‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 34 sur 125 · DU QUATRIÈME SIECLE · texte numérisé non relu

DU QUATRIÈME SIECLE

Abdication de Dioclétien. — Ses sentiments sur les ministres des princes. — Exploits de Constance Chlore. — Galère Maximin.

— Mœurs du tyran Maxence. — Il viole les vierges chrétiennes. — Sophronie se poignarde pour échapper à ce monstre. — Vic'oire de Constantin. — Maxence tombe dans le Tibre et se noie. — Constantin s'unit à Licinius. — Il le fait massacrer.— Portrait de Con^iantin. — Ses bonnes qualités. — Ses cruautés. — Il fait assassiner son fis Crispus. — Il condamne Fausta sa femme à être étouff-e dans un bain. — Meurtre de Licinius. — Les fils de Consiantin se partagent l'empire. — Guerre cruelle entre les frères. — Désordres afireux dans l'empire. — Magnence se passe une épée au travers du corps Decentius s'étrangle de désespoir. — Exploits de Constance. — Julien l'Apo-tat. — Ses grandes qualités l'ont élevé au-dessus de Constantin.

— Jovien, empereur. — Il permet d'épouser deu.\ femmes. — Valens est brûlé vif dans sa tente. — Gratien est assassiné.

— Valentinien, rétabli sur le trône, est étrangle par sc.> eunuques. — Histoire du règne de Théodose.

Le cruel Dioclétien, enorgueilli de sa gloire après la défaile de ses ennemis, poussa l'impudence jus- ((Li'à faire baiser ses pieds à. ceux qui se présentaient devant lui, et fut assez impie pour se faire adorer comme un dieu : mais enfin il s'aperçut que ces excès l'avaient rendu l'objet de la haine publique, et il résolut d'abdiquer le pouvoir, craignant que la soumission apparente de Constantin et de Galerius ne fût impuissante pour le soustraire à la mort violente dont il était menacé par l'armée et par le peuple , qui voulait punir ses amours monstrueux avec Maxence et Maximin.

Les remords de sa conscience l'obligèrent à quitter l'empire, et il chercha dans la retraite un repos dont il avait été privé dans les soins du gouvernement. Malgré sa conduite tyrannique, ce prince exprimait quelquefois de beaux sentiments, et il disait avec raison : « Que rien n'est plus (liflicile (|ue de bien régner, parce que les ministres dont se servent les princes ne sont d'accord que psur les trahir; ([u'ils loin- cachent ou leur déguisent la vérité, la

première chose qu'ils devraient connaître, et que par leurs flatteries ils trompent et vendent les souverains qui les payent pour recevoir de sages conseils! »

Valère Maximien, successeur de Dioclétien, abdiqua l'empire à son exemple, après un règne de dixhuit ans; mais il se rejientit bientôt de cette démarche, comprenant qu'un sohtaire et un philosophe avaient moins de puissance qu'un empereur ; il abandonna sa retraite et revint à Rome, sous prétexte d'aider de ses conseils Maxence, son fils. Les temps étaient changés : le vieil empereur s'apercevant qu'on avait pénétré son dessein de ressaisir le pouvoir, passa dans les Gaules, oit se trouvait Constantin son gendre : il forma une conspiration qui fut découverte par sa propre fille Flavia Maxima, et il prit la fuite pour éviter le châtiment de sa perfidie. Constantin envoya à sa poursuite des émissaires qui le joignirent à Marseille et l'étranglèrent dans un cachot.

Après l'abdication de Dioclétien et de Maximien, Flavius Coustanlius Ghlorus et Galère Maximin, qui

avaient le titre d'auguste, se partagèrent l'empire. Constance Chlore illustra son règne par de grands exploits, recouvra la Bretagne, défit soixante mille Allemands et bâtit la ville de Spire sur les bords du Rhin. Sa domination s'étendait sur r.\ngleterrc, qui était sa conquête; sur l'Illyrie , l'Asie et sur toutes les provinces de l'Orient. Ce prince aimait les gens de lettres; il était libéral, et tellement ennemi du faste, qu'il faisait ser\'ir des plats de terre sur sa table ; et pour les grands . festins de cérémonie, il priait ses amis de lui prêter des services d'argent.

