‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 53 sur 125 · FÉLIX IV · texte numérisé non relu

FÉLIX IV

Vé/^

I Ipction de Félix par le roi Théodoric. — Mauvaise foi de Fleury dans son Histoire ecclésiastique. — L'élection des évèques de Rome appartenait au peuple. — Corruption du clergé. — Condamnation des semi-pélagiens. — Rigueurs du papu contre un moine. — Miracle ridicule attribué au saint-père. — Réflexions sur les miracles rapportés dans les légendes. — Mort de Féli.x.

Félix, quatrième du nom, fut élevé sur le saintsiége par l'autorité du roi Théodoric ; il était Samnite de nation, et fds de Castorius. Les auteurs anciens et modernes qui ont parlé de cette élection, laissent supposer que l'ambition des prêtres avait excité des brigues et des désordres parmi le clergé pour donner un successeur à Jean, et que Théodoric interposa son autorité pour maintenir la paix dans Rome C'est du moins ce que confirme une lettre du roi Athalaric, dans laquelle ce prince exhorte le sénat à se mettre sous la conduite du pape que son prédécesseur avait choisi, et à faire ceeser toutes les querelles.

Fleury a cité cette lettre d'Athalaric en dissimulant les faits qu'elle contient ; et, dans son amour pour le siège de Rome, il a préféré flétrir sa réputation d'historien et encourir la léputation d'un faussaire, plulôt que d'avouer la vérité.

Il est ]jrouvé, par les témoignages les plus authentiques, qu'à cette époque l'élection des évèques était encore un droit du peuple, et que pour jouir de leurs dignités les pontifes devaient être confirmés par le prince. Le judicieux Fra-Paolo le fait remarquer lui-même dans son excellent traité des matières bénéficiales, que des critiques attribuent au Père Fulgence, son compagnon.

L'histoire ne nous apprend rien des actions de Félix IV; seulement Cassiodore dit i|ue l'empereur Valentinien II avait autrefois publié une loi qui

soumettait le pape au jugement des magistrats séculiers pour de certaines causes, et que cette loi, avihssante pour le saint-siége, fut révoquée par le roi Athalaric, à la prière de Féhx IV. Ce prince publia ensuite un édit pour exhorter les ecclésiastiques à réformer leurs mœurs, et pour arrêter les déôordements d'une affreuse corruption qui s'était introduite dans le clergé de Rome.

La secte des semi-pélagiens continuait à faire des progrès et s'était répandue jusque dans les Gaules ; les évèques du pays assemblèrent alors un concile à Orange pour condamner l'hérésie, et envoyèrent leurs décrets pour être soumis à l'approbation du saint-père. Mais la lettre synodale du concile d'Orange ne parvint en Italie qu'après la mort de Félix ; et Boniface, son successeur, souscrivit sans observation à la sentence prononcée contre les péiagiens.

Dans la même année, un moine appelé Équice, prétendant avoir reçu du ciel le pouvoir d'exercer les fonctions pastorales, parcourait les villes et les campagnes, dédiait solennellement les églises, consacrait des prêtres, donnait la confirmation et se faisait adorer par les fidèles. Son audace excita l'indignation des clercs de l'Église romaine, qui dirent à Félix : « Très-saint-père , un moine se donne l'autorité de prêcher, et s'attribue vos fonctions, tout ignorant qu'il est !... Nous vous supplions de le faire arrêter, , afin qu'il connaisse la rigueur de la discipline!... » Le pape ordonna à

Julien, alors défenseur de l'Église romaine, et depuis évoque de Sabine, de s'emparer du coupable et de lui faire subir les plus cruelles tortures. Pendant k nuit les ordres furent changés; et Julien en ayant demandé la cause, il lui fut répondu que le pontife avait été épouvanté par une vision, et qu'un ange lui avait défendu de persécuter le serviteur de Dieu.

