la pro- K vince avec le consentement de l'archevêque; » mais comme à l'égard du saint-siége il n'existe pas de métropolitain, les cardinaux devront le remplacer; on choisira le pontife préférablemenl dans le sein de l'Eghse de Rome, si elle renferme un sujet digne de représenter le Christ sur la terre; autrement on pourra élire un prêtre étranger, ayant égard, avant
tout, à la volonté de notre fils Henri, qui est maintenant roi, et qui sera empereur s'il plaît à Dieu, comme nous le lui avons promis. On aura dans la suite des siècles la même déférence pour les successeurs de ce prince qui auront reçu la couronne impériale des mains des pontifes.
« Si le malheur des temps ou la tyrannie des factions empêchait de procéder dans Rome à une élection libre, les cardinaux-évêques, assistés des principaux dignitaires de l'Église et de quelques laïques, auront le droit de s'assembler dans la ville qu'ils jugeront la plus convenaLle, et de proclamer un nouveau pape. Si, après la consécration du pontife, quelque obstacle s'opposait à son intronisation dans le saint-siége suivant les usages et les cérémonies habituels, il n'en sera pas moins regardé comme le chef du clergé; il gouvernera l'Eglise et disposera des biens de Saint-Pierre, comme Grégoire le Grand le fit lui-même avant sa consécration. Si quelqu'un est élu, ordonné ou intronisé au mépris de ce décret, qu'il soit anathématisé et déposé avec tous ses complices, comme antechrist, usurpateur et destructeur de la foi chrétienne. »
Nicolas fit ensuite des canons pour défendre aux fidèles d'entendre la messe des prêtres qui vivaient ostensiblement avec leurs concubines; enfin, relativement aux simoniaques, il ajouta : « Quant à ceux qui ont été ordonnés pour de l'argent, notre clémence leur permet de conserver les dignités auxquelles ils ont été promus, parce que la multitude de ces ecclésiastiques est si grande, que nous nous exposerions, en obsei-vant à leur égard la rigueur des canons, à laisser presque toutes les églises sans prêtres, ce qui serait un pire inconvénient. »
Après la tenue du concile, le pape adressa des lettres synodales aux évêques et aux fidèles des Gaules, pour leur annoncer les décisions de l'assemblée; il renouvelait les menaces d'excommunication contre les clercs mariés ou concubinaires, et contre les clercs et les moines apostats qui abandonnaient l'jiglise ou leurs couvents pour embrasser la vie laïque. Enfin, il anathématisait les gens de guerre qui détroussaient les pèlerins et rançonnaient les prêtres lorsqu'ils étaient sans armes; cette dernière considération est assez singulière, et prouve que le clergé faisait la guerre. Le pape terminait en condamnant aux feux éternels les seigneurs qui violaient la franchise des églises à soixante pas autour de leur enceinte, et à trente pas autour de celle des chapelles. A cette époque, les simples oratoires n'étaient pas aussi sacrés que les basiliques, et plus l'édifice était considérable, plus son degré de sainteté était élevé.
Nicolas parvint -enfin à faire tomber dans un piège Bérenger, l'illustre professeur de Tours; il l'attira à Rome sous prétexte de lui faire expliquer sa doctrine sur l'Eucharistie. Mais aussitôt qu'il eut mis le pied en Italie, il fut jeté en prison, soumis à des traitements rigoureux, et enfin menacé d'expirer dans les tortures, s'il ne consentait à présenter au pape une abjuration signée de sa main, et conçue en ces termes : « Moi, Bérenger, indigne archidiacre de l'éghse de Saint-Maurice d'Angers, connaissant la vraie foi cathohque, j'anathématise toutes les hérésies et principalement celle que j'ai professée jus
qu'à ce jour, par laquelle je prétendais soutenir que le pain et le vin placés sur l'autel pendant le saint sacrifice, n'étaient après leur consécration que le sacrement, et non le véritable corps et le véritable sang de Jésus-Christ. Maintenant je suis d'accord avec la sainte Eglise romaine et le siège apostolique, et je professe sur le sacrement de l'autel la même foi que le pape Nicolas. Je crois que le pain et le vin sont après la consécration le véritable corps et le véritable sang du Christ; qu'ils sont touchés et divisés par les mains du prêtre et par les dents des fidèles ; je le jure par la sainte Trinité, déclarant anathématisés ceux qui combattent ces croyances par leurs dogmes et par leui s sectateurs, et me condamnant moi-même avec toute la sévérité des canons, si j'entreprenais jamais de révoquer les sentiments déclarés dans cette profession de foi, que j'ai lue, méditée et souscrite volontairement. »
Bérenger signa cette formule d'abjuration , et brûla lui-même, en présence du pape et de son conseil, les ouvrages qu'il avait écrits sur l'Eucharistie. Nicolas adressa aussitôt dans toutes les villes d'Italie, de la Gaule et de la Germanie, d'Espagne et d'Angleterre, les actes qui renfermaient la rétractation solennelle de Bérenger; ensuite il le combla d'honneurs et le remit en liberté, lui promettant le premier évêché vacant de la Gaule. ^lais celui-ci ne fut pas plutôt rentré en France, qu'il protesta contre le serment qui lui avait été arraché par la violence, et il s'éleva avec plus de force qu'auparavant contre la tyrannie du saint-siége.
