‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 20 sur 125 · CALLISTE I · texte numérisé non relu

CALLISTE I

CVLLISTE I

État de l'Éïlise. — Le pape fait bâtir une église sur l'emplacement d'un lieu de débauches. — Cimo■i^-e (le';-iVii'=t". — Fntreput général des reliques de toute la chrétieiué. — Indulgence du pape pour les prêtres souillés de crimes. — Mort de Calliste.

Calliste ou Callixte était Romain et fils de Domitius: il fut élevé sur le saint- siège, et il appliqua tous ses soins à profiter du calme dont le clergé jouissait sous le règne d'Héliogabale, prince entièrement occupé de ses débauches. La mort de cet empereur augmenta encore la tranquillité de l'Eglise, et les fidèles commencèrent à jouir de l'exercice public de leur religion sous Alexandre Sévère. Ce prince favorisait ouvertement les chrétiens, aimait leur discipline, et se glorifiait de suivre la plupart de leurs maximes. Un auteur paien nous rend compte d'une contestation qui s'éleva entre les prêtres et les cabaretiers de la ville de Rome, au sujet d'un endroit dont ces derniers voulaient faire un lieu de débauches, et que les chrétiens avaient choisi pour y tenir leurs assemblées religieuses. L'empereur l'adjugea aux prêtres, quoiqu'ils l'eussent usurpé sur le bien public, et il permit à Calliste d'élever un temple dans ce même lieu. Les traditions ajoutent qu'il la dédia à la sainte Vierge; ce qui n'est pas présumable, puisque l'usage des dédicaces religieuses n'était pas encore établi.

L'ouvrage le plus remarquable qu'on attribue au pontife est le fameux cimetière qui porte son nom, et dont il est si souvent parlé dans les Martyrologes et dans nos légendes : il est, sans contredit, le plus grand en étendue, et le plus renommé de tous les cimetières qui sont autour de Rome; et les prêtres affirment qu'on y a enterré cent soixante quatorze mille martyrs et qu.-irante-six papes. Il subsistait

avant le règne du saint-père, mais on lui a donné le nom de Calliste parce qu il l'avait agrandi et qu'il y fut lui-même enterré. D'autres traditions disent au contraire qu'il fit mettre les corps des chrétiensavec ceux des païens, et elles affirment que l'Église n'eut de cimetières particuliers que vers le cinquième siècle.

Les actions de Calliste sont restées dans le plus profond oubli, et on lui attribue. faussement le jeune des Quatre-temps, usage dont on ne trouve aucune trace avant le pontificat de Léon, qui vivait sur la fin du cinquième siècle.

Le saint-père défendit de recevoir contre les ecclésiastiques des accusations portées par des gens décriés, suspects ou ennemis de saccusés; sage précaution, f[ui fut cependant rejetée par l'odieux tribunal des inquisiteurs de la foi, lorsqu'ils poursuivaientlesmalheureuxprotestants. Le pontife regardait comme hérétiques les fidèles qui prétendaient que les prêtres ne pouvaient plus exercer les fonctions pastorales après être tombés dans quelques crimes et même après en avoir fait pénitence. Ces principes rigides furent repoussés par Calliste, qui prévoyait que les ecclésiastiques de tous les siècles auraient besoin de l'indulgence de l'Église.

Les actes des martyrs nous apprennent qu'après avoir été longtemps en prison, Calliste fut pré:ipité par une fenêtre dans un puits très-profond, et que les fidèles obtinrent la permission d'enlever son corps, qui fut enterré dans le cimetière de Calepode, sur le chemiu d'.Vurèle.

Les premiers évêques jugeant les différends des chrétiens

On suppose, mais à tort, qu"il mourut en 226, après avoir gouverné l'Eglise, l'espace de cinq ans et un mois; car rien n'est moins authentique que le martyre de ce pontife : il est prouvé au contraire qu'il n'y eut aucune persécution sous le règne de /empereur Alexandre, et que ce monarque protégea Calliste et lui accorda l'autorisation de fonder la première église chrétiennequi fut élevée dans Rome.

Alexandre était Syrien de naissance, et le surnom injurieux d'Archisynagogue que lui donnaient les Romains atteste qu'il protégeait toutes les sectes juives et particulièrement les nazaréens. Origène affirme même que Mammée, mère de l'empereur, était chrétienne, et qu'elle passait les journées à s'instruire des vérités annoncées par les Apôtres. Aussi les auteurs du Alartyrologe, ne pouvant étabhr d'une manière incontestable le martyre de Calliste, ont-ils prétendu que le préfet de Rome l'avait persécuté à l'insu de l'empereur. Mais pour démontrer la fausseté de cette allégation, il suffît de rappeler que ce

magistrat, nommé Ulpien, était un modèle d'équité; et que d'ailleurs une action de cette nature n'aurait pu être cachée longtemps, puisque .\lexandre avait défendu, par un édit aux gouverneurs des provinces et aux autres officiers de l'empire, d'exercer aucun acte de violence contre ses sujets pour cause de religion, quels que fussent le rang, la fortune ou les croyances des accusés. Ainsi il est constant qu'il n'y eut aucun martyr sous ce règne, et qu'au contraire les sectateurs de la religion nouvelle furent hautement protégés.

Déjà les idées chrétiennes, exprimées dans de nombreux écrits et répandues par le zèle infatigable des Pères, avaient pénétré dans la société païenne; beaucoup de riches citoyens de l'empire admettaient quelques-uns "fes nouveaux dogmes, et avaient une grande vénération pour les ministres du culte. On cite particulièrement un seigneur nommé Ambroise, de famille consulaire, qui protégeait publiquement à .Alexandrie les lettres chrétiennes.

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