‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 42 sur 125 · SIXTE III · texte numérisé non relu

SIXTE III

jiL fournaise, et qu'elle servit à augmenter l'opinion favorable que les peuples avaient de la sainteté du pontife.

L'histoire de l'Église laisse un vide de quekpics années dans le récit des actions de Sixte, et nous ne pouvons entreprendre de les tirer du profond oubli où elles sont ensevelies; nous savons seulement qu'il soutint la juridiction de son siège sur l'Illyrie, et qu'il confirma ensuite le jugement d'Idduus, condamné ]iar Proclus. A cette époque, les évêques d'Asie refusaient de reconnaître la juridiction du patriarche de Constantinople, ou plutôt les prêtres prévaricateurs, connaissant l'ambition des papes, déclinaient le jugement de leurs supérieurs légitimes, pour évoquer leurs causes à Rome, où l'on recevait favorablement les plaintes même les plus injustes, pourvu qu'elles favorisassent la politique d'usurpation suivie par le saint-siége.

Julien d'Êclane, ce fameux défenseur de Pelage, fatigué des persécutions que lui suscitait constamment la haine des prêtres d'Orient, vint faire sa soumission au pontife, et demanda à remonter sur son siège. Mais Sixte, d'après les avis de l'archidiacre Léon, le personnage le plus important dans l'Église, et que nous verrons bientôt lui succéder, repoussa durement les propositions de Juhen, et commença une nouvelle persécution contre les malheureux pélagiens.

Le pape Sixte mourut peu de temps après, le 28 mars 440, ayant tenu le saint-siége environ huit

ans : il fut enseveli sur le chemin de Tibur, près du tombeau de saint Laurent.

Pendant son pontificat, il rétablit la basilique de Sainte-Marie, fit placer dans l'intérieur un autel d'argent du poids de trois cents livres, donna plusieurs vases d'argent pesant ensemble onze cent soixante cinq livres, un vase d'or de cinquante livres, vingt-quatre chandeliers de cuivre, et il affecta à l'entretien de cette église, en terres ou en maisons, le revenu de sept cent vingt-neuf sous d'or ; il offrit au baptistère de Sainte-Marie, pour les cérémonies, des vases d'argent, et un cerf pour verser de l'eau, du poids de trente livres ; il entoura la Confession de Saint-Pierre d'ornements d'argent du poids de quatre cents livres, et celle de Saint-Laurent de balustrades de porphyre; il plaça sur l'autel des colonnes d'argent massif pesant quatre cent cinquante livres, et soutenant une voûte d'argent, surmontée de la statue de saint Laurent d'or massif, pesant deux cents livres ; la basilique du saint était encombrée de Vases d'argent et d'or, ornés de perles et de pierreries. Saint Sixte avait également fait orner le baptistère de Latran de colonnes de porphyre, et sur l'architrave de marbre il fit graver des vers qui marquaient la vertu du baptême et la foi du péché originel. Enfin ce pontife donna aux égHses, pendant sa vie, plus de deux mille six cent onze livres romaines pesant, en or et en argent, qu'il avait arrachées aux fidèles par des aumônes ou par des testaments.

Naissince de Léon. — Ses règlements sur la discipline. — Il excommunie les évêques bigames et les déclare dépo-és de leur siège. — Religieuses violées par les barbares. — Le saint- père défend de poursuivre juridiquement les prêtres coupables des plus grands crime?. — Il veut obliger les prêtres à garder le célibat. — Règlements sur les concubines. — Ravages de Genseric en Sicile. — Persécutions contre les manichéens. —Le pape les accuse faussement d'abominables impudicités. — L'empereur rend un édit cruel conire ces malheureux. — Léon attaque les pélagiens. — Il veut étendre sa domination sur l'Illyrie.

— Il con amne injusteir'ent saint Hilaire d'Arles. — Saint Hilaire se rend à Rome. — Le pape veut le garder prisonnier. — Mort de saint Cyrille. — Héiésie des prisciUianistes. — Supplice cruel de Priscillien en Espajine. — Saint Martin, évêque de Tours, condamne l'intolérance du pape. — Léon encourage le fanatisme de l'empereur contre les hérétiques. — Il excite sa cruauié. — Eutychès. — Apologie de sa doctrine. — Condamnation d'Eutychès. — Le pape soutient l'hérésie. — Concile général d'Ephèse. — Eutychès est absous. — Le pape est excommunié. — Léon demande à l'empereurun concile universel.