En effet, Bérenger n'était pas hérétique, il ne disait pas que le pain et le vin perdaient leur nature après la consécration du prêtre; il prétendait seulement que Jésus-Christ n'était pas réellement présent sous les apparences du pain et du vin, et qu'il n'était que fictivement dans l'Eucharistie; parce que, affirmait-il. Dieu ne pouvait être transformé en pain et en vin, ni ces substances devenir Dieu. Un siècle plus tard, le célèbre Rupert concilia ces deux idées contradictoires en créant le système de l'impanation, qui consiste à dire que la substance du pain n'est pas détruite dans le sacrement de l'Eucharistie, mais que le corps de Jésus-Christ est mêlé au pain consacré. Explication dont se contentent les imbéciles !
Le saint-père ne fut pas plus heureux dans ses projets contre les Normands qu'il ne l'a^'ait été dans sa lâche persécution contre le savant Bérenger; il fut obbgé de renoncer à l'espérance d'e.xpulser de l'Italie ses terribles voisins ; alors il changea de politique, et résolut de transformer en défenseurs du saint-siége ceux-là mêmes qui s'en étaient montrés les plus ardents ennemis. A cet effet, il se rendit dans la PouiUe, et convoqua un concile dans la ville de Melfe, où les Normands envoyèrent leurs députés. Nicolas concéda à Robert Guischard, leur chef, ■toute la Pouille et toute la Calabre, à l'exception de Bénévent; il donna la principauté de Capoue à. Richard,, et lui abandonna la Sicile, dont il avait déjà commencé la conquête sur les Sarrasins. Le pape leva ensuite l'excommunication qu'ils avaient encourue sous Léoii IX, et leur permit d'envoyer leurs enfants dans les collèges de Rome. Les Normands prêtèrent serment de fidélité au saint-siége, jurèrent
NICOLAS II
de s'armer pour sa dél'ense, et Robert s'engagea personnellement envers le pontife à lui payer une redevance annuelle de douze deniers, monnaie de Pavie, pour chaque paire de Lœufs qui labouraient ses domaines.
Tel fut le commencement des États de Naples et de Sicile, et l'origine du droit que les pontifes s'arrogèrent sur ces royaumes. Le saint-siége dut cette augmentation considérable dans son temporel à la position des Normands, qui se déclarèrent vassaux du pape pour éviter que l'empereur ne voulût revendiquer une partie des provinces dont ils s'étaient emparés,- et afin de se mettre à l'aliri dos envahissements des seigneurs voisins, qui ne pouvaient leur déclarer la guerre et les déposséder sans s'exposer aux foudies de l'Eglise.
Après kl tenue de cette assemblée, Nicolas ordonna à ses nouveaux alliés de réunir leurs troupes et de ravager les terres de Préneste, de Tusculum et de Nomento, dont les habitants s'étaient révoltés contre le saint-siége; ensuite, toujours à l'instigatiiin du jiape, les Normands traversèrent le Tibre et mirent à feu et à sang la ville de Galère et tous les châteaux du cnmte Gérard, pour le punir de ce qu'il prélevait un trilmt sur les pèlerins et sar les évêques qui traversaient ses domaines pour se rendre à la ville sainte. Ainsi les Normands devinrent les instruments dont SI' servirent les papes pour délivrer l'Église des petits seigneurs qui la tyrannisaient depuis de longues années.
Nicolas envoya en France deux légats qui assistèrent au couronnement de Philippe I", fils aîné du roi Henri, qui fut sacré par Gervais, métropolitain de Reims ; c'est le premier sacre des rois de la troi- BÎème race dont nous ayons conservé l'acte autlienlique. Les ambassadeurs du saint-si.'u'e linreiil à cette occasion plusieurs conciles dans les (l.niles. ei ils firent approuver les canons qu'ils avaient apportés de Rome, afin d'arrêter la simonie et l'incontinence du clergé.
En Angleterre, Aldred, arehevêque d'York, abusant de la faiblesse du roi Edouard, lui avait persuadé que, selon la coutume du clergé itahen, il était permis de cumuler les évêchés et les abbayes ; et en conséquence il s'était fait adjuger des revenus et des terres considérables; mais son avarice ayant excité l'indignation générale, il fut obligé de se rendre à Rome, accompagné des prélats Gison de Néli,
Gauthier d'Herford et Tostin, comte de Northumberland, beau-frère du roi. Le pape dépouilla Aldred de toute dignité ecclésiastique, non-seulement parce cju'il était siraoniaque, mais encore à cause de son extrême ignorance, et il accorda au contraire à Gison et à Gauthier la confirmation de l'épiscopat. Il combla surtout d'honneurs et de présents le comte Tostin, et le fit siéger à sa droite dans les assemblées et dans les festins jusqu'au moment où les pèlerins voulurent retourner dans leur pays.
