SAINT CORNEILLE ET NOTATIEN
le malheur où ils étaient tombés de s'être séparés des fidèles, pour avoir été trompés par les fourberies de
cet imposteur Nous avons vu, mon très-clier
frère, un changement admirable arrivé dans sa conduite : ce prêtre qui affirmait , avec des serments exécrables, n'avoir point d'ambition pour la dignité épiscopale, a paru tout d'un coup évêque : ce docteur, ce défenseur de la discipline de l'Église, vou-
lant usurper l'épiscopat auquel Dieu ne l'avait point appelé, s'était associé deux hommes perdus, et les avait envoyés dans un coin de l'Italie pour tromper trois évêques fort simples et très-ignorants, en les assurant cpi'ils devaient se rendre à Rome afin d'apaiser avec les autres prélats un différend qui s'était élevé : et quand ils furent venus, il les fit enfermer par des méchants semblables à lui, sur la dLxième
heUre du jour; et les ayant fait boire avec excès, il les contraignit à le sacrer évêque, par une imposition des mains vaine et imaginaire : et c'est ainsi qu'il s'attribuet rès-injustement la dignité épicopale, à laquelle il n'a aucun droit. »
Novatien cependant maintint son autorité contre celle de Corneille, et lui enleva une grande partie de son troupeau. Dans les lettres qu'il écrivit après son ordination, l'antipape ne montrait pour le saintpère aucun ménagement, et son témoignage était autorisé de celui des confesseurs qui s'étaient déclarés pour lui.
Quelque temps après, Fortunat, qui avait été chassé de l'Eglise, fut ordonné évêque de Garthage, par des prélats schismatiques, pour disputer cette place à saint Gj'prien. L'usurpateur envoya à Rome demander la communion du saint-père : Félicissime, son député, se présenta aux portes de l'église, accompagné d'une troupe d'héréticpies furieux, qui prétendaient faire reconnaître Fortunat pour évêque de Garthage; mais le pape ne voulut pas les écouter; il les rejeta de l'égHse avec une vigueur sacerdotale, et les traita comme il aurait souhaité qu'on eût fait à Novatien. Les fidèles approuvèrent la conduite du pontife avec Félicissime, qui avait été légitimement condamné pour avoir détourné l'argent qu'il avait en dépôt, pour avoir corrompu des vierges et commis des adultères.
La persécution, qui s'était ralentie vers la lin du règne de Décius, recommençait avec plus de fureur, à l'occasion d'une peste violente qui s'étendit sur plusieurs provinces de l'empire. L'empereur Gallus et son Cls Volusien eurent recours à leurs idoles, et envoyèrent des édits dans toutes les provinces pour ordonner des sacrifices. Mais les chrétiens refusèrent de prendre part à ces superstitions, et l'on rejeta sur eux les malheurs pubbcs, que l'on regardait comme l'effet de la colère des dieux.
Gorneille fut le premier à Rome qui confessa Ic' nom de Jésus-Ghrist dans cette persécution, et il fut envoyé en exil, par l'ordre de l'empereur GaUus, à Gentum-GeUœ, aujourd'hui Givita-Vecchia, qui était un lieu très-agréable, à quarante-cinq mUles de Rome.
Malgré les honneurs que l'Église lui décerne, nous devons présumer que sa mort fut naturelle et qu'elle arriva en 253 : saint Jérôme, d'après les témoignages erronés d'anciennes traditions, affirme ([ue le pontife répandit son sang dans Rome, et qu'il eut la tête tranchée par la main du bourreau, après
avoir gouverné l'Éghse l'espace d'un an et i(uclques mois.
Décius avait imprimé une terreur si profonde parmi les nouveaux chrétiens, qu'un grand nombre abandonnaient les terres de l'empire pour fuir dans le désert de l'Egypte. Pendant ces émigrations, plusieurs moururent de faim et de soif, d'autres furent déchirés par les tigres et par les bons ; quelques-uns, après avoir franchi les montagnes de l'Arabie, tombèrent au pouvoir des hordes nomades : ceux qui furent assez heureux pour échapper à tous ces dangers peuplèrent les solitudes de la Thébaïde et se firent ermites.
