‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 33 sur 125 · DAMASE · texte numérisé non relu

DAMASE

La communion de saint Jérôme

porter par un diacre. Le préfet d'Alexandrie , craignant que Damase ne recherchât l'alliance de l'évêque pour soulever les anciennes ([uerelles religieuses, fit arrêter l'envoyé du pape, lui fit lier les mains derrière le dos, ordonnant qu'il ïùi frappé publiquement par les bourreaux à coups de pierres et de lanières plombées. Après le supplice, le malheureux

diacre, encore inondé de sang, fut embarqué sans secours, et conduit aux mines de cuivre de Phenèse. Pierre, craignant pour lui-même, s'échappa pendant cette exécution, et fuyant ses persécuteurs, il monta sur un vaisseau qui le conduisit à Rome, où il demeura pendant près de cinq ans, dans la tranquillité d'une retraite siu'c et honorable.

HI.Vi'OIRE DES PAPES

A Rome, le parti d"Ursin était réduit aux dernières extrémités; mais les lucifériens, autres schismatiques, tenaient toujours des assemblées criminelles, et la vigilance de Damase ne pouvait empêcher qu'ils n'eussent un prélat; ils avaient choisi Aurélius ; après sa mort, Éphésius lui succéda, et se maintint dans la ville malgré les poursuites du pape.

La faction des donatistes avait aussi son évoque : elle s'assemblait hors des murs de la ville, dans les cavernes d'une montagne, ce qui leur avait fail donner le nom do Monteuses. Ces hérésiarques reçurent de leurs frères d'Afrique un protendu patriarche romain, qui, fidèle malgré lui aux préce])tes de l'Évangile, n'avait en partage que la pauvreté.

Après plusieurs années d'attente, Pierre d'.4lexandrie, qui avait été chassé de son siège par la violence des ariens, fut convoqué p" "■ assister à un concile tenu par Damase , où il eu a satisfaction de voir condamner Apollinaire et Timothée, son disciple, i[ui se prétendait métropolitain d'Alexandrie. Jusqu'alors l'hérésie d'Apolliuaire n'avait point été anathématisée , et ses erreurs avaient toujours été tolérées par les saints patriarches d'Orient, qui témoignaient pour sa personne une profonde vénération.

Depuis la mort de Valentinien 1", l'antipape Ursin intriguait toujours pour relever son parti et remonter sur le saint-siége. Trois ans s'étaient écoulés dans ces vaines tentatives; mais enfin Damase résolut de détruire entièrement les restes de cette faction, et profitant de l'interrègne qui eut lieu après la mort de Valens , il tint une assemblée à Rome, où se trouvèrent un grand nombre d'évêques italiens. Les pères adressèrent une lettre à Gratien et à Valentinien, pour supplier ces empereurs de réprimer le schisme d' Ursin : ils leur annonçaient en même temps qu'ils avaient décidé que le pontife romain jugerait les autres chefs du clergé; que les simples prêtres continueraient à être soumis aux tribunaux ordinaires, mais qu'ils ne pourraient plus être appliqués aux tortures de la question.

Les princes répondirent favorablement à la requête du concile par un écrit adressé au préfet Aquilain. Ils ordonnèrent aux évêquesde Rome d'exécuter les ordres qu'ils recevraient du pape; de chasser les hérétiques de la viUe sainte , et de les expulser du territoire des autres provinces. Ainsi, les empereurs, en accordant au concile de Rome tout ce qu'il avait demandé, se trouvèrent dépouillés d'une partie de leur autorité, dont ils investirent le pontife Damase. Et dans les siècles suivants , nous verrons l'orgueil des successeurs de l'évêque de Rome s'élever jusqu'à l'audace, jusqu'à la démence; et la lâcheté des princes descendre jusqu'à la dégradation!

A cette époque, les fréquentes irruptions des Allemands dans la Gaule obligèrent Gratien à retourner en Occident, où il avait établi le siège de son empire, abandonnant à Théodose l'Illyrie et l'Orient. Les deux empereurs furent également favorisés de la fortune, Gratien contre les Allemands, et Théodose contre les peuples qui habitaient sur les bords du Danube : ce prince ayant défait leurs armées , les contraignit à demander la paix.