— L'impératrice favorise l'ambition du pipe.— Exploits d'Attila. — Saint Léon arrête ce redoutable conq'uérant. — Miracle du saint père. — Démêlés entre le patriarche de CoLStantinople et Léon. — L'impératrice Eudoxia appelle G^nseric en Italie pour se venger de Maxime, le meurtrier de son mari. — Home est mise au pillage. — Lois contre les parents qui forçaient leurs tilles à entrer dans les couvents. — Le pape défend de prendre le voile avant l'âge de quarante ans. — Jeûnes éta- Kis par saint Léon. — Les Rogations. — Histoire de la main sanglante. — Mort du pape.

Léon naquit à Rome vers la fin du règne de Théodo.çe le Grand; son père se nommait Quintien. Les auteurs ne parlent pas de sa jeunesse, et Léon apparaît dans l'histoire à l'occasion d'une violente querelle qui s'était élevée entre Aétius et Albin, chefs des armées romaines envoyées dans les Gaules pour r>pousser les barbares qui couvraient les frontières. La mésintelligence de ces généraux potivait amener les plus grands désastres, et peut-être la ruine de l'empire. Léon, chargé par le pontife de négocier un rapprochement entre les deux armées, termina heureusement cette négociation difficile , et réconcilia Aétius et Albin, qui réunirent leurs forces contre les barbares.

L'ambassadeur était encore dans les camp^ lorsque Sixte mourut; quoique absent, il fut élu d'un consentement unanime chef de l'Ègiise, et une dépulation vint lui annoncer cette heureuse nouvelle.

Parvenu au souverain pontificat, il s'appliqua d'abord à l'instruction de son troupeau avec une

grande assiduité ; ensuite il envoya l' évêque Potentius en Afrique, pour qu'il lui fit un rapport exact sur la situation des Églises, que l'on disait gouvernées par des personnes indignes de l'épiscopat, et élevées à cette dignité par de sanglantes séditions. Le légat reconnut en effet que la discipline y était entièrement abandonnée, et qu'on y avait donné les ordres sacrés à des laïques, à des bigames et à des hérétiques.

Aussitôt le pape écrivit aux évêques de la Mauritanie césarienne, pour leur recommander de suivre la discipline ecclésiastique, d'aprèsl'esprit des conciles. Dans cette lettre, il appelait bigames les prélats qui avaient épousé des veuves, et les condamnait à la déposition comme ceux qui avaient deux femmes à la fois, ou qui en épousaient une seconde après avoir répudié la première.

Quant à ceux qui de simples laïques s'étaient élevés jusqu'à l'épiscopat, Léon leur permit de conserver leur siège; il confirma également dans leurs dignités Donat de Salicine, qui avait abjuré avec son

peuple l'hérésie des novatiens. et Maxime, donatiste converti, qui avait été ordonné évêque sans même avoir reçu les ordres ; mais il abandonna au jugement des, prélats de la province Aggar et Tibérien, qui avaient été consacrés à la suite de révoltes, se réservant néanmoins la révision du procès et le droit de décision.

Quant aux couvents qui avaient été pillés par les Arabes, et dont les religieuses avaient été violées, saint L>'on jugeait les saintes fdles innocentes ; leur conseillant néanmoins de ne pas se comparer à celles qui avaient encore leur virginité, et les engageant à pleurer toute leur vie sur la perte irréparable qu'elles avaient faite.

Il écrivit ensuite à Rusticus, évêque de Narbonne, pour lui détendre de mettre en pénitence publique un prêtre qui s'était rendu coupable de crimes énormes, ajoutant qu'il était de son devoir de cacher les fautes du clergé, afin d'éviter un scandale qui pouvait déshonorer l'Église.

Dans un décret qu'il rendit au commenceme'jt de l'année 442, le saint-père ordonnait aux simples prèlres de suivre la même loi que les évêques sur la continence, c'est-à-dire qu il leur enjoignait de conserver leurs femmes, sans avoir avec elles de relations intimes. Les diacres refusèrent de se soumettre à l'observation de ce décret étrange; et ce ne fut que plus tard, et en employant de très-grands ménagements, que les pontifes parvinrent à faire accepter en Occident la loi du célibat; ils échouèrent également auprès des Orientaux.