Les légendes racontent une liistoire fort curieuse sur le premier des anachorètes de la basse Thébaïde :« Un jeune chrétien d'Alexandrie, appelé Paul, dit le légendaire, héritier d'un riche patrimoine, profondément instruit des lettres grecques et égj'ptiennes, s'était retiré dans un de ses domaines, pour vivre loin du monde avec son beau-frère et une jeune sœur pour laquelle il avait conçu une violente passion : mais un jour son beau-frère l'ayant surpris en inceste, le menaça de le hvrer aux commissaires de l'empereur.
«Effrayé de cette menace, T*aul, s'enfuit dans des montagnes inaccessibles, où il retrouva peu à peu la tranquillité d'esprit. Ses larmes ayant adouci la justice de Dieu, il eut une révélation dans laquelle lui apparut un ange qui lui promit le pardon de son crime à la condition qu'il achèverait sa vie dans la sohtude.
« Le lendemain de son réveil, Paul, décidé à suivre l'inspiration divine, gra\it une colline qui se trouvait devant lui; arrivé à la cime, il aperçut .une grande caverne fermée par une pierre : il y pénétra par curiosité, et y trouva dans l'intérieur une saUe spacieuse, percée à jour et ombragée par un antique palmier qui étendait ses branches protectrices sur toute la grotte; une fontaine limpide sourdissait au pied du rocher, et, après avoir coulé quelcpies pas au dehors, se perdait dans une anfractuosité formée par deux blocs de granit. Paul choisit ce lieu pour sa retraite, et il y vécut quatre-vingt-dix années, quoiqu'il eu eût déjà vingt-trois à l'époque de sa ftiite d'Alexandrie. »
On place également aux dernières années du pontificat de Gorneille la fondation de l'Êghsc de Toulouse par saint Saturnin , et celle de Paris par saint Denis
LUGIUS
LUGirs
Éloge de Lucius.
■ Son retour à Rome. — Incertitude sur son martyre.
Lucius, successeur de Corneille, était Romain, et fils de Porphyre; il avait accompagné le pontife dans son exil et après sa mort, les fidèles le jugèrent k plus digne d'entre les confesseurs et les prêtres de cette église pour remplir la place d'évêque. Mais le saint-père n'exerça pas longtemps les fonctions de cette charge, ayant été banni de Rome par les persécuteurs; il fut ensuite rappelé de l'exil, et on lui permit de revenir dans son église, qu'il gouverna l'espace de cinq mois. On n'est pas assuré que Lucius ait souffert le martyre, et les historiens sont dans ce même doute sur la durée de son pontificat; mais ils conviennent cependant qu'il mourut dans l'année de son élection, c'est-à-dire en 253.
Depuis quelques années seulement, Cyprien était parvenu à 1 évêché de Garthage, et ses écrits l'avaient déjà rendu une des colonnes de l'Église d'Afrique. Ce pieux évêque avant de se convertir au christianisme avait enseigné pubHquement les belles-lettres et avait acquis de grandes richesses. Non-seulement il distribua aux pauvres tous ses biens, mais encore il fit à ses nouvelles croyances le sacrifice de sa vie entière.
Saint Cyprien est l'auteur d'un traité de morale extrêmement rigoureux sur la disciphne ecclpsiastique, ce qui prouve que déjà le clergé était fort immoral à cette époque.