Mais si la religion s'affermissait en Orient par la conversion d'un prince illustre, en Occident elle était

menacée des plus grands périls par l'hérésie de8.priscillianistes. IMarc, Egyptien de Memphis, chef de cotte nouvelle doctrine, était venu en Espagne prêclier ses dogmes impies; et son éloquente avait entraîné dans le schisme le rhéteur Elpidius et une femme de grande naissance appelée Agape. La nouvelle convertie, par l'inQuence do son rang, de sa fortune et de sa beauté, attira un grand nombre de sectaires, et parmi eux le noble et célèbre Priscillion, dont la secie prit le nom. Issu d'une des premières familles de l'Etat, bien fait de sa personne, éloquent, instruit, ardent, sobre, désintéressé, Priscillien avait toutes les qualités d'un réformateur, et son énergie le rendait capable de supporter les persécutions, qui dans tous les états sont la récompense des apôtres des peuples.

Sa doctrine fut embrassée par une multitude nombreuse dans la noblesse et dans l'armée ; les femmes surtout, avides de nouveautés et chancelantes dans leur foi, accouraient en foule autour de lui. Priscillien enseignait les erreurs des manichéens et des gnostiques; il affirmait cpie lésâmes étaient des parcelles de l'essence de Dieu même; qu'elles descendaient volontairement sur la .terre, en traversant l'immensité des cieux et tous les degrés de principautés; et que le grand architecte de l'univers les plaçait dans différents corps pour combattre le mauvais principe. D'après lui, les hommes étaient attachés à diverses étoiles fatales, et leurs corps dépendaient des douze signes du zodiaque : le bélier gouvernait la tête; le taureau, le cou; les gémeaux, les épaules; enfin il rappelait toutes les rêveries des astrologues. Ne reconnaissant pas la Trinité, il prétendait, avec Sabellius , que le Père , le Fils et le Saint-Esprit étaient le même Dieu sans aucune distinction réelle des personnes. Ses dogmes différaient de ceux des manichéens , en ce qu'il ne rejetait pas ouvertement l'Ancien Testament, et qu'il en expliquait les passages les plus licencieux par de chastes allégories : il admettait avec les livres canoniques plusieurs ouvrages apocryphes ; il défendait aux disciples de manger ce qui avait eu vie, comme étant une nourriture immonde ; et en haine de la génération, il anathématisait les mariages, prétendant que la chair n'était pas l'ouvrage de Dieu, mais des mauvais anges.

Dans nette religion, les hommes et les femmes s'assemblaient la nuit, et priaient entièrement nus pour mortifier leur corps. La maxime de PrisciUien était : «Jurez, parjurez-vous , mais ne découvrez point les mystères ; » aussi leurs ennemis ne pouvant les convaincre de crimes réels , se servirent contre eux de cette formule d'initiation, et les accusèrent de commettre les plus horribles impuretés.

Dans le même temps eut lieu, par les ordres de Gratien, le fameux synode d'Aquilée. Saint Ambroise présida cette assemblée, et condamna l'arianisme: on examina ensuite les accusations dont on chargeait l'évêque de Rome , surtout l'accusation d'adultère que deux diacres dévoués à Ur.^in lui avaient autrefois intentée, et qu'ils fondaient sur l'attachement que les dames portaient au saint père. ;

Damase mourut enfin le 1 1 décembre 384 , après avoir gouverné le siège de Rome environ dix-huit ans.

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SIRICE

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Élection de Sirice. — Célibat des prêtres. — Les moines et les prêtres devraient être eunuques. — Corruption .lu clergé de Rome. — Avarice des ecclésiastiques. — Saint Jérôme appelle le pape une femme vêtue d'écarlate. — Mœurs infâmes du clergé. — Doctrine de Jovinien. — Wort de Sirice.

Après la mort de Darnase on élut Sirice, Romain de naissance, fils de Tiburce, malgré les oppositions du vieux schismatique Ursin. Aussitôt qu'il tut sur le saint-siége, le nouveau pontife montra qu'il était ambitieux, et pour essayer son pouvoir, il osa faire de nouvelles lois sur un point que le grand concile de Nicée avait laissé indécis , le célibat des ecclésiastiques. Il rendit un décret pour exclure du clergé ceux qui conservaient avec leurs femmes des Kaisons intimes , appliquant injustement aux clercs qui se marient les paroles de saint Paul : « Que ceux qui sont en la chair ne peuvent plaire à Dieu. »

Sirice voulait imiter les païens , qui avaient en grande vénération la pureté virginale; mais ceux-ci avaient reconnu qu'aucun homme n'était capable de la conserver sans des moyens e::traordinaircs-, et les hiérophantes, qui étaient les premiers ministres de la religion chez les Athéniens, buvaient de li ciguë pour se rendre impuissants ; et dès qu'ils étaient élus au pontificat ils cessaient de porter lus marques de la virilité.

