INNOCENT I
secours inespéré. En même temps Attale apprit k nouvelle que Constant avait été défait par Héraclien, gouverneur de l'Afrique, et que la flotte des ennemis gardait si bien les ports de Rome, qu'on ne pouvait plus faire entrer de vivres dans la ville : alors il retourna sur ses pas pour défendre sa capitale. Mais le roi goth, irrité de l'ingratitude dont il avait payé ses bienfaits, se réconcilia avec Honorius, et dépouilla son protégé de la pourpre impériale, après une année de règne.
Alaric se dirigea ensuite vers les Alpes et vint à trois lieues de Ravenne, pour montrer qu'il désirait sincèrement la paix; il annonça qu'il ne demandait plus de grandes provinces, ni le commandement des armées de l'empereur, mais seulement une petite somme d'argent, une certaine quantité de blé pour l'entretien de ses troupes, et deux petites provinces aux extrémités de l'Allemagne qui ne payaient aucun tribut à l'empire, et restaient exposées aux irruptions des barbares.
Honorius, cédant à de mauvais conseils, refusa encore de lui accorder cette satisfaction : le roi, de- \enu furieux par cette nouvelle insulte, vint mettre une troisième fois le siège devant Rome, prit la ville par trahison, le 24 août 410, et l'abandonna an pillage de ses soldats; l' église de Saint-Pierre fut seule épargnée par ordre du vainqueur. Mais le pontife, qui avait prévu les malheurs de la vUle samte, pour la deuxième fois abandonna lâchement son siège, et vint se réfugier à Ravenne auprès de l'empereur.
Le pillage dura trois jours : ensuite Alaric sortit de Rome, passa dans la Campanie, où ses troupes pillèrent Noie. Après avoir ravagé toute cette pai'tie de l'Italie, le roi des Goths mourut ;i Gosenza, en revenant de Reggio. Son beau-frère, Ataulfe, lui ayant succédé, passa encore par Rome, qu'il pilla de nouveau : la plus grande partie des habitants sévirent alors l'éduits à une déplorable indigence; presque tous les chrétiens furent dispersés et contraints de chercher tm refuge dans les îles voisines de la Toscane, en Sicile, en Afrique, en Egypte, eu Orient et en Palestine.
Innocent retourna à son siège lorsque le danger eut disparu, et sut profiter habilement de la désolation générale pour éteindre les restes du culte des idoles et affermir son autorité spirituelle. Il chassa les novatiens de la ville, et poursuivit avec une extrême rigueur tous les malheureux hérétiques.
Le bruit de la conférence tenue à Garthage en 411, entre les orthodoxes et les donatistes, avait attiré en Afrique Pelage et Gélestius , deux religieux de la Grande-Bretagne, qui avaient longtemps habité l'Italie, Célestius était d'un caractère ouvert; Pelage au contraire était rusé, politique, aimant la bonne chère et 1rs plaisirs, comme tous les moines, dont Jérùiue faisait ainsi la critique : « Ils traitent leur corps avec de grands ménagements ; pourtant le chrétien doit être en guerre avec la chair, qui est l'ennemie de l'âme; mais peut-être le font-ils pour obéir au précepte de l'Évangile, qui ordonne d'aimer ses ennemis ! »
Célestius alla rejoindre son ami Pelage en Palestine, où leurs ouvrages étaient accueillis favorablement. Le comte Marcellin, gouverneur de la province,
voulut faire examiner leur doctrine, et s'adressa à saint Augustin. L'évècjne d'Hippone répondit par cette proposition captieuse : « Oui, l'homme peut être sans péché moyennant la grâce de Dieu, mais .... il ne l'accorde jamais. » Le moine anglais enseignait la même doctrine, affirmant que Dieu pouvait accorder cette grâce à ses élus : ainsi la différence des deux sentiments consistait dans une dispute de mots. Le rusé compère craignant de s'attirer sur les bras cet adversaire redoutable écrivit à saiut Augustin une lettre pleine de protestations sur l'orthodoxie de sa foi, et lui prodigua les louanges les plus outrées: le saint évêque, flatté dans sa vanité, le reçut à sa communion.
