‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 22 sur 125 · ANTEROS · texte numérisé non relu

ANTEROS

Élection d'Anteros. — Sa mort. — Écrits supposés. — Avarice et ambiiion des prêtais de notre siècle.

Lorsque Pontien eut abdiqué l'épiscopat, les fidèles de Rome avaient un si profond respect et un si grand attachement pour lui , qu'ils refusèrent d'élire un autre évêque de son vivant. Mais après sa mort ils procédèrent à l'élection, et choisirent pour la conduite de leur Église, Anteros, Grec de nation et fils d'un nommé Roraulus.

Pendant qu'il était occupé du soin de son troupeau, la persécution, qui continuait avec fureur, ne l'épargna pas, et l'on croit qu'il souffrit le martyre l'an 238, après avoir gouverné le saint-siége pendant un mois seulement.

Les lettres qu'on attribue à Anteros n'ont jamais été écrites par lui; et l'on ne doit pus ajouter plus de confiance aux historiens qui prétondent qu'il a permis aux évêques de quitler Imus Eglises pour prendre d'autres sièges, non pour des avantages particuliers, mais par nécessité ou pour le bien de la religion: car, à cette époque, les prélats n'auraient pas eu recours à l'évèque de Rome pour autoriser ces arrangements, puisque la juridiction des pontifes était renfermée dans les bornes de leur diocèse.

C-ependant nous devons convenir que cet usage, alors inconnu aux fidèles, s'est scandaleusement introduit dans l'Église. La plupart des prélats ne briguent pas de nouveaiLx évèchés en vue de la re-

ligion, qui est la dernière de leurs pensées; ils ne s'informent pas combien ils ont d'âmes à conduire dans le chemin du salut; mais ils savent combien l'évêché peut leur donner de revenus, combien ils pourront avoir de domestiques, de chevaux, d'équipages ; et par cette insatiable avarice ils se montrent indignes de la majesté et de la sainteté de l'épiscopat. Jules l'Africain publiait alors son Histoire universelle, qui commençait àl'originedu monde et se terminait à la quatrième année du règne d'Héliogabale. Cet historien, qui était en outre le plus savant généalogiste de son temps, nous dit qu'il avait cherché à concilier les deux généalogies contradictoires données par les évangélistes saint Luc et saint Matthieu sur Jésus-Christ, et qu'il avait même fait le voyage de Palestine pour consulter des Juifs qui se prétendaient de la famille du Christ, et qui étaient appelés par cette raison Desposynes en langue grecque, mais qu'ils ne purent lui montrer aucun acte qui attestât l'origine de Jésus. Ce même Père, dont l'orthodoxie a été reconnue par l'Eglise, aflirme que la plus grande partie des récits de la Bible sont apocryphes, et il cite entre autres l'histoire de Suzanne et celle de Bel et du dragon, qu'il prétend n'avoirpas trouvées dans les exemplaires juifs antérieurs à la destruction de Jérusalem et à la ruine de la Judée.

Élection miraculeuse de Fabien. — Nouvelle fable du Saint-Esprit sous la forme d'un pigeon blanc. — Le saint chrême rafraîchi. ~ Condamnation de Privât. — Les Actes des martyrs sont remplis de faussetés et d'erreurs grossières.— Septième persécution de 1 Église. — Mort de Fabien.

Quelques jours après la mort de saint Anteros, Fabien, que l'on croit être Romain ou Italien de naissance, fds de Fabius, fut élu pape d'une manière miraculeuse, s'il est permis de s'en rapporter à Eusèbe et aux auteurs qui l'ont suivi. Ils racontent que Fabien avait quitté la campagne et s'était rendu à Rome pour assister à l'élévation d'un nouveau pontife: les fidèles étaient assemblés dans l'église pour l'élection et proposaient plusieurs personnes très-considérables, sans songer à Fabien, quoiqu'il fût présent. Tout à coup un pigeon blanc, volant d'en haut, vint s'arrêter sur sa tête ; alors les fidèles se rappelant que le Saint-Esprit s'était manifesté sous une forme semblable dans le baptême de Jésus Christ, s'écrièrent que Dieu leur marquait sa volonté : aussitôt Fabien fut proclamé évèque, et porté sur le siège épiscopal, sans autre formalité que celle de l'imposition des mains.

