‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 16 sur 125 · SOTER · texte numérisé non relu

SOTER

y,ii 130 PAPE /i,^

Kalssance de Soter. — Incertitude sur la durée de son pontificat. — Réllexions sur la charité de vres. — Richesses scandaleuses des prêtres. — Leur avarice sordide. — Secte des montanistes. ■

Saint Jérôme calomniateur. — Mort (

• Nouvelle fable sur son martyre.

prolestants envers les pau- Les femmes prétresses. —

D'après le Pontifical, l'évèque Soter était de Fondi, dans la terre de Labour, et fils de Goncordius. Les savants ne sont pas d'accord sur le commencement ni la durée de son pontificat: ils louent seulement la charité du saint-père, et ils disent qu'il ne laissa pas abolir la coutume pieuse, établie du temps des premiers évêques de Rome, de faire des collectes pour subvenir aux besoins des pauvres. L'avarice du clergé a inspiré des réflexions sévères à l'un des plus illustres écrivains du dernier siècle : « Cet usage de distribuer des aumônes aux pauvres, dit-il, se conserve encore chez les protestants, et se trouve aboli dans la communion catholique: les présents qu'on fait aux églises ne sont plus, comme dans les premiers temps, employés au soulagement do ceux qui sont dans le besoin; les prêtres se regardent comme les premiers pauvres, et absorbent des revenus immenses ! Abus révoltants, qu'il faudrait réprimer avec sévérité! »

Soter eut à combattre les montanistes ou cataphryges, dont l'hérésie faisait des progrès sous son pontificat. Montanus était Phrygien ou Mysien de nation, et chef de cette' secte; il se disait inspiré de l'esprit de Dieu, tomljait souvent en extase et rendait des prophéfies. Priscille et Maximille, femmes d'une beauté remarquable, étaient devenues ses disciples et l'accompagnaient dans tous ses voyages; car dans la secte des montanistes, les femmes administraient les sacrements et prêchaient dans les églises.

Ils condamnaient les secondes noces, admettaient une distinction de viandes, et avaient trois carêmes qu'ils observaient avec une grande rigueur. Mais comme si toutes ces accusations n'étaient pas suffisantes pour rendre odieux Montanus et ses sectaires, saint Jérôme a calomnié ces hérétiques en supposant qu'ils adoraient une seule personne dans )a Divinité: car la coutume des théologiens est u, grossir les fautes aux dépens de la vérité, pour accabler leurs adversaires.

Les Martyrologes indiquent la fête de Soter comme celle d'un martyr, le 22 avril de l'an 179, et leur opinion a été suivie par le cardinal Baronius. Mais il ne paraît pas que ce pape ait répandu son sang pour la religion, ou qu'il soit mort dans la prison, ou même (ju'il ait souffert le bannissement pour Jésus-Christ.

Il ordonna que les prêtres seraient à jeun avant de dire la messe, et il défendit aux religieuses de toucher les vases sacrés ou d'approcher de l'autel pendant que le prêtre célébrerait les saints mystères; mais tous ces règlements paraissent fabuleux. On lui attribue encore une loi ([ui ordonnait qu'une femme ne serait reconnue comme femme légitime qu'après la bénédiction du mariage par le prêtre, et lorsque ses parents l'auraient remise à son mari. Le= deux Épîtres et quelques décrétales qu'on adonnées sous son nom passent dans l'esprit de tous les savants pour des ouvrages supposés.

Naissance d'Eleiitliûie.— Il est accusé d'avoir partagé l'hérésie des montanistes. — Nouvelle hérésie des valentiniens. — Ils adorent trente dieux. — Ils ordonnent, de se livrer aux débauches les plus infâmes. — Fourberie des historiens sacrés. — Mensonge sur la préendue conversion du roi d'Angleterre. —Fausseté du martyre d'Éleulhère. — Son corps est conservé au Vatican et dans la Calabre. — L'avaribe des prêtres a multiplié les reliques des saints.

Saint Éleuthèfe était Grec de nation et originaire de l'Epire; Nicopolis était sa patrie, et son père se nommait Abundantius. Au commencement de son pontificat il reçut la célèbre députation des martyrs de Lyon, au sujet des montanistes, qui excitaient de grands troubles parmi les fidèles de l'Asie et qui menaçaient d'envahir les Gaules. Saint Irénée, qui avait été élu évèque de Lyon après la mort de saint Pothin, fut chargé de porter au pontife les lettres qu'on lui adressait pour l'engager à s'opposer aux progrès de la nouvelle hérésie des montanistes.

Plusieurs auteurs ont pensé qu'Éleuthère S'était laissé entraîner lui-même par les montanistes, qui avaient un grand extérieur de piété; mais dans tous les cas le saint-père trouva bientôt d'autres occupations dans le sein de son Église. Blaste et Florin, prêtres apostats, qui avaient été déposés pour leurs erreurs, se soulevèrent contre la doctrine reçue, et propagèrent l'hérésie des valentiniens, dont le chef, nommé Valentin, professait la philosophie platonicienne.