Malheureusement, le jour de leur départ, lorsqu'ils n'étaient encore qu'à quelques milles de Rome, ils furent attaqués par des voleurs qui leur enlevèrent tout ce qu'ils possédaient, et ne leur laissèrent que les vêtements indispensables. Ils revinrent aussitôt sur leurs pas et traversèrent la ville sainte en ce piteux état, poursuivis jusqu'au palais de Latran par les huées de la populace. Mais le comte Tostin, furieux de cette aventure, s'emporta en paroles outrageantes contre le pontife ; il l'accusa d'être d'intelligence avec les voleurs pour dépouiller les pèlerins, et lui demanda quelle était la puissance de ses excommunications, si, aux portes mêmes de Rome, les seigneurs italiens pouvaient impunément les mépriser; il le menaça de toute la colère du roi d'Angleterre et de faire supprimer le denier de saint Pierre, que les peuples de son royaume avaient la stupidité de lui payer.
Nicolas, effrayé de cette dernière menace, s'empressa de remplacer les objets qui avaient été volés aux illustres pèlerins; il consentit même à rendre le pallium à l'archevêque Aldred , pour s'en faire un partisan , et il les lit accompagner par une nombreuse escorte de gens armés et par des légats chargés de présenter des excuses au roi Edouard sur cet • ■vénement malheureux.
Quelques mois après , le pape fit un nouveau voyage à Florence ; mais à peine fut-il arrivé dans cette ville, qu'une fièvre violente s'empara de lui et l'enleva en quelques heures, au commencement du mois de juillet 1061. Il fut enterré dans l'égHse de Sainte -Réparate.
L'évêque Mainard exalte les grandes vertus de Nicolas, et il affirme que le saint-père ne passait pas un jour sans laver les pieds à douze pauvres. Raronius ajoute qu'il eût mieux fait de nourrir ces infortunés que de parodier l'humilité du Christ par une cérémonie ridicule.
LEXÂXDRE II
Luttes entre les factions. sous le nom d'Aloxandr d'un antipape.
Vacance du saintsiége. — Les cardinaux consacrent un pape. — Le nouveau pontife est intronisé IL — La faction opposée envoie une députation à l'empereur. — Diète générale à Bâle. — Élection
.\près la mort de Nicolas, le clergé, le peuple et les nobles se partagèrent en deux factions puissantes, et procédèrent à l'élection d'un nouveau pontife au milieu des troubles et des séditions. Hildebrand, ce moine opiniâtre que nous avons vu, sous les pontificats précédents, s'emparer de la direction de toutes les affaires politicpies du saint-siége, voulut profiter du décret de Nicolas relativement à l'élection des papes, et enlever à l'empire le droit de choisir le chef de l'Église.
La minorité du roi Henri lui paraissait une circonstance favorable pour secouer le joug des empe reurs et rétablir l'indépendance électorale de la cour de Rome. Il fit partager ses sentiments aux cardinaux et à la plus grande partie des évêques, qui avaient les mêmes intérêts, et tous résolurent de consacrer le nouveau chef de l'Église sans soumettre sa nomination à l'approbation du prince Henri. .
Mais les comtes de Toscanelle et de Galère, ainsi que les autres seigneurs de la faction opposée, ayant lies intérêts différents, entreprirent de ressaisir l'autorité qu'ils avaient perdue sous le pontificat de Nicolas; à cet effet, ils se déclarèrent ouvertement les défenseurs des droits du prince; ils introduisirent des soldats dans leurs palais pour intimider le clergé, et s'unirent au cardinal Hugues, commissaire.de l'empire, protestant qu'ils s'opposeraient à toutes les tentatives qui tendraient à renverser les prérogatives de la couronne.
Hildebrand, surpris de cette opposition formidable, n'osa point procéder à l'élection d'un pape; cependant il envoya en Allemagne plusieurs ambassadeurs chargés de remettre des lettres à l'impératrice Agnès, pour obtenir l'autorisation de convoquer un synode et de nommer un pontife d'après le nouveau mode d'élection. Après trois mois d'absence, les délégués revinrent d'Allemagne sans avoir obtenu audience à la cour, et ils rapportèrent leurs dépêches scellées. Alors Hildebrand résolut de passer outre et prit une mesure énergique: il fit entrer dans Rome des troupes normandes commandées par le prince de la Pouille; ensuite il convoqua les cardinaux et les seigneurs de son parti, et proposa à l'assemblée d'éhre souverain pontife Anselme, évêque de Lucqucs. Le prince Robert (juischard et l'abbj Didier appuyèrent cette motion; le concile proclama Anselme chef de l'ÉgHse, et le lendemain, le nouveau pape fut consacré sous le nom d'Alexandre II.
Les comtes de Toscanelle et de Segni n'ayant pu s'opposer à. son intronisation, dépêchèrent aussitôt au roi de Germanie et à l'impératrice des ambassadeurs qui se joignirent à ceux de Lombardie, que Guibert de Parme envoyait à Agnès.
Lorsque les ambassadeurs furent arrivés en Alleir.agne, le roi Henri et son conseil décidèrent que dans une question aussi importante il était nécessaire de convoquer une diète générale. Presque tous les prélats germains ou lombards se réunirent à