‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 54 sur 125 · AGAPET · texte numérisé non relu

AGAPET

pet, et à la première conférence qu'il eut avec le pontife, il lui dit avec émotion: « Je suis déterminé à repousser vos injustes prétentions, saint-père, il n'y a plus à balancer; recevez-nous à votre communion, ou préparez-vous à être conduit en exil.» Cette menace n'effraya point Agapet, qui répondit avec audace: « Il est vrai que je me suis trompé, seigneur, lorsque je me suis rendu auprès de vous avec un si grand empressement; j'espérais trouver un empereur chrétien, et j'ai rencontré un nouveau Dioclétien. Eh bien ! que Dioclétien apprenne que l'évêque de Rome ne craint point ses menaces, et cpi'il refuse de se soumettre à ses ordres ! »

L'empereur, naturellement bon et dévot, au lieu de punir cette témérité, changea de discours ; et lorsque la conversation fut devenue plus paisible, le pape lui dit: « Pour vous faire comprendre cpie votre prétendu évêque est un homme très-pernicieux à la religion, je vous suppHe de me permettre de l'interroger sur les deux natures de Jésus-Christ. Soyez persuadé, ajouta le prêtre rusé, que ce n'est ni pour éviter l'exil, ni pour chercher un accommodement, que je vous propose de le mettre à cette épreuve ; mais afin que vous connaissiez le patriarche Anthime. »

Justinien donna ses ordres pour qu'on fit venir en sa présence les deux adversaires, et la conférence commença ; le pontife aborda les questions religieuses sur les mystères de l'incarnation; il développa longuement les points de théologie qui avaient rapport à la proposition, et quand il eut épuisé toutes les ressources de la controverse, il somma le patriarche de reconnaître l'orthodoxie de sa doctrine. Anthime repoussa victorieusement les attaques du pontife, et conclut en déclarant qu'il n'existait pas deux natures en Jésus-Christ. Agapet, furieux de sa défaite, lança des anathèmes contre Anthime, contre Sévère, contre Pierre d'Apamée, contre Zoraet contre plusieurs autres prélats dont les noms seraient restés dans l'oubh saus l'excomunication. Ensuite il obtint du monarque imbécile l'ordre de déposition contre Anthime, et il consacra le nouveau patriarche de Constantinople.

Après avoir troublé l'Orient pendant quatre mois, le saint-père fut frappé d'une maladie inconnue qui l'emporta en quelques jours. Ses funérailles furent célébrées par des cantiques d'allégresse ; et lorsqu'on

transporta son corps à la cathédrale, les portiques, les places publiques, les fenêtres et les toits des maisons se trouvèrent encombrés d'une multitude de fidèles qui voulaient le contempler. Les historiens placent l'époque de la mort d'Agapet au 25 novembre 536 ; ils assurent qu'aucun patriarche, aucun évêque ni aucun empereur, n'avaient été inhumés avec une aussi grande pompe, et dans la solennité de fêtes aussi extraordinaires ; le corps fut embaumé, renfermé dans un cerceuil de plomb, placé dans un autre cercueil de bois de chêne, et transporté à Rome.

Les prêtres exaltent les vertus de ce pape; Libérât, diacre de Garthage, le représente comme un saint personnage, doué d'une profonde sagesse et d'une extrême habileté, surtout dans les matières ecclésiastiques. Cependant il convient que ce fut à son instigation que les évêques de Syrie et les abbés de Constantinople se soulevèrent contre l'empereur Justinien, et l'obHgèrent à proscrire Sévère et ses amis; il avoue que les prélats rebelles osèrent menacer le prince d'étendre la révolte dans les provinces; et que l'empereur, toujours à la soUicitation du pape, eut la lâcheté de rendre un édit qui défendait aux acéphales l'entrée des grandes villes, les déclarait infâmes et justiciables des tribunaux, enjoignait aux magistrats de brûler les livres des hérétiques, et condamnait ceux qui les transcrivaient à avoir la main coupée par le bourreau. Ces aveux montrent dans quels excès déplorables était tombé Justinien par condescendance pour les conseils du saint-père.

