‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 43 sur 125 · LEON V · texte numérisé non relu

LEON V

avec des cordes et de lui arracher ses derniers vêtements, afin qu'il put assouvir sa brutale passion. Eudoxia, outrée de cette horrible violence, fit demander secrètement des secours au roi des Vandales contre la tyrannie de Maxime. Genseric saisit ce prétexte, débarqua en Italie, et marcha vers Rome, dont les portes lui furent ouvertes par la trahison. Saint Léon voyant alors son troupeau exposé à la vengeance des ariens, vint se jeter aux pieds du roi des Vandales, et le supplia d'épargner la ville sainte. Toutes ses instances échouèrent devant l'opiniâtreté de Genseric ; Rome fut livrée au pillage pendant quatorze jours; et les habitants eurent sei'lement la

faculté de se retirer, eux et leurs familles, dans trois basiliques qui leur servirent d'asile, et où il n'y eut point de sang répandu.

Le roi retourna ensuite sur ses vaisseaux, qu'il avait chargés de butin, emmenant avec lui l'impératrice Eudoxia et ses deux filles, qu'il ti'aita avec distinction. Ce prince n'était pas aussi cruel que les historiens ecclésiastiques le prétendent, et les défauts qu'ils lui reprochent étaient les conséquimces inévitables de la puissance suprême. Nous trouverons des actions bien plus condamnables dans la vie des monarques dont la mémoire est vénérée dans l'ÉgHse.

Après la mort de l'empereur Marcien, le parti

d'Eulychès fit (le grands efforts en Orient pour obtenir la protection de son successeur, surnommé MaocUa; mais le pontife, qui avait aidé par ses intrigues et ses cabales à le faire monter sur le trône, se servit du crédit qu'il avait à la cour pour réprimer les ennemis de l'Église et maintenir l'autorité du saint-siége.

Léon s'occupa ensuite de régler plusieurs points de discipline au sujet des habitants de la ville d'Aquilée qui avaient été emmenés prisonniers par Attila. Pendant leur captivité, les fidèles avaient mangé des viandes immondes et avaient consenti à recevoir un nouveau baptême; d'autre-, à leur retour, avaient trouvé leurs femmes mariées. Nicétas, évêque d'Aquilée, ayant consulté saint Léon sur ces cas de conscience, le pape répondit par la clécrétale suivante : A l'égard des femmes qui avaient contracté de nouvelles unions, dans l'incertitude de l'e.xistence de leurs maris, il leur ordonne de retourner avec eux, sous peine d'excommunication, et il excuse les seconds maris. Il condamne à la pénitence publique ceux que la crainte ou la faim'avait obligés de man-. ger des viandes immondes, et il engage ceux qui s'étaient fuit rebaptiser, à se réconcilier avec 1 Église par l'imposition des mains de l'évèque. Dans une autre décrétale , Léon défendit aux vierges de recevoir la bénédiction solennelle et le voile avant d'avoir été éprouvées jusqu'à l'âge de quarante ans. On croit même que ce lut à sa sollicitation que l'empereur Majorien fit une loi contre les parents qui forçaient leurs filles à se consacrer à Dieu ; la même loi blâmait sévèrement les veuves qui, n'ayant point d'enfants, renonçaient aux secondes noces par libertinage et non par vertu.

L'Kglise doit au saint-père l'établissement des quatre jeûnes solennels de l'année, savoir : le Carême , la Pentecôte , le jeûne du septième et du dixième mois Les légendes rapportent à cette même époque l'origine des Rogations, fête qui fut célébrée pour la première fois dans le Dauphiné et qui fut ado]iti'c'. dans la suite, par les Églises de tous les pays. Maiiieis, évêque de Vienne, est l'inventeur de cette pratique superstitieuse, qui, suivant les prêtres, a la puissance de fléchir la justice divine, d'arrêter les tremblements de terre, les incendies et les autres fléaux qui désolent les nations.