Dans une autre bulle, le pape établit cette proposition captieuse, qu'un clerc peut donner sa fille à un homme vivant en concubinage, sans encourir la censure ecclésiastique, comme s'il la donnait à un homme marié ; parce que, ajoute le saint-père, les concubines ne sont pas des femmes légitimes, et les filles ne commettent point de péché en s'abandonnant à leurs maris. Le dernier article de cette bulle concerne les fidèles qui avaient été prisonniers chez les païens et qui avaient vécu comme eux. Léon permet aux évêques de les purifier par le jeûne et par l'imposition des mains, dans le cas seulement où ils auraient mangé des viandes immolées ; mais il ordonne qu'ils soient soumis aux pénitences publiques, s'ils ont adoré les idoles, commis des homicides ou des adultères.

Pendant l'année 443, Genseric, après avoir ravagé les provinces de l'empire et établi sa domination en Afrique, lit une descente en Sicile, où, à l'instigation de Maximien, chef des ariens, il persécuta cruellement les orthodoxes. Dans le péril où se trouvait l'Église, saint Augustin pensa qu'il était de son devoir d'abandonner son diocèse pour se rendre à Piome et combattre les ariens. Il établit par hasard sa demeure chez un manichéen, dont la secte faisait déjà de grands progrès, et s'augmentait considérablement de tous les Africains qui s'étaient réfugiés en Italie après la ruine de Garthage par le roi des Vandales.

Saint Augustin, trahissant les devoirs de l'hospitalité, découvrit à Léon les lieux de réunion de la nouvelle secte, et prétendit méchamment que les manichéens étaient les auteurs de la corruption qui se glissait dans son troupeau ; alors le saint-père avertit

les fidèles dans ses sermons qu'ils devaient non-seulement se défier de ces dangereux hérétiques, mais encore les dénoncer, et il leur donna les moyens de reconnaître ces sectaires. Il les accusait de jeûner le dimanche en l'honneur du soleil, et le lundi en l'honneur de la lune ; il prétendait aussi qu'ils recevaient la communion sous les seules espèces du pain , regardant le vin comme une production du mauvais principe.

Après les avoir rendus exécrables aux yeux du peuple, le pape Léon ordonna de faire contre eux les plus sévères recherches dans la ville; il défendit leurs assemblées secrètes, fit saisir les livres qui contenaient leur doctrine , et les brûla sur le parvis de la basilique de Saint-Pierre. Ensuite , pour augmenter l'horreur qu'il voulait inspirer contre ces malheureux, il tint un synode composé des évêques voisins, auxquels il adjoignit les principaux membres du clergé , du sénat, de la noblesse et du peuple; et en présence de toute cette assemblée, plusieurs manichéens et un de leurs évêques, séduits par l'argent du pontife, firent une confession publi- ([ue d'abominables impudicités dont ils se reconnaissaient coupables. Mais le témoignage de ces lâches apostats paraîtra toujours suspect aux esprits consciencieux qui veulent juger avec impartialité ; et nous savons, par des exemples récents en religion comme en politicpie, que le zèle ou la crainte des tourments portent les nouveaux convertis à calomnier leurs frères, souvent même aies persécuter.

Le pape n'étant pas encore satisfait, excita les magistrats à l'extermination des manichéens, et se fît soutenir dans ses cruelles poursuites par les lois impériales. Valentinien III fit publier un édit par lequel il confirma et renouvela toutes les ordonnances de ses prédécesseurs contre ces sectaires, les déclarant infâmes, incapables d'exercer aucune charge, de porter les armes de tester, de contracter et de faire aucun acte dans la société civile; défendant à tous les sujets de l'empire de leur donner asile, et ordonnant qu'on les dénonçât pour être punis suivant la rigueur des lois !

Treize siècles plus tard, on produira cet exemple exécrable auprès de Louis XIV, pour autoriser les persécutions contre les protestants !

Plusieurs évêques d'Orient et d'Occident, à l'insligation du pape, s'acharnèrent également contre les manichéens de leurs diocèses. Grâces à ces remèdes violents , Rome fut bientôt purgée de cette hérésie, et Léon put tourner ses armes contre le pélagianisme, que Julien d'Éclane, son ennemi implacable, favorisait dans la Campanie et dans l'Italie ; mais ne voulant pas s'engager dans des discussions théologiques où il craignait d'échouer, malgré l'appui de l'Esprit saint, il lui parut plus certain d'exciter les évêques contre les pélagieus et de faire valoir les cruelles ordonnances des empereurs.