Un jour, l'évêque Eucratius l'ayant consulté pour savoir s'il devait refuser la communion à un comédien qui continuait à se livrer à son art, quoiqu'il eût embrassé le c'iristianismc. « Cliassez cet liistrion du temple de Dieu, répondit le saint, la loi divine d('fend aux hommes de se couvrir de vêtements de femmes et d'imiter leurs gestes et leurs démarches. Il faut que cet impie renonce à jouer les rôles de courtisanes et de' reines impudiques sur le théâtre, ou qu'il reste éloigné de la communion drs lidèles. S'il allègue sa pauvreté pour excuse, FÉghse lui accordera des secours comme elle fait pour ses autres enfants, pourvu qu'il se contente d'une nourriture frugale, et qu'il ne prétende pas qu'on lui doive une récompense pour le retirer du péché, puisque c'est son intérêt et non le nôtre. »
On cite sur Cyprien un autre épisode bien plus curieux : Un évêque nommé Pompone lui avait demandé, dans une lettre, s'il devait donner la commniiinii à de snintos filles qui, avant fait vœu de virgiiiili', pn'U'Hil.iiiMit s'rxcrci-r à v.-iincre l'esprit dn mal fil pai lau^aul la couche des jeunes jirètres et des diacres. Cyprien lui répondit que s'il était vrai qu'elles eussent conservé leur virginité, on ne devait point leur refuser la communion; mais qu'il était préférable qu'elles n3 renouvelassent point d'aussi dangereuses épreuves, pour éviter le scandale.
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KTIK.N.XE I'
Naissance d'Etienne. — Fautes de ce pape. — Il protège injustement deux évêques accusés de grands crimes. — Son ambition. — Saint Cyprien assemble un concile et condamne le pape. — Dureté d'Êlienne. — Firmllfen lui reproche publiquement ses crimes. — Saint Cyprien forme contre le pontife des accusations atroces. — Querelles singulières entre les saints. — Fables sur le martyre d'Etienne. — Despotisme du pape.
Etienne était Romain de naissance et fils d'un prêtre nommé Jules: il fut élu évècpie de Rome en récompense des services qu'il avait rendus à l'Église
Vers le commencement de son pontificat, il se laissa séduire par deux évèfpies d'Espagne cpii, après avoir été légitimement déposés, étaient venus supplier le saint-père de les rétablir. Ces prélats, nommés Basilide évèque de Léon et d'Astorga, et Martial, évêque de Mérida, étaient, convaincus d'être libellatiques, c'est-à-dire de faire partie de ces lâches chrétiens qui n'avaient pas sacrifié aux idoles, mais qui avaient donné ou reçu des billets d'abjuration, afin de sauver leur vie, leur liberté et leurs biens. Basilide et Martial étaient en outre accusés de crimes énormes, cpii les rendant indignes de l'épiscopat, avaient obligé les évêques d'Espagne à leur donner des successeurs.
Etienne accueillit favorablement leurs jilaintes, parce qu'elles favorisaient l'accroissement de son autorité; et sans même approfondir la vérité des faits, il rétablit ces deux prélats dans leurs églises. Le clergé d'Espagne, scandalisé de la conduite du pontife, envoya des députés vers les évêques d'Afrique, pour implorer leur secours contre les désastres dont l'ambition du saint-père menaçait leurs provinces. Cyprien assembla aussitôt un concile de vingt-huit prélats, qui confirmèrent la déposition de Basilide et de Martial: ensuite il envoya à Rome deux prêtres pour instruire le pape des décisions de l'Eglise
d'Afrique; mais saint Etienne ne voulut ni leur parler ni les voir, et défendit même aux fidèles de les recevoir et d'exercer envers eux les simples devoirs de l'hospitalité. Sa colère le porta encore à d'autres excès ; il retrancha de sa communion les évê jues d'Afrique, et il leur écrivit d'une manière si arrogante, que son orgueil souleva contre lui l'indignation des Orientaux.
Firmilien, évêque de Gésarée, adressa à saint Cyprien une longueépître, où il lui témoigne une grande estime et une profonde affection; en même temps, il fait éclater son ressentiment contre le pape, et il dit en parlant d'Etienne :
« Pourrait-on croire que cet homme ait une âme et un corps? apparemment le corps est bien mal conduit, et cette âme est déréglée: Etienne ne craint pas de traiter son frère Cyprien de faux Christ, de faux apôtre, d'ouvrier frauduleux; et pour ne pas l'entendre dire de lui-môme, il a l'audace de le reprocher aux autres.