Sous son règne, les chrétiens jouirent d'une paix profonde ; on raconte même qu'ayant rendu uiy édit par lequel il ordonnait aux fidèles qui occupaient des emplois dans l'état, de sacrifier aux idoles ou de s'éloigner, quelques-uns préférèrent l'exil à leurs charges, et se retirèrent; mais le prince les rappela, les nommant devant sa cour « de vrais amis, » et il chassa ceux qui avaient eu la faiblesse de sacrifier aux idoles, leur reprochant avec aigreur leur apostasie, et ajoutant : « Non, ceux qui ne sont pas fidèles à Dieu ne peuvent pas être des serviteurs dévoués à l'empereur. » Constance Chlore mourut à York , en Angleterre , ajjrès avoir mis la couronne sur la tête de Constantin, son fils.

Galère Maximin , avant de parvenir à l'empire, avait gagné deux grandes batailles sur les Perses, et avait perdu la troisième par son imprudence, lorsqu'il n'était encore que césar. Le premier acte de sa puissance fut une déclaration de guerre contre ces peuples ; il les battit, pilla leur camp, s'empara de la personne du roi Nors avec sa famille , et par ses conquêtes étendit les frontières de ses Etats jusqu'aux bords du Tigre.

Il choisit pour lui succéder ses deux neveux ■ C. Yalère Maximin , nommé Daza avant d'être césar, eut en partage l'Orient, et Flanus Valérius Sévère obtint l'Italie avec l'Afrique. Quelque temps après avoir pris ces dispositions, Calère mourut d'un ulcère oii s'était engendrée une prodigieuse quantité de vers, qui le dévorèrent presque vivant.

Marc-Aurèle Yalère Maxence, fils de Marc-Aurèle Yalère ÎMaximin, dit le Yieux, ayant appris que Constantin avait été nommé empereur, se lit donner le même titre à Rome par les soldats de la garde prétorienne, auxquels il permit de \ioler les femmes et d'égorger les citoyens. Ce prince, entièrement adonné à la magie , n'osait commencer aucune entreprise sans consulter les oracles et les devins : il surchargeait les provinces de tributs extraordinaires, et dépouillait de leurs patrimoines les plus riches habitants. Le vin, cette liqueur perfide qui détruit la raison, le mettait en fureur; dans ses moments d'ivresse, il donnait des ordres cruels et faisait mutiler ses compagnons de table. Son avarice était insatiable ; ses débauches et ses cruautés égalaient celles de Néron ! N'ayant pu vaincre la résistance d'une dame chrétienne nommée Sophronie, qu'il voulait déshonorer, il envoya des soldats pour l'enlever de sa maison. Alors cette femme courageuse , feignant de consentir aux désirs de l'empereur, demanda seulement le temps de prendre de riches vêtements pour paraître devant lui, et -entra dans un cabinet : comme

elle ne revenait pas, les soldats impatients enfoncèrent les portes , et trouvèrent son cadavre avec un poignard dans le sein.

Une vierge chrétienne d'Antiochc, nommée Pélagie, sa mère et ses sœurs, se tuèrent également pour se délivrer du péril où elles étaient exposées par l'impudicité de Maximin , collègue de Maxence. La guerre fut enfin déclarée entre Maxence et Constantin : ce dernier s'approcha de Rome, et répandit une proclamation où il déclarait r[u'il venait non pour combattre les Romains , mais pour délivre)- l,i capitale d'un monstre qui faisait massacrer le peuiilr par les soldats prétoriens.

Maxence de son côté cherchait à se ménager la victoire par des opérations magiques : il immolait des lions dans des sacrifices impies, et faisait ouviir des femmes enceintes pour fouiller dans les entrailles des petits enfants et consulter les auguiei. Les or.acles s'étant montrés défavorables, le prince effrayé quitta le palais avec sa femme et son fils pour se retirer dans une maison particulière; néanmoins il fit sortir de Rome ses troupes , qui consistaient en cent soi.xante mille hommes de pied et dix-huit mille cavaliers. Son armée ayant passé le Tibre, rencontra celle de Constantin, forte de quatre-vingt mille hommes d'infanterie et d'environ huit mille chevaux, et la bataille s'engagea.

