‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 14 sur 125 · SAINT PIE I · texte numérisé non relu

SAINT PIE I

Les Pères de l'Église sont en contradiction sur l'or.lre de succession de Pie I". — Sa naissance. — Le Martyrologe romain en faii un martyr, —le cardinal Baronius faussaire. —Décrets qu'on altribue au pape. — Le visionnaire Hermas frtre de Pie 1". - Il écrit par le commandement d'un ange un ouvrage rempli de mensonges et de fourberies. — Décrétales supposées.

Les Pères de l'Église ne sont pas d'accord sur l'ordre de la succession de Pie I" : les uns le placent après Anicet, et saint Jérôme favorise cette opinion, en comptant Anicetpour le dixième pape après saint Pierre. On trouve le même ordre dans quelques vieilles chroniques ; mais l'opinion qui donne le premier rang à Pie est généralement adoptée ; elle est fondée surl'autoritéd'Hégésippe, de saint Irénéo, de TeituUien, d'Eusèbe, d'Épiphane, des deux Nicéphore, et enfin sur le consentement unanime des Grecs et des Latins. Nous devons adhérer au sentiment d'Hégésippe et de saint Irénée, qui ont été les contemporains de Pie I".

Il était Italien, né dans la ville d'Aquilée, et fils d'un nommé Rufin. On ne doute pas qu'il n'ait vécu saintement, et travaillé avec zèle à l'accroissement du christianisme; mais ses actions particulières sont inconnues.

II tint le siège de Rome l'espace de dix ans, jusqu'en 167 de Jésus-Christ, et la cinquième année du règne des empereurs Marc-Aurèle et /Elius Verus. Le Martyrologe romain le compte parmi les martyrs,

et Baronius confirme cette opinion par de grands raisonnements qui manquent de preuves. Les anciens qui parlent de cet évoque n'ont point mentionné que sa carrière se fût terminée par une mort violente; ce qui doit faire supposer qu'il est mort en paix.

.Gratien parle de plusieurs décrets pubUés sous le nom de Pie I", et dont il est facile de reconnaître la fausseté.

Les traditions fabuleuses ajoutent qu'Hermès ou Hermas, le même dont nous avons parlé sous Clément, était frère de Pie l", et auteur d'un livre qu'il avait écrit par le commandement d'un ange, qui lui était apparu sous la forme d'un berger. Cet Hermas était un visionnaire, qui dans son livre du Pasteur raconte des histoires ridicules et des fables grossièrement inventées.

On fait également passer sous le nom de Pie I" deux décrétales visiblement fausses ; l'une est adressée à tous les fidèles, l'autre aux chrétiens d'Italie. Ces pièces sont indignes du saint évêque auquel elles ont été attribuées.

Naissance d'Anicet. — Dispute entre le pape et saint Polycarpe. — Hérésies de Bas:lide et i les plaisiri. — Le maityre d'Anicet est contiouvé. — il institue pour les prêtres la to:

Carpocras. — Ils permettent ure en forme decouroi^ne.

Les savants ont fait beaucoup de recherches pour nous apprendre les commencements, la durée et la lin du pontificat de cet évêque ; nous sommes cependant réduits à avouer que nous ne connaissons rien de positif sur Anicet. On convient seulement qu'il était originaire d'un petit bourg de Syrie, et que son père se nommait Jean.

Dès le commencement de son pontificat, il fut visité par Polycarpe, évêque de Smyrne et disciple de saint Jean l'Evangéliste. Ils agitèrent ensemble plusieurs questions de discipline, sur lesquelles ils demeurèrent d'acord ; mais il n'en fut pas de même sur un point de très-peu d'importance, dont ils ne purent jamais convenir. Polycarpe, d'après l'usage des Asiatiques, établi par l'exemple de Jean l'Evangéliste et de saint Philippe, célébrait la fête de Pâques, comme les Juifs, le quatorzième jour de la première lune de l'année. Mais Anicet, attaché à la tradition de son église, ne la célébrait que le dimanche qui suit le quatorzième jour. La tranquillité dont l'Église jouissait alors permettait à l'évêque de Rome d'étendre son autorité sur les fidèles, et Anicet voulut obhger tous les chrétiens de sa communion à suivre cette pratique : ce fut la première violation des usages établis par les apôtres.

Cependant l'évêque de Smyrne résista au pontife et conserva les privilèges de son siège : le saint père fut obligé de céder, et ils convinrent de suivre les usages étabhs dans les deux églises : preuve évidente qu'alors on était persuade que la diversité de sentiments au sujet des cérémonies extérieures ne

devait jamais altérer le repos des consciences, ni servir de prétexte pour attaquer la doctrine reçue. Saint Polycarpe prétendait que la discipline de l'Église devait être arbitraire, c'est-à-dire qu'il était permis aux nations de servir Dieu selon les rites qu'elles jugeaient les plus convenables à la majesté de l'Etre suprême. Il parait qu'on était convenu de cette vérité dans les premiers ternes du christianisme, et qu'on évitait de rompre les liens delà charité pour des sujets qui ne rendaient personne criminel devant Dieu.

Le pontificat d'Anicet est illustre dans l'histoire ecclésiastique par les hérésies monstrueuses cpi'il eut à combattre. La doctrine de Basilide et de Carpocras, chefs des gnostiques, commençait à feire des progrès, malgré son extravagance : ces hérétiques soutenaient qu'on pouvait s'abandonner à tous les plaisirs; que les femmes devaient être communes; qu'il n'y avait point de résurrection de la chair; et que le Christ n'était qu'un fantôme : ils permettaient de sacrifier aux idoles et de renier la foi chrétienne en temps de persécution.... Une pareille doctrine donnait de l'exercice au zèle de l'évêque de Rome, qui voulait préserver son troupeau de la contagion des hérésies. Les actions particulières de la vie du pontife nous sont tout à fait inconnues.

On rapporte sa mort à l'an 175 de Jésus-Christ; mais il ne souffrit pas le martyre, quoique Baronius l'assure et cite une histoire extrêmement curieuse sur les reliques de ce saint. Anicet est le premier

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