Cette lettre a paru violente à Pamelius, et il avoue qu'il ne l'eût pas insérée dans son édition, si Morel et Turnèbe ne l'avaient rapportée avant lui. Fleury n'a point osé la traduire; ii passe également sous silence les accusations atroces que saint Cyprien intenta au pontife, en lui reprochant « d'être arrogant, opiniâtre, ennemi des chrétiens, de défendre la cause des hérétiques contre l'Église de Dieu, et de préférer k'tradition humaine à l'inspiration divine. » Ainsi,
ETIENNE I
même danf5 les premiers siècles du christianisme, les saints mettaient dans leurs disputes ce fiel it cette aigreur que nous remarquons toujours dans les querelles religieuses; mais alors, les peuples abrutis embrassaient avec fureur les opinions de leurs évoques, et des milliers d'hommes étaient massacrés pour soutenir les erreurs de misérables prêtres !
Les différentes opinions des historiens sur la mort du pape Etienne ne font pas connaître la vérité : un ancien Pontifical rapporte qu"il fut condamné au bannissement, comme saint Gyprien et saint Denys d'Alexandrie; et qu'ensuite, étant revenu à son église, il fut arrêté et mis en prison avec deux autres évêques, neuf prêtres, et trois diacres; on ajoute qu'il obtint des magistrats la permission de réunir dans son cachot les principaux ecclésiastiques, et de leur consentement il remit tous les vases sacrés et le trésor de l'Eglise entre les mains de son diacre Sixte, qu'il désigna pour son successeur : ensuite il fut décapité sur la place publique.
Les Actes des martyrs, selon Baillet, ont encore
moins d'authenticité que le Poniifical; ils racontent que le saint-père fut pris le second jour du mois d'août et conduit à l'empereur \'al(''i icn, qui le condamna h êtie dévoré par les Jm'Ics réroces dans le cirque; maisla chute suhiteet niiiai ulciise d'un temple de Mars ayant fait fnir les t,'ardrs (|ui rarcnmpagnaient, le pontife parvint à fuir dans un ciiiictirii' voisin; se croyant à l'abri de leurs jioursuites, il commençait à offrir le sacrifice divin, lors([ue les soldats vinrent le chercher et lui tranchèrent la tète sur l'autel. Le l'ère Pa-i a -iii\i . vs Acies. Nous adopterons, comme ]ilus \ ! > . ; ! ' ■. rii|.iiiii)n des savants qui assurent ![»'■ s.niil l.iirnnf l'st iiimi dans la prison, après quatre ans de pontificat et au commencement de l'année 257.
Sa doctrine sur le baptême est très -bizarre; il affirmait que ce sacrement régénérateur embrasait fâme des néophytes, et entrait en eux sous deux formes, s'appuyant de ces paroles de saint Jean-Baptiste : « Celui qui viendra après moi vous baptisera au Saint-Esprit et au feu. »
SIXÏE II
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Kloge de Sixte — Son élection.
— Il termine les querelles ridiciile^ sur le baptême. —Hérésie de SabeUius. La persécution continue. — iMort du pape.
Sixte, que plusieurs auteurs nomment Xyste, et qu'ils font par conséquent le seul de ce dernier nom, était Grec de nation et Athénien de naissance. Il avait exercé avec beaucoup de charité, de zèle et de fidéHté la charge de diacre sous Etienne; et lorsque le pape fut arrêté, il demanda à le suivre dans sa prison : ensuite il devint le gardien et le dépositaire des vases, des meubles, de tout l'argent de l'Eglise ; et après la mort d'Etienne il fut élevé à la dignité épiscopale.