11 n'est pas étonnant que le pape Grégoire le Grand, dont tous les écrits sont remplis de prodiges, ait adopté cette fable ; mais nous devons être étonné que Fleury lait rapportée comme une histoire véritable. Ces sortes de miracles ne devraient trouver place que dans les légendes; ou du moins on devrait avertir les fidèles que ces contes pieux ne peuvent servir qu'à répandre le ridicule sur la religion citholique, bien loin de relever sa majesté et de fournir une preuve de sa divinité.

Félix mourut le 12 octobre 529, après trois années de pontificat. Parmi les monuments les plus remarquables qui furent élevés sous son règne, on cite la basilique de Saint-Gosme et Saint-Damien, et celle de Saint-Saturnin, qui avait été entièrement dévorée par les flammes et qu'il fit reconstruire.

Sous ce pontificat, saint Benoît, ce célèbre fondateur d'un grand nombre d'ordres religieux en Occident, publia sa règle monastique, qui repose sur ce principe : « Ceux-là sont véritablement chrétiens qui vivent du fruit de leur travail. « Tous les articles de ses admirables règlements tendent à former des

agrégations d'hommes laborieux, auxquels le pieux abbé impose l'obligation d'employer leur activité et leur intelligence à des travaux utiles ou productifs. Benoît était issu d'une famille illustre de Noscia, ville du duché de Spolette. Il avait fait ses études à Rome, et s'était distingué par ses progrès rapides dans les sciences et dans les lettres. Malgré la brillante carrière que pouvaient lui ouvrir dans le monde son nom et sa fortune, il abandonna, à làge de dLxsept ans, parents, amis, patrie, pour se retirer dans une caverne, au milieu du désert de Subiaco, à quarante milles de la ville sainte. Après avoir passé trois ans dans la prière et dans la méditation, il s'associa quelques pèlerins qui, attirés par sa réputation de sainteté, étaient venus le visiter, et bâtit des cellules pour les loger. Sa petite troupe s'auf:mentant tous les jours, les populations païennes les plus voisines en prirent ombrage et l'obligèrent à se retirer au Mont-Gassin, où il rencontra d'autres idolâtres. Saint Benoît les convertit par ses prédications éloquentes, et transforma leur temple, qui était consacré à Apollon, en une basilique chrétienne dédiée au vrai Dieu. Près de la nouvelle église il construisit ensuite un immense monastère qu'il gouverna pendant quatorze années. Après lui, ses compagnons, héritiers de sa pensée, continuèrent à défricher les landes, à dessécher les marais et à copier les anciens manuscrits, ces trésors que l'antiquité avait létrués aux âges futurs.

BONIFAGE II

Ambition du clergé. — Election de Bonifacc. — Schisme de Dioscore. — Anatlième contre l'antipape api niface extorque la signature du clergé. — Les deux papes sont accusés de simonie. — Boniface viole les c coupable de lèse-majesté. — Etienne de Larisse. — Mort du pape.

Après la mort de Félix, les brigues se renouvelé rent pour lui donner un successeur. A cette époque, l'ambition des prêtres était poussée aux dernières limites ; la liberté commençait à êtie bannie des lections, et tous ceux qui avaient des richesses ou le puissants amis pouvaient seuls aspirer aux honleurs de l'épiscopat.

Boniface II, Romain de naissance, fils de Sigisult, de la race des Goths, fut élu pour succéder à Ipélix IV, et ordonné dans la basilique de Jules; nais un autre parti choisit le diacre Dioscore, qui ut ordonné dans l'éghse de Constantin. Le schisme lura vingt-neuf jours, c'est-à-dire jusc[ua la mort le Dioscore, que nous croyons être le même qui fut nvoyé en ambassade à Constantinople par Hormisas. Boniface, tranquille possesseur du saint-siége, oursuivit sa vengeance contre son compétiteur, et 3 fit anathématiser même après sa mort ; la bulle 'excommunication fut signée par le clergé, et dépo- 86 dans les archives de l'Église, comme un monulent éternel de sa vigueur apostolique. Le pontife ccusait Dioscore de simonie ; et il paraît, d'après a rescrit du roi Athaiaric, que son accusation était pndée; mais Bonifece, le nouveau pontife, s'était ndu coupable du même crime, suivant les rapports Anastase le bibliothécaire.

