‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 31 sur 125 · LIBÈRE · texte numérisé non relu

LIBÈRE

Election de Lihère. — Il elle sainl Athanase à son tribunal. — Il l'excommunie et se réconcilie ensuite avec lui. — Concile d'Arles. — Chute honteuse du pape. — Concile de .Milan. — Libère est exilé. — AfTection extraordinaire des dames romaines pour le pape. — Libère excommunie une deuxième fois saint Alhanase. — Le pape devient hérétique et entraîne plusieurs évèques dans les doctrines d'Arius. — 11 change de sentiments par politique. — Il revient encore à l'arianisme et meurt hérétique. — Les prêtres en ont fait un saint.

Après une vacance dont* on ne connaît pas préci- 'sément la durée, Marcellinus Félix Liberius fut élu pour gouverner l'Église de Rome à la place de Jules 1" : il était Romain de naissance. Dès que les Orientau.x eurent appris que Libère occupait le siège pontifical, ils lui écrivirent contre saint Alhanase. Le pape saisit avec empressement l'occasion qui se présentait d'augmenter l'influence de son siège; il envoya Paul, Lucius et Emiiius, vers saint Alhanase pour qu'il vînt à Rome, afin de répondre aux accusations formées contre lui; mais Alhanase, redoutant les suites d'un jugement dont les préparalii's annonçaient le triomphe de ses ennemis, refusa de comparaître. Alors Libère condamna le sainl évoque et lança contre lui, au nom du Christ, le [ihis terrible des anathèmes.

Les évèques d'Egypte s'asseiulilrienl aussitût en synode, déclarèrent Imr imii n|Miliiaiii oilhodoxe, et renvoyèrent au poulile lexcMiiiiuunicalion lancée contre Athanase.

Libère comprit que son ambition l'avait entraîné dans une voie dangereuse, et pour ramener les évè- (jues qui avaient repoussé ses prétentions, il adressa à saint Alhanase, son ancien ami, des lettres remplies de témoignages d'amitié et de respect.

Ensuite il assembla un synode des évèques d'IUi-

lie, lut en leur présence la lettre des Orientaux contre Athanase, et celle des évèques d'Egypte en sa faveur. Le concile comprenant que les partisans de saint Athanase étaient supérieurs en nombre à ses ennemis, jugea qu'il était contre la loi de Dieu de favoriser les sentiments des Orientaux, et conseilla au pape d'envoyer à l'empereur Constance, "Vincent, évèque de Capoue, et plusieurs Pères, pour le prier d'assembler un concile à Aquilée afin de terminer les différends.

Le nouveau concile fut convoqué dans la ville d'Arles, où l'empereur se rendit après la défaite et la mort tragique de l'usurpateur Magnence. Les députés du pape, Vincent de Capoue et Marcel, évèque d'iuie autre ville de Campanie, ne partageant pas avec lui le privilège de l'infaiUibilité, eurent la lâcheté de réclamer avec instances que les Pères prononçassent la condamnation de l'hérésie d'Arius, s'engageant même, sous cette condition, de souscrire à l'excommunication d' Athanase. Les Orientaux refusèrent de condamner les doctrines d'Arius, et prétendirent cju'ils devaient eux-mêmes excommunier

YiK des hérrliqurs, v\ scrau-iM du i.arli ,K's ancns. Lilière, aftligr de cflle fiihiesse, éna\it au .vlM.re Osius de CorduuB pour lui exjirimer sa douleur, et

protesta qu'il préférait mourir pour la défense de la vérité plutôt que de se rendre le délateur de saint Athanase ; mais il ne persévéra pas longtemps dans cette généreuse résolution, et sa chute honteuse répandit le scandale et la désolation dans l'Eglise. La conduite de Vincent avait mis le pape dans un grand embarras relativement à la condamnation des ariens, but constant des efforts du saint-siége. Le pontife, avant de s'engager dans une voie qui pouvait être dangereuse, se détermina à prendre les conseils de Lucifer, évêque de Gagliari : ce prélat méprisait le monde, vertu bien rare dans les personnes de ce rang ; il était très-instruit, chose extraordinaire parmi les évêques ; il était d'une vie pure fet ne manquait pas de fermeté; en outre il connaissait parfaitement les controverses rehgieuses, et ne doutait pas que les Orientaux n'eussent le dessein d'attaquer la foi : son avis fut que le saint-père devait envoyer des députés auprès de l'empereur, pour obtenir que l'on pût traiter dans un concile général tous les articles de foi, offrant d'être lui-même un des ambassadeurs.

