JULES F
Election de Jules. — Kaptêaie de Constantin avant sa mort. — Il est canonisé dans l'Église grecque. — Saint Athanase est accusé de plusieurs crimes. — Concile d'Antioche. — Le pape est maltraité par les évêques d'Orient.— État déplorable de l'Église, ridicules. — Mort du pape Jules. — Son infaillibilité mise en défaut.
Le saint- siège resta vacant plusieurs mois; ensuite Jules, Romain de naissance, fut élu pour l'occuper. Peu de temps après l'élévation du saint-père, Constantin se retira à Byzance pour échapper à l'exécration du sénat, du peuple romain, et même des chrétiens, qu'il avait comblés de bienfaits. L'empereur se fit enfin administrer le baptême, qu'il avait différé jusqu'au dernier moment de sa vie, et embrassa le christianisme non par conviction, mais par politique. Scaliger dit en parlant de ce prince : « Il était aussi peu chrétien que moi Tartare. » L'historien Zozime l'accuse également de s'être converti à la religion miuvclle parce que les prêtres du paganisme lui rrlusaii'iil ri'\|iiaiiMn des crimes énormes qu'il avait cnumiis. lainli-, i|iii' la ivli^iion chrétienne lui offrait une alisuhilinn pleine l't enlière. Les prêtres grecs ont cependant placé ce monstre dans leur Ménologe, et ils l'honorent comme un saint.
Peu de temps après son baptême il mourut , et laissa, par son testament, l'empire à ses trois fils et à ses deux neveux.
Les sectateurs d'Arius faisaient chaque jour de nouveaux progrès ; ils séduisirent Gonstantius , qui avait en partage l'Asie, l'Orient et l'Egypte. Mais l'empereur Constantin le jeune, cpi régnait en Espagne, en Gaule, et dans toutes les contrées' qui sont au delà des Alpes, protégeait les orthodoxes : saint Athanase fut rétabli dans son église d'Alexandrie, oît il fut encore exposé aux calomnies de ses ennemis, qui l'accusèrent d'avoir commis des meurtres, et excitèrent de violentes séditions dans son diocèse.
Afin de faire cesser le scandale, le patriarche Eu sèbe assembla dans la ville d'Anlioche un concile de quatre-vingt-dix-sept évêques pour juger Athanase, Aucun des évêques d'Italie, de l'Occident, ne se présentait au nom du pape Jules; et le concile, présidé par Eusèbe, voulut encore chasser saint Athanase de son siège. On décida en faveur des ariens les différents articles de la foi, et l'on compii-.,i \ ni'jl-('iiii[ canons de discipline, qui depuis ont élé reins dans toute l'Église. Le deuxième canon est surtout remarquable : les Pères condamnaient sévèrement ceux qui entraient dans les temples avec un esprit de désobéissance ou de singularité, et refusaient de se joindre à la prière et à la communion; ils ordonnaient qu'ils fussent chassés de l'Église. Ce qui démontre que dans les premiers siècles du christianisme, les fidèles assistant aux assemblées chrétiennes avaient pour habitude de participer au mystère de l'Eucharistie.
Les partisans d'Eusèbe adressèrent à Rome des lettres remplies de railleries et de plaintes sur les liaisons que le saint-père entretenait avec Athanase, et sur ses prétentions de rétablir dans leurs sièges les évêques déposés par les conciles : ils remirent ces lettres aux diacres Elpidius et Philoxène, que le pape avait envoyés à Antioche, en leur ordonnant de rapporter dans le plus court délai la réponse du pontife. Jules assembla aussitôt un nouveau concile pour juger la cause de saint Athanase, et il écrivit à l'empereur Constant pour lui faire connaître la persécutiou que l'on faisait souffrir à ce prélat et à Pau,
essa à Constanois évÊiiues
de Constantinople. Lo prince s'ad tius, son iVèi-c, le priant d'envoyer pour lui rendre compte de la déposition de Paul et d'Athanase. Les ambassadeurs se rendirent dans les Gaules, d'après les ordres de l'empereur : mais l'évêquo de Trêves ne voulut point les recevoir à sa communion; et ceux-ci, de leur côté, refusèrent d'entrer en conlérence avec l'évêque d'Alexandrie, prétendant n'avoir point à justifier le jugement des Orientaux, et ils se contentèrent de remettre entre les maÎDs de Constant la nouvelle profession de foi qu'ils avaient composée depuis le concile.
L'Église était alors dans un désordre effrayant : les évêquee et les Pères se lançaient des anathèmes terribles; l'assemblée de Sardique prononça une condamnation contre les ennemis de saint Athanase, et huit des principaux chefs de la faction furent déposés et excommuniés. Les eusébiens , de leur côté, confirmèrent ce qu'ils avaient ordonné contre Athanase et ses adhérents; ils déposèrent Jules, évêque de Rome, pour les avoir admis à sa communion, et Osius de Cordoue, pour avoir été lié d'une amitié particulière avec Paulin et Eustathe , évêques d'Antiochc. Ils excommunièrent Maximim , évê({ue de Trêves; déposèrent Protogène, évêque de Sardique, et (jaudence; l'un parce qu'il favorisait Marcel, qui
avait encouru une condamnation, l'autre parce qu'il avait soutenu les prêtres déposés. Les Eglises d'Orient et d'Occident se trouvèrent ainsi divisées et ne communiquèrent plus entre elles pendant plusieurs années : enfin Grégoire, usurpateur du siège d'Alexandrie, étant mort, l'empereur Gonstantius rappela saint Athanase et le rétablit à la tête de son troupeau.
De nouvelles hérésies s'élevèrent encore sous le pontificat de Jules ; mais l'histoire ne nous dit point si le saint-père les protégeait ou s'il les combattait. Il mourut le 12 avril de l'an 352, après avoir gouverné l'Église de Rome pendant quinze ans, et fut enterré sur le chemin d'Aurèle, dans le cimetière de Saint-Gallepode.
Jules, avant sa mort, s'était laissé séduire par 1 hypocrisie d'Ursace et de Valens, qui avaient simulé une réconciliation avec saint Athanase pour travailler plus efficacement à sa perte : et le Saint- Esprit, suivant les promesses de l'Evangile, ne découvrit point au pontife les artifices de ces évêques, qu'il reçut à sa communion.
Gratien et Yvon nous ont conservé plusieurs décrets de Jules, dans lesquels le saint-père condamne le prêt d'argent à intérêt qu'il nomme usure.