Ensuite le pape, ayant assemblé un concile dans la basilique de Saint-Pierre, fit rendre un décret qui lui donnait le pouvoir de désigner son successeur, et il obligea lesévêques, par écrit et par serment, à reconnaître en cette qualité le diacre Vigile. Peu de temps après on tint un autre concile, et le décret fut cassé comme contraire aux canons et à la dignité du saintsiége. Le pontife se reconnut coupable de lèse-majesté, usurpateur des droits du souverain, et il jeta sa bulle dans les flammes, en présence des évêques et du clergé. Les pontifes, à cette époque, n'ava'enl pas encore mis en avant leur prétendue infaillibilité!

La même année, après le consulat de Lampade et d'Oreste, Etienne, évêque de Larisse, adressa des plaintes au pape sur une nouvelle hérésie dont le nom n'est point parvenu jusqu'à nous, A. cette occasion on tint à Rome un troisième concile, où Théodose, évoque d'Echnice en Tliessalie, présenta la requête d'Etienne. On ignore absolument quelles questions furent discutées dans le concile, et quelle fut la décision des Pères.

Boniface mourut vers la fin de l'année 531; ce pape s'était montré, pendant son règne, très-religieux observateur du culte des anges, et avait lait bâtir une église magnifique en l'honneur de l'archange saint Michel.

Avarice des prêtres. — Election de Jean Mercure. — Plaintes contre les élections simoiiiaques. —Décret du rji Atlialaiic, gravé sur des tables de marbre. — État de l'Église d'Orient. — Justinien envoie de riches présents au papa. — Jean condamne les acémèles. — Il approuve la doctrine anathématisée par Hormisdas. — Il déclare a qu'une des trois personnes de la Trinité a été crucifiée. » — Contradiction des jugements du saint-siège. — Contumeliosus. — Mort de Jean Mercure.

Ile.xistait si peu de bonne foi et de i-éritable religion dans le clergé de Rome, que pour parvenir au pontilicat les prêtres distribuaient tous leurs trésors en argent; d'autres engageaient leurs palais; quelques uns, moins scrupuleux encore, faisaient des promesses sur les biens de l'Église. Enfin le saint- siège se trouvant à l'encan, Jean II, surnommé Alercure à cause de son éloquence, paya des sommes énormes à ses compétiteurs, distribua les bénéfices et les trésors de l'Eglise par anticipation, et obtint la tiare pontificale.

La corruption était parvenue à un si haut degré, que les sénateurs vendaient publiquement leurs suffrages ; et pour ne point profaner la Divinité, nous dirons que le Saint-Esprit ne dirigeait pas l'élection des papes de cette époque : car Dieu ne pouvait présider des assemblées où la chaire de saint Pierre était adjugée au plus fourbe, au plus infâme, au plus offrant et dernier enchérisseur.

Jean II fut ordonné le 22 janvier b32 ; il était né à Rome, et son père se nommait Projectus. Peu de temps après son intronisation, un défenseur de l'Eglise écrivit au roi Athalaric, que pendant la vacance du saint-siége les partisans du pontife avaient vendu leurs suffrages pour l'élection, et lui avaient extorqué des promess3s sur les bénéfices, sur les évêchés, sur les biens de l'Église ; enfin, que pour satisfaire à S's engagements , Jean .Mercure avait exposé publiquement en vente jusqu'aux vases sacrés.

Afin de remédier à ces abus, le roi écrivit au

pape, à tous les patriarches et aux Églises métropolitaines, qu'il voulait qu'on observât un décret du sénat rendu sous le règne de Roniface, et conçu en ces termes : « (Jeux qui auront promis des maisons, des terres ou de l'al-gent, pour obtenir un évêchè, seront déclarés sacrilèges et simoniaques, leurs engagements annulés, et nous ordonnons la restitution de ce qu'ils auront déjà enlevé à l'Eghse. Il est permis cependant aux officiers de notre palais de prendre jusqu'à trois miUe sous d'or pour l'ex tion des lettres, lorsqu'il s'élèvera un différend dans les élections du pape; mais les officiers riches pourront rien accepter, parce que ces largesses sont prises sur le patrimoine des pauvres.

