‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 18 sur 125 · DU DEUXIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU DEUXIÈME SIÈCLE

L'empereur Trajan. — Ses qualités. — Ses vices. — Les chrétiens se révoltent contre les lois. — Il est oMigé de les punir. — Sa mort. — On érige sur son tombeau la fameuse colonne Trajane. — Adrien. — Sa libéralité extraordinaire. — Ses cruautés. — Il se retire à Til ur, lieu de délices. — Sa passion pour un cheval de chasse. — Sa jalousie contre les hommes de mérite, — .Ses infâmes voluptés. — II se fait déclarer dieu par un décret du sénat. — Il fait massacrer six cent mille Juifs. — Ses exactions envers ces malheureux. — Antonin dit le Pieux. — 11 souffre les adultères de sa femme. — Ses qualités. — Maxime que les rois devraient écrire en lettres d'or sur le frontispice de leurs palais : « Il vaut mieux sauver un seul citoyen que tuer mille ennemis. » — Antonin le Philosophe parvient à l'empire. — Débauches scandaleuses de Faustine. — Antonin encourage les sciences. — Il associe son gendre à l'empire. — Débauches de L. 'Verus. — Ouatrième persécution. — Mort d'Antonin. — Il est empoisonné par son fils. — Caractère de Commode. — Abus monstrueux du pouvoir des princes. — Il fait jeter dans une fournaise le maître des bains qui lui avait versé de l'eau trop chaude. — Il se fait déférer les honneurs divins. — Il entretient dans son palais trois cents jeunes garçons et trois cents jeunes filles pour ses honteuses voluptés. — Son impudicité. — Ses incestes. — exemples de sa cruauté. — Ses exploits horribles avec les gladiateurs. — Il est empoisonné par Marcia et étouffé par un athlète. — Pertinax lui succède. — .Sa sévérité pour réprimer les désordres de la milice. — Les soldais assassinent le prince, et ces misérables mettent l'empire à l'encan.

Ulpius Trajan, né en Espagne, avait été adopté par Gocceïus Nerva , auquel il succéda. Ce prince était bien fait de sa personne, avait l'esprit juste , sage, modéré, prudent, et savait commander en temps de paix : aussi le sénat lui adressa des éloges pour sa douceur, sa libéralité, sa magniticence et son amour pour la république. A l'imitation de Nerva, il jura que nul homme de bien ne serait tué ou couvert d'ignominie par son ordre. En donnant le poignard à Saburan, clief de ses gardes, il lui dit : « Si mes ordres sont justes emploie-le à mon service ; s'ils sont injustes, dirige-le contre moi. »

Il remporta deux victoires signalées sur les Daces, réduisit leur pays en province romaine, chassa de l'Arménie Chosroès, roi des Parthes, s'empara de l'Assyrie, dompta les Juifs, et voulait pousser ses .conquêtes jusqu'aux Indes, lorsqu'il mourut à Sélinonte en Cilicie. On érigea sur son tombeau une magnifique colonne qui est connue de toutes les nations sous le nom de colonne Trajane.

Ce prince était doué des plus belles qualités ; mais on prétend qu'il aimait le vin et la débauche , et qu'il était superstitieux ; ce qui est dangereux dans un souverain, car la superstition a toujours causé de grands désordres dans les États.

Sous son règne les chrétiens éprouvèrent une vio-

lente persécution; Pline le Jeune, alors gouverneur de la Rithynie, obhgé par le devoir de sa charge de poursuivre la nouvelle religion, écrivit à l'empereur une lettre dans laquelle il lui représentait qu'on accusait les chrétiens de crimes atroces dont ils étaient innocents. Il liii demandait également de qu'elle manière il devait se conduire à l'égard de ces hommes que les édits du prince condamnaient comme coupables. Trajan lui fit répondre : Qu'il ne fallait pas les rechercher; mais que s'ils étaient accusés et convaincus d'être chrétiens, il était à propos de les punir. On faisait intervenir le crime d'État dans ces procédures, sous prétexte que l'empereur avait défendu les assemblées, et que les chrétiens violaient les lois du souverain.