La fatale question sur le baptême des hérétiques continuait à diviser les fidèles, après avoir séparé d'une manière .'scandaleuse Cyprien et saint Etienne : mais Sixte, moins violent ou moins ambitieux que son prédécesseur, termina cette querelle ridicule en accédant aux opinions des évêques d'Afrique. Aussi saint Ponce, diacre de Carthage, l'appelle dans ses ouvrages un bon et pacifique prélat.
Dans une lettre, Denys d'Alexandrie donnait avis au pape Sixte d'une hérésie qui commençait alors à paraître ; il lui écrivait :
« Il s'est élevé à Ptolémaïde, dans la Pentapole, une doctrine véritahlement impie, contenant plusieurs blasphèmes contre Dieu le père : elle enseigne à ne point appeler Jésus-Christ son fils unique, le premier de toutes les créatures, et à ne point reconnaître le Saint-Esprit
Le chef de cett-e doctrine, nommé Sabellius, prétendait que les personnes de la TrLnité étaient trois noms; qu'il n'y avait qu'une seule personne en Dieu,
appelée dans le ciel. Dieu le père; sur la terre, Jésus-Christ; et dans les créatures, Esprit-Samt; et que le père, sous la notion du fils, était né de la Vierge et avait souflért la mort.
Plusieurs évêques ayant partagé les sentiments de Sabellius, propagèrent ces opinions dans leurs diocèses. Cette hérésie était semblable à celle de Praxéas et des patropassiens, qui niaient la trinité et la distinction réelle des personnes divines : elle fut transmise à Sabellius par Noetus, son maître, et s'étendit ensuite .dans toutes les provinces, à Rome même, et jusqu'en Mésopotamie, où elle trouva de nombreux partisans.
La violence de la persécution augmenta sous le consulat de Memmius Fuscus et de Poinponius, lors- ([ue l'empereur Valérien, occupé en Orient delaguerre contre les Perses, eut abandonné le gouvernement de Rome à Macrien, ennemi déclaré de la religion. Celui-ci, en l'absence du souverain, donna l'ordre au sénat de poursuivre les chrétiens, et de condamner aux supplicesles évêques, les prêtres, les diacres; de punir les sénateurs et les chevaliers romains en leur enlevant leurs dignités et leurs biens, et de les faire mourir s'ils persistaient à professer le christianisme. Il rendit en outre deux édits : l'un contre les femmes de quahté, qu il menaçait de l'exil ; l'autre contre les césariens ou aflVanchis de César, qu'il déclarait confisqués comme esclaves du prince, s'ils ne revenaient à la rebgiori de l'empire.
Le pape Sixte devint une des premières %-ictimes
;IXTE II
de cette cruelle persécution ; il lui s.iisi nvi'f une partie de son clergé, pendant qu'il Ln-^ui ;r^ punis au cimetière de Calliste, et on le oiiiiliiisil ;m su|iplice. Saint Laurent, le iiremier des diacres de l'Eglise romaine, le suivait eu pleurant, et lui disait : « Où allez-vous, mon père, sans voire lils? vous n'êtes pas accoutumé à offrir le sacriliie sans ministre. En quoi vous ai-je déplu'? Eprouvez si je suis digne du choix que vous avez l'ait de moi pour mu conlier la dispensatiou du saug de Noire-Seigneur! « Sixte lui répondit : « Ce n'est jjas moi ipii te laisse, mon fds ; un plus grand combat t'est léservé : tu me suivras dans trois jours. j>
On place sous le règne de Valérien le martyre de saint Saturnin et de saint Denis. Salurnin, dit la légende, avait établi son église sur le Capitule à Toulouse, près d'un temple dédié à Ju])iler et célèbre dans toutes les Qaules par ses oracles ; mais depuis l'arrivée du saint les démons ayant cessé de parler, la réputation de l'idole en avait reeu une grave atteinte, et les offrandes avaient singulièrement diminué. D'abord les prêtres pa'iens projiosèient à Saturnin de lui faire bâtir un temple magnili(juo hors de la ville; sur son refus, ils prirent ensuite la résolution de se défaire du pieux évêque par la violence.