Pelage n'avait encore pubhé qu'un petit commentaire sur les Épîtres de saint Paul, et une lettre adressée à une belle dame, nommée Démétria, qui faisait profession de virginité. Cette pièce avait été attribuée à saint Jérôme ou à saint Augustin, tant le venin de ses erreurs était subtil.
Mais lorsqu'il eut fait paraître son traité « Des forces naturelles de l'homme, pour relever les droits du franc arbitre, >> une réprobation générale accueillit le hardi novateur. Saint Jérôme le réfuta par des dialogues, et saint Augustin accumula des montagnes de volumes contre la nouvelle hérésie.
Pelage ayant demandé à justifier sa doctrine devant un concile, quatorze évèques se réunirent à Diospolis en Palestine. Après avoir pris connaissance de tous les articles contestés, les Pères rendirent le décret suivant : « Nous sommes satisfaits des déclarations du moine Pelage, ici présent, qui convient de la sainte doctrine et condamne ce qui est contraire à la foi de l'Eglise; nous déclarons qu'il est dans la communion ecclésiastique et catholique. »
Théodore de Mopsueste, célèbre par son profond savoir et sa haute sagesse, était en Orient l'un des plus puissants protecteurs de Pelage. Jean, évêque de Jérusalem, favorisait également la nouvelle doctrine. Alors pour rendre les pélagiens odieux, saint Jérôme les chargea d'une accusation atroce; il écrivit au pape que leur troupe furieuse l'avait attaqué dans un monastère cju'ils avaient livré aux flammes après l'avoir pillé ; que lui-même avait été contraint de se sauver dans une tour fortifiée, où plusieurs vierges avaient été violées.
Le pontife adressa une longue épître à Jean de Jérusalem, pour lui désigner l'auteur de ces violences et l'engager à les empêcher par son autorité. Il écrivit aussi à saint Jérôme une lettre de consolation, l'engageant à porter cette accusation devant son siège, afin cju'il put lui donner des juges : cette lettre est une preuve convaincante de l'ambition des papes, qui ne laissaient échapper aucune occasion d'usurper de nouveaux droits dans l'Église.
Selon la coutume, les évêques de la province d'Afrique se rassemblèrent à Garthage pour le concile annuel ; les Pères, cédant aux sollicitations de l'évêque d'Hippone, décidèrent que Pelage et Célestius seraient anathématisés, afin que la crainte de l'excommunication fît revenir ceu'; qu'ils avaient trompés, si elle n'était pas capable de les ramener eux-mêmes. Le concile voulut encore faire connaître au pape le jugement qu'il avait rendu, pour lui donner plus do
solennité par l'autoritù du siège de Rome, et on envoya au sainl-père les lettres synodales, ainsi que les écrits des prélats Héros et Lazare.
Le synode, dirigé par saint Augustin, réfutait «nmmairement les principales erreurs attribuées à Pelage, et terminait sa bulle d'excommunication en ces termes : « Nous ordonnons que Pelage et Gélestius désavouent cette doctrine et les écrits produits pour leur défense, quoique nous n'ayons pu les convaincre de mensonge, car nous anathématisons en général ceux qui enseignent que la nature hu-
maine peut suffire pour éviter le péché, et ceux qui se montrent les ennemis de la grâce. » Cet anathème ne pouvait atteindre Pelage, qui supposait au contraire la nécessité de la grâce pour vivre sans péché.
Mais sait t Augustin, entraîné par l'ardeur de la dispute, s'était jeté dans un système erroné, et avait découvert la faiblesse de la science théologique.
Le pape répondit aux lettres synodales du concile ; il donnait de grands éloges aux évècpies pour la vigueur avec laquelle ils avaient condamné l'erreur, et pour le respect qu'ils témoiprnaient au saint-siége,