Les auteurs racontent également une anecdote singulière sur la coutume du baisement des pieds du pape. Une femme d'une beauté remarquable, disentils, avait été admise le jour de Pâques à baiser la main du pontife; lorsqu'elle fut près de Léon, sn Sainteté sentit la révolte de la chair contre l'esprit, et souhaita de posséder la belle pénitente. Mais presque aussitôt le crime commis, le repentir entra dans son âme, et pour se mortifier, il coupa la main qui lui avait causé ces marques de faiblesse. Cette mutilation empêchant le saint -père de célébrer la messe, le peuple fit entendre des murmures; alors Léon adressa de ferventes prières à Dieu pour obtenir la restitution de sa main , ce qui lui fut accordé sous la condition qu'il changerait la coutume de donner ses mains à baiser, et qu'il introduirait pour les pontifes l'usage de présenter leurs pieds à l'adoration des fidèles. Ainsi est raconté dans la légende le miracle de la main sanglante !

Saint Léon tint le siège vingt et un ans, et mourut en 461, le 11 avril, jour fixé pour honorer sa mémoire dans l'Église.

Naissance d'Hilaire. — Aiïaire d'Hermès, évêque de Béziers. — Le pape persécute saint Manier'. — Violence du pontife. Modération de l'évèque. — Hilaire étend sa domination sur la Gaule et sur IKspagne. — Intolérance du pape. — Sa mt — Caractère de son pontificat.

Hilaiie était de Sardaigne et fds de Grisplnus. On ne sait rien de son éducation, ni des actions particulières de sa vie avant son pontificat; l'histoire parle seulement de son arabassade au concile d'Ephèse, où il avait été envoyé par saint Léon pour soutenir les droits de l'évèque de Rome.

Dans le cours de la première année de ce règne, se renouvela l'ancien scandale des appellations à Rome. Un nommé Hermès était parvenu, par ses intrigues, à se faire ordonner évêque de Béziers malgré les habitants, qui ne voulaient pas de lui à cause des crimes de sa vie passée, qui le rendaient indigne de l'épiscopat ; mais le nouveau prélat s' étant adressé à la cour de Rome, le pontife écrivit aussitôt à Léonce d'Arles, pour lui demander un rapport sur les mœurs et sur la conduite d'Hermès, afin qu'il pût interposer son jugement dans cette affaire; ensuite, sans même attendre la réponse de Léonce, il assembla un concile, et confirma Hermès dans son évêché, en lui interdisant néanmoins de consacrer des prêtres.

Saint Mamers, évêque de Vienne, célèbre dans la Gaule par sa piété, acquit une nouvelle gloire par la persécution qu'il éprouva de la part du poutilc ; voici à quelle occasion : Un prêtre ambitieux avait porté des plaintes à Rome contre Mamers, qui, repoussant ses prétentions à l' évêché de Dié, avait donné ce siège à un vieillard vénérable. En cela, il fut approuvé par Léonce d'Arles et par le synode de la province, qui s'empressèrent d'écrire au pape que l'action de saint Mamers était juste et équitable; lîaais Hilaire, voulant augmenter lé pouvoir que son

prédécesseur s'était arrogé dans les Gaules, franchit en cette occasion les bornes de l'équité; il appela l'entreprise de Mamers un attentat impardonnable; il accusa ce saint évêque d'orgueil, de présomption, de prévarication ; il le menaça de lui enlever ses privilèges, s'il persévérait dans le juste exercice de ses droits; et il chargea même l'évèque Véranus de faire exécuter ses ordres, comme délégué du saint-siége.