Dans un grand jour de fête, comme ils avaient assemblé le peuple pour un sacrifice solennel, ils virent Saturnin traversant la place pour se rendre à son église. " Voilà ^ s'éwièrent-ils, rcnnemi des dieux et le défenseur de cette l'eligiou nouvelle;
voilà celui qui atlire le courroux de Jupiter sur lions; qu il saciilie ou meure! »
-Vussitùl le peuple fanatique courut sur le saint évêque; ou l'eutraina dans le temple, on le força do s'agenouiller devant la statue du dieu, et on lui présenta de reuruus pour qu'il en brûlât en l'honneur
d.' .liipiiei . ALiis au heu d'obéir, le martyr ayant ciachr sur 1 id(de, les prêtres pa'iens se jetèrent sur lui et l'allaihèient par les pieds à la ([ueue d'un taureau sauvage destiné au sacrilice; l'animal, excité par les cris de la laiiititude, franchit d'un bond les degrés du Capitule, parcourut la ville et s'élança dans la campagne, emportant dans sa course le cadavre de Saturnin. Enfin les cordes venant à se rompre, quelques lambeaux sanglants restèrent sur le sol et purent être rocueilhs par une pauvre femme, qui les ensevelit secrètement.
Les légendes des saints sont remplies de faits si bizarres et si merveilleux, que la foi la plus robuste ne peut réellement en admetti'e l'authenticité : les esprits sérieux regardent le mai'tyre de Saturnin comme une fable inventée par les prêtres; et nous placerons au même rang la décollation de saint Denis, i|ui, d'après notre Martyrologe, fut décapité avec Eleuthère et Rustique sur la montagne de Montmartre, ramassa sa tête après l'exécution et la porta, pendant un trajet de plus d'une lieue, en chantant les louanges de Dieu, jusqu'à la chapelle qui porte aujourd'hui le nom de ce glorieux martyr.
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Marlyre de taint Lau-cnî.
Après le martyre de Sixte II, le siège de Rome resta vacant l'espace d'une année : le glorieux martyre de saint Laurent est le seul événement remarquable de cet interrègne.
Le saint diacre, le jour même de la mort du pon tife, distribua aux pauvres l'argent de l'Église, sans excepter les vases qui servaient à la communion , qu'il vendit afin de sauver des richesses qui pouvaient tomber entre les mains des païens La nouvelle de ces grandes aumônes éveilla la cupidité de Cornélius Sœcularis, préfet de Rome, qui siqiposa que les chrétiens avaient d'immenses trésors en réserve, et pour s'en emparer il fit arrêter Laurent, qui en avait la garde comme diacre de l'Église romaine. Le saint prêtre fut conduit devant le tribunal, et Cornélius l'interrogea en ces termes : -^ On assure que dans vos cérémonies, les ministres offrent les libations avec des vases d'or, et reçoivent le sang de la victime dans des coupes d'argent; que pour éclairer vos sacrifices nocturnes, vous vous servez de chandeliers d or dans lesquels vous placez des cierges faits avec de la cire et des parfums : nous savons même que pour fournir à ces offrandes, les frères vendent leurs héritages , et réduisent souvent leurs enfants à la pauvreté. Mettez au jour ces trésors cachés, le prince en a besoin pour l'entretien de ses troupes, et vous devez, selon votre doctrine.