Après la mort de Trajan, Adrien, surnommé Elius fils d'une de ses cousines, obtint l'empire par les artifices de Plotine, qu'il épousa par reconnaissance. Au commencement de son règne, il fit briîler pour vingt- deux millions cinq cent mille écus d'or des obligations que le peuple devait au tiésor du prince. Il visita les plus belles provinces de l'empire, fit élever dans la Grande-Bretagne un mur de quatre vingt mille pas de longueur avec des forts pour assurer les garnisons romaines contre les habitants de l'île, qu'on n'avait pu soumettre. Changeant ensuite de

ROIS, REINES, EMPEREURS

conduite, il se retira à Tibur pour s'abandonner à la mollesse, et il fit mourir un grand nombre de citoj'ens par le fer ou par le poison.

Ce prince avait de grandes vertus et de grands vices; il était libéral, laborieux; maintenait l'ordre, la discipline; soulageait les peuples, rendait la justice avec une grande application, et punissait rigoureusement ceux qui ne remplissaient pas fidèlement leurs devoirs. Il composa plusieurs ouvrages en vers et en prose, et nous avons apcore quelques fragments de ses poésies latines et des vers grecs dans l'Anthologie. On trouve aussi dans les commeiitateurs de Sparlien une épitaphe que cet empereur fit en l'honneur d'un cheval de chasse qu'il avait beaucoup aimé. Mais Adrien était cruel, envieux, jaloux de ceux qui excellaient dans les arts ; impudique , supersti tieux et adonné à la magie : malgré ses vices, il parvint à se faire rendre les honneurs divins par un décret du sénat. Il apaisa les guerres qui étaient commencées , battit les Juifs, nation toujours opiniâtre, massacra six cent mille Israélites , dispersa le reste des tribus, avec défense de retourner dans leur patrie ; et ces malheureux étaient contraints d'acheter à prix d'or la triste consolation de pleurer un jour dans l'année sur les ruines de Jérusalem.

Ijiiu&-^PttWi»s-'Antonin, dit le Pieux, succéda à

I empereur Adrien, dont il avait épousé la fille, et pour laquelle il montra de lâches complaisances.

Ce prince était d'une beauté remarquable, sobre, libéral, avec un esprit judicieux et des sentiments élevés. Il gouverna l'empire avec tant de sagesse, que sa réputation se répandit par toute la terre. Les rois devraient faire graver en lettres d'or sur leurs palais sa belle maxime : « Il vaut mieux sauver un seul citoyen que tuer mille ennemis. »

■û(îarc-Aurèk AntpaiB,-dit le Philosophe, était fds d'Annius Verus, qu'Adrien avait fait adopter par Antonin le Pieux, auquel il succéda. Il avait épousé la fille de son prédécesseur, Fjjigiiije, dont les adultères causèrent un grand scandale dans l'empire.

Antonin triompha des Parthes, dompta Avidius Gassius, qui s'était soulevé en Orient; subjugua les Marcomans et les Quades; établit à Athènes des professeurs avec des traitements pour enseigner les sciences, battit les Scythes, et fit de grandes choses.

II s'associa ensuite dans les pénibles fonctions du gouvernement Lucius Antonius Veru=, qui avait épousé Lucilla sa fille. Ce coadjuteur de l'empire, bien différent de Marc-Aurèle Antonin, se livrait à tous les plaisirs et à la débauche. Les historiens regardent comme un fait extraordinaire que dans un gouvernement pai-tagé entre deux princes dont les inclinations étaient si opposées , l'ambition et la jalousie n'aient pas rompu leur intimité; mais il faut en attiibuer le mérite à Antonin qui, par ses vertus, obligea son gendre à garder plus de mesures dans sa conduite. Verus mourut avant son beau-père, et l'on soupçonna qu'il avait été empoisonné par Faustine. Sous le règne de ces deux princes l'Église souffrit une quatrième persécution , dans laquelle plusieurs fidèles souffrirent le martyre , et dans le nombre se trouvèrent les martyrs de Lyon , aussi fameux dans l'iiistoire ecclésiastique que dans nos légendes.

Quelques années après la mort de Verus, Antonin

fut empoisonné lui-même par des médecins qui avaient exécuté les ordres de Commode son fils. f Lucius Commode Antonin occupa le trône après ■""Je parricide: les historiens nous apprennent qu'il était le plus jieau et le pluscruelde tous les hommes. Il avait le corps bien proportionné, la taille avantageuse, l'air grand et majestueux, les yeux doux et pleins de feu, les cheveux épais et d'un blond doré. Les Romains prétendaient qu'il était fils de Fauslin« et d'un gladiateur.