« Dans les élections des patriarches (nom qui était consacré pour les évêques des grandes villes) pourra prendre jusqu'à deux mille sous; et pour les, simples évêques, on distribuera au peuple jusqu'à cinq cents sous d'or. »

Le roi ordonnait ensuite au préfet de Rome de faire graver cet édit sur des tables de marbre et de les placer à l'entrée du parvis de Saint-Pierre.

Platine affirme que Jean II condamna Anthime, patriarche de Constantinople, qui était tombé dans i'arianisme. De son côté, l'empereur Justinien poursuivait avec une grande rigueur les hérétiques d l'Orient, dont il avait juré la conversion.

Le prince envoya à Rome, Hypace, archevèqui d'Ephèse, et Démétrius, évèque de Philippes, afin d(

JEAN II

consulter le pape sur les propositions émises par Cyrus et Eutoge, députés du monastère des acémètes. Dans la lettre qu'il écrivit au taint-père, il lui témoigne un grand respect, et lui fait savoir que les moines repoussent le dogme « que Jésus-Christ, fils unique de Dieu, né de Marie, est une des personnes de la Trinité. » Justinien priait le pontife de lui adresser une bulle déclarant qu'il recevait à sa communion tous ceux qui partageaient son sentiment, et qu'il condamnait ceux qui ne s'y conformaient pas. Pour donner plus de poids à sa demande, l'empereur envoyait de riches présents destinés à l'église Saint -Pierre; un vase d'or, du poids de cinq li-

3S, enrichi de pierreries; deux cahces d'argent, de six livres chacun; deux autres de quinze livres, et quatre voiles en tissu d'or. Cette libérahté disposa favorablement le clergé de Rome pour Justinien, et le pape condamna les acémètes, sans vouloir même écouter leurs plaintes.

D'après le Père Louis Doucin, la mauvaise foi des moines fut la seule cause de leur condamnation ; Jean, indigné de voir des hérétiques se prévaloir du jugement rendu par Hormisdas, approuva sans examen les dogmes que l'empereur soutenait contre eux, et il déclara très-orthodoxe la même proposition que son prédécesseur avait excommuniée.

Cependant le saint-père avait délibéré plus d'une

année, et avait même écrit en Afrique pour s'éclairer des opinions des savants. Ferrand, disciple de saint Fulgence, habile tliéologien, répondit à la consultation avec toute la subtihté des prêtres de nos jours Il conclut conformément à la doctrine de son maître et très-favorablement pour l'empereur, qu'on pou vait dire : « Ce n'est pas un de la Trinité qui a souffert et qui est mort, mais bien une des trois personnes de la Trinité, n

Le pape lança des anathèmes contre les religieux grecs qui étaient venus à Rome pour défendre leur doctrine, et surtout contre Cyrus, député des moines acémètes; en humiliant ainsi les nestoriens, Jean relevait les acéphales, protégés par l'impératrice, et faisait comprendre aux deux partis ce qu'ils n'oubhèrent pas dans la suite, que le saint-siége n'était pas inflexible, et qu'avec de l'or on pouvait obtenir la rétractation d'un premier jugement.

^'ers la même épo:[ne, Jean reçut des lettres de saint Césaire d'Arles et des autres prélats des tjaules, relativement à Gontumeliosus, évêque de Riez, convaincu de crimes énormes par sa propre confession. Le pontife ordonna que cet évêque serait interdit de toutes ses fonctions et enfermé dans un ' monastère pour faire pénitence le reste de sesjours. j Le pape Jean Mercure mourut le 26 avril 5? 5, i après avoir tenu le siège trois ans et quatre mois.

