‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 36 sur 125 · INNOCENT I · texte numérisé non relu

INNOCENT I

Élection d'Innocent. — Victoire de Stilicon. — Schisme dans l'Eglise d'Orient. — Le pape prend la défense de saint Jean Chrysostotte. — Célibat des prêtres. — Incontinence des moines. — Réllexions sur les victimes des cloilres — Lettres sur l'affaire de saint Chrjsostome. — Violences exercées contre les moines et contre les vierges. — Le pape écrit à l'empereur Honorius. — Les députés sont renvoyés honteusement. — Vigilance se déclare contre le célibat des prêtres; il blâme l'avarice des papes. — Les moines deviennent les lléaux des nations. — Mort de saint Chrysoslome. — Premier siège de Rome par Alaric. — Le pape autorise les sénateurs à faire des sacrifices aus fau.x dieux. — Second siège de Rome. — Victoire d'Honorius. — L'empereur refuse une juste satisfaction au roi goth. — Prise et sac de Rome. — Nouveau pillage de Rome. — Le pape abandonne lâchement son troupeau. — Il revient à Rome. — Naissance du pélagianisme — Satire contre les moines. — Céiestius et Pelage en Pale.sline. — Fourberie de saint Augustin. — Pelage adresse sa première èpître à une belle dame faisan profession de virginité. — Traité des forces naturelles de l'homme. — Saint Jérôme et saint Augustin réfutent Pelage. — Caractère violent de saint Augustin. — Le concile de Diospolis approuve les doctrines de Pelage. — Vierges violées. — Ambition des papes. — Concile de Carthage. — Réponse du pontife. — Il est accusé de favoriser l'hérésie. — Décrétales d'Innocent. — Il est faux qu'il ait osé excommunier l'empereur Arcadius et l'impératrice Eudoxie. — Mort du pape. — Son caractère. — Séductions employées par les prêtres pour obtenir des hérilages.

Innocent I" était de la ville d'Albano, près de Rome : après son élévation sur le saint-siége, les Gots, qui menaçaient l'Italie d'une désolation effroyable, furent repou.ssés par Stilicon, qui remporta sur ces peuples une victoire éclatante.

Délivré de la crainte des barbares, les prêtres recommencèrent les luttes religieuses; et de nouveaux schismes se déclarèrent bientôt dans l'Église d'Orient. Théophile, évèque d'Alexandrie, soutenu par l'empereur, avait déposé saint Ghrysostome, patriarche de Constantinople, et en donnant avis au pape de son jugement, il avait refusé d'expliquer les motifs de son excommunication. Innocent reçut également une lettre de Ghrysostome, l'instruisant de tout ce qui s'était passé dans le premier synode, qui avait prononcé la déposition, et dans la seconde assemblée, où il avait été condamné au bannissement. Le pape acueillit avec de grands honneurs les députés du patriarche et ceux de Théophile ; mais pour ne point compromettre la dignité de son siège dans une question aussi importante, il renvoya l'examen de

cette affaire au prochain concile des évêques d'Orient et d'Occident.

On attribue au saint-père plusieurs décisions sur le célibat des prêtres, défendant aux ecclésiastiques d'entretenir un commerce charnel avec les femmes, et ordonnant aux moines de vivre dans la continence : mais la nature est plus forte que les lois des hommes, et les bulles du pontife comme les décrets de ses successeurs seront toujours impuissants pour arrêter les désordres des ministres et les débauches dans les couvents d'hommes et de femmes.

Dans ses règlements. Innocent défend de conférer les ordres ecclésiastiques aux officiers de l'empereur ou aux personnes remplissant des charges publiques : il ordonne aux prêtres de refuser la pénitence aux vierges consacrées solennellement à Dieu, lorsqu'elles voudront s'engager dans les liens du mariage. »■ Si une femme , dit le saint-père , du vivant de son mari en épouse un autre, elle est adultère, et doit être repoussée de l'Église : observez la même rigueur envers celle qui, après s'être unie avec un époux

immortel, sera passée ù des noces humaines. » Et c'est à une décision aussi ridicule que nous avons dû l'esclavage des couvents !

Cependant les ponlifes admettaient des réclamations contre les vœux arrachés par la violence : mais les malheureuses victimes pour être déliées de leur serment devaient ofl'rir au saint-père des présents et de l'argent. A cette époque, l'importance des sommes que l'on envoyait à Rome faisait admettre ou rejeter les plaintes les plus légitimes ; aujourd'hui les nations les plus éclairées ont reconnu que les vœux du célibat peuvent être enfreints, même sans l'autorisation des papes, et l'exemple de nos prêtres prouve que personne ne peut se dispenser d'obéii' aux ordres Je la nature.

Innocent paraissait avoir oublié les querelles des Orientaux, lorsqu'il reçut une lettre de vingt-cinq évoques qui soutenaient la cause de Chrysostome ; et ' en même tonqjs arrivèrent à Rome, Domitien et , "\'allagus, chargés de soumettre au saint-père les | plaintes des Églises de Mésopotamie. Les deux i prêtres lui rendirent compte des actes de violence ! exercés par Optât, préfet de Constantinople, contre j Olympiade et Pen^àie, femmes de grande naissance ' et de familles consulaires ; ils amenaient aussi avec eux des moines et des vierges qui montraient leurs | côtés meurtris et les marques des coups de fouet sur i leurs épaules.