rendre à César ce qui appartient à César. Je ne suppose pas que votre Dieu fasse battre monnaie; il n'a pris apporté d'argent quand il est venu au monde; il n'a apporté que des paroles : rendez-nous donc l'argent, et soyez riches en paroles. »
Saint Laurent répondit au juge avec fermeté : « J'avoue que notre Egbse est riche, et l'empereur n'a pas de si grands trésors : puisque vous l'exigez, je vous ferai voir ce qu'elle a de plus précieux; accordez-moi siMilrmiiit queLiues jours pour mettre toutes choses en ordre, pour dresser les états de nos richesses, et préparer les calculs. »
Le préfet, confiant dans cette promesse et espérant s'emparer des trésors de l'Église, lui accorda trois jours. Saint Laurent courut dans toute la ville, pour chercher dans chaque rue les pauvres que l'Eglise nourrissait, les boiteux, les infirmes, les estropiés; il les rassembla, écrivit leurs noms, et, le troisième jour, les ayant rangés devant le parvis de la basilique, il alla trouver le préfet : « Venez contempler les trésors de notre Dieu; vous verrez une grande cour pleine de vases d'or, et toutes nos richesses entassées sous les galeries. »
Lorsque Cornélius aperçut ces troupes de pauvres qui criaient en demandant l'aumône , il se tourna vers Laurent avec des yeux menaçants : « Prêtre menteur, lui dit-il, tu seras puni de ta témérité I »
VACANCE DU SAINT-SIÈGE
« De quoi vous offensez-vous, seigneur? répliqua le saint; l'or que vous désirez si ardemment n'est qu'un vil métal tiré de la terre, et qui excite à tous les crimes. L'or véritable est la lumière dont ces pauvres sont les disciples : les grands du siècle soçt les pauvres, vraiment misérables et méprisables. Voilà les trésors que je vous ai promis : regardez ces vierges et ces veuves, elles forment la couronne de l'Fglise. Profitez de ces ricbesses pour Rome, pour l'empereur et pour vous-même. >■■ Le préfet, dans l'excès de sa fureur, s'écria : « Misérable! tu oses mépriser les lois de l'empereur, parce que tu ne crains pas la mort, mais la vengeance sera terrible ! »
Aussitôt il ordonna aux bourreaux d'apporter un lit de fer, sous lequel on étendit de la braise demiéteinte, pour brûler le martyr plus lentement : on dépouilla Laurent de ses vêtements et on l'attacha sur le gril La résignation et le courage qu'il fit paraître pendant cet horrible supplice opéra la conversion de plusieurs païens, et parmi eux se trouvaient des personnes de grande distinction. Le poëte Prudence rapporte que les néophytes, c'est-à-dire les chrétiens nouveaux baptisés, affirmaient que son visage était environné d'un éclat extraordinaire, et qu'une odeur suave s'exhalait de ses chairs consumées; il ajoute aussi que les infidèles et les impies n'aperçurent point cette lumière et ne sentirent pas cette odeur. Nous devons- regarder cette particularité comme un ornement poétique Quoiqu'il en soit, au milieu d'affreux tourments, le bienheureux martyr ne cessa point de chanter les louanges du Très-
Haut, et encourageait les fidèles à confesser avec lui la sainte doctrine de Jésus-Christ. Lorsqu'ilfut calciné d'un côté, il dit au préfet, pour se jouer de sa cruauté, comme il avait fait auparavant de son avarice: « Suppôt de l'enfer, fais tourner mon corps sur l'autre côté » Ce qui fut exécuté : ensuite, il eut le stoïque courage de lui dire: « Maintenant je suis assez cuit, tu peux me manger ! »
Après la mort de saint Laurent, la persécution augmenta et fit un grand nombre de martyrs dans toutes les provinces de l'empire romain : elle emporta saint Cyprien, évêque de Carthage, et plusieurs fidèles d'une grande distinction. Mais l'histoire no nous apprend rien des combats que le clergé de Rome eut à soutenir pour la religion dans un temps si difficile, et l'on ignore même en quel état se trouvait alors la discipline ecclésiastique.
Cependant les légendes racontent longuement le martyre de douze chrétiens d'Utique qui furent jetés dans une fosse remplie de chaux vive, et dont les fidèles recueillirent plus tard les reliques : comme les corps formaient une subtance confondue avec la chaux, on renferma, dit Ihistorien, cette masse compacte dans un immense cercueil qui fut placé dans la principale église, et on exposa ces résidus à la piété des fidèles.