A cette époque, on n'avait pas encore adopté la coutume de se prosterner devant le pontife de Rome immédiatement après son élection, ni de lui baiser les pieds.

D'après quelques traditions, le saint-père introduisit l'usage de rafraîchir le saint chrême tous les \ ans le jeudi saint, et de brûler dans l'église celui de l'année précédente ; mais l'antiquité ne nous a rien conservé d'important ni de certain sur les actions de

Fabien, ou sur les règlements qu'il fit dans l'administration de sa charge. Il excommunia Privât, évêque de Lambèse, homme d'une conduite scandaleuse et d'une doctrine pernicieuse, qui avait déjà été condamnée en Afrique, dans im concile de quatre-vingtdix évêques. Nous ne savons quels dogmes enseignait l'hérésie de Privât, qui fut éteinte avec lui; et il serait à désirer que l'on ignorât de même la plupart des schismes qui ont bouleversé les Églises.

Suivant l'histoire d'Eusèbe, l'empereur Philippe et son fils étaient chrétiens, et les actes du martyre de saint Pontien affirment qi.ie l'évêque Fabien baptisa ces deux princes; mais il n'est pas vraisemblable que les soldats, les grands et les peuples eussent souffert la domination de Philippe s'il avait embrassé le christianisme; et d'ailleurs le sénat, composé d'ennemis jurés de la nouvelle religion, n'aurait pas mis l'empereur au nombre des dieux de l'empire.

Après la mort de ces deux princes, Décius, qui leur succéda, vint troubler l'Église par une furieuse persécution que l'on compte pour la septième : plusieurs fidèles et le pontife à leur tête reçurent la couronne du martyre , et d'autres, en très-grand nombre, apostasièrent. Les auteurs indiquent la mort de Fabien en 253, mais des chronologies plus exactes la rapportent à Fan 250.

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La persécution continue. — Le grand Cyprien, évêque de Carthage, s'enfuit honteusement. — Saint Grégoire Thaumaturge abandonne son troupeau. — Miracle chrétien imité du paganisme. — Un saint évêque et son diacre changée en arbres.

Platine s'est trompé dans sa chronologie en indiquant que le siège épiscopal de Rome ne resta vacant que six jours après le martyre de saint Fabien. Les historiens conviennent qu'avant d'élire un autre pontife on attendit que la rigueur de la persécution fût apaisée, et ce sentiment est d'autant mieux fondé, qu'une partie des ecclésiastiques de Rome et des évêques voisins étaient prisonniers, dispersés ou cachés: ainsi, le saint-siège ne fut pas occupé pendant plusieurs années, et le clergé prit soin du gouvernement de l'Eglise.

La persécution continuant toujours à faire de grands ravages dans l'Église d'Orient et dans celle d'Occident, le grand Gyprien, évêque de Carthage, fut obligé, par ordre de Dieu, d'abandonner son diocèse, comme il le témoigne dans ses lettres: il fut proscrit et ses biens confisqués. Saint Grégoire Thaumaturge, évêque de Néocésarèe, dans le Pont, prit également la fuite et se retira avec son diacre sur une colline déserte: les persécuteurs poursuivirent les deux prêtres, et ayant découvert le lieu de leur retraite, ils cernèrent la montagne: les uns gardaient le passage de la vallée, et les autres cherchaient dans toutes les cavernes. Grégoire dit à son diacre de se mettre en prière avec lui, et d'avoir confiance en Dieu : il commença lui-même à prier, se tenant debout, les mains étendues et regardant le ciel fixement. Les païens, après avoir visité toutes les roches

et les endroits les plus cachés, revinrent dans le vallon, assurSnt qu'ils n'avaient trouvé que deux arbres près l'un de l'autre.

Cette étonnante métamorphose frappa rl'épouvante le berger qui avait servi de guide aux ennemis de Grégoire : pendant la nuit il retourna sur la montagne, et il aperçut l'évêque et son diacre immobiles, en oraison dans le même endroit oti les persécuteurs avaient vu ces deux arbres ; alors il se prosterna à leurs pieds et demanda le baptême.