Pendant le cours de la même année, Léon donna une nouvelle preuve de son excessive ambition. Les empereurs, dans le partage de l'Illyrie, avaient enlevé aux, papes la juridiction de primatie qu'ils revendiquaient sur cette province : malgré la défense du souverain , le saint-père établit en Illyrie pour vicaire de son siège, Anastase, évêque de Thessalo-

HISTOIRE DES l'Al'ES

nique. Il est vrai que dans cette circonstance il eut à déployer toutes les ruses de' sa politique , et qu'il fut même obligé d'écrire aux préfets d'Orient des lettres de condescendance pour excuser sa conduite. L'expérience avait appris aux pontifes qu'ils pourraient soumettre plus facilement les évèques d'Occident que les Orientaux, qui savaient défendre leurs droits, réprimer l'insolence des papes, et se maintenir dans la possession de leurs privilèges; et la prudence conseillait à Léon I" de garder envers eux ie grands ménagements.

Quant aux prélats f'-îs Gaules, Léon ne montrai', aucun égard pour leurs décisions, et il leur ordo;inait impérieusement de se soumettre aux volontés de la cour de Rome.

Saint Hilaire et saint Germain d'Auxerre ayant été chargés par le prince de réformer les abus qui s'étaient" introduits dans quelques provinces de -la Gaule, se rendirent à 'Vienne pour recevoir les plaintes du peuple et des nobles, qui accusaient Célidonius, leur évoque, de viols, de meurtres, et enfin d'avoir épousé une femme dont il avait fait assassiner le mari.

LÉON I

I uui 1 Usant deux pai ts de son manteau

Les deux prélats ordonnèrent qu'on réunît les témoins, et assemblèrent plusieurs ecclésiastiqties d'un grand mérite pour examiner cette affaire; l'accusation ayant été prouvée, on jugea suivant les règles de l'Écriture, qui ordonnaient à Gélodinius de renoncer lui-même à l'épiscopat. Le condamné appela à Rome de ce jugement, et lut accueilli favorablement par le pontife. Saint Hilaire , afin d'éviter le scandale, se rendit lui-même en Italie, pour conjurer Léon de maintenir la discipline des Eglises ; il lui représenta avec une grande sagesse qu'il était nécessaire que le saint-siége renonçât à ses prétentions

d'élever aux fonctions ecc/ésiastiques des évêques condamnés dans les Gaules par les sentences des magistrats. « Je suis venu, saint-père, ajouta-t-il, pour vous rendre mes devoirs et non pour plaider ma cause; je vous instruis de ce qui s'est passé, non par forme d'accusation, mais par simple récit; si vous êtes d'un autre sentiment que le mien , je n'insisterai pas davantage , et je poursuivrai auprès du prince la déposition du coupable, r.

Par ambition pour les prérogatives de son siège, le pape non-seulement repoussa la demande de saint Hilaire, mais encore il lui donna des gardes pour le

retenir prisonnier, voulant le contraindre à se justifier devant le concile qu'il avait convoqué. Heureusement le prélat parvint à tromper les espions du saint-père , sortit secrètement de Rome et retourna à son Église. Léon, furieux de voir son prisonnier lui échapper, fit excommunier par son concile l'évèque d'Arles , et rétablit Gélidonius dans tous ses droits. Le synode était, il est vrai, composé de ses esclaves, c'est-à-dire des évèques du voisinage de Rome. Avec de pareilles gens, ajoutent les historiens, le pontife aurait pu faire condamner les apôtres et Jésus-Christ lui-même. L'empereur 'Valentinien III, se prêtant à la vengeance de Léon, eut la faiblesse de donner un rescrit adressé au patrice Aétius, qui commandait les troupes des Gaules, lui ordonnant de renfermer dans une prison , comme traître et séditieux, le saint pasteur de la ville d'Arles.

Cet acte de despotisme lut un coup mortel pour la liberté des Églises de France, et les affaires ecclésiastiques, qui auparavant étaient jugées par les synodes nationaux, furent portées depuis cette époque devant l'évêque de Rome.

Saint Cyrille, l'un des plus fougueux persécuteurs des novatiens, mourut le 9 juin de cette même année, après avoir gouverné trente-deux ans l'Église d'Alexandrie; il avait désigné pour son successeur l'évêque Dioscore.

Malgré la vigilance du pape, l'hérésie des priscillianistes continuait à faire en Espagne et dans les Gaules les progrès les plus surprenants.