Au même instant une sédition violente s'éleva dans Rome ; le peuple, indigné de la conduite de Maxence, que la superstition et sa lâcheté avaient retenu dans la ville, se porta dans le cirque, où le prince donnait des jeux publics pour célébrer l'anniversaire de son avènement à l'empire, et fit entendre ces clameurs terribles : « Mort au tyran! mort au lâche et au traître! Gloire à Constantin l'invincible! >> Maxence, effrayé par ces cris d'admiration pour son rival , s'enfuit du cirque , et ordonna aux sénateurs de consulter les livres des sibylles On lui répondit qu'ils annonçaient que ce jour même 1 ennemi des Romains devait périf^isérabiement; alors le prince regardant la victoire comme assurée rejoignit son armée. Mais à sa sortie de Rome, des chouettes ^•inrent aussitôt se reposer sur les murailles de la ville, et le suivirent jusqu'au champ de bataille : ce présage sinistre, vu de toute l'armée, abattit le courage des soldats. Les rangs plient devant les légions de Constantin; la déroute commence : Maxence lui-même, entraîné par la foule , regagne le pont qu'il avait fait construire avec des bateaux; et soit hasard, soit trahison, les bateaux s'enfoncent, et il tombe dans le fleuve, où il se noie. Maxence devint ainsi la victime des pièges qu'il avait tendus à Constantin, car le pont était établi de manière que dans une déroute, ses ennemis venant à le traverser, il dût se rompre par le mdieu et les submerger dans le Tibre. Le lendemain son corps fut retrouvé, et on lui coupa la tète, qui fut portée dans les rues de Rome au bout d'une pique.

Constantin, maître de l'empire, se réunit à Licinius, qui avait épousé sa sœur Constantia : ces deux princes détruisirent l'armée de Jcvius Maximin, qui affectait de se décorer du titre d'empereur.

Liçinius était fils d'un paysan du pays des Daces . par sa valeur il s'était peu à peu élevé dans l'armée

ROIS, REINES, EMPEREURS

Rumes du temple Je Julien, à Pari

jusqu'aux premières diguités , et avait été créé césar par l'empereur Galérius. Devenu prince, il se montra avare, emporté, intempérant, impudique, comme si le rang suprême devait donner tous les vices en même temps que le pouvoir de les satisfaire. Dans son ignorance extrême , il appelait les gens de lettres « un poison, une peste publique, » et il les faisait mourir, sans qu'ils fussent coupables d'aucun crime. Aujourd'hui les;^spotes se contentent de les emprisonner!

Bientôt il devint lui-même suspect à son collègue, parce qu'il renouvelait la persécution contre l'Eglise et cherchait à rallier à son parti les pontifes païens; il fut vaincu par les troupes de son beaufrère et décapi'é.

Après la défaite et la mort de cet liomrae brutal, Constantin jouit paisiblement de l'autorité souveraine. Ce prince avait un port majestueux et l'âme grande; il était brave, hardi, prévoyant dans ses entreprises ; mais il joignait de grands vices à ces belles qualilés. Notre dessein n'est pas d'entrer dans les détails d'une vie aussi illustre, et nous ferons seulement remarquer la partialité des amis ou des ennemis du premier monarque chrétien : les uns lui ont prodigué des éloges outrés, les autres ont chargé sa mémoire de tous les crimes. L'envie et la haine ont fourni à Julien l'Apostat les couleurs qu'il a employées pour faire le portrait de son prédécesseur; et les Pères de l'Église ont souvent donné des louanges excessives à cet empereur, le premier qui se déclara le protecteur de la religi.on chrétienne.