Libère accepta avec empressement cette proposition : alors Lucifer, un prêtre nommé Pancrace, et le diacre Hilaire, furent chargés de remettre à l'empereur une lettre respectueuse et pleine de fermeté. Constance, sollicité par les catholiques et les ariens, se rendit aux instances des deux partis; et, d'après ses ordres, un concile général fut assemblé à Milan. Saint Athanase fut encore condamné sur les accusations de ses ennemis, que le prince appuyait de toute son autorité, et les prélats orthodoxes qui refusèrent de se soumettre à la volonté de l'empereur furent exilés en Chalcédoine.

Constance, irrité de voir que ses dispositions pacifiques, loin d'apaiser la fureur des orthodoxes, augmentaient encore leur orgueil, et que ses États continuaient à être troublés par les querelles rehgieuses que suscitait l'obstination du pape, écrivit à Léonce, gouverneur de Rome, de surprendre Libère avec adresse et de l'envoyer à la cour; ou d'employer la violence, s'il était nécessaire, afin d'arracher à son troupeau ce prêtre de discordes.

Léonce fit arrêter le pape pendant la nuit, et le conduisit à Milan, auprès de l'empereur, qui interrogea le saint-père au sujet des disputes de l'Eglise : mais Libère fut intraitable sur toutes les propositions. Le prince, dans un transport de colère, s'écria : « Ètes-vous donc la quatrième partie du monde chrétien, pour vouloir protéger seul un impie et troubler la paix de l'univers? » Le pape répondit: « Quand je serais seul, la cause de la foi n'en serait pas moins bonne, et je m'opposerais à vos ordres. Autrefois, il se trouva trois personnes généreuses pour résister au commandement injuste de Nabuchodonosor : et j'imiterai ces courageux Israélites. > Deux jours après cette conférence, sur son refus formel de souscrire à la condamnation d' Athanase, il fut exilé à Bérée en Thrace ; et Constance, que les ultramontains regardent comme un persécuteur, lui fit remettre cinq cents écus d'or pour sa dépense.

Les ariens élevèrent alors Félix sur le siège papal; mais deux ans après. Constance étant venu à Rome, plusieurs dames de naissance illustre engagèrent leurs maris à supplier l'empereur de rendre le pasteur

à son troupeau, les menaçant de les quitter euxmêmes pour aller chercher leur évêque. Les sénateurs, craignant d'exciter la colère du prince, n'osèrent point tenter une démarche aussi audacieuse, et permirent à leurs femmes de demander elles-mêmes la grâce de Libère : les dames romaines se présentèrent devant l'empereur, parées de leurs plus riches vêtements et couvertes de pieiTeries, afin que le prince, jugeant de leur qualité par leur magnificence, eût plus de considération pour elles.

Arrivées au pied du trône, elles se prosternèrent devant Constance, le supplièrent d'avoir pitié de cette grande ville, privée de son pasteur et exposée aux insultes des loups. Il se laissa fléchir : après avoir délibéré avec les évêques qui l'accompagnaient, il ordonna que si Libère entrait dans leurs sentiments, il serait rappelé et gouvernerait l'Eglise.

Fortunatien, évêque d'Aquilée, .se rendit auprès de Libère pour l'engager à souscrire aux volontés de l'empereur : le pontife, fatigué de l'exil et désirant rentrer dans Rome, s'empressa de donner son adhésion pleine et entière au troisième concile de Sirnaium, cpii avait publié une profession de foi en faveur de l'arianisme. Nous avons conservé la lettre par laquelle il exprime qu'il accepte dans son entier la formule hérétique des ariens. Il excommunia ensuite saint Athanase , le pUis grand défenseur de l'Éghse, et cet exemple de lâcheté entraîna dans l'hérésie un grand nombre d'évêques.

Après cette honteuse apostasie. Libère écrivit aux évêques d'Orient en ces termes :

« Je ne défends point Athanase ni sa doctrine; je l'avais reçu à ma communion pour imiter Jules, mon prédécesseur d'heureuse mémoire, et afin de ne point mériter d'être appelé prévaricateur ; mais il a plu à Dieu de me faire connaître que vous l'aviez condamné justement, et j'ai donné mon consentement à son excommunication. Notre frère Fortunatien est chargé des lettres de soirmission que j'ai écrites à l'empereur; je déclare repousser de notre commu-' nion Athanase, dont je ne veux pas même recevoir les lettres , désirant avoir la paLx et l'union avec vous, et avec les évêques orientaux de toutes les provinces.

