CINQUIÈME SIÈCLE
Ordination d'Anastase. —Deux femmes célèbres par leur beauté, Mélanie et Marcelle, excitent un schisme dans l'Église. — Histoire de Rufin d'Aquilée et de Mélanie. — Rufin est poursuivi par Marcelle, qui le fait excommunier par le pontife. — Mort d'Anastase.
Peu de jours après la mort du pape Sirice, on élut Anastase I"', Romain de naissance.
A son avènement au saint-siége, l'Église était troublée par les erreurs d'Origène ; et deux dames d'une naissance illustre, Mélanie et IMarcelle, divisaient les fidèles en deux factions ennemies.
Rufin, prêtre d'.\quilée, qui avait vécu environ vingt-cinq ans à Jérusalem avec Mélanie, était venu à Rome, afin de publier une version latine de l'Apologie d'Origène, attribuée au martyr saint Pamphile ; ensuite il avait fait paraître une lettre pour démontrer que les œuvres d'Origène avaient été falsifiées, et que sa nouvelle traduction intitulée Périarehon était la seule exacte. Après avoir propagé ses doctrines, Rufin s'était retiré dans la ville d'Aquilée, sa patrie, avec une lettre de communion qae le pape Sirice lui avait accordée sans difficulté. Mais sous le règne d'Anastase, une dame romaine, nommée Marcelle, furieuse contre Rufin, qui avait méprisé ses faveurs,
signala au pontife les sublimes doctrines du prêtre philosophe.
Oti l'accusa d'avoir répandu les erreurs d'Origène; on produisit sa traduction du livre des Principes, et comme il n'avait pas mis son nom sur l'ouvrage, ses ennemis représentèrent les exemplaires corrigés de sa main : celui-ci, averti de ce qui se tramait contre ses écrits, refusa même de répondre au pontife, et resta dans l'Aquilée.
Anastase, saint Jérôme et les autres adversaires de Rufin, malgré les protestations de ses disciples et l'orthodoxie de sa confession de foi, le condamnèrent pour satisfaire aux exigences d'une courtisane.
Combien est grand le pouvoir de la beauté sur des prêtres !
Le règne d'Anastase s'écoula tout entier au milieu des querelles théologiques entre les donatistes et les catholiques de l'Église de Garthage. Le saint-père mourut le 27 avril 402, après quatre ans de pontificat.