Cet hérésiarque et ses sectateurs attribuaient aux paroles de l'Ecriture des sens figurés et condamnaient les livres saints. Il adoraient trente éons, qu'ils regardaient comme des dieux nés les ims après les autres. Ils permettaient les plus grandes impuretés, et prétendaient que personne ne pouvait atteindre à la perfection, qu'il n'eîit donné de l'amour à une femme.

Vers la même époque, le roi Lucius, qui régnait

dans une partie de la Grande-Bretagne, envoya une ambassade à saint Éleuthère pour lui demander les moyens de devenir chrétien. Fleury et quelques auteurs ont adopté ce conte, et le prennent pour un fait réel, en rejetant seulement comme fabuleuses les circonstances de la conversion de Lucius. Mais d'après les témoignages d'historiens véridiques, il est démontré que Grégoire est le premier pontife qui se soit occupé de convertir les Anglais: il est possible qu'il y eiitdéjàdes chrétiens dans la Grande- Bretagne, mais il est faux qu'Éleuthère ait envoyé des prédicateurs, à la prière d'un roi de ce pays.

Le saint-père combattit l'opinion de Talien, qui voulait qu'on s'abstînt de viandes, et il ordonna aux fidèles de manger la chair de tous les animaux. Depuis, on a réformé sur ce point comme sur beaucoup d'autres le système des premiers chrétiens et même celui des apôtres.

Éleuthère, après avoir gouverné son Église avec une grande prudence, l'espace de quinze ans et vingt • trois jours, mourut en paix dans l'année 194, et fut enterré au Vatican, s'il faut- en croire le Ponlifical de Damase. Le Martyrologe moderne et le Bréviaire romain lui accordent la qualité de martyr, et indiquent le jour de sa fête dans l'office de 1 Église.

Son corps est conservé au Vatican, où l'on célèbre en son honneur de grandes solennités : la ville de Troyes, dans la Pouille, prétend également posséder le corps de cet évêque. Du reste ce n'est pas

le pivmic: exemple de la fourberie des prêtres catlioliques, qui ont multiplié les reliques pour duper les imbéeilas et extorquer les offrandes des fidèles.

Pendant le pontificat d'Éleutlière, saint Clément d'Alexandrie écrivait les Stromates ou titres de la philosophie chrétienne. Un des passages les plus remarquables de ses ouvrages est celui qui traite du mariage : saint Clément rapporte d'abord les diverses opinions des philosophes : «Démocrite et Épicure, dit-il, regardaient le mariage comme la principale source de nos douleurs ; les stoïciens le considéraient comme un acte indifférent, et les péripatétJciens , . comme le moindre de tous les maux ; mais tous ces philosophes ne pouvaient pas le juger sainement, étant adonnés aux prati- , ques infâmes de la sodomie.

« Dans la religion chrétienne, le mariage est une institution morale ; la conformation naturelle de notre corps nous le commande, ei le Créateur nous a dit : « Croissez et multipliez. » D'ailleurs n'estce pas la plus grande perfection dont l'homme soit capable que celle d'engendrer des êtres qui lui succéderont éternellement dans la série des âges ? Le mariage est le germe de la famille, la pierre angulaire de l'édifice social; et les prêtres chrétiens doivent les premiers en donner Texemple en contractant des unions sacrées.

« Les nicolaïtes, les disciples de Carpocrate et de son fils Êpiphane, on prêché la communauté des femmes, et se sont rendus coupables d'un grand crim^ devant Dieu ; ei cependant ils sont moins coupables encore que les marcionites, qui, tombant dans l'excès contraire, ont renoncé aux douceurs du mariage pour no pas augmenter le nombre des fils de l'humanité. Je blâme Tatien, qui prétend que le commerce des femmes détourne de la prière; et je condamne également Jules Cassien, qui, en haine de la génération, affirme que le Christ n'a jamais eu que les apparences des partics viriles du corps humain.

« Tous ces hérétiques ont pareillement condamné ceux qui soutiennent avec raison que l'homme doit user, selon le libre arbitre, de la liberté que Dieu lui a donnée de prendre une femme : les uns prétendent que toutes les voluptés, même le péché contre nature, sont permises aux fidèles ; les autres, bien difTérents des premiers, poussent la continence à ce point, qu'ils regardent comme sacrilège toute union de la chair et condamnent jusqu'à leur propre origine. Ces insensés veulent imiter le Christ, sans considérer que Jésus n'était pas un homme ordinaire, et refusent obstinément de suivre l'exemple des apôtres saint Pierre et saint Philippe, qui étaient mariés, faisaient l'amour et avaient un grand nombre d'enfants.... »

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