SYMMAQUE
Ambition du clergé. — Symmaque et Laurent sont élus papes. — Violentes séditions excitées dans Rome. — Jugement du roi Théodoric. — Le pape est accusé de crimes horrihles. — Les vierges sacrées sont violées et égorgées. — Concile tenu à Home pour e.\aiuiner leb u^cusiitions intentées contre .Sjinraaque. — Prétentions élevées par Syifimaqiie — Il se présente au conçue accompagné d'un cortège redoutable de partisans.. — Il est absous sans examen. — Les sénateurs Festus et l'robin font un appel au peuple contre le jugeaient. — Le pape assemble un nouveau concile et se fait adresser les louanges les plus servilei par lediacre Ennodius. —Démêlés enire Symmaque et l'empereur Anastase. —11 élève la dignité de l'tvèque au-dessus de celle de l'empereur. — Présents de Clovis à l'égliïe de saint Pierre. — Conseils aii.x rois — État de l'église d'Orient. — La haine des dévols est implacable. — Les Orientaux implorent le secours du pape. — Symmaque les repousse avec dureté. — Moit de Symmaque. — Son caractère.
L'affreuse confusion des affaires politiques et les calamités publiques n'arrêtèrent point l'ambition du clergé, tant cette passion est ardente chez les gens d'église !
Déjà les prêtres ne pouvaient parvenir au souverain pontificat que par les brigues, par l'audace ou par l'argent! Pour s'emparer de la tiare, ils taisaient périr les pontifes régnants, ou les empoisonnaient eux-mêmes, quand ils étaient attachés à leur personne ! Enfin, pour arriver à leur but , ils ne craignaient point d'employer les fourberies, les embûches, les trahisons et le parjure !
Après Anastase, éclata un schisme dont l'auteur était le patrice Festus; ce généreu.x citoyen , qui était animé de l'esprit du bien public, voulut rétaljlir la paix entre les Églises d'Orient et d'Occident, et fit élire évêque de Rome l'arehiprêtre Laurent, qui s'était engagé à souscrire à l'Hénoticon de Zi'non; malheureusement la plus grande partie du clergé se déclara contre son protégé, et choisit le diacre Symmaque, fils de Fortunat, né en Sardaigne.
Tous deux furent ordonnés papes le même jour : Symmaque dans la basilique de Gonstantinople, Laurent dans celle de Sainte-Marie; le sénat et le peuple prirent parti selon leuts caprices ou leurs intérêts , et il en résulta une violente sédition , pendant
laquelle on exerça dans Rome toutes les horreurs d'une guerre civile et religieuse.
Pour met tre fin au schisme , les citoyens notables obligèrent les deux concurrents à se rendre à Ravenne pour subir le jugement du roi Théodoric.
Le jirince décida que le saint siège devait appartenir à celui qui avait été ordonné le premier, et après les informations, il se trouva que le jugement élevait Symmaque au pontificat et donnait l'exclusion à Laurent. Les premiers soins du nouveau pape furent de remédier aux maux de l'Eglise; il assembla un concile de soixante-douze évêques, qui tinrent leur première séance le premier jour de mars de l'année 49y , et il leur proposa de chercher les moyens de prévenir les brigues des évèques et les
tumulte
pop
ulaires qui avaient lieu lors de l'ordi-
nation des pontifes.
.\près les acclamations plusieurs fois répétées, il lit lire par le notaire Émilien les décrets rendus par les Pères. Le premier était ainsi conçu : « Si quelque prêtre, diacre ou clerc, du vivant du pape, et sans sa participation, ose donner sa souscription, promettre son suffrage par billet ou par serment, ou délibérer sur ce sujet dans des assemblées, qu'il soit déposé ou excommunié! » — Le second : « Si le pape meurt subitement, sans avoir pourvu à l'é-
ieclion de son successeur, celui qui aura les suffrages de tout le clergé, ou du plus grand nombre, sera seul légitimement consacré évèque. » — Le troisième : « Si quelqu'un découvre les brigues que nous venons de condamner et les prouve, non-seulement il sera absous s'il est complice, mais encore récompensé magnifiquement ! »
Le concile témoigna son consentement par de nouvelles acclamations ; le pape et soixante-douze évèques souscrivirent ainsi que soixante-sept prêtres, dont le premier était Celius Laurent, arcliiprètre du titre de Sainte-Praxède, le même qui avait été élu antipape, et ([ui dans la suite obtint l'évêché de Nocéra.
Mais les amis du schismatique Laurent, les sénateurs Festus et Probin, refusèrent de reconnaître le nouveau pontife, l'accusant de crimes horribles et ofl'rant d'envoyer des témoins à Ravenne, au roi Théodoric.
Les désordres continuaient toujours à Rome ; on pdlait les maisons; on tuait les citoyens, sous prétexte de religion et pour faire triompher la cause de l'Église; enfin les vierges sacrées elles-mêmes étaient violées et égorgées !
A la faveur de cette confusion, Laurent fut rappelé dans la ville; et sa présence augmentant la fureur des deux partis, on fut encore obligé d'avoir recours au roi Théodoric. Festus et Probin supplièrent le prince d'envoyer auprès d'eux un évêque visiteur, comme si le saint-siége eiit été vacant.