Ces sectaires n'étaient eux-mêmes que les* continuateurs des gnostiques, et au rapport de leurs ennemis, ils se subdivisaient en plusieurs fractions distinctes les unes des autres , et ayant chacune des croyances particulières. Ainsi les massiliens n'accordaient aucune efficacité aux sacrements pour chasser les démons, et prétendaient que le seul moyen d'exorciser les fidèles possédés du malin esprit, était de les faire éternuer, afin que les démons fussent expulsés avec la pituite. « Ce qui, affirmaient-ils, les mettait matériellement en possession du Saint- Esprit et leur faisait éprouver dans toutes les parties de leur être la même félicité que l'amour physique faisait éprouver aux femmes. « Les séthiens ou ophites plaçaient le serpent avant le Christ, et l'adoraient comme ayant rendu à l'homme le service de lui faire connaître le bien et le mal ; les adamites prêchaient la communauté des femmes, parce que, suivant eux, la promiscuité était la véritable communion mystique du clirétien; les caïnites honorcfient Caïn comme celui qui avait appris aux hommes à travailler, et ils regardaient le meurtre d'Abel comme une allégorie signifiant que les peuples devaient détruire les oisifs qui étaient à la charge de la société; ils vénéraient la mémoire de Judas, parce que cet apôtre en trahissant le Christ avait sauvé le genre humain de la damnation éternelle. Ils croyaient que chaque péché avait un ange qui présidait à son accomplissement, et ils détestaient les hommes chastes comme des êtres sans force ni énergie; enfin ils invoquaient dans leurs prières les habitants de Sodome,de Gomorrhe, et tous les Hébreux de l'Ancien Testament .qui s'étaient signalés par leurs impiétés.

Malgré leur haine pour les vertus mystiques, par

une contradiction singulière, ils avaient en horreur la matière; ainsi ils défloraient les jeunes filles et honoraient la stérihté : à leurs yeux c'était un si grand crime de procréer des enfants , que les femmes qui devenaient enceintes étaient traitées avec la dernière rigueur. Ils justifiaient leur sévérité par l'exemple de Dieu , qui avait précipité du ciel le prophète Élie sur l'accusation d'un démon femelle qui avait recueilli les pertes nocturnes de ce saint homme pour engendrer à son insu des fils et des filles.

Parmi ces hérétiques , les uns poussaient si loin l'horreur des relations charnelles avec les femmes, que saint Épiphane affirme que les encratites se polluaient eux-mêmes et avalaient la liqueur séminale ; il en cite d'autres qu'il appelle borboriens ou fangeux, qui vivaient «ntre eux dans le libertinage le plus efl'réné. Saint Épiphane accuse encore les adaraiens ou adamites de s'assembler hommes et femmes dans les églises, d'assister aux sermons, de prier et de participer aux sacrements entièrement nus; il dit qu'après avoir terminé leurs repas mystiques, ils se livraient à d'horribles embrassements ; que des lévites recueillaient la liqueur séminale de l'homme et le sang menstruel de la femme, et qu'après les avoir mêlés dans le calice , ils donnaient la communion avec cet affreux breuvage, qui était, suivant eux, la véritable eucharistie , composée avec les éléments de la vie , et représentant réellement le corps et le sang de Jésus-Christ.

Quelque grande que soit la confiance des prêtres dans les assertions des Pères de l'Éghse, ceux d'entre les eccésiastiques qui ont écrit sur cette hérésie n'ont pu s'empêcher de révoquer en doute l'exactitude des relations de saint Épiphane sur les différentes sectes de priscillianistes ou gnostiques; et s'ils ne l'accusent point d'avoir voulu les calomnier pour augmenter le nombre de leurs ennemis, au moins ils lui reprochent de s'être montré trop crédule, en adoptant les fables populaires inventées contre eux par l'ignorance ou par la haine. Saint Irénée et saint Clément d'Alexandrie refusaient eux-mêmes de croire à ces turpitudes, et les accusaient seulement d'une afi'ectation trop grande de pureté et de chasteté.

Les moines, instruments dociles du fanatisme de Léon, après avoir porté devant le préfet Évode des accusations atroces contre le vénérable Priscilhen, demandèrent qu'il fût renjèrmé dans un de leurs cachots et soumis aux plus terribles épreuves.

Le malheureux hérétique fut d'abord attaché avec des cordes et des chaînes; ensuite un prêtre commença l'interrogatoire :

« Abjure tes erreurs, Priscillien, soumets-toi au souverain pontife de Rome. »

Le patient refusant de répondre, les bourreaux firent cracpier ses jambes sous les efforts des chaînes, et plongèrent ses deux pieds dans un brasier ardent.

« Abjure tes erreurs, Priscillien, et glorifie Léon, le Père des fidèles. »

Priscillien , pendant ces horribles souffrances, adressait à Dieu ses prières, et refusait toujours de glorifier le pape.