Le pontife, touché de leurs maux, écrivit à l'empereur Honorius, le priant d'ordonner que l'on assemblât un concile pour mettre un terme aux cruelles dissensions qui déchiraient l'Éghse.

Les députés du pape et des évêques d'Italie se j dirigèrent vers Constantinople, afin de remettre leurs dépêches entre les mains du prince ; mais les ennemis du patriarche rendirent la députation odieuse, accusèrent Innocent de vouloir les calomnier, et firent chasser honteusement les ambassadeurs.

Pendant l'année 406 parut le premier ouvrage de Vigilance, prêtre savant, versé dans la connaissance des Écritures sacrées, nourri de la saine lecture des auteurs profanes, et joignant à une instruction profonde une éloquence qui entraînait les masses. Il se déclarait hautement contre les abus introduits dans la religion, blâmait le célibat des ecclésiastiques, condamnait le culte des reliques, nommait cinéraires idolâtres ceux qui les honoraient, et traitait de superstiton païenne l'usage d'allumer des cierges en l'honneur des saints.

Dans ses écrits. Vigilance soutenait que les fidèles ne devaient point prier pour les trépassés ; il engageait les fidèles à ne point envoyer d'aumônes au pape, et à ne point vendre leurs biens pour les don neraux pauvres, prétendant qu'il valait mieux les garder, cultiver les terres, et en distribuer les revenus : il condamnait la vie licencieuse des cloîtres et s'opposait à la célébration des messes nocturnes dans les églises, où se commettaient de sacrilèges impuretés.

Cet homme admirable, qui osait faire entendre un langage aussi ferme, dans un siècle d'esclavage et de fanatisme, ne put abolir aucune des pratiques introduites par l'avarice et l'ambition des moines, qui se multipliaient chez toutes les nations, dont ils uont devenus dans la suite le plus terrible fléau.

Le 14 septembre de l'an 407, saint Chrysostome mourut à Comane, mais cet événement ne put terminer les dissensions et les troubles des Eglises d'Orient et d'Occident.

Au commencement de l'année 408, le redoutable Alaric fit proposer un traité d'alliance à l'empereur Honorius ; ses avances ayant été repoussées, les Goths s'approchèrent de Rome, en formèrent le siège, et la bloquèrent étroitement par terre et par mer, pour empêcher ([u'elle ne reçût des vivres.

Les habitants, décimés parla famine et par la peste, faisaient entendre des plaintes lamentables et voulaient qu'on ouvrît les portes au vainqueur. Dans ces extrémités, les sénateurs crurent nécessaire de sacrifier au Capitole et dans les autres temples pour relever le courage du peuple. On consulta Innocent, qui donnant l'exemple d'un noble désintéressement, préféra le salut de la ville à l'observation rigoureuse de la foi chrétienne, et permit de faire des sacrifices publics en l'honneur des anciens dieux !

Les sacrifices pa'iens furent aussi inutiles que les processions religieuses, et l'on fut obhgé de songer aux moyens d'apaiser Alaric. On traita avec lui; on connnt d'acheter la paLx en lui payant une rançon de cinq mille livres d'or, trente mille livres d'argent, quatre mille tuniques de soie, trois mille peaux teintes en écarlate et trois mille livres de poivre Cette contributior fut prélevée sur les fortunes des citoyens, parce qu'il n'existait point de trésor public : on fut encore obligé, pour compléter les sommes exigées par ce barbare, de dépouiller les temples des idoles et de fondre les statues d'or et d'argent. Les Romains promirent en outre de faire conclure une alliance avec l'empereur.

Le roi des Goths ayant levé le siège, vint jusqu'à Rimini pour s'entendre avec Honorius et lui proposer la paix à des conditions avantageuses : Jo\ius, préfet du prétoire d'Italie, chargé de conférer avec Alaric, rompit la négociation en lui i-efusant le commandement général des armées de l'empereur.

Le sénat, craignant les suites de cette rupture, envoya une ambassade solennelle au roi goth ; mais Innocent, chef de la députation, ne pouvant rien obtenir du monarque irrité, et redoutant les effets de sa vengeance, courut se réfugier à Ravenne, auprès d'Honorius, et abandonna son troupeau à la rage du vainqueur.

Alaric vint mettre une seconde fois le siège devant la ville sainte, et s'étant rendu maître du port, il força les Romains à déclarer empereur Attale, préfet de la ville. Le nouveau césar, enorgueilli de sa fortune, ne consulta plus le sage Alaric ; il envoya en Afrique un général nommé Constant, chargé de faire reconnaître son autorité, sans lui donner des forces nécessaires pour soutenir ses prétentions : lui-même, trompé par de vaines espérances, marcha vers Ravenne. Honorius, épouvanté, lui adressa ses premiers officiers, lui offrant de le reconnaître pour son collègue; mais Attale repoussa durement les ambassadeurs, ordonnant à l'empereur de choisir une île ou de désigner une province pour se retirer.

Honorius avait déjà fait disposer ses vaisseaux, et n'attendait qu'un vent favorable pour s'enfuir auprès de sou ueveu Théodose, quand il reçut d'Orient un

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