La légende rapporte également qu'un jour, pendant que le pieux évêque s'entretenait sous un des porti(|ues d'Alexandrie avec d'autres prélats, une couitisane vint eHVontèment lui réclamer le prix d'une nuit de déliaurhe qu'elle avait passée avec lui, et qu'il avait refusé de lui payer. Ceux qui connaissaient la vertu de Grégoire se levèrent indignés pDur rliasser cette femme; mais lui, sans s'émouvoir, dit à l'un deux; « Donnez, je vous prie, à cette fille la somme qu'elle demande. » A peine l'argent eut-il touché la main de la courtisane, qu'elle fut saisie de l'esprit des ténèbres; elle tomba sur la poussière, se roula avec d'horribles contorsions, déchira ses vêtements et poussa des hurlements qui paraissaient sortir de l'enfer. Grégoire pria alors sur elle, et aussitôt la terre trembla sous leurs pas, une odeur sulfureuse infecta l'air, et la courtisane fut délivrée du démon! C'est un des mille contes pieux du catholicisme.

HISTOIHK DES PAPES

L'empereur Décius est hostile aux chrétiens. — Election de CorDeille. — Le peuple consacrait alors les élections des papes. — Schisme de Novatien. — Querelles du pape et»de l'antipape. — Novatien est sacré évêque de Rome au milieu d'une orgie. — Schisme de Fortunat en Afrique. — Crimes des prêtres. — Ils violent les vierges sacrées. — La perséculinn continue. — L'évê'iue Corneille est envoyé en exil. — Son martyre est un mensonge.

Il n'est pas surprenant que le saint-siége soit resté vacant près d'un an et demi et que le clergé n'ait pas choisi un autre pontife, car l'empereur Décius aurait plutôt souffert une révolte dans l'état, que l'élection d'un évêque de Rome qui eût été capable de soutenir la religion chrétienne.

Le prêtre Corneille, Romain de naissance, et fils de Castin, ne fut élevé sur la chaire de saint Pierre que peu de temps avant le meurtre de ce prince.

Corneille était d'une pureté virginale, d'une modestie et d'une fermeté remarquables : après avoir passé par tous les degrés des offices ecclésiastiques, il n'avait ni brigué, comme tant d'autres papes, ni même désiré l'épiscopat. Il fut élu, comme le plus digne, par seize évèques qui se trouvèrent dans la ville; tous les clercs rendirent témoignage de son mérite, et le peuple qui était présent consentit à son ordination.

Dans ces temps désastreux, les fidèles avaient une dangereuse persécution à soutenir, cependant l'épiscopat était devenu déjà l'objet de l'ambition du clergé. Novatien, prêtre de l'Église romaine, jaloux de l'élévation de Corneille, se déclara contre lui; il affectait une grande sévérité de mœurs, et se plaignait qu'à Rome on reçût les apostats à la pénitence avec trop de facilité. Une partie des membres du clergé qui étaient encore prisonniers se laissèrent séduire à celte apparence de zèle pour la discipline: Novat, schismatique d'Afrique, appuyait ses desseins,

et tous deux répandaient des calomnies contre le pape Corneille; ils l'accusaient d'avoir communiqué avec des évèques qui avaient sacrifié aux idoles, et d'avoir abjuré secrètement entre les mains du magistrat afin d'éviter la persécution.

Novatien, en se séparant de la communion de Corneille, entraîna plusieurs confesseurs et un grand nombre de fidèles dans son schisme. Il se fit le chef de ceux qui s'appelaient eux-mêmes les purs, parce qu'ils soutenaient que les chrétiens qui étaient tombés durant la persécution ne pouvaient plus espérer le salut ni obtenir le pardon de leurs fautes. Un concile de soixante évèques, de prêtres et de diacres, ayant été assemblé à Rome pour décider cette question, Novatien fut condamné et excommunié.

Corn 'ille écrivit à Fabius, évêque d'Antioche, afin de lui apprendre ce qui avait été résolu dans ce concile; il parle avec aigreur de l'esprit et des mœurs de son concurrent. Voici le portrait qu'il en fait:

« Je vous dirai comment Novatien, cet homme admirable, briilant depuis longtemps du désir d'être évêque, a caché son ambition déréglée sous le voile de la sainteté des confesseurs qu'il avait engagés dans

ses intérêts Mais ayant connu ses artifices, ses

tromperies, ses mensonges et ses parjures, ceux-ci ont renoncé à son amitié, ils sont revenus à l'Eglise, et ils ont publié en présence des évèques, des prêtres et de plusieurs laïques, la méchanceté qu'il cachait sous 1 apparence d'une fausse humilité ! Ils ont pleuré

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