‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 121 sur 125 · ALEXANDRE II · texte numérisé non relu

ALEXANDRE II

Bàle, où le roi fut couronné de nouveau en présence des seigneurs et des évèques, qui lui conlérèrent le titre de patrice des Romains. Ensuite les chefs du clergé de Verceil et de Plaisance se portèrent les accusateurs d'Alexandre II, qui par son élection avait violé ouvertement les droits sacrés du roi de Germanie ; ils le déclarèrent déchu du saint-siége, et proposèrent pour le remplacer Gadalus ou Gadalous Palavien, prélat de Parme, qui fut proclamé à l'instant même souverain pontife; trois évèques le consacrèrent sous le nom d'Honorius II, et il se revêtit aussitôt des ornements pontificaux.

A cette époque vivait au monastère de Lucéole, en Ombrie, un cénobite appelé saint Dominique le Cuirassé, qui portait au Heu de cilice une cuirasse de fer. Les ermites de Lucéole étaient au nombre de dix-huit ; ils ne buvaient que de l'eau, n'usaient d'aucune graisse pour assaisonner leur nourriture, et ne mangeaient rien de cuit, excepté le dimanche ; ils jeûnaient au pain et à l'eau les aijtres six jours et passaient les nuits entières en prières. Ils gardaient un silence absolu pendant toute la semaine, et le jour du Seigneur seulement, entre vêpres et compiles, la règle les autorisait à échanger quelques paroles religieuses. Saint Dominique ne trouvant pas cette discipline assez rigoureuse, redoubla encore la rigidité du jeûne ; il s'infligeait des macérations cruelles, l'hiver il couchait devant la porte glacée de sa cellule, les pieds et les jambes nus, n'ayant pour cou\rlr son corjis qu'une (.hrmise de mailles de fer

sur laquel'e il endossait sa cuirasse; il se déchirait le visage, le cou et les jambes, avec des verges et des épines ; et on raconte qu'un soir il se présenta à son abbé la figure ensanglantée, et se jeta à ses pieds eu s'écriant: « Mon père, je m'accuse d'avoir vécu en homme charnel ; imposez-moi une sévère pénitence. » Le vénérable abbé chercha à calmer la douleur violente du moine, et lui demanda s'il avait mangé des œufs ou du fromage ? « Non, mon père, répondit le Cuirassé. — Serait-ce du poisson ou du fruit ? — Je les abandonne aux malades ; mais j'ai mangé du fenouil avec mon pain I » Étrange aberration de l'esprit humain !

Dominique récitait chaque jour douze psaumes quatre-vingts fois de suite, les bras étendus en croix, et il ajoutait les cantiques, les hymnes, le symbole de saint Athanase et les htanies. Quelques années avant sa mort, ayant expérimenté que les lanières de cuir étaient plus rudes que les verges, il s'accoutuma à cette nouvelle discipline. Les macérations et l'usage de sa cotte de mailles lui avaient rendu la peau noire' comme celle d'un nègre II portait encore sous sa cuirasse huit cercles de fer qu'il serrait avec des boucles jusqu'à ce qu'ils pénétrassent dans les chairs. Cette affreuse pénitence ne l'empêcha pas d'atteindre une extrême vieillesse; il mourut l'an 1062 et fut enterré dans sa cellule avec sa cuirassa et sa cotte de mailles Nous avons cité cet exemple, qui est remarquable, et qui montre jusqu'où peut aller l'excès du fanatisme cliez les catholiques!

Vices du nouveau poutife. — Le pape Alesandre s'eufuit de Rome. — Enlèvement de l'empereur. — L'impératrice Agnès est déposée par Alexandre II. — Schisme de Florence. — Concile de Rome. — Légation de Damien à Florence. — Épreuve du feu. — Pierre AldobranJin traverse miraculeussment les flammes d'un bûcher ardent. — Suite du schisme de Florence. — Concile de Mantoue. — Hono:iusI I entre dans Rome. — Honorius est trahi par Cencius, qui le retient prisonnier dans le château Saint-Ange. — L'antipape est forcé de quitter Rome sous des habits de pèlerin. — Mort d'Honorius.

Le nouveau ponlife, que plusieurs chronologistes désignent sous le nom d'antipape, était concubinaire, et déjà il avait été condamné pour crimes de concussion et d'adultère dans les conciles de Pavie, de Mantoue et de Alilau.

Lorsque Pierre Damien eut appris l'élection d'Honorius, il lui adressa la lettre suivante : « Jusqu'à ce jour, mon frère, les témoins de vos mauvaises actions étaient les habitants d'une seule ville d'Italie ; maintenant vos crimes seront publies dans toute l'étendue de l'Italie, de la France, de l'Angleterre, de l'Espagne et de la Germanie.... »

Cadalous, sans s'inquiéter des mécontents, s'occupa de lever une armée, afin de rentrer de vive force dans la \ille sainte; d'abord il acheta à prLx d'or les partisans d'.llexandie ; cnsuile par leur entremise il entretint d^s inlelliyences dans la ville; et au jour convenu, il se présenta tout à coup aux portes de Rome, à la tête de ses troupes.

Alexandre, abandonné par sa faction, qui s'était presque entièrement vendue à son ennemi, quitta aussitôt le palais de Latran, et s'embarqua sur le Tibre pour se rendre eu Toscane par la mer, afin de ramener avec lui le duc Godefroi et les vassaux de ses domaines. En effet, l'ambitieux duc se laissa éblouir par l'espoir de recevoir du pape la couronne impériale ; il rassembla à la hâte les troupes qu'il avait sous la main, et marcha sur Rome pour combattre les bandes de Cadalous, infanterie et cavale-

rie, qui étaient encore campées da-is les prairies de Néron, auprès du 'S'atican.

De sou côté, Didier, abbé du Mont-Cassin, avait fait distribuer des tonnes d'or en l'absence du saintpère, et avait rallié les Romains autour de lui pour repousser les partisans d'Honorius ; mais ayant osé faire une sortie jusqu'au camp de l'antipape, qu'il espérait surprendre sans défense, il fut repoussé vigoureusement et ses troupes taillées eu pièces. Cadalous en fit un massacre épouvantable; il poursuivait même les fu\ards jusqu'aux portes de Rome, lorsque surent Godefroi : celui-ci cbargeaavec ses vieux soldats l'armée d'Honorius, la prit en flanc et la mit en pleine déroute. L'antipape lui-même tomba au pouvoir des ennemis; mais par la promesse d'une forte rançon il détermina les officiers qui le gardaient à lui rendre la liberté ; Honorius se retira dans la ville de Parme, où il conserva malgré sa défaite le titre de pape, et l'espérance de remonter sur le trône de l'Eglise.

Maître du terrain, Alexandre poursuivit activement les menées criminelles qu'il entretenait en .Allemagne avec Annon , archevêque de Cologne, et plusieurs autres évêques, afin de placer sur la tête de Godefroi la couronne impériale.

Par ses ordres, .Annon envahit la demeure du jeune roi Henri à la tète d'une troupe armée, l'enleva malgré ses prières et ses larmes, et le fit conduire dans le palais épiscopal. Ensuite il convoqua une diète

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