Constantin méritait véritablement le surnom de Grand, à prendre cette épithète dans toute son ac-

ception : quelle prudence ne fallait-il pas pour échapper aux écueils qu'il rencontra sur la route de l'empire ! quelle intrépidité , pour affrontsr 'les périls les plus efi'rayants ! quelle valeur, pour attatpier et pour vaincre des ennemis également redoutables par leur bravoure et par leur nombre ! quel courage et quelle sagesse , pour tenir pendant plus de trente an-s les rênes d'un empire qui était à l'encan! quelle habileté consommée, pour gouverner en paix tant de peuples différents, et pour assurer leur bonheur en les soumettant à des lois équitables!

Le portrait de Constantin, envisagé sous son beau côté, nous présente des qualités brillantes, qui ont servi à mettre ses défauts dans un plus grand jour.

Chrétien peu scrupuleux, il ne reçut le sacrement de baptême que peu d'instants avant sa mort.

Père dénaturé, il fit mourir son fds Crispus sur la simple accusation d'une marâtre intéressée à sa perte.

Époux inflexible, il 'condamna Faustaà être étouffée dans un bain. Enfin, politique cruel, il fit répandre le sang du jeune Licinien, prince aimable qui n'avait participé en rien aux crimes de son père Licinius, et qui restait l'unique consolation de la malheureuse Constancia. Cette dernière cruauté fournit une preuve évidente que le christianisme de Constantin était un reflet da sa politique : il avait besoin de partisans pour résister à ses ennemis, et comme les chétiens étaient disposés à soutenir les intérêts d'un prin;e qui leur rendait la tranquillité, il les prit sous sa protection.

Après sa mort, ses enfants se partagèrent l'empire : Flavius Claude Constantin II eut l'Espagne, les Gaules, une partie des Alpes, l'.^ngleterre, l'Irlande,

lesOrcades et les autres îles voisines des côtes; Flavius Julius Constant obtint l'Italie, l'Afrique et ses îles, la Dalmatie, la Macédoine, le Péloponnèse ou la Morée et l;i Grèce; Flavius Julius Constance eut l'Asie et la Thrace, et Flavius Delmatius, l'Arménie et les provinces qui «talent voisines.

Delmatius fut tué par les soldats après quelques années de règne.

Constantin II vouli.t dépouiller Constant son frère des provinces qu'il possédait, lui déclara la guerre et envoya ses troupes pour le combattre : mais ayant été lui-même surpris dans une embuscade près d'Aquilée, il fut renversé de cheval et percé de plusieurs coups mortels.

Sur la n'ô'uvelle de cette victoire, Constant passa les Alpes, entra dans la Gaule, et en deux années se rendit maître de toutes les provinces de son frère, i Bientôt il oublia les soins de l'empire dans les plaisirs et les débauches. Alors les officiers de son armée delaRliétiedonnèrent le titre d'empereur à Magnencc . ce sujet ingrat et rebelle, oubliant que Constant l'avait couvert généreusement de sa cuirasse pour le ,' défendre contre des soldats prêts à le tuer, envoya contre son souverain et son bienfaiteur des assassins qui massacrèrent le prince dans sa tente.

Flavius Népotanius à son tour usurpa l'empire pendant quelques jours; mais le sénateur Héraclide, qai était dévoué aux intérêts de Magnence, lui fit demander une entrevue secrète dans laquelle il le poignada, et lui ayant coupé la tête, il la fit porter dans les rues de Rome.

Flavius Vétéranion, de son côté, avait pris le titre d'empereur en Pannonie; ensuite il se soumit à Constance, se dépouilla volontairement de la pourpre , et reçut en échange le gouvernement de la Bithynie, où il fut traité jusqu'à sa mort avec les plus grands honneurs.

Flavius Sylvanus, après avoir repoussé les Germains, qui faisaient des irruptions sur les frontières des Gaules, voulut également se faire nommer empereur par l'armée ; mais Constance corrompit ses principaux officiers, qui le massacrèrent à Cologne, après un règne d'environ un mois.

Magnence faisait chaque jour de nouveaux progrès, et s'avançait vers'ilome à marches forcées : cet usurpateur, monstre d'ingratitude, cpie saint Ambroise nomme « sorcier, Judas, second Gain, une furie, » un diable, » fut enfin battu dans une grande bataille. Constance le poursuivit jusqu'à Lyon, et le contraignit à se passer son épée au travers du corps : Décentius, qui avait été nommé césar par Magnence, mit également fin à ses jours et s'étrangla de désespoir.