Education d'Agapet. — Son élection. — Il rétablit la mémoire de l'antipape Dioscore. — Lettre de l'empereur au pape. — Suiie de l'affaire de Contumeliosus. — Sentiment d'Agane sur l'aliénation des biens de l'Église. — 11 reconnaît la s'ipériorité des conciles. — Il veut établir des écoles. — Conquêtes de Bélisaire. — Théodat choisit Agapet pour son ambassadeur à Conslantinople. — Pauvreté du pape. — .Miracles qu'on lui attribue. — Il est reçu avec de grands honneurs. — Il refuse sa communion au patriarche Anthime. — Réne.xions sur 1 autorité des papes. — Justinien interroge le pontife. — Plaintes des acéphales. — Grossièreté d'Agapet. — Il persuade à l'empereur qu'.Anlhime est hérétique, et le fait chasser de son siège. — Agapet néglige les affaires de Théodat et trouble le repos des Églises d'Orient. — Mort du pape.

Le prêtre Gordien, père de Rustique Agapet, avait fait élever ce fruit de l'amour conjugal avec le plus grand soin. Il le plaça très-jeune dans le clergé de Rome, oîi Agapet e.xerça les premières fonctions de la cléricature dans l'église des martyrs saint Jean et saint Paul ; ensuite il fut nommé diacre, puis recteur de la même église : enfin ses grandes vertus le firent juger digne d'occuper la chaire de saint Pierre après la mort de Jean Mercure.

Le clergé et le peuple ayant réuni leurs suffrages en sa faveur, il reçut l'ordination épiscopale, et fut reconnu souverain pontife.

Son administration commença par un acte de justice . le saint-père fit brûler publiquement au milieu de l'église les libelles d'aiiathèmes que Boniface avait extorqués par fourberie aux évèques et aux prêtres contre Dioscore , son compétiteur. Il flétrit en cette circonstance la mémoire de son prédécesseur, et, par une générosité admirable, il préféra une justice équitable à la vaine gloire de son siège, auquel il n'attribuait pas le divin privilège de l'infaillibilité.

Aussitôt que l'empereur Justinien eut reçu la nouvelle de l'élection d'Agapet, il envoya le prêtre Héraclius, en qualité d'ambassadeur, pour lui adresser ses félicitations : dans sa lettre , il exposait au saint-père que pour faciliter la conversion des

ariens il était nécessaire de leur offrir dans l'Église le même rang qu'ils occupaient dans leur secte. Le pontife en répondant aux compliments de l'empereur, approuva son zèle pour la réunion des ariens; mais il lui représenta que les papes eux-mêmes n'avaient pas le pouvoir de changer les canons, qui défendaient de conserver dans les ordres les hérétiques réconcihés.

L'affaire de Contumeliosus, évêque de Riez, n'avait pas été terminée par le jugement de Jean Mercure ; et le prélat en appela au saint-siége de la sen tence de ses collègues et de la décision de Jean 11. Agapet écrivit alors à saint Gésaire que d'après la demande de ContumeHosus , il avait délégué des juges pour examiner les décisions des évêques des Gaules, et qu'en attendant le résultat des enquêtes des commissaires, le prélat aurait la liberté de re tourner à son Église, mais sans exercer aucune fonction épiscopale. Il engageait le conseil de la province à lui rendre son bien particulier pour qu'il eût de quoi vivre, sans lui permettre toutefois la dis position des revenus de l'Église , qui devaient être gérés par un archidiacre visiteur.

Saint Gésaire d'Arles consulta ensuite le saint père sur un point de discipline qui divisait les évèques des Gaules, et lui demanda si les pasteurs

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justinien devant ses g'

avaient le droit d'aliéner les fonds de l'Église dans les circonstances difficiles. Agapet répondit que les constitutions défendaient ces sortes d'aliénations, et qu'il n'osait point donner son autorisation pour les enfreindre. « Ne croyez pa--', ajoute le pape, que mes conseils soient dictés par avarice ou pour un mtérèt temporel, ainsi qu'ont fait plusieurs de mes prédécesseurs; mais considérant le compte terrible que je dois rendre à Dieu du troupeau qu'il m'a confié, je cherche à le diriger dans le chemin de la vie éternelle, et je fais observer les décisions du dernier concile. »

L'assemblée dont il parlait n'était cependant qu'un synode national tenu en Italie sous le pontife Symmaque. Agapet déclarant qu'il est obligé de se 'soumettre au jugement des conciles, condamne implicitement l'ambition des évèques de Rome, ses successeurs, qui ont prétendu s'élever au-dessus des synodes, et même au-dessus des conciles universels.

