SYLVESTRE
étudié la nature lorsqu'ils établissaient la loi du célibat : avec plus d'indulgenne pour les passions humaines, ils auiaient prévenu les débauches scandaleuses des prêtres et les désordres des couvents.
Sous le rèu'iie de Constantin, l'Eglise entrait dans un élal lie i:r,indcur et de pnispi'rité qui fut bientôt troulili' jiai Anus, clief île se. te, né dans la Libye. Eusèl»', éxècjue de Niconn'ilii', avait pris la nouvelle hérésie sous sa protection, et il contribua puissamment à sa propagation. Ce prélat, fin et rusé, avait attiré dans son parti Constantia, sœur de l'empereur, dont il avait obtenu les bonnes grâces; et par sa faveur le parti d'Arius fit des progrès rapides. Plusieurs évêques accueiUirent favorablement le nouveau schisme, et soulevèrent des disputes terribles et des combats sanglants. Alors l'empereur Constantin, pour arrêter ces désordres, fit assembler le premier concile général de Nicée où l'on condamna la doctrine des ariens.
Arius enseignait une trinité dans laquelle Dieu le Père était élevé au-dessus des deux autres personnes; il regardait le Christ comme la première des créatures, et prétendait que Dieu l'avait adopté pour son Fils, mais que ce Fils n'avait rien de la consubstance paternelle, qu'il n'était ni égal au Père, ni consubstantiel avec lui, ni éternel, ni coéternel; que le Fils n'était point avant qu'il fût fait ; qu'il avait été créé de rien comme tous les êtres de la création : qu'il n'était point le vrai Dieu, mais un dieu fait par participation.
Les auteurs prétendent que l'obscurité de la matière contribua beaucoup à l'établissement de l'hérésie. Ils ajoutent que dans la suite Arius, ayant abjuré ses sentiments en présence du concile, demeura en paix avec l'Eglise; d'autres soutiennent avec plus de vérité qu'il fut exilé, et ils citent un décret de Constantin qui ordonnait de brider ses écrits et menaçait du dernier supplice ceux qui auraient la hardiesse de les conserver. Ari'èt bizarre qui condamnait au bannissement Arius et ses disciples, et ordonnait la peine de mort contre ceux qui conservaient les ouvrages hérétiques !
La grande question sur la célébration de la Pàc{ue fut également agitée et décidée par le concile de Nicée. Les Pères convinrent de la célébrer le même jour dans toute l'Église, et les Orientaux promirent de se conformer à la pratique de Rome, de l'Egvpte et de l'Occident. Ils firent ensuite un canon sur les eunuques : ils permirent à ceux qui avaient été mutilés par les chirurgiens ou par les barbares de rester dans le clergé, et prononcèrent l'interdiction contre ceux qui s'étaient opérés eux-mêmes. Le jugement des Pères fait connaître que le zèle mal entendu de la pureté avait porté plusieurs prêtres à imiter Origène : la secte des valésiens se distinguait par cette cruelle pratique : ils étaient tous eunuques, et défendaient à leurs disciples de manger la chair des animaux jusqu'à ce qu'ils eussent subi la même opération; ensuite ils leur donnaient toute liberté; ils leur permettaient même de coucher avec des femmes et de jeunes vierges, les regardant comme en sûreté contre les tentât ions.
Aussi Un des spirituels écrivains du siècle dernier engage les évêques de notre communion qui ont fait
vœu de vivre dans le célibat, à poursuivre l'établissement dune loi qui contraindrait les moines et les abbés à imiter les valésiens Cette cruelle précaution arrêterait les désordres du clergé; mais il serait à craindre que les mariages ne fussent pas aussi féconds qu'ils le sont aujourd'hui, si tous les prêtres étaient eunuques.
