VIGILE
lii'lisaire, à qui Théodora recommandait, expressément le diacre Vigile comme successeur d'Agapet.
Toutes ces ])récautions lui assuraient un heureux succès: mais arrivé à Napli's . il apprit que les Romains avaient déjà reçu un iimilile i|iie le roi Théodat leur avait imposé. Otie imnvellc ili'ception n'arrêta pas Vi-ilc dans ses projets; .lalimd il étudia avec calme les ol.^tacles qui s'oppnsaieut à son élévalion, et calcula les chanees qui lui restaient pour renverser un homme repoussé par le clergé comme étant la créature des tiotlis, ennemis de l'empire. Ensuite il lil part de ses espérances à l'impératrice, et la supjilri de seeoinler ses efforts. La princesse écrivit à l>(lis;iire. reiiuat;-eant à examiner tous les plans de Viuil''. ei à luire sui-^irdes sujets de plaintes contre Sihere, alin qiTil lui déposé. