ALEXANDRE
iévation d'Alexandre à l'épiscopat. — Les pères de l'É-rlLse en contradiction avec saint Irenée sur le martyre du ponUfe. — Les prêtres lui attribuent l'institution Je l'eau b-nite, imitJion de l'eau lustrale des païens. — Fourberie des papes. — Les reliques d'Alexandre 1" pourraient former une centaine de corps de grandeur naturelle. — Fatisses décrétales.
Nous suivrons pour ces temps obscurs la même chronologie que le cardinal Baronius, et nous placerons l'élévation d'Alexandre sur la chaire de saint Pierre vers l'an 121 de Jésus-Chi-ist et le deuxième du règne d'Adrien. Il était Romain, et son père se nommait Alexandre : sous son pontificat, l'empereur fit cesser la persécution que 'Trajan avait suscitée contre l'Église, et les chrétiens commencèrent à respirer.
Nous ne connaissons rien de particulier sur la vie et sur la mort du pontife : les actes dans lesquels se trouvent rapportés la captivité et le martyre d'Alexandre nous paraissent trop suspects pour mériter la confiance qu'on accorderait à des actes originaux et authentiques. Nous devons supposer qu'il mourut en paix, d'après la manière dont en parle saint Irénée : cependant l'Église le met au nombre de ses martyrs, et lui accorde les honneurs de la canonisation.
On attribue au saint père l'institution de l'eau bénite pour chasser les démons : celle du pain sans levain pour la consécration , et celle du mélange d'eau avec le vin dans le calice, pour la célébration de la messe : Platine et le Père Pagi ont eu la simplicité d'adopter cette tradition fabuleuse. Le cardinal Baronius dit avec assurance que l'institution de
l'eau bénite n'appartient pas à Alexandre !'■■, et \a raison qu'il en donne paraît curieuse: d'après lui, une invention aussi sacrée ne peut venir que des apôtres, et il veut que nous leur en accordions les honneurs. Les protestants prétendent , avec plus de raison, que l'eau bénite est une imitation de l'eau lustrale, que l'Église a prise des païens comme beaucoup de leurs cérémonies.
L'époque de la mort d'Alexandre est placée vers l'an 132 de Jésus-Christ. Plusieurs villes d'Italie, de France et d'Allemagne, conservent des reliques de ce pontife ; mais si on rassemblait tous ces ossements, on en formerait une centaine de corps de grandeur naturelle.
Au même temps et sous le règne de l'eihpcreur Adrien eut lieu la destruction de Jérusalem ; cinquante forteresses furent rasées, neuf cent quatreving-cinq bourgades furent livrées aux flammes, et plusieurs millions de Juif furent égorgés ou réduits en servitude.
Comme les chrétiens n'étaient pas moins odieux aux Romains que les autres sectes juives, Adrien détruisit le saint sépulcre ; il éleva à l'endroit même oii le Christ avait expiré, une statue de Vénus Gallipyge, et transforma la grotte ou Jésus était né en un temple qu'il dédia au bel Adonis.
Saissance de Sixte I". — Incertitudes sur la durée de son pontificat. — Fables sur l'instirution du carême et sur les diversa pratiques religieuses. — Les auteurs font remonter à ce pape les formules orgueilleuses dont les pontifes se servirent dans les siècles suivants. — Le cardinal de Retz et le pape Clément X envoient de fausses reliques à l'abbaye de Saint-Michel en Lorraine.
Après la mort d'Mexandre I", le siège de Rome était resté vacant vingt-cinq jours. Sixte fut choisi par les fidèles pour exercer les fonctions de l'épiscopat: il était Romain, fils d'un nommé Helvidius, selon quelques-uns, ou d'un nommé Pastor, s'il faut en croire le Pontifical. Baronius suppose que le père de Sixte pourrait être Junius Pastor, dont un auteur païen a fait mention.
On ne connaît aucune des actions de cet évêque , les savants ne sont d'accord ni sur le commencement, ni sur la durée de son pontificat. Il gouverna l'Église de Rome l'espace de dix ans selon les uns, et beaucoup moins selon d'autres, qui s'appuient de rautoritéd'Eusèb2: Sixte a cependant été mis au rang des martyrs, malgré l'incertitude de son existence, et l'on place l'époque de sa mort vers l'année 142.
Les historiens sacrés lui attribuent l'institution du carême, et prétendent qu'il ordonna aux prêtres de se servir du corporal, ou hnge sur lecpel on met le corps de Jésus-Ghrist. Ils ajoutent avec aussi peu de fondement, qu'il introduisit la coutume de chanter le « saint des saints, » et qu'il défendit aux \aiques de toucher aux vases sacrés. Tous ces règlements sont établis d'après les Pontificaux ; mais il est impossible de les faire passer pour les œuvres du saint père, dans l'esprit de ceux qui voudront les uger sans prévention.
Les deux décrétales qui paraissent sous le nom de ce pape sont évidemment fausses, comme Marin et Baliize l'ont prouvé. Le titre de l'une de ces décrétales est trop orgueilleux pour ces temps de la primitive ÉgHse : et Sixte I" ne devait pas se servir de cette formule : « Sixte, évêque universel de « l'Église apostolique, à tous les évèques salut dans « le Seigneur. »
Le père Pagi lui-même convient que ce titre était inconnu aux pontifes des premiers siècles.
Les catholiques se sont emparés de cette erreur pour combattre les protestants, qui refusent au pape le titre d'évêque universel, comme indigne d'un prélat qui se qualifie le serviteur des serviteurs de Dieu.
La place d'évêque de Rome était alors regîriéa comme un poste qui ne pouvait satisfaire ni l'ambition ni les passions des prêtres; e'. l'on élevait à cette dignité ceux qui joignaient la sainteté des mœ urs au mépris de la mort.