« Le grand concile poussa la sévérité jusqu'à défendre aux évêques, aux prêtres et aux clercs, de conserver dans leurs maisons des femmes sous-introduites, excepté la mère, la sœur, la tante et les autres personnes qui ne peuvent exciter les soupçons. » On nommait femmes sous-introduites celles qui demeuraient avec des ecclésiastiques, les nièces, les cousines, les servantes jeunes et johes. Le concile d'Élibéris avait déjà rendu le même décret. A Nicée, on proposa une loi plus sévère : cette loi défendit à ceux qui étaient dans les ordres sacrés, c'est-à-dire aux évêques, aux prêtres, aux diacres, d'habiter avec les femmes qu'ils avaient épousées étant laïques ; mais le confesseur Paphnuce, évêque dans la haute Thébaïde, se leva au milieu de l'assemblée, et dit à haute voix : « Mes frères, il ne faut point imposer un joug si pesant aux prêtres et aux clercs; le mariage est honorable et le lit nuptial sans tache; une trop grande sévérité serait nuisible à l'Eplise, car tous les hommes ne sont pas capables d'une continence aussi parfaite ; il doit vous suffire de défendre aux prêtres de se marier, sans obliger à quitter leurs femmes ceux qui étaient mariés avant d'entrer dans les ordres. » L'opinion de Paphnuce exerçait d'autant plus d'influence sur les évêques du concile, que le saint confesseur n'ayant jamais été marié, avait conservé sur le siège épiscopal une grande continence : on adopta son sentiment ; la question du mariage fut abandonnée, et on laissa aux prêtres une entière hberté.
Le concile étant terminé, l'empereur Constantin écrivit deux lettres pour faire exécuter les décrets. Ceux qui refusèrent de se soumettre aux décisions des Pères furent poursuivis j)ar l'autorité séculière, plus redoutable que les canons d'un concile : les soins du prince ne se bornaient pas à la persécution des hérétiques ; Constantin s'occupait encore d'étendre la rehgion chrétienne dans tous les lieux de sa domination ; il voulut même construire une éghse magnifique dans l'endroit où Jésus-Christ avait été enseveli, et Hélène, sa mère, avait entrepris le voyage d'Orient pendant le pontificat d'Eusèbe, pour faire élever à Jérusalem l'église du Saint-Sépulcre. Les légendes affirment qu'en creusant la terre pour jeter les fondements du temple on trouva la croix du Sauveur : la princesse envoya une partie de ces précieuses reliques à son fils, et laissa le tronçon de la croix à Jérusalem. Mais depuis eeiie i'|..i(|uc, le bois de la vraie croix s'est tellement iuiihi|ilii'. (|u'en rassemblant tous les morceaux exposés à la vénération des peuples, nous affirmons qu'on pourrait chauffer tous les habitants de Paris pendant l'hiver le plus rigoureux : car il n'existe peut-être pas une église des pays ca(li.di(|ucs qui ne se vante d'être enrichie de ces précieuses reliques!
Tout ce que nous avons rapporté est plutôt du domaine de l'histoire ecclésiastique que de la vie du
pape Sylvestre. Les actions de ce pontife sont restées dans Toubli; et les légendes transmises par les moines sur le cinquième siècle, sont moins propres à nous faire connaître la vérité, qu'à nous convaincre que l'histoire d'un homme aussi célèbre a été corrompue près de sa source. Nous ne devons pas adopter les fictions des auteurs qui présentent Silvestre comme le catéchiste de Constantin, et prétendent que ce prince avait été guéri d'une lèpre et baptisé par le pontife : ils ajoutent que l'empereur en reconnaissance lui avait fait une donation de la ville de Rome, et avait ordonné à tous les évèques du monde d'être soumis au siégre pontifical. Ils affirment que le concile de Nicée l'ut assemblé par ordre de Sylvestre, et que le premier il accorda le droit d'asile aux églises.
Romuald et quelques compilateurs sans discernement nous donnent pour des faits réels toutes ces fables ridicules, dont les historiens célèbres ont suffisamment prouvé la fausseté.
Dans le concile.de Rome, tenu l'an 378, sous le pape Damase, les pères écrivaient à l'empereur Gratien, que Sylvestre étant accusé par des hommes sacrilèges, avait plaidé sa cause devant Constantin, parce qu'il n'existait pas de concile devant lequel il pût comparaître. Ils alléguaient cet exemple pour montrer que Damase et les papes ses successeurs pouvaient se défendre dans le conseil des empereurs. Nouvelle preuve que dans ces premiers siècles les pontifes se croyaient soumis à l'autorité séculière.
Nous ferons remarquer également que le concile de Nicée accorda à l'évêque d'Alexandrie les mêmes
privilèges qu'au pasteur de Rome. L'a>itorité du ])apc était alors renfermée dans l'étendue de sou diocèse ; il n'avait aucun degré de juridiction ni de puissance sur les autres évèques; au contraire, il était obhgé de se soumettre aux décrets des conciles et au jugement de ses collègues.