Saint Jérôme, dans lui écrit, faisant parler un stoïcien nommé Ghcrémon, qui décrit la vie des anciens prêtres d'Egypte, s'exprime ainsi : « Leurs prêtres n'avaient aucun commerce avec les femmes depuis qu'ils s'étaient attachés au service divin ; pour éteindre les flammes de la convoitise ils s'abstenaient entièrement de chair et de vin, et même les ministres de Cybèle étaient tous eunuques. » Jérôme

paraît insinuer que les prêtres et les moines, qui font témérairement des vœux de chasteté et s'engagent par serment à garder une pureté virginale, devraient employer le procédé infaillible des ministres païens, lorsqu'ils reconnaissent que l'esprit est impuissant pour arrêter les désirs de la chair.

Peu de temps après la mort de Damase, Jérôme fut obligé de quitter Rome pour retourner en Palestine : la réputation de sa sainteté avait excité la jalousie de plusieurs membres du clergé, et la liberté avec laquelle il flétrissait leurs vices avait soulevé contre lui la haine sacerdotale. Dans un petit traité qu'il écrivit sur la manière de garder la virginité, il avertit la vierge Eustochium, fille de sainte Paule, de « fuir les hypocrites qui liriguent la prêtrise ou le diaconat pour voir les femmes plus librement, pour séparer de beaux habits et parfumer leurs cheveux. Ces prêtres maudits , ajoute-t-il , portent des anneaux brillants à leurs doigts, et marchent sur le bout du pied ; toute leur occupation est de connaître les noms et la demeure des belles dames et de s'informer de leurs inclinations.

« Afin que vous ne soyez pas trompée par les apparences d'une fausse piété, je vous tracerai le portrait de l'un de ces prêtres passé maître dans le métier : il se lève avec le soleil ; l'ordre de ses visites est préparé; il cherche les chemins les plus courts : ce vieillard importun entre jusque dans les chambres

HISTOIRE DES PAl'ES

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La bataille di Ton!

OÙ dorment Ijs femmes ; s'il voit un oreiller , une serviette ou de petits meubles à son gré, il les examine avec soin, en admire la propreté; il les tâte, se plaint de n'en avoir point de semblables , et les arrache plutôt qu'il ne les obtient.

« Des évêques mêmes , sous prétexte Je donner leur bénédiction, étendent la main pour recevoir de l'argent, deviennent les esclaves de celles qui les payent, et leur rendent avec assiduité les services les plus bas et les plus indignes, pour s'emparer de leurs héritages. »

Plusieurs prélats, furieux de se voir démasqués par les critiques de saint Jérôme , se vengèrent de lui par des médisances : on censurait sa démarche, l'air de son visage; sa simplicité même était suspecte; enfin la calomnie s'étendit jusqu'à noircir sa rputation au sujet des femmes et des vierges auxquelles il expliquait seulement l'Écriture sainte.

La conduite exemplaire de Jérôme, sa haute piété, auraient dû le mettre à l'abri de semblables soupçons ; mais le peuple de Rome était déjà prévenu contre les moines venus d'Orient, regardés avec raison comme des imposteurs qui cherchaient à séduire les filles de qualité. Le saint docteur, obligé de céder à l'envie, quitta l'Italie pour se soustraire aux chagrins qu'on lui suscitait, et il se plaignit amère-

ment dans sa lettre à Marcella, des outrages qu'il avait éprouvés dans la ville sainte. « Lisez , dit-il lisez l'Apocalypse ; vous verrez ce qu'il est dit de cette femme vêtue d'écarlate, qui porte sur le front un nom de blasphème. Voyez la fin de cette ville superbe : à la vérité elle renferme une église sainte, où l'on voit les trophées des apôtres et des martyrs; où l'on confesse k nom de Jésus-Christ et la doctrine apostolique; mais l'ambition, l'orgueil, la grandeur, détournent les fidèles de la véritable piété.