Ainsi, il résulte de la relation du diacre, qu Agapet, qui était parti comme ambassadeur du roiThéodat, ne s'était occupé que d'affaires ecclésiastiques. Comment remplit-il sa mission auprès de l'empereur pour les affaires politiques? comment entama-t-il les négociations"? avec quelle adresse sut-illes conduire? quel en fut le succès? Il n'y a qu'une réponse; le

pape

ne fit rien. Il soumit seulement à Justmien

sujet de son ambassade, sans insister pour une conclusion favorable, prévoyant que le clergé romain serait plus heureux sous la domination d'un prince cathohque que sous l'autorité d'un monarque arien. Non-seulement Agapet fut parjure à son prince, mais encore à sa religion, en troublant le repos des Éghses d'Orient, et en montrant une basse jalousie contre un prélat dont le seul crime était d'avoir osé comparer son siège à celui de l'évêque de Rome.

HISTUIUK DEH PAPES

Brigues à Rome pour parvenir aux dignités. — Silvère achète le pontificat au roi ThéoJal. — Trahison du pape. Rome à Bélisaire. — Silvère est déposé et .enfermé dans un monastère.

Les brigues par lesquelles on parvenait au souverain pontificat rappelaient ce qui se passait dans Rome païenne, où ceux qui aspiraient aux charges de la république achetaient les suffrages du peuple. « Au lieu d'une sage retenue, d'une équité désintéressée, et d'une véritable élévation dans les sentiments, la chaire de saint Pierre était devenue le prix de l'audace, de la corruption et de l'avarice. » Les prétendants marchaient ouvertement à leur but, offrant de l'or aux uns, des dignités aux autres; engageant les biens de l'Église en faveur de ceux qui n'avaient point confiance dans leurs promesses, et mettant en œuvre toutes les séductions qui pouvaient augmenter le nombre de leurs créatures

Les prêtres vendaient leurs suffrages ; les cabales s'agitaient, enchérissaient sur les compétiteurs, enlevaient les partisans de leurs adversaires; enfin la victoire demeurait au plus riche, au plus rusé, au plus corrompu !

Au milieu de ces intrigues scandaleuses et de ces pratiques criminelles, Silvère, fils de l'ancien pape Hormisdas, séduit par l'ambition d'occuper la chaire de saint Pierre, en offrit une somme considérable au roi Théodat, et fut élu pontife de Rome.

Anastase le bibliothécaire fournit les documents les plus authentiques sur ce honteux marché, que Baillet et Dupin ont voulu révoquer en doute ; mais le Père Doucin lui-même est convenu d v mfamie de iSilvôre, et il déplore la conduite du saint-père.

L'élection de ce pape était un coup d'État et d'une habile politique , le roi, craignant d'être chassé d'Italie par les armes victorieuses de Bélisaire, voulut s'assurer de la fidélité des Romiins en leur donnant un évêque dévoué à ses intérêts et qui eiit besoin de son assistance pour se maintenir sur le saintsiége. Le clergé ni le peuple n'eurent la liberté de délibérer sur cette élection ; Théodat fit seulement annoncer aux Romains que ceux qui oseraient nommer un autre évêque devaient se préparer à mourir. Alors Silvère prit le gouvernement de l'Église, et la crainte des supplices contraignit le peuple à le reconnaître. Quelques ecclésiastiques seuls refusèrent de signer le décret de l'élection, et protestèrent contre le sacre ; on passa outre, et bientôt ils vinrent d'euxmêmes se rangei' sous les ordres du nouveau pape.

Mais Théodat fut trompé dans ses espérances ; le traître Silvère, pratiquant cette odieuse maxime des prêtres, « il est permis de manquer de foi aux hérétiques, y> trahit son bienfaiteur et ouvrit les portes de Rome à Bélisaire.

Justinien, devenu maître de l'ancienne capitale du monde, recommença ks querelles religieuses qui avaient été agitées sous le pontificat d'Agapet. L'impératrice Théodora, qui favorisait les acéphales en Orient, écrivit au pape pour l'engager à rétablir le patriarche Anthime, et à faire chasser Mennas du siège de Gonstantinople. En même temps Bélisaire recevait l'ordre d'engager Silvère à souscrire à ses

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