‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 55 sur 125 · SILVÈRE · texte numérisé non relu

SILVÈRE

projets; et, dans le cas d'un refus, il lui était enjoint d'accuser le pontife d'avoir conservé des intelligences secrètes avec les Goths, et d'avoir voulu leur livrer la ville par une nouvelle trahison. Le saintpère fut mandé au palais ; Bélisaire et sa femme Antonine, confidente de l'impératrice, lui firent connaître les ordres qu'ils avaient reçus et l'engagèrent à obéir, en renonçant au concile de Chalcédoine, et en approuvant par écrit la croyance des acéphales.

Silvère, placé entre deux périls et ayant à redouter la colère du prince et la vengeance du clergé, demanda à rassembler son conseil ; les prêtres se prononcèrent unanimement contre la proposition, et le menacèrent de la déposition comme traître et prévaricateur, s'il cédait aux menaces de leurs ennemis. Alors, dominé par la frayeur, il refusa d'obtempérer à la demande de Bélisaire, et pour éviter la vengeance des Grecs, il se retira dans l'église de Sainte- Marie- Sabine.

Bélisaire l'accusa publiquement de perfidie envers l'empereur, et produisit comme témoin un avocat nommé Marc, et un garde prétorien, qui affirmèrent qu'il leur avait remis des lettres adressées à Vitigès, roi des Goths. On somma le pontife de comparaître une seconde fois au palais impérial, en lui promettant sous serment de ne point attenter à sa liberté. Silvère se rendit à l'invitation du général grec, et après la conférence il fut reconduit à l'église où il avait établi sa retraite.

Mais ayant été mandé une troisième fois devant Bélisaire, il comprit que ses ennemis voulaient le surprendre, et qu'il lui serait impossible de résister plus

Ses prévisions étaient justes, car l'impératriee lu avait écrit pour lui tendre un piège; elle le priait instamment de rétablir Anthime ou de venir sur les lieux examiner la cause de ce patriarche, injustement condamné. Silvère, après la lecture de cette lettre, poussa un profond soupir : « Voici, dit-il, qui m'apprend que je n'ai pas longtemps à vivre. » Il se rendit ensuite auprès du général grec ; ceux qui l'accompagnaient furent arrêtés, les uns à l'entrée de la salle, les autres à la porte de l'anticliambre, et l'on introduisit Silvère dans l'appartement d' Antonine, qui était encore couchée. « Vraiment, seigneur évêque, lui dit-elle, je ne sais ce que nous iivons fait à vous et à tous vos Romains, pour vouloir nous livrer, comme vous avez essayé de le faire, entre les mains des barbares. De grâce, faites-nous en connaître les motifs. » Le pontife n'eut pas le temps de répondre. Un sous-diacre entra brusquement, lui arracha son manteau, et 1 ayant fait passer dans la pièce voisine, on le dépouilla des marques de sa dignité, et on le revêtit d'un habit de moine.

Après cette cérémonie, un autre sous diacre se rendit dans la salle d'attente, où le clergé était resté, et dit aux prêtres : « Mes frères, nous n'avons plus de pape ; il vient d'être déposé et condamné à faire pénitence dans un monastère. » Étourdis de cette nouvelle, ils s'enfuirent tous avec précipitation, laissant le saint-père entre les mains de ses ennemis.

Bélisaire s'occupa ensuite de faire élire le prêtre Vigile, qui ambitionnait depuis longtemps les honneurs de l'épiscopat. Nous remettons au règne suivant pour parler de la mort de l'infortuné silvère.

Aim

Caractère de Vigile. — Ses vices. — Il s'engage par serment à obéir aux ordres de Théodora. — L'impératrice lui fait donner sept cents pièces d'or pour acheter les suffrages du clergé. — Election de Vigile. — Silvère, exilé à Palare, obtient de l'empereur la permission de rentrer dans Rome. — Le pape le fait enlever et le condamne à mourir de faim dans une île déserte. — Fourberie de Vigile. — Le pape devient suspect à l'empereur. — Lettre de Vigile à un évêque d'Espagne. — Il blime ceux qui refusent de manger des viandes par superstition. — Le roi Théodebert consulte le pape sur la validité des mariages avec une belIe-sœur. — Fanatisme de l'empereur Justinien. — Il fait des livres sur la religion. — Ses discussions avec le pontife. — L'empereur ordonne à Vigile de se rendre à Constantinople pour assister au concile. — Le pape est insulté par le peuple de Rome. — Négociations sur l'affaire des trois chapitres. — Anathèmes contre les acéphales. — Le pape condamne les trois chapitres. — Mauvaise foi de Fleury dans son Histoire ecclésiastique. — Contradictions de Vigile. — Sa politique indispose tous les esprits. — Il est excommunié dans un concile. — Le saint-père lance des anathèmes contre ceux qui condamnent les trois chapitres, et ensuite contre ceux qui ne les condamnent pas. — Vigile excite des désordres à Constantinople. — Il est contraint de se réfugier dans une église. — Hypocrisie du pape. — Il retourne à son palais. — Il est traîné dans les rues de Constantinople la corde au cou, et reçoit des soufflets. — On lui reproche publiquement la mort de Silvère. — Il parvient à s'échapper du palais de l'iacidie. — Il publie une constitution en faveur des trois cliapitres. — Vigile est envoyé en exil. — Hétractation du pape. — Il condamne sa constitution et déclare hérétiques ceux qui soutiennent les trois chapitres. — Fourberie des jésuites. — Mort du pape. — Ce monstre, souillé de crimes, a trouvé des apologistes qui en ont fait un martyr!

Vigile était Romain de naissance et fils d'un consul nommi' Jean. Sous le pontificat de Boniface II il avait déjà obtenu une constitution qui lui assurait la chaire de saint Pierre ; mais le clergé s'était opposé à ce marché scandaleux et avait détruit ses espérances. Cet échec ne découragea pas Vigile, les obstacles irritèrent son esprit entreprenant , et il poursuivit ses intrigues et ses brigues avec plus de vigueur qu'auparavant.

L'histoire nous le représente comme un homme d'une ambition démesurée, capable de commettre tous les crimes lorsqu'il s'agissait de s'élever au pouvoir. « Son caractère, dit un écrivain du temps, était violent et emporté ; dans un accès de colère il tua à coups de bâton un jeune enfant qui se refusait à d'infâmes caresses; il était tellement avare, qu'il osait avouer que s'il avait rompu ses relations avec l'impératrice, c'était moins par zèle pour la religion, que pour n'être pas obligé de lui rendre les sommes qu'elle lui avait prêtées pour se faire élire pape. «

Du reste, tout le cours de sa vie est' une longue suite de perfidies, de débauches et de crimes ; et cependant des prêtres ont placé ce monstre parmi les saints de l'Église !

Vigile avait accompagné le pape Agapet lors de son voyage à Constantinople ; après la mort du pontife , l'impératrice fit demander au jeune prêtre s'il consentirait à casser tous les décrets d'Agapet, à condamner le concile de Constantinople, qui venait d'être terminé ; à déposer Mennas pour rétabhr sur leurs sièges Anthime, Sévère et Timothée; enfin à excommunier les trois chapitres, le concile de Clialcédoine et la fameuse lettre de saint Léon.

Aucune de ces propositions n'effraya l'ambitieux Vigile; il promit tout, et s'engagea par serment à obéir aux ordres de l'impératrice, s'il était élu pape. On lui fit compter aussitôt sept cents pièces d'or, sur un billet de sa main, par leqitel il promettait de rendre cette somme lorsqu'il serait maître du trésor de l'Église; ensuite on lui remit des Litres pour

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