Ce monstre cachait sous des dehors séduisants la cruauté la plus effroyable : dès l'âge de douze ans, il fit jeter dans une fournaise ardente le maître des bains publics, parce qu'il lui avait versé de l'eau trop chaude. Devenu empereur, il ordonna qu'on lui rendit de son vivant les honneurs divins. Ses palais renfermaient trois cents garçons et trois cents jeunes filles destinés à ses honteuses voluptés. . Sous son règne, les Maures, les Daces, les Pannoniens, les Germains et les peuples de la Grande- Bretagne furent domptés par ses généraux: et pendant que les peuples s'égorgeaient pour la gloire du souverain, Commode enchérissait sur les cruautés de Domitien et de Caligula, et surpassait Néron en débauclres infâmes.

Les pIusTidèles ministres du dernier règne furent massacrés par ses ordres, et les plus vénérables sénateurs devinrent ses victimes. Il condamna à être livré aux bêtes féroces dans le cirque un malheureux qui était accusé d'avoir lu la vie de Caligula écrite par Suétone! Dans ses promenades, lorsqu'il rencontrait des citoyens avec un gros ventre, il les faisait fendre par la moitié d'un seul coup, et prenait plaisir à voir leurs entrailles qui s'échappaient par cette plaie béante : ce qui a fait dire à l'un de nos plus illustres écrivains, que les chanoines de nos jours, si gros et si gras, n'auraient pu éviter la mort sous un tel prince, qu'en observant à la rigueur les jeûnes prescrits par leurs règles.

Ce cruel empereur n'épargna ni sa femme Crispine ni sa sœur Lucile; les chrétiens seuls jouirent de quelque repos sous son gouvernement. Dans ses orgies. Commode, vêtu d'habits de femme, faisait amener des gladiateurs qu'il égorgeait impitoyablement, et sur leurs cadavres il se livrait avec ses courtisans aux plus exécrables voluptés. Doué d'une force herculéenne, il combattit lui-même dans l'amphithéâtre sept cent trente-cinq fois, rapporta de ses combats jusqu'à mille palmes, et se vanta d'avoir tué douze mille hommes de sa main gauche. Enfin, après un règne trop long, Marcia, la première .de ses concubines, lui versa un breuvage empoisonné, et comme il rejetait le poison qu'il avait pris, elle le fit étouffer par un athlète nommé Narcisse.

Après la mort de l'infâme Commode , le sénat choisit, comme le plus digne de l'empire, Publius HelviusPertinax, sorti du rang des plébéiens. Le nouvel empereur donna ses soins à maintenir les privilèges du sénat; il punit les délateurs; il proscrivit les bouffons de Commode, et fit des règlements utiles pour le bonheur des citoyens. Mais voulant retenir les troupes dans leur devoir, et remédier aux désordres de la milice, il fut assassiné par les soldats. Ces misérables lui coupèrent la tête;

La colonne Trajane

et l'ayant portée dans le camp, ils montèrent sur le rempart, en criant que l'empire était à vendre.

Sulpicien, beau-père de Pertinax, voulut l'acheter: P. Didius Salvius Julien, qui était plus riche que lui, en offrit davantage, et promit six cents écus à chaque soldat; mais il ne put les payer. Sévère ayant ensuite pénétré en Italie à la tête de l'armée de Hongrie, le sénat déclaraJulien parricide et usurpateur, et le fit massacrer.

L'extinction de la maison des Antonins dans la personne de Commode avait amené dans l'empire des troubles semblables à ceux qu'avait occasionnés auparavant la chute de la famille de César dans la personne de l'infâme Néron. Dès lors s'était manifesté un épouvantable despotisme mihtaire: la nomination des empereurs appartenait exclusivement à la garde prétorienne, qui faisait et défaisait les élec-

tions suivant son caprice on suivant ses intérêts. Plus tard, les légions réclamèrent à leur tour le droit de proclamer les empereurs , et se révoltèrent contre les prétoriens. Cependant l'empire était encore dans toute sa force; de sages règlements, des impôts modérés, un certain degré de liljerté politique, une hbcrté civile illimitée, une population vigoureuse, de riches provinces, des \illes florissantes et magnifiques, un commerce intérieur et extérieur trèsactif, étaient des avantages importants dont jouissaient les citoyens de Rome, et qui disparurent bientôt sous l'atïreux despotisme du glaive. Le sénat perdit toute influence dans l'État, de fiirouches soldats devinrent les dispensateurs de la couronne impériale, et firent surgir de tous côtés des guerres civiles, des invasions de barbares et des famines qui étaient les présages de la ruine des Romains.

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