Alors le moine chargé de l'exécution donna l'ordre aux bourreaux de commencer le supplice : on lui arracha les cheveux et la peau du crâne, on briîla

avec un fer rouge toutes les parties de son corps, on fit tomber sur ses blessures de l'huile bouillante et du plomb fondu ; enfin on plongea dans ses entrailles une fourche rougie au feu, et ce martyr expira après deux heures de souffrances effroyables.

Léon fit ensuite poursuivi-e les débris de la secte et les abandonna à la haine implacable des prêtres. Leur vengeance n'étant point encore satisfaite par la condamnation de PrisciUien, ils abusèrent bientôt de leur crédit et de la faveur de la cour en persécutant les gens de bien; c'était assez pour être suspect de jeûner et d'aimer la retraite, et le plus grand des crimes alors fut d'être sage et honoré. Les citoyens qui avaient déplu au clergé étaient accusés de priscillianisme, surtout quand leur mort pouvait être agréable au prince, ou lorsque leurs richesses devaient remplir les trésors du saint-père.

Saint Martin, évêque de Tours, condamna hautement l'intolérance du pontife, qui, sous le manteau de la religion, cherchait à satisfaire son ambition et son avarice, en sacrifiant le repos des peuples ; dans les premiers temps il refusa même de communiquer avec les évêcjues d'Espagne qui avaient exécuté les ordres de Léon ; mais dans la suite, fatigué de leurs obsessions, il se laissa extorquer un acte de communion avec eux. Il en fut très-affligé pendant le reste de sa vie, et- resta persuadé que cette action avait empêché que la grâce des miracles se fit en sa personne.

Le pape non-seulement osa se glorifier d'avoir ordonné le supplice de PrisciUien, mais encore il écrivit à Maxime pour lui demander son appui, afin d'étendre les massacres sur toutes les provinces de l'empire ; il s'exprimait en ces termes : « Seigneur, la rigueur et la sévérité de votre justice contre cet hérétique et contre ses disciples ont été d'un grand secours à la clémence de l'Église. Nous nousconlentions autrefois de la douceur du jugement que les évêques portaient selon les canons, et nous ne voulions point de san^ glantes exécutions ; aujourd'hui nous avons reconnu qu'il était nécessaire d'être aidé et bien soutenu par les sévères constitutions des empereurs ; car la crainte d'un suppHce rigoureux fait souvent recourir les hérétiques au remède spirituel, qui peut guérir les âmes delà maladie mortelle, par une véritable conversion; nous croyons donc qu'il est utile de tuer.... »

Ce pape impie, s'écartant ainsi des préceptes de tolérance du christianisme, prétendait extirper les hérésjes par les voies les plus violentes.

Bientôt l'affaire d'Eutychès vint donner au monde de nouvelles preuves de la cruauté de Léon, et montrer le spectacle ridicule d'une prétendue hérésie, contre laquelle l'Orient et l'Occident se soulevaient, sans connaître les dogmes qui avaient pu encourir les anathèmes du saint-siége.

Eutychès, prêtre et abbé d'un grand couvent de trois cents moines près de Constantinople, avait écrit au pape pour le prévenir que le nestorianisme reprenait de nouvelles forces par la protection que lui accordait le patriarche Flavien. Léon approuva son zèle, et l'encouragea à poursuivre les hérétiques. Bonus d'Antioche écrivit à son tour à l'empereur Théodose, et accusa Eutychès de renouveler l'hérésie d'Apollinaire, en prétendant que la divinité du fils de Dieu et son humanité n'étaient qu'une seule na-

ture, et en attribuant les souffrances à la divinité. Cette hérésie était fondée sur les conséquences que l'on tirait des termes d'Eutychès, qui ne différaient des opinions orthodoxes que dans la manière de les interpréter. Il reconnaissait en effet deux natures en Jésus-Christ, mais il prétendait mieux expliquer le mystère de l'incarnation en disant qu'il existait une seule nature parce que Jésus-Christ était tout à la fois Dieu et homme. Ceux qui se déclarèrent contre ce sentiment parlaient de deux natures comme si elles étaient séparées, et le prétendu hérésiarque fut condamné et persécuté parce qu'on ne l'entendait pas, ou parce qu'on refusait de le comprendre.

Les prélats orientaux s'assemblèrent en concile à Constantinople pour juger Eutychès, et ils prononcèrent une sentence d'excommunication qui n'inspire pas un grand respect pour les lumières des Pères qui composaient le synode. Celui-ci se voyant injustement condamné, écrivit au pape : « Je vous prie, très-saint Père, de prononcer sur la foi, et de ne point permettre que l'on exécute le décret ordonné contre moi par cabale ; prenez pitié d'un vieillard qui a vécu soixante-dix ans dans la continence, dans les exercices de piété, et qu'on chasse de sa retraite. » L'empereur Théodose, qui favorisait Eutychès, écrivit en même temps au pontife sur les troubles qui agitaient l'Église de Constantinople.