Dans toutes les persécutions ipie saint Athanase éprouva de la part des ariens, l'évêque de Rome ne fut jamais consulté, et on ne soumit point à son jugement les articles de la foi qui causaient des désordres en Orient, parce (jue le pape était regardé comme un autre évêque métropolitain, à qui on ne déférait qu'une primauté d'ordre et de siège.
Les libéralités de l'empereur Constantin ont causé de grands maux dans l'Église, comme nous l'apprend la légende de Sylvestre : elle affirme (jue le jour de la prétendue donation de Constantin, on en tendit une voix du ciel qui criait : « Aujourd'hui le venin s'est répandu dans l'Église »
Les donatistes qui persévéraient dans leur schisme flétrirent la mémoire de Sylvestre : ils l'accusèrent d'avoir déshonoré le sacerdoce sous le règne du pape Marcellin, en livrant les saintes Écritures aux païens et en offrant de l'encens aux idoles. Leurs accusations étaient appuyées de preuves terribles et irrécusables. Tout, en effet, nous confirme dans l'opinion que le pontife romain avait été simoniaque et avait abjuré le christianisme.
Sylvestre mourut le dernier jour de l'année 335, après vingt-et-un ans de pontificat. Son corps fut enterré dans le cimetière de Priscille, sur le chemin du Sel, à une petite lieue de la ville de Rome.
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Élection de Marc. — Obscurité de son histoire. — Ecrits supposés. — Réfutation des protestants.
D'après la plus e.xacte chronologie, Marc, Romain de naissance et fils de Priscus, fut élu le 1 8 janvier de l'an 336 pour gouverner l'Eglise. Son pontificat dura huit mois, et toutes ses actions sont inconnues.
Dans les ouvrages de saint Athanase on trouve une lettre des évêques d'Egypte au pape Marc, par laquelle ils lui demandaient des e.xemjjlaires du concile de Nice; mais les protestants la regardent comme une pièce supposée. Les savants de notre communion repoussent l'authenticité de cette lettre et de la prétendue réponse du pape, dans laquelle il prend le titre orgueilleux d'évêque universel.
Le saint-père mourut le 7 octobre 336 : il fut enterré dans le cimetière de Calliste.
Pendant le pontificat de Marc et sous les règnes de ses successeurs, la nouvelle capitale de l'empire, élevée sur l'emplacement de ranti([ue Byzance, continuait à prendre un accroissement considérable. D'après l'histoiien Sozomène, son enceinte avait déjà quinze stades de circonférence : l'intérieur de la ville était divisé comme l'ancienne Rome en quatorze quartiers; les places étaient entourées de galeries couvertes : les piincipalès rues venaient aborder à un magnifique forum où s'élevait une colonne de porphyre supportant la statue de Constantin. L'empereur habitait un palais somptueux, en avant duquel on avait construit un cirque immense, un hippodrome pour les courses de chevaux, des stades ou
carrières pour les courses pédestres, et un amphithéâtre pour les combats de bêtes. Constantinople renfermait en outre plusieurs théâtres, des portiques ou galeries pour les promenades , des bains , des aqueducs, et un grand nombre de fontaines; le prince avait fait construire«un capitole pour l'enseignement des lettres et des sciences, un prétoire ou palais de justice, des greniers pubhcs, des estrades à degrés pour les distributions de grains faites aux citoyens qui bâtissaient la ville, et auxquels Gonstiintin avait alloué une rente perpétuelle payable en grains à eux et à leur famille. La capitale s'enrichit même aux dépens des autres villes des plus belles statues de la Grèce : l'Apollon Pythien, le Sminthien et le trépied de Delphes décorèrent l'hippodrome; les muses d'Héhcon et la célèbre statue de Rhée du mont Didyme furent placées dans le palais impérial. Mais ce qui caractérisa plus particuhèrement ce règne fut le grand nombre de basiliques chrétiennes que l'on éleva à Constantinople; la cathédrale appelée Sainte-Sophie et l'éghse des Douze Apôtres, bâties en forme de croix, attiraient l'admiration par les splendeurs de leur architecture : le prince destinant cette dernière à sa sépulture, y fit tailler un liche tombeau de marbre précieux au milieu des douze sépulcres des Apôtres, « espérant, dit Eusèbe de Gésarée, participer après sa mort à la gloire de ces prince-; de l'Eglise. >>