« Afin que vous connaissiez clairement la sincérité avec laquelle je vous parle, notre frère Démophile ayant bien voulu me proposer la foi véritable et catholique, que plusieurs de nos frères les évêques ont examinée à Sirmium, je l'ai reçue dans son entier, sans aucun article à retrancher. Je vous prie donc, puisque vous me voyez d'accord avec vous en toutes choses, d'adresser vos prières à l'empereur pour que je sois rappelé de mon exil, et que je retourne au siège que Dieu m'a confié. » Ce qui était le but des désirs du pontife !

Aussitôt que saint Hilaire eut appris que le pape était devenu arien, il lança contre lui trois anathèmes terribles, l'appelant apostat et prévaricateur de la foi . En effet, il était difficile après une chute aussi honteuse de faire l'apologie du saint-père. Les prêtres mêmes avouent que Libère a été un pape hérétique, qu'il a abjuré la foi catholique en se déclarant hautement arien, qu'il a été relaps, et que l'infaillibilité du saint-siége se trouve gravement compromis»

pai son apo-t.i-^iL cl pdi '.on ddliision au coniile luietiquo de biimumi

L'abjuration du pontife ayant été acceptée. Libère revint à Rome , où il fut reçu avec de grands honneurs : ses amis poussèrent le peuple dans de nouvelles séditions et chassèrent Félix de la ville. Le saint-père soutint d'abord les nouvelles doctrines qu'il avait embrassées et fit triompher les ariens;

in us il sapeiçut bientôt qu il ne pouiiait pas se m-iintenii longtemps sui le siège de Rome, s il ne cil inge ut de politique alors le concile tru n de Riinini ajcint dera inde son appiobatiou il icfusa de signei le foimulaue, et se cacha jusqua la moit de 1 emppioui Lonstmce

Tiois ans aprcs, les demi aiiens, persécutes par Eudo\e et par les purs aritns, tinient des sjnodes, et convinieiit de soumettre Icuis doctrines au jugement de 1 i\eque de Rome Le pape fit difficulté di les recevoii , les leç^aidant comme des ariens qui avaient aboh la foi de Nicte, mais loisquiK euient consenti d reconnaitie la consubstantialite du \eibe Libère leui donna une lettie de communion dans laquelle il timoigne qu il leçoit a\ec une giandc joie les marques de la pureté de leur foi et de leur union avec tous les Occidentaux.

Le pape ne survécut pas longtemps à cette réunioa des demi-ariens; il mourut le 24 septembre 366, après avoir gouverné l'Église de Rome pendant quatorze ans et quelques mois. "Son apostasie n'a pas

empêché les évêrjups los plus illustres, saint Épipliane, saint Basile et saint Ambroise, d'en parler avec de grands éloges. Le Martyrologe romain avait même inscrit son nom parmi les saints que l'Eglise honoi'e ; mais , par un excès de prudence du cardinal Baronius, on l'a supprimé dans ces derniers siècles.

Pendant le règne du pape Libère, était mort, âgé de cent cinq ans , le grand saint Antoine, que l'on regarde comme le premier fondateur des ordres religieux de l'Orient. Les visions de ce moine plutôt que sa piété l'avaient rendu célèbre parmi les anachorètes de son siècle, et lui avaient donné une immense réputation de sainteté qui s'était étendue jusqu'aux extrémités des Gaules. Quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire, saint Antoine a laissé plusieurs ouvrages qu'il dictait en langue égyptienne à ses disciples, entre autres sept lettres, remplies d'un véritable esprit apostolique, qui furent traduites primitivement en grec, ensuite en latin. .\>i milieu des

récits bizarres et incohérents de ses extases , de ses tentations , nous avons, été frappés de la singulière révélation qu'il eut peu de jours avant sa mort, et qui nous a été transmise par un de ses disciples. « Le saint était assis, ainsi parle le légendaire, lorsque l'Esprit divin descendit sur lui; alors il entra en extase , les yeux élevés au ciel et le regard fixe ; il resta cinq heures dans une immobilité complète, gémissant de temps en temps ; enfin il se mit à genoux. Nous tous, saisis de crainte, nous le suppliâmes de nous dire le sujet de ses larmes : « 0 mes « enfants, répondit-il, la colère de Dieu tombera sur « l'Eglise ; elle sera livrée à des hommes semblables « à -des bêtes immondes; car j'ai vu la sainte table « environnée de mulets et d'ânes qui renversaient « les autels du Christ par des ruades terribles et " qui souillaient le corps sacré du Sauveur! et j'ai >' entendu une voix qui criait : « Ainsi mon autel « sera profané par des ministres abominables (pii « s'appelleront les successeurs des apôtres! «

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