L'Eglise prétend avoir conservé les restes mortels de saint Sixte, mais nous ne devons accorder aucune croyance à ces traditions incertaines : nous repoussons également l'authenticité des reliques que Clément X envoya, dans les derniers siècles, au cardinal de Retz, pour être mises en dépôt dans l'abbaye de Saint-Michel en Lorraine.
SAINT TELESPHORE
Naissance de Tclesphore.
lie sur l'inslilution du car5me. — Sur la m?sse de mimi
Téles})hore était Grec de nation et avait liabité les cloîtres dès sa plus tendre jeunesse : c'est tout ce que nous connaissons sur cet évèque.
D'après l'autorité d'une glose insérée dans quelques éditions de la Chronique d'Eusèbe, on a pensé que l'Église était redevable au saint-père de Finstitution du carême. Les prêtres, qui veulent faire honneur aux apôtres de la plupart des usages qui sont aujourd'hui reçus dans l'Église , essayent de nous persuader que Télesphore n'a fait que le rétablir. Le cardinal Baronius se vante d'avoir démontré cette prétendue vérité, mais les raisons qu'il allègue sont d'une extrême faiblesse. D'autres prétendent que le pontife n'en a été ni le restaurateur ni l'instituteur, et qu'il a seulement établi la septième semaine que nous appelons Quinquagésime : nous démontrerons que cette cérémonie n'a été en usage dans l'Eglise que cinq cents ans après la mort du saint-père.
L'Kglise lui attribue également l'institution de la messe de minuit le jour de Noël : Platine et quelques historiens nous ont transmis cetic fable.
On croit généralement que saint Télesphore a souffert le martyre en 154, et divers auteurs l'assu-
rent; mais on n'est pas d'accord sur l'année à laquelle on doit rapporter cet événement.
Les légendes placent le martyre de saint Symphorose et de ses sept fils sous le pontificat de Télesphore.
D'après les versions des Pères, l'empereur Adrien ayant élevé un riche palais près de Tibur, voidat le dédier aux dieux propices par des cérémonies religieuses, et s'adressa aux prêtres païens, qui refusèrent de lui obéir jusqu'à ce qu'il les eût délivrés d'une veuve chrétienne qui habitait le pays avec sa famille. Ils ajoutent qu'Adrien accéda à cette demande, et fit saisir sainte Symphorose avec ses sept enfants, qui furent attachés à sept pieux autour du temple d'Hercule, et torturés cruellement, pendant que leur mère était tenaillée elle-même par quatre bourreaux, qui à chaque nouveau supplice lui demandaient si elle consentait à sacrifier aux faux dieux.
Il nous est difficile de concilier cet acte d'un fanatisme cruel avec la tolérance que les Romains ont toujours montrée pour les religions des autres peuples; et nous sommes obligé de révoquer en doute cette légende, ainsi que les actes des martyrs des premiers siècles de l'Fglise.
Caractère de saint Hygin. — Riglements qu'on lui attribue. — Fausseté des prêtres sur ce nouveau martyr Il iristitue les parrains et marraines dans les baptêmes. — Écrits apocryphes.
Hygin était d'Athènes, et fils d'un philosophe dont l'histoire n'a pas conservé le nom. Les auteurs en parlent comme d'un saint homme, qui préférait la retraite et l'obscurité des forêts au séjourdes palais.
Cependant il fit un grand nombre de règlements pour l'ordre et la distinction des rangs dans le clergé romain. Les auteurs lui donnent libéralement la quahté de martyr, mais il est douteux qu'il ait répandu son sang pour la rehgion, et les anciens n'en ont rien su ou n'en ont rien dit.
On fait remonter à saint Hygin l'usage de prendre un parrain et une marraine pour présenter les enfants au baptême et de consacrer les églises. Des auteurs assurent qu'il écrivit un traité de Dieu et de l'incarnation de son Fils ; mais cet ouvrage est apocryphe, ainsi que les deux décrétales qu'on fait passer sous son nom : la première est adressée à tous les fidèles, et la deuxième aux Athéniens.
Le cardinal Baronius rapporte la mort du saintpère à l'an 1 58 de Jésus-Christ, et le dix-neuvième du règne d'Antonin.
Alexandrie était tout à la fois le foyer ardent des lumières qui éclairaient le monde chrétien, et le siège des hérésies qui désolaient les Êghses. Sous le pontificat de saint Hygin, les idées subversives des philosophes d'Alexandrie prirent un caractère
décidé , et se propagèrent dans les autres Eglises par les prédications des gnostiqaes. Ces hérétiques suivaient les erreurs d'Épiphane, disciple de Basilide et fils de Carpocras, qui définissait le règne de Dieu, le règne de la communauté et de l'égalité, affirtnant que la communauté était une loi naturelle et divine, et que la propriété des biens et la distinction des manages étaient les plus grands fléaux de l'humanité. Après sa mort, Epiphane fut honoré comme un Dieu dans l'ile de Céphalonie.
Pendant que la Grèce élevait des autels aux hérétiques, à Rome les chrétiens étaient chargés d'accusations atroces. On prétendait que la nuit ils se reliraient dans des cavernes pour célébrer des mystères horribles; qu'ils égorgeaient des enfants nouveau-nés aux fêtes de Pâques, et que tous, hommes et femmes, se jetaient sur les victimes pour en lécher le sang et en dévorer la chair. On disait qu'après ce festin de cannibales, les initiés commençaient des orgies où les vins et les viandes étaient servis en profusion, et qu'ensuite les prêtres mettaint fin à ces saturnales, en jetant des débris de viandes à des chiens, qui dans leurs bonds renversaient les candélabres, et plongeaient dans l'obscurité d'épouvantables scènes de fornication, de sodomie, d'incestes et de bestialité I