Constantius Gallus, que Constance avait déclaré césar, ayant voulu se livrer à des actes de cruauté et d'insolence envers les vaincus, eut la tète tranchée i par ordre de l'empereur, qui mit à sa place Julien i son frère : il déclara ensuite la guerre aux Quades et aux Sarmates, qu'il soumit à ses armes; mais il fut , vaincu à son tour par Sapor II, fils d'Hormisdas, qui revendiquait la Mésopotamie et l'Arménie. Comme ; il marchaitcontre Julien, auquell'armée avait décerné 1 le titre d'auguste, il fut attaqué d'une fièvre violente, | et mourut près du mont Taurus en Mésopotamie. |

Flavius Claude Julien, surnommé l'Apostat, fut élu empereur : ce prince, après avoir abjuré le christianisme, dont il avait fait profession dans ses premières années, donna aux païens les charges delamagistrature , ferma les écoles des chrétiens , et défendit qu'on enseignât aux enfants la rhétorique, la poésie et la philosophie. Les écrivains catholiques racontent que ce prince ayant eu la fantaisie de rebâtir le temple de Jérusalem, pour faire mentir les prophéties, . fut contraint d'abandonner son entreprise téméraire, parce qu'il s'échappait des feux souterrains qui détruisaient miraculeusement les nouvelles fondations.

Plusieurs historiens ont élevé Julien au-dessus de Constantin, et affirment que ce prince avait l'esprit brillant et mieux- cultivé que son prédécesseur. Son règne fut d'une courte durée et se termina par sa malheureuse expédition contre les Perses : dans un combat qu'il livra à ces peuples, il fut blessé par une javeline empoisonnée, et il expira sur le champ de bataille. Les prêtres prétendent qu'elle était tombée du ciel en signe de la colère de Dieu, et que Julien s'était écrié en arrachant le fer meurtrier : « Tu as vaincu, GaHléen !

Avec cet empereur s'éteignit la dynastie de Constantin, dynastie qui avait donné au christianisme un grand protecteur et un redoutable ennemi. Julien, suivant les différentes versions des auteurs, offre un des problèmes les plus embarrassants qu'il y ait à résoudre en histoire. Tour à tour humain et sanguinaire, inconséquent et sage, avare et prodigue, dur pour lui-même et d'une indulgence blâmable pour ses favoris, ce prince semblait réunir tous les contrastes. Cependant les prêtres chrétiens tout en chargeant sa mémoire des plus graves accusations, conviennent qu'il était doué de belles quahtés, et que ses défauts furent la conséquence de sa condescendance pour les rhéteurs. Parmi les principaux ouvrages de Julien qui nous ont été conservés, on cite comme œuvres remarquables, une fable allégorique, un écrit intitulé le Misopogon, un discours en l'honneur de Cybèle, un autre en l'honneur de Diogène, et un recueil de soi.xante lettres, dans lecpiel se trouve placée une longue épître à Themistius, que l'on regarde comme un des traités les plus complets des devoirs du souverain envers les peuples. Cette dernière composition est sans contredit la mieux pensée et la plus élevée comme style. Son livre des Césars forme un complément nécessaire à l'histoire critique de l'empire romain; Julien y condamne avec finesse les mystères du christianisme, et blâme Constantin et ses descendants de l'intolérance qu'ils avaient montrée pour assurer le triomphe d'une religion nouvelle. Enfin, dans son indignation, l'empereur philosophe ne craint pas d'ajouter, que le plus grand malheur pour les peuples, est d'avoir confié leurs destinées aux mains des prêtres et des rois.