Ces lettres, qui flattaient l'ambition de Léon, alors en dissidence avec Flavien de Constantinople, suffirent pour l'engager à prendre la défense d'Eutychès ; aussi il écrivit à Flavien : « Je m'étonne, mon frère, que vous ne m'ayez rien écrit du scandale qui trouble l'Eglise et que vous n'ayez pas été le premier à m'en instruire; nous avons lu l'exposé de la doctrine d'Eutychès, et nous ne voyons pas pour quel motif vous l'avez séparé de la communion des fidèles; cependant, conime nous désirons apporter de l'impartialité dans nos jugements, nous ne prendrons aucune décision sans connaître parfaitement les raisons alléguées par les deux partis. Envoyez-nous donc une relation de tout ce qui s'est passé, et apprenez-nous quelle nouvelle erreur s'est élevée contre la foi, afin que nous puissions, d'après les volontés de l'empereur, éteindre la division; et nous y parviendrons facilement, puisque le prêtre Eutychès a déclaré que si nous trouvions dans sa doctrine quelque chose de répréhensible, il était prêt à le corriger. »

Quelques jours après la réception des lettres du pape, on tint à Constantinople un nouveau concile pour la révision du premier jugement. L'empereur voulut que le patrice Florentin le représentât dans cette assemblée, pour empêcher que la haine des théologiens n'opprimât l'innocence ; comme il reconnut que ses précautions étaient impuissantes, il transféra le concile à Éphèse.

Le pape et Flavien de Constantinople, qui s'étaient réconciliés, dans l'intérêt de leurs sièges respectifs, craignant de perdre leur influence sur les Pères, employèrent leurs efforts pour engager l'empereur à contreniander ses derniers ordres ; mais toutes leurs démarches furent inutiles. Léon, invité à se rendre à Êphèse, se contenta d'envoyer ses légats, Jules, évêque de Pouzzole, René, prêtre du titre de Saint- Clément, Hilarius, diacre, et Dulcitius, notaire.

Lorsque tous les Pères convoqués par l'empereur furent réunis à Êphèse, on déclara l'ouverture du concile pour le 8 du mois d'août. Dioscore, successeur de saint Cyrille dans le gouvernement de l'Ei^lise d'Alexandrie, fut nommé président de l'assemblée. La sentence de déposilion prononcée contre Eutichès dans le concile de Constantinople fut déclarée nulle par les Pères ; on rétablit le vénérable abbé dans son monastère, et l'on rendit une entière justice à la pureté de sa foi et à la sainteté de ses mœurs. Ses accusateurs, Flavien et Eusèbe, évêque de Dorylée, furent condamnés et déposés, malgré l'opposition d'Hiiarius, diacre de l'Église romaine, qui parlait au nom du pape, et malgré les réclamations de plusieurs évèques qui faisaient paraître un grand rfttachement pour les intérêts de Flavien.

Après le concile, Dioscore prononça même une sentence d'excommunication contre le pape Léon pour le punir de son orgueil et de son despotisme. L'empereur Théodose confirma par un édit le second concile d'Éphèse, et défendit de donner de nouveaux sièges aux évêques qui soutiendraient l'hérésie de Nestorius et de Flavien.

Dans l'intervalle, Léon reçut une lettre des évêques de la province de Vienne , qui lui apprenaient l'élection de Ravennius à l'évêché d'Arles , ce qui montre que l'on n'attendait pas le consentement du saint -père pour consacrer un évêque, et qu'on lui faisait part des élections dans le seul but d'entretenir les liens de l'union fraternelle.

Le pape ignorait toujours ce qui se passait en Orient, d'oii il n'avait pas encore reçu de nouvelles; il écrivit alors à Flavien pour lui témoigner son in- ([uiétude. Quelque temps .après , le diacre Hilarius étant de retour à Rome, instruisit le saint-père des outrages sanglants qui avaient été faits à son siège par le concile d'Ephèse. Léon, transporté de colère, convoqua aussitôt en synode les évêques d'Italie, et à son tour il fit excommunier les Pères d'Éphèse; ensuite il écrivit plusieurs lettres synodales contre Eutychès, et demanda instamment à l'empereur l'autorisation de présider un concile universel.