« Lorsque j'étais à Babylone, un des courtisans de cette paillarde vêtue d'écarlate voulut avancer des erreurs sur le Saint-Esprit; alorsjefis monouvrage, que je dédiai au pape : bientôt j'aperçus le pot bouillant de Jérémie, qui commençait à s'enflammer du côté de l'aquilon; le sénat des pharisiens se mit à crier contre moi ; et tous, jusqu'au plus petit clerc, conjurèrent ma perte. Alors je quittai cette ville maudite et je revins à Jérusalem ; j'abandonnai les cabanes de Roraulus, ces heux infâmes, et je leur préférai l'hôtellerie de Marie et la grotte de l'enfant Jésus. »

Vers le même temps, un concile de Rome condamna l'hérésie de Jovinien : ce moine avait passé les premières années de sa vie dans les austérités des couvents, jeûnant, vivant Je pain et d'eau, marchant

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i contre Maxence

nu-pieds, pottantuii \Ltemtnt grossier et travaillant de ses mainb, mai'- msuite il était sorti de son monl^tele pieb de Milan pour venir à Rome, où il répandit ses doctrines 11 prétendait que ceux qui avaient ete rcgtntub par lu. baptême ne pouvaient plus êtie \dincus pai le dtraon; il affirmait que les vierges avaient moins de mérites aux yeux de Dieu que les veuves ou les femmes mariées; enfin il enseignait que lesliommes devaient manger de toutes les viandes et jouir de tous les biens que leur avait accordés la Divinité.

Jovinien vivait conformément à ses principes; il était vêtu avec une grande recherche, portait des étoffes blanches et fines, du linge, de la soie, frisait ses cheveux, fréquentait les bains publics, aimait les jeux, les repas splendides , les mets délicats et les ■vins exquis, comme on le voyait à son teint frais et vermeil , et à son embonpoint. Cependant il se vantait toujours d'être moine, et il gardait le célibat pour éviter les suites fâcheuses du mariage. Son hérésie trouva beaucoup de partisans à Rome; plusieurs personnes, après avoir vécu longtemps dans la continence et la mortification, adoptèrent ses opinions et quittèrent les austérités du cloître pour rentrer dans la vie ordinaire des citoyens.

Après sa condamnation, Jovinien retourna dans

la ville de Milan ; mais le pape Sirice envoya trois prêtres auprès de l'évêque, pour l'instruire de l'excommunication de cet hérétique et le prier de le chasser de son église.

L'histoire ne nous apprend rien de particulier de la vie et des actions de Sirice : on suppose qu'il mourut dans l'année 398.

Sous son règne , la réputation de saint Augustin commençait à se répandre dans tous les pays chrétiens, et les nombreux ouvrages qu'il avait écrits contre les manichéens et les donatistes le faisaient déjà regarder comme l'une des colonnes de l'Église. Il était alors bien différent de ce jeune Augustin des écoles de Tagaste sa patrie, que ses condisciples citaient pour le plus débauché des étudiants; car nous devons avouer que la première partie de l'existence du saint Père s'écoula ^u milieu des plus grands désordres, et que son inconduite fut telle que sa mère dut le chasser de sa maison. Il avait en outre embrassé les opinions de Manès sur le culte de la nature et professait publiquement cette hérésie. Enfin s'étant lassé de sa vie agitée, il se maria et abandonna l'Afrique pour se rendre à Milan. Dans cette ville , il se lia d'amitié avec le vénérable Ambroise, qui le convertit à la religion chrétienne et lui donna le baptême ainsi qu'à son jeune fils Adéo-

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liât. Quelques années après, étant retourné eii Afrique, il fut nommé iJiètre à. Hippone , et plus tard il parvint à l'évèLlié de celte même ville : dès lors il se montra intolérant, persécuteur, et poursuivit avec la dernière rigueur tous les chrétiens qui professaient d'autres doctrines que les siennes.

Parmi les nombreux ouvrages de saint Augustin on place en première ligne son traité sur le travail, où il prend pour épigraphe ces paroles de l'apôtre saint Paul : « Que celui qui ne veut pas travailler ne maage point. » On cite également son livre sur le baptême; son ouvrage sur la Cité de Dieu, ou

Délènse de l'Eglise contre les enfants du siècle; son traité sur la Trinité, où il établit l'égahté des trois personnes divines , et enfin ses différents opuscules sur le péché originel , sur l'âme , sur la grâce et le libre arbitre, sur la prédestinatien des saints, sur la persévérance, etc., etc. Il serait difficile d'éuumérer les œuvres de ce Père de l'Eglise, car d'après hcatalogue que Possidius en a laissé , leur nombre s'élève à plus de mille trente. Tous ces écrits, dont plusieurs fort remarquables, furent composés dans l'intervalle des quarante années qui s'écoulèrent entre la conversion et la mort d'Augustin.

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