Mamers repoussa les attaques du pontife avec dignité et modération ; il réfuta les déclamations de ses ennemis, et déclara qu'il maintiendrait les droits de son Église. Le cardinal Baronius lui-même, en parlant de cette dispute scandaleuse, nous dit : « No vous étonnez pas si le pape s'élève avec autant de véhémence contre Mamers, prélat d'une piété exemplaire, car dans les affaires litigieuses tout homme peut être trompé, même lorsqu'il est successeur de saint Pierre; et une semblable querelle s'était déjà élevée sous le règne de saint Léon. »

Deux affaires importantes vinrent dans la même année accroître l'influence du saint-siége sur l'Espagne : Sylvain, prélat de Galahore, avait choisi un |iièlrc de l'Eglise de Tarragone^ et l'avait ordonné évêque malgré l'opposition de sou métropolitain. Les chefs du clergé de la province s'élant rassemblés en concife pour juger le différend, ne purent tomber d'accord, et ils eurent la faiblesse d'écrire au saint- ])ère, à Rome, pour lui demander quelle devait être leur décision.

L'autre affaire regardait Nundinaire, évêque de Barcelone, qui en mourant avait désigné pour son

successeur Irénée, déjà pasteur d'une autre ville, et lui avait laissé tous les Liens qu'il possédait. Les prélats de la province, se conformant à la volonté du défunt, d'après le consentement du clergé, du peuple et des notables, consentirent à la mutation d'Irénée, et l'obligèrent seulement à en demander la confirmation au pontife. Les ecclésiastiques commirent ainsi deux fautes gi-aves, qui les rendaient dépendants du saint-siége, et, par leur imprudence, ils fournirent aux papes les moyens d'agrandir cha(|uc jour leur autorité.

Vers le commencement de l'année 467, le nouvel empereur Anthémius étant venu à Rome prendre possession de l'empire, Hilaire craignit que les hérésies de l'Orient ne s'introduisissent dans 1 Eglise d'Occident par la protection de Plillothée, hérétique macédonien et îavori du prince, qui avait déjà permis à toutes les sectes de tenir des assemblées. Le pape se déclara contre la liberté de conscience, et osa même adresser des reproches à l'empereur devant l'assemblée du peuple, dans l'église de Saint-Pierre; il menaça le monarque de soulever les provinces contre son autorité, s'il ne s'engageait par un serment solennel à chasser tous les hérétiques de ses états.

Quelques temps après avoir ainsi manifesté son esprit d'intolérance, Hilaire mourut dans le mois de septembre 467 , et fut enterré dans la giotte du monastère de Saint-Laurent.

Les historiens affirment que le pontife avait partagé

avec les barbares les richesses provenant du pihage de Rome par Genseric, et que ses trésors lui servirent à acheter la tiare. Lorsqu'il fut devenu pape, il se conforma aux exigences du siècle, et construisit de magnifiques églises, ([u'il enrichit de vases précieux; il fit trois oratoires dans le baptistère de la basilique de Constantin, et dédia le premier à saint Jean Baptiste, le deuxième à saint Jean l'Évangéliste, et le troisième à la sainte croix; ce r'emier était orné d'un Christ colossal en or et orné de pierreries, où se trouvait un morceau de la vraie croix, du poids de vingt livres ; il fit placer dans le baptistère de cette même éghse une cuve do porphyre, trois cerfs d'argent pour verser l'eau, un agneau d'or et une colombe d'airain de Corinthe. Tous les vases nécessaires aux cérémonies s'élevaient à (juatre vingt-quatorze livres dor, et à mille deux cent cinquante-deux livres d'argent Il construisit aussi un oratoire qu'il dédia à saint Etienne, dans le baptistère de Latran, où il plaça deux bibhothèques ou plutôt deux armoires de livres ; enfin il fonda plusieurs monastères auprès de la basilique de Saint Laurent, et donna aux moines qui la desservaient des bains, des maisons, des terres considérables et plusieurs palais.

Le pontificat d'Hilaire n'offre rien de remarquable, si ce n'est la même persévérance dans le plan uniformément suivi par les évoques de Rome, ces ennemis im placables du genre humain, pour écraser la puissance impériale et pour anéantir la liberté des peuples.

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