Animé par les plus louables iutentions, le saint-

père établit des écoles publiques pour l'instruction de la jeunesse, et s'occupa d'extirper l'ignorance qui avait gagné jusqu'aux premières classes de la société. Bien dift'érent de ses prédécesseurs, il prétendait que les plus belles dispositions, si elles ne sont nourries par l'étude , s'altèrent insensiblement et sî changent quelquefois en vices grossiers. Le célèbre Gassiodord se joignit à lui pour faciliter l'exécution de cette noble entreprise ; mais la guerre attira bientôt leur attention sur d'autres objets. Justinien avait confié le commandement de ses armées à Bélisaire, grand capitaine et tacticien consommé; le général grec poursuivant ses conquêtes avec une rapidité surprenante, arracha l'Afrique aux Vandales, et vint, porter ses armes victorieuses jusqu'en Italie, où il répandit la terreur parmi les Goths.

Théodat, effrayé de la marche du conquérant, songea d'abord à quitter ses Etats; mais ensuite, cédant aux conseils de ses ambassadeurs, qui connais-

saienl la dévotion stupide de l'empereur , il résolut de se servir de la religion pour arrêter Bélisaire. II ordonna à Aga[iet de se rendre à Constantinople pour négocier la paix ou une cessation d'armes, menaçant de passer tous les Romains au fil de l'épée s'il échouait dans sa mission.

Le saint-père s'excusa sur son grand âge et sur son extrême pauvreté , demandant à ne point entreprendre un si long voyage; mais les nouveaux ordres du prince furent accompagnés de menaces si terribles, que le pape fut obligé d'obéir. Agapet, pour défrayer les dépenses de sa suite , engagea les beaux calices, les vases sacrés d'or et d'argent enrichis de pierreries, dont la piété des fidèles avait orné les églises ; et sur ces précieux gages les' trésoriers fournirent l'argent nécessaire pour le voyage. Nous devons ajouter à la louange de Théodat, qu'ayant été instruit de cette action, il remboursa de ses deniers les sommes empruntées et fit rendre aux églises tous leurs ornements.

Lors de son arrivée en Grèce, le pontife, d'après 1; récit de saint Grégoire, fit un miracle éclatant en guérissant un homme qui ne pouvait ni marcher ni se lever; nous abandonnons les particularités de ce prodige à la crédulité des légendaires.

Depuis une année, Êpiphane, patriarche catholique de Constantinople, était mort, et Anthime, évê que de Trébizonde, avait été élevé à sa place par le crédit de l'impératrice Théodora. II cassait pour orthodoxe comme son prédécesseur, et cette croyance lui avait valu l'honneur d'être nommé commissaire dans les conférences contre les hérétiques sévérieos. Mais Éphrem, patriarche d'Antioche, qui soupçonnait ses liaisons secrètes avec les acéphales, écrivit pour la démasquer, et publia des manifestes qui furent répandus dans toutes les Églises, il adressa même une supplique à l'empereur pour qu'on obligeât le nouveau chef du clergé de sa capitale à faire une profession de foi orthodoxe dans ses lettres synodales. Anthime obéit au prince, fit une déclaration conforme aux doctrines de l'É^dise et l'envoya aux évêcpies d'Orient et d'Occident, qui partagèrent immédiatement sa communion. Néanmoins son esprit de tolérance, bien connu des acéphales, détermina les chefs de la secte, Sévère d'Antioche, un prélat nommé Pierre d'Apamée, et un moine syrien appelé Zora, à rentrer dans Constantinople. Ces hérétiques tinrent d'abord leurs assemblées dans des maisons particulières, où l'impératrice et Comiton, sa sœur se rendaient souvent avec leurs amants et une foule de jeunes seigneurs de la cour de Justinien ; ensuite leur audace s'accrut dans la proportion de leurs succès ; ils bâtirent des temples, administrèrent les sacrements, reçurent des offrandes et firent de nombreux prosélytes. Les prêtrescatholiques, qui voyaient diminuer chaque jour leur importance et leurs revenus, portèrent plainte à l'empereur contre Anthime, et chargèrent plusieurs députés d'aUer à la rencontre du saint-père, qui était en route, afin de le prévenir contre le patriarche.

