‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 44 sur 125 · SIMPLICIUS · texte numérisé non relu

SIMPLICIUS

Naissance de Simplicius. — Il s'oppose aux volontés de Léon. — Troubles d'Orient, la couronne. — Le pape l'engage à persécuter les eutychiens. — Jean Talaïa. triarche de Constantinople. — Audace du pape. — Sa mort.

- Zenon est chassé du trône. — 11 reprend Démêlés graves entre Simplicius et le p.i-

Tibur, ville située dans l'ancien Latium et appelée aujouril'hui Tivoli, était la patrie de Simplicius, fils de Castin.

Dès que l'empereur Léon fut informé de l'élection de Simplicius, il lui écrivit pour l'en féliciter, et le pressa en même temps de confirmer le concile de Chalcédoine, qui élevait le siège de Constantinople au second rang de la dignité épiscopale : Simplicius s'opposa avec obstination aux volontés du prince.

Après la mort de Léon , son successeur Zenon monta sur le trône; mais bientôt l'usurpateur Basiliscus, étant parvenu à faire révolter les troupes, chassa le nouveau monarque et s'empara de l'empire d'Orient. Son premier soin fut de rétablir les prélats eutychiens que Léon, à l'instigation du pape, avait persécutés avec une grande rigueur, emprisonnant les uns, exilant les autres, et confisquant tous leurs biens.

Acace, patriarche de Constantinople, seul parmi les évoques refusa de se soumettre aux ordres du tyran, et fit appuyer sa résistance par le peuple et par les pnMri's. I^e saint-père approuva d'abord la conduite du gi'iiéreux Acace; ensuite, les moines lui ayant donné avis du retour de Timothée Elure, qui cherchait à exciter des séditions pour se faire rétablir sur le siège d'Alexandrie, Simplicius eut la Ikcheté d'écrire au patriarche qu'il l'autorisait à imiter l'exemple de son légat, et à se joindre aux prêtres et aux moines, pour se rallier autour du trône de Basi-"

liscus, si le prince consentait à exclure Timothée du siège d'Alexandrie.

Sa Sainteté accusait ce prélat de partager l'hérésie d'un moine africain qui, après s'être livré à de profondes et minutieuses recherches sur l'authenticité de de la venue du Fils de Dieu sur la terre, était arrivé à cette remarquable conclusion : « Jésus n'a pas existé. » A l'appui de son opinion, ce religieux in voquait le silence de Philon, célèbre docteur juif qui écrivait à l'époque où l'on place la mission du Christ; il prouvait que dans les ouvrages de Flavius Joseph, qui fiorissait au milieu du premier siècle de notre ère, le passage où il est question de Jésus renfermi des interpolations grossières qui n'existaient pas di temps d'Origène, c'est-à-dire en 253, puisque ce Père témoigne dans ses ouvrages une grande surprise de l'oubli absolu que Joseph avait fait de Jésus. Il faisait également ressortir l'invraisemblance de la condamnation du Fils de Dieu, que l'Évangile prétend avoir été jugé par Anne, par Caïphe, par Pdattî, ensuite par Hérode, ([ui n'avait aucune autorité judiciaire en Judée, et en dernier lieu condamné par Caïphe et supplicié ; le tout dans l'intervalle de six heures. Le docte moine soutenait qu'en admettant même l'authenticité du passage de Flavius Joseph, on ne pouvait en tirer la conséquence de la divinité de Jésus, « car, disait-il, cet historien parle de la révolte du peuple juif contre Pilate, de la résistance

courageuse des chefs des insurgés, de leur constance au milieu des supplices ; il énumère longuement les noms et qualités de Simon et de Jude, proclames rois pendant la révolte, de Judas le Galiléen et du pharisien Sadduc, fondateurs et chefs des patriotes zélateurs; de Jacques, de Manahem, du thaumartuge Jonathas, de Simon le magicien et de Simon Barjone; tandis qu'au contraire il ne consacre qu'un petit nombre de lignes pour raconter qu'un prolétaire nommé Jésus avait annoncé la destruction du temple et le sac de la ville de Jérusalem ; et il ne parle point de sa doctrine, de ses disciples, de ses miracles, de sa mort, ni de sa résurrection. » Lé moine africain objectait en outre que Juste Tibériade, contemporain de Flavius et des prétendus disciples du Christ^ n'avait jamais fait mention ni du Sauveur ni de ses apôtres dans son Histoire des Juifs.

La lettre du saint Père contre Timothée Elure et son protégé agit puissamment sur l'esprit d'Acace, qui commença aussitôt des poursuites contre ces hérétiques.

Zenon, profitant des désordres que les orthodoxes et les eutychiens fomentaient dans les provinces de l'empire, revint à Gonstantinople à la tète d'une armée, chassa à son tour l'usurpateur et monta sur le trône. Acace s'empressa d'envoyer au saint-père la relation des événements de cette contre-révolution, et de tout ce que les hérétiques avaient tenté pour ressaisir leur influence ; il lui demandait en même temps un plan de conduite. Simplicius, changeant d'opinion avec une versatilité étonnante, répondit que ce n'était plus de Basiliscus, mais de Zenon, après Dieu, qu'il fallait attendre du secours pour l'Éghse ; et il l'engagea à supplier le prince de publier une ordon-

nance pour exiler les évêques que Timothée Elure avait ordonnés. L'empereur craignant d'exciter la colère de l'évêque de Rome, qu'U avait besoin de ménager pour se maintenir sur le trône, accéda à ses désirs, et persécuta les eutychiens avec la plus grande violence.

Le siège d'Alexandrie étant devenu vacant par la mort de Timothée, les prêtres nommèrent pour son successeur Jean Talaïa, sans même attendre la permission de l'empereur. Zenon, irrité de leur audace, chassa le nouveau prélat, qui pour s'en venger en appela au pape. Mais déjà l'influence formidable de Rome Commençait à diminuer en Orient, et le saintpère ayant voulu réprimander à ce sujet le patriarche de Gonstantinople, il lui fut répondu simplement que les Orientaux ne reconnaissaient point Jean Talaïa pjur évêque d'Alexandrie, par ce que la chose leur convenait ainsi.

Les affaires d'Orient donnaient au pontife de grandes occupations ; cependant il ne négligeait pas celles de l'Occident, comme il parut par les réprimandes qu'il adi'essa à Jean, métropolitain de Ravenne, qui avait consacré Grégoire évêque d'une Église sans son consentement; de son autorité privée, il transféra le nouveau prélat dans le diocèse de Modène, et l'afiranchit de la dépendance de l'archevêque ; il écrivit aux fidèles du diocèse pour leur enjoindre d'obéir à son protégé sous menaces d'excommunication.

Cette audace apostolicpie donnait de vives inquiétudes à Jean de Ravenne et au patriarche Acace, qui craignaient de soulever de nouveaux désordres dans l'Eglise ; bientôt toutes leurs craintes cessèrent par la mort du pontife, qui eut lieu au commencement de l'année 483.

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