D'après les mêmes chroniques. Théogène, évêque d Hippone, fut décapité hors des murs de la ville. A Turberbe, trois femmes nobles, Maxima, Donatilla et Secunda, ayant refusé de sacrifier aux idoles, furent violées par le bourreau et ensuite décapitées.
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N.iissance de Denis —Son humanité. — II rachète les chrétiens prisonniers chez les barbares — Le pape poursuit les vues ambitieuses de ses prédécesseurs. — Erreurs des millénaires. — Jésus-Christ doit régner mille ans, et les saints jouir des plus grande^ voluptés. — Hérésie de Paul de Samosale. — Zénobie, reine de Palmyre. — Concile tenu contre Paul de Samosaie. — Il est excommunié. — Mort du pape.
Denis était Grec, et vraisemblablement d'une naissance assez obscure, puisqu'on ne nous a rien appris de sa famille. Dans sa jeunesse, il avait fait profession de la vie cloîtrée, et depuis il avait été nommé prêtre de l'Église de Rome, sous le pape Etienne : il avait adopté les sentiments de son évêque sur la validité du baptême des hérétiques ; mais il parait qu'il ne se conduisit pas avec la même violence que le pontife dans cette querelle.
L'empereur Valérien ayant été vaincu par les Perses et fait prisonnier, Gallien, son fds et son successeur, prit les rênes du gouvernement. L'ineptie du nouveau prince e.xposa les provinces de l'empire aux ravages des barbares: la vdle de Césarée en Cappadoce fut ruinée, saccagée, et les citoyens, arrachés à leurs foyers, furent emmenés en esclavage. Aussitôt que Denis eut été informé de ce désastre, il s'empressa non-seulement d'écrire à celte église affligée, mais encore d'envoyer de l'argent en Cappadoce par des personnes siires, afin de racheter les chrétiens captifs chez les barbares ; et il ne fut pas arrêté dans sa charité par le souvenir des anciens démêlés de Firmilien, évêque de Césarée, avec son prédécesseur le pape Etienne.
Saint Athanase, dont le témoignage est d'un grand poids, rapporte plusieurs actions lionorables de ce pontife, qu'il coiuplait parmi les pères anciens qui avaient été les plus capables de nous informer de la doctrine de l'Église, 'et d'établir les régies des conciles œcuméniques.
Quelques années après, les fidèles d'f'gypte portèrent des plaintes à Rome contre Denis, évêque d'Alexandrie, qu'ils accusaient de professer des maximes impies dans les livres qu'il avait écrits contre les sabelliens, pour établir la distinction des personnes divines. Cette accusation était frivole; mais le pape, trouvant l'occasion d'étendre son pouvoir sur les églises et de poursuivre le système d'Etienne, consentit à rendre un jugement: il garda cependant quelques mesures, et ne voulant pas décider de pleine autorité sur cette matière, il assembla un concile qui désapprouva la doctrine de l'évêque d'Alexandrie, et ordonna au prélat de se soumettre au saint siège et de se rendre à Rome pour éclaircir les points qui avaient été condamnés.
Depuis longtemps l'erreur des millénaires était établie en Egypte et menaçait d'envahir l'Occident : le principal auteur de cette secte, l'évêque Népos, traduisant trop judaïquement le texte des saintes Ecritures, prétendait que Jésus-Christ régnerait sur la terre pendant mille ans, et que les saints jouiraient dans le ciel de toutes les voluptés des sens. Népos établissait ses opinions sur l'Apocalypse de saint Jean, et il entraîna dans sa doctrine un grand nombre de fidèles : l'histoire ne nous fait pas connaître les mesures que prit Denis, évêque de Rome, pour détruire celte hérésie.
Peu de temps après, la doctrine de Paul de Samosate, évêque d'.\ntioche, souleva des querelles violentes dans l'ÉgHse: Zénobie, reine de Palmyre,