Agapet fut reçu à Constantinople avec de grandes démonstrations de respect; ce ([ui l'engagea, dès le iour même de son entrée dans la ville, à abuser de la déférence qu'on lui avait montrée, à refuser de

recevoir le patriarche Anthime, que les orthodoxes accusaient de favoriser les eutychiens, et sans même connaître quelle était sa profession de foi, à le rejeter comme intrus.

Cette action condamnable est citée par les prêtres d'Occident comme un exemple de l'autorité suprême dont les anciens papes ont usé. « Ainsi le pontife seul, disent-ils, et sans assembler aucun concile, a déposé l'évêque de la nouvelle Rome. » Le Père Doucin, quoique jésuite, avoue que cet exemple est mal choisi; « car il ne s'agit nullement de déposition; on ne peut déposer qu'après une élcilion légitime, ajoute-t-il, et comme l'élévation d'Anthime au patriarcat, n'avait point été reçue par le clergé de Rome, Agapet n'avait pas besom d'un concile pour lui refuser sa communion. Le pape et chaque patriarche était en droit d'agir de même, lorsque l'élection de leurs collègues paraissait vicieuse ou même suspecte. Dans une circonstance semblable, personne ne pouvait ignorer les causes essentielles qui rendaient Anthime indigne du siège patriarcal... »

Sévère et tous les acéphales, outrés de l'orgueil du pontife, se rendirent immédiatement auprès do l'impératrice pour concerter avec elle les moyens de perdre l'évêque de Rome. On convint d'inspirer à Justinien des soupçons sur les croyances du pape, j et de le faire passer pour un hérétique, pour un partisan du nestorianisme, comme ses prédécesseurs en ' avaient été accusés.

I Malgré son extrême dévotion, l'empereur accueillit ces accusations contre Agapet avec d'eiutant plus d'empressement, qu'il était mécontent de la hauteur j avec laquelle on traitait son patriarche, et de la correction qui lui avait été faite à lui-même. En effet, Tannée précédente, lorsqu'il avait envoyé à Rome un édit contenant sa profession de foi, le saint-père avait répondu avec fierté k que chacun devait rester i à sa place , l'empereur comme tou* autre fidèle, et \ qu'il ne pouvait approuver l'autorité que s'arrogeait un laïque d'enseigner pubhquement les fidèles. »

Dans cette disposition d'esprit, l'empereur pres-;;i le pontife de questions sur la doctrine, non pour s.itisfaire sa passion de controverse religieuse, mai< j afin d'acquérir les preuves de son hérésie.

D'autre part, les prélats de la faction de Sévèrt\ envoyés par l'impératrice, ne cessaient de représenter à Justinien que l'évêque de Rome était venu I troubler la paix de l'Orient. «Depuisl'élection d'Anthime, seigneur, lui disaient-ils, n'avez-vous point vu les acéphales parfaitement bien disposés et prêts à faire tout ce cfue vous exigiez d'eux ? Sévère luimême a promis à votre clémence de soumettre sa doctrine au jugement de l'Église romaine; mais il n'avait pas supposé qu'il trouverait sur le trône de cette ÉgHse un vieillard aussi dur et aussi inflexible que celui-ci. De grâce, seigneur, considérez sur quoi est fondé tout ce scandale ; sur un^ simple formalité qui se réduit à décider si, pom le plus grand bien de l'Église universelle, la vill^' de Constantinople peut se passer d'Anthime, où si elle préfère lui donner le titre de patriarche plutôt que celui d'évêquc. ;>

Justinien, convaincu par les raisonnements de ses prélats, s'abandonna à son ressentiment contre Aga-

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