TROISIEME SIECLE
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Les évêques de Rome usurpent une autorité despotique sur les autres Églises. — Naissance de Zéphirin. —Fable ridicule du Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. — Le pape devieii; hérétique. — Nouvelle persécution. — racheté du pontife. — - :l excommunie les montanistes. — Son indulgence pour les femmes adultères. — Histoire remarquable d'un hérétique fouetté par les anges. — Fausseté évidente du martyre de Zéphirin.
Il est une vérité généralement admise , c'est qite les meilleurs et les plus saints règlements se corrompeni lorsqu'ils accordent trop de puissance à un seul homme; el l'institution do l'épiscopat nous en offre une preuve frappante. La haute dignité de pontife changeait l'esprit de ceu.\ cjui en étaient revêtus, leur inspirait de l'orgueil , et llattait tellement leur ambition, qu'ils se regardaient comme les supérieurs des autres ministres de la rehgion. On remarqua surtout ce changement à Rome, comme si cette maîtresse du monde ne pouvait souffrir dans ses entrailles que des princes et des rois.
Les évêques de la ville sainte commencèrent vers la fin du second siècle à s'attribuer sur les autres Églises une juridiction qu'ils n'avaient pas reçue des apôtres, et dans le troisième ils avaient déjà abandonné les préceptes d'humilité donnés par le Christ Le premier siècle de l'Église était d'or, pour nous servir de l'expression du cardinal de Lorraine ; mais à mesure qu'on s'est éloigné des temps apostoliques, la corruption a toujours augmenté, et le despotisme du clergé s'est appesanti sur les peuples. Victor avait
préparé la domination des pontifes, et ses successeurs ne négligèrent dans la suite aucune occasion d'étendre leur puissance.
Zéphirin, qui gouverna l'Église de Rome après saint Victor, était Romain et fils d'Abundius. On attribue son élection à l'apparition miraculeuse du Saint-Esprit sous la forme d'une colombe.
Quelques historiens affirment que le saint-père s'était laissé surprendre aux artifices des montanistes, et que Praxéas le détrompa avant de tomber lui-même dans l'erreur. Sous le pontificat de Zéphirin, la persécution redoubla par un édit de l'empereur Sévère, et l'évêque de Rome abandonna son troupeau pour éviter le martyre. Lorsque le calme eut succédé à la tempête, le pontife reparut, et pour faire oublier sa lâcheté, il poursuivit les hérétiques ; il excommunia les montanistes, et avec eux Tertullien, qui avait embrassé le parti de ces novateurs.
La chute de ce grand homme affligea profondément les fidèles , qui attribuèrent la cause de son apostasie aux fâcheux traitements qu'il éprouva et à la jalousie des ecclésiastiques, L'excommunication
HIvSTOIRE DES PAPEb
(lu pape avait soulevé l'indignation générale, et la mauvaise réputation que son clergé s'était acquise fit remonter jusqu'à lui le blâme universel.
A la même époque, Origène banni pour la foi chrétienne, vint dans la capitale de l'empire trouver Zéphii-in , dont il fut favorablement accueilli. Les auteurs gardent le plus profond silence sur les actions de ce saint évèque : ils disent cependant qu'il recevait en grâce les adultères qui témoignaient du repentir de leurs fautes, et ils l'accusent de mollesse et de relâchement dans la discipline , pour avoir traité avec douceur les femmes coupables, pendant qu'il fermait les portes de l'Eglise aux idolâtres et aiix homicides.
Les légendes racontent également une conversion miraculeuse qui eut lieu vers la fin du pontificat de Zéphirin : un confesseur, nommé Natalis, par un sentiment d'avarice avait embrassé le parti des théodotiens ; mais il fut rudement fouetté pendant toute une nuit par les saints anges; ils le couvrirent ensuite d'nn sac, répandirent sur sa tête des nuages de cendres et l'amenèrent aux pieds del'évêque, qui reçut son abjuration et le fit rentrer dans la communion des fidèles.
On ne peut fixer d'une manière certaine ni le jour ni même l'année de la mort de Zéphirin, et quoique l'Eglise lui décerne les honneurs du martyre, on doute avec raison qu'il ait répandu son sang pour la foi chrétienne.
D'après les Pontificaux, on établit l'époque de sa mort vers l'année 221 : il fut enterré dans le cimetière de Calliste, sur le chemin d'Appius.
Comme nous avons déjà parlé d'Origène, il devient utde de faire connaître ce nouveau chef d'hé-
rétiques , dont la secte prit un grand accroissement pendant la fin du siècle. Origène avait été élevé par les soins d'une riche dame chrétienne, qu'il abandonna plus tard pour vivre dans l'isolement le plus absolu et le jeûne le plus rigoureux , ne buvant que de l'eau de pluie et ne mangeant que des herbes cuites à l'eau; il poussa le fanatisme jusqu'à exercer sur lui-même l'affreuse mutilation des eunuques, opération déiendue par les lois de l'Églisô. « Malgré cette grande faute, ajoute le pieux légendaire, il fut ordonné évêque par Alexandre, primat de Jérusalem , à cause de son éloquence et de son grand savoir, qui en faisaient l'une des lumières de l'Église. >.
JLes doctrines d'Origène étaient cependant assez singulières; il prétendait que dans le principe du monde. Dieu avait çréé un grand nombre d'esprits égaux en puissance, différents en essence'; et que la plupart d'entre eux avaient failli ; qu'alors;'pour les punir de leur chute, Dieu les avait enfermés dans des corps de formes diverses, et qu'ensuite 'ces purs esprits étaient devenus des âmes, des anges, des astres, des animaux ou des hommes. Comme conséquence de cette idée première, il affirmait que les âmes étaient matérielles; que les anges étaient sujets au bien ou au mal^ il prétendait que les bienheureux pouvaient encore pécher dans le ciel, et que les démons ne devaient pas être éternellement ennemis de Dieu. « Mais cette conversion de l'esprit çlu mal, ajoutait Origèée, n'arrivera qu'après une langue suite de siècles, et quand un nombre consictérable de mondes auront succédé au nôtre; car les temps n'ont jamais été et ne seront jamais sans monde, parce que Dieu ne saurait rester oisif. >> ^