Juhen, en mourant, avait désigné pour son successeur Procopius son cousin; mais les soldats vinrent offrir la couronne à Flavius Jovien de Pannonie, qui refusa d'abord cet honneur, déclarant rpa'étant chrétien il ne pouvait commander qu'à des hommes de sa religion. Les légions s'écrièrent qu'elles consentaient à recevoir le baptême, et il accepta l'empire. Ses premiers soins furent Ao conclure une paix pour

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trente ans avec Sapor II, auquel il rendit cinq provinces que Galérius avait prises, «"engageant à ne point secourir Arsace l'Arménien : ensuite il s" occupa désintérêts de la religion, rendit des décrets terribles contre les Juifs, et leur défendit d'exercer leur culte publiquement. Ce prince cassa les édits de ses prédécesseurs, rétablit saint Athanase et les évêques bannis par Constance ou par Julien, fit rendre aux fidèles et aux églises les biens, les honneurs, les revenus et les privilèges qui leur avaient été enlevés.

Toutes ces belles actions méritaient certainement les honneurs de la sainteté , si dans les premiers temps du christianisme on eût été accoutumé à ces sortes d'apothéoses : le prince mourut subitement après un règne de sept mois, et l'Eglise a depuis oublié de le canoniser.

Flavius Valentinien, fils de Gratien le cordonnier, qui vendait des filets près de Belgrade, fut élu empereur par les soldats après la mort de Jovien : sa force était si extraordinaire, qu'il renversait cinq des hommes les plus robustes de son armée. Pendant son règne parut une loi qui permettait d'époaser deux femmes. Ce prince mourut d'apoplexie.

Valens, son cousin, qu'il s'était associé au gouvernement, vainquit le tyran Procope, parent de Julien l'Apostat, et remporta une grande victoire sur Athanaric, roi des Goths : mais sa femme l'ayant entraîné à l'arianisme, il persécuta les fidèles qui le firent brûler vif dans sa tente par ses soldats.

Après lui, la couronne échut à Flavius Gratien, fils de Valentinien I" et de Sévéra : Ce prince, élève du poëte Ausone de Bordeaux, partagea l'empire avec le jeune Valentinien : il était généreux, sobre et laborieux ; d'abord il fit la guerre avec succès aux Alains, aux Huns et aux Goths ; ensuite il s'endormit dans l'oisiveté, abandonna à ses courtisans les affaires du gouvernement, pour se livrer sans réserve aux

plaisirs, à la chasse et aux débauches. Alors Magnus Maximus, qui voulait s'emparer de la souveraineté des îles Britanniques, profita de l'imprévoyance de Gratien et le fil assassiner.

Valentinien II ou le Jeune eut à soutenir une guerre terrible contre le tyran Maximus, qui passa les Alpes, l'obligea à se sauver à Thessalonique et même en Orient.

Théodose arrêta ce dangereux ennemi, lui livra sous les murs de Milan une bataille dans laquelle Maximus fut tué, et rétablit Valentinien sur le trône : ce prince infortuné nejouit pas longtemps dupouvoir; il termina misérablement ses jours à Vienne en Dauphiné, où il fut étouffé par ses ennuques, qui le pendirent afin de laisser supposer qu'il s'était étranglé de désespoir.

^'alentinien et Tbéodose , pour se rattacher le clergé et pour affermir leur autorité, firent des lois qui défendaient d'offrir des sacrifices aux faux dieux, d'ouvrir les temples des païens, de conserver des idoles, ou même de brûler de l'encens en l'honneur des dieux pénates.

Pendant toute la durée de son règne. Théodose n'eut point d'autre pensée que celle de rendre ses sujets heureux et de faire honorer la Divinité par le culte de la véritable religion. Ce prince, élevé sur le trône par son mérite, eut le bonheur de relever l'empire lorsqu'il était près de sa chute; et non-seulement il eut assez de valeur pour conquérir ses états; mais encore, ce qui est plus glorieux, la fortune lui ayant livré un autre empire, il eut assez de grandeur d'âme pour le rendre au jeune Valentinien : enfin sa vie est remplie d'actions généreuses, et ses actes de faiblesse, prenant leur source dans la bonté de son cœur, rehaussent encore l'éclat de ses vertus.

Hélas ! combien sont rares de tels hommes sur la chaire de saint Pierre ou sur le trône!

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