Théodoric chargea Pierre , évêque d'Altino , de cette importante mission, avec ordre, quand il serait à Rome, de se rendre d'abord à la basilique de Samt-Pierre , pour saluer le pape Symmaque-, et pour lui demander les accusateurs produits contre lui , afin qu'ils fussent interrogés par les prélats , mais sans être appliqués à la question. L'évêque d'Altino n'observa point ses instructions, il refusa de voir le pontife et se joignit aux schismatiques ; les catholiques , indignés de la conduite de l'évêque visiteur, voulurent chasser Pierre de la ville , regardant sa nomination comme une violation des canons de l'Église.
Alors le prince, obligé de venir lui-même à Rome pour rétabhr la tranquillité , ordonna la convocation d'un concile afin d'examiner les accusations intentées contre Symmaque.
D'après ses ordres, les évêques des divei-ses provinces de l'empire se rendirent dans la capitale de l'Italie. Mais quelques-uns, excités par Symmaque, osèrent adresser des remontrances au monarque; ils l'accusèrent d'avoir troublé l'ordre de la discipline ecclésiastique en faisant assembler les évèques; ils lui représentèrent que le pape seul avait le pouvoir de convoquer les conciles , par sa primauté de juridiction, transmise par saint Pierre et reconnue par l'autorité des Pères de l'Église ; enfin qu'il était sans exemple qu'un pontife eût été soumis au jugement de ses inférieurs!...
Déjà la tyrannie du clergé pesait sur les peuples et sur les rois ; et Théodoric, par sa faiblesse, rendit plus formidable encore la puissance des évêques de Rome.
Les évêques d'Ralie, assemblés en concile dans
la basilique de Jules, s'abstinrent de visiter Symmaque trop ouvertement, pour ne pas se rendre suspects ; mais ils firent toujours mention de lui dans leurs prières publiques, pour montrer qu'ils étaient en sa communion. Le pape demanda aux Pères que l'on fit retirer l'évêque visiteur, appelé, contre les règlements, par une partie du clergé et par les notables, et qu'on lui restituât tous les trésors qu'il avait perdus. Théodoric repoussa ses demandes, ordonnant que Symmaque réponJrail avant tout à ses accusateurs, et il fit transfir-r le concile dans la basilique du palais de Sessorius.
Plusieurs prélats, dans l'intérêt de la justice, proposèrent de recevoir le libelle des accusateurs; mais leur opinion fut rejelée comme attentatoire à la dignité du saint-siége, et sous prétexte qu'il s'y trouvait deux défauts essentiels. Symmaque, rassuré sur les dispositions des prélats qu'il avait gagnés à sa cause par des promesses ou par de l'argent, se rendit au concile, suivi d'une foule nombreuse de ses partisans. Alors les ennemis du pape, désespérant d'obtenir un jugement équitable, et rendus furieux par son attitude audacieuse, attaquèrent le cortège, lancèrent une grêle de pierres sur les prêtres qui l'accompagnaient, et les auraient massacrés si le tumulte n'eût été arrêté par les troupes du roi, qui chargèrent les rebelles. Les partisans de Symmaque, usant à leur tour de représailles, se répandirent dans la ville, forcèrent les portes des couvents, massacrèrent les prêtres et les moines, arrachèrent de leurs retraites les vierges sacrées, les promenèrent dans les rues, dépouillées de leurs vêtements, entièrement nues, et les frappant de verges.
Le saint-père fut ensuite cité quatre fois à comparaître devant le concile ; mais il s'en excusa sur les dangers auxquels il s'exposerait en quittant l'église de Saint-Pierre, où il s'était réfugié ; et les Pères déclarèrent qu'ils ne pouvaient condamner un absent, ni juger comme contumace un homme qui avait voulu se présenter devant leur tribunal.
Ainsi fut déclaré innocent de l'accusation d'adultère ce pape qui avait osé se rendre dans le concile avec un cortège redoutable, composé de séditieux qui avaient déjà commis tant de violences et tant de meurtres. Cet exécrable jugement, rendu par des prêtres orgueilleux de leur puissance, était conçu en ces termes : « Nous déclarons Symmaque déchargé des accusations intentées contre lui, laissant le tout au jugement de Dieu.
<; Nous ordonnons qu'il administrera les divins mystères dans toutes les éghses qui dépendent de son siège, et nous lui rendons, en vertu des ordres du prince, qui nous en donne le pouvoir, tout ce qui appartient à l'É^'Hse, au dedans et au dehors de Rome. Nous exhortons tous les fidèles à recevoir de lui la sainte communion, sous peine d'en rendre compte au jugement de Dieu.
« Quant aux clercs qui ont fait schisme, en donnant satisfaction au pape ils obtiendront le pardon, et seront rétabhs dans leurs fonctions; mais, après ce jugement, ceux qui oseront célébrer des messes dans quelques-unes des églises romaines sans le consentement de Symmaque, seront punis comme schismatiques! >-