ANASTASE II
Le baptême de Clovis
sieurs milliers de cierges parfumés, et le baptistère, rempli d'arômes, exhalait les plus suaves odeurs; de jeunes vierges et de beaux adolescents, couronnés de fleurs, portaient les Évangiles, la croix et les bannières, pendant que le prélat, tenant Clovis par la main, entrait dans le sanctuaire suivi de la reine Clotilde et des chefs de l'armée franque. Au moment oij saint Rémi versa l'eau sacrée sur le nouveau chrétien, il prononça ces paroles : « Courbe la tête, fier Sicambre; désormais tu adoreras ce que tu livrais aux flammes, et lu brûleras ce que tu adorais. » A l'imitation des Juifs , l'évêque oignit le front de
Clovis d'une huile odorante qu'on a prétendu avoir été apportée par une colombe blanche. Cette pieuse fourberie du saint clnème est due au célèbre Hincmar de Reims ; il exposa le premier à l'adoration des fidèles la sainte ampoule, qui n'était autre qu'un lacrymatoire que l'on trouve fréquemment sur les tombeaux romains, et qui paraissait avoir contenu le baume dont ils se servaient dans les cérémonies expiatoires pour arroser les cendres des morts. Avec Clovis furent baptisés trois mille de ses guerriers et ses sœurs Alboflède et Laudechilde.
Après la cérémonie, le chef des Franks donna à
l'évèque de Reims plusieurs domaines situés dans les provinces de la Gaule qu'il venait de conquérir. De cet accord du roi l'rank et du prélat, il résulta que les cités armoricaines consentirent à se soumettre à l'autorité du nouveau chrétien, et accrurent tellement sa force qu'il se trouva en état de combattre les Bourguignons et les Visigoths.
Cette conversion ressemblait, pour les circonstances et les raisons po'itiques, à celle de Constantin; aussi le saint-père s'empressa-t-il d'écrire à Clovis pour le féliciter de la grâce que Dieu lui avait accordée en l'éclairant des lumières de la foi.
Les négociations du patrice Faustus étant terminées à Constantinople , les légats s'engagèrent au nom du pape à souscrire à l'Hénoticon de Zenon, et reçurent de l'empereur d'Orient la promesse de la réunion des deux sièges. Mais à leur retour à Rome, ils apprirent qu'Anastase était mort depuis le mois de mars 498 , après avoir tenu le saint-siége un an et quelques mois.
Plusieurs historiens sacrés affirment que Dieu le fit mourir subitement pour le punir d'avoir reçu Photius à sa communion; d'autres prétendent que sa mort fut honteuse , et qu'il rendit ses entrailles pendant qu'il obéissait aux lois de la nature. Dans tous les cas, nous re|)oussons les sentiments des ultramontains qui regardent la fin de ce pontife comme un châtiment de la justice divine, car iJ est plus probable qu'il fut einpui-diiin' par les prêtres dont il réprimait la fougue intuNiaule. Si Anastase eût encore vécu quelques années, il eût réparé le mal que ses prédécesseurs avaient fait à l'Eglise par une rigueur excessive. Le pontife aimait la paix, dirigeait les aft'aires avec un zèle éclairé, et ses lettres sont remplies de pensées morales et d'applications judicieuses des passages de l'Écriture. Il fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre.
Après sa mort, la discorde prit sa place sur le siège de Rome , et les luttes recommencèrent entre les fidèles.