Après la mort de Théodose, l'impératrice Pulchérie secondant le pontife dans li vengeance qu'il voulait tirer d'Eutychès et de ses amis, ordonna au patriarche Anatolius, qui avait été mis sur le siège de Constantinople pour remplacer Flavien, d'embrasser le parti de Rome, et de mériter l'atïection du pape, s'il voulait conserver son évêclié. Anatolius, intimidé par cette menace, assembla un concile oi!i il invita les légats du pontife pour donner connaissance Je la fameuse lettre de saint Léon à Flavien : les Pères du nouveau concile déclarèrent qu'ils l'approuvaient dans tout son contenu ; ensuite Anatolius prononça anathème contre Nestorius et Eutychès, condamna leur doctrine, et par ce jugement inique mérita d'être reconnu évêque légitime de Constantinople, au grand scandale des fidèles de cette Église.

Les affaires politiques étaient dans un état aussi déplorable que celles de l'Eglise. Le redoutable Attila, roi des Huns , après avoir réduit en cendres la ville d'Aquilée, et ravagé toutes les campagnes qui se trouvaient sur son passage , faisait trembler toute l'Italie, Pavie même et Milan, ces deux grandes vil-

les, n'avaient pu résister à l'effort de ses armes victorieuses, et étaient devenues le théâtre atl'reux de tous les désordres de la guerre.

Ces nouvelles désastreuses causèrent à Rome la plus grande consternation ; le sénat s'assembla pour délibérer si l'empereur quitterait l'Italie, puisqu'il paraissait impossible de défendre la capitale contre le déluge de barbares qui semblaient avoir inondé l'empire. Dans cette extrémité, on résolut d'essayer la voie des négociations, et l'on envoya auprès d'Attila une pompeuse ambassade ayant à sa tète le pape Léon , dont on connaissait l'éloquence persuasive. Le pontife sortit de la ville avec un cortège imposant, pour aller à la rencontre de cet ennemi le^outable; et quand il fut près de la tente d'Attila, V fit entonner les chants solennels de l'Église, et se prosterna humblement devant la majesté du chef barbare; ensuite les conférences commencèrent. Les chroniques racontent que le roi des Huns fut tellement frappé de cet étrange spectacle , qu'il se soumit à tout ce que lui demanda Léon , comme à des ordres venus du ciel; qu'il consentit à la paix et se retira avec ses armées au delà du Danube. Plusieurs historiens ajoutent même que les capitaines huns ayant exjirimé ouvertement leur mépris pour leur prince, qui avait honoré le pape jusqu'à lui obéir comme un esclave, celui ci, pour se justifier, affirma qu'il avait vu en songe un vieillard vénérable tenant une épée nue , dont il menaçait de le tuer s'il ne se conformait aux ordres de Léon.

Ce conte se trouvait autrefois dans le Bréviaire de Paris ; depuis le dix-septième siècle , un de nos plus savants archevêques l'a fait supprimer, ainsi que les fables grossières qu'il renfermait. Le véritable motif de la retraite d'Attila fut le désir de posséder l'or que le pape fit briller à ses yeux ; faute impardonnable pour un conquérant à la tète de troupes victorieuses , et surtout pour un Attila , le fléau de Dieu, l'ennemi du genre humain , dont le regard inspirait la terreur aux plus braves, et dont le nom faisait trembler les nations.

Léon, qui avait désarmé l'invincible roi des Huns, ne put cependant soumettre Anatolius, patriarche de Constantinople, qui, n'ayant plus de ménagement à garder envers lui , voulait étendre sa domination sur l'Église d'Orient, et imitait le pape, qui déjà faisait peser son autorité sur l'Église d'Occident.

Pour humilier l'évêque de Rome , Anatolius favorisait les partisans d'Eutychès, de Dioscore, et repoussait les amis du saint-père; celui-ci s'en plaignit à l'empereur Marcien et à l'impératrice Pulchérie ; mais l'empereur, cjui désirait maintenir la paix dans l'Kglise, lefusa de donner satisfaction à aucun des deux partis , et les contraignit au simulacre d'une réconciliation officielle.

L'année suivante, le pape fut chargé d'une mission importante qui eut un déplorable résultat, et dans laquelle son éloquence ne produisit pas un second miracle.

L'impératrice Eudoxia, après la mort de Valentinien III, avait été forcée d'épouser Maxime, usurpateur du trône et l'assassin de son mari. Gomme 1& princesse se refusait aux désirs de ce monstre, il eut la barbarie d'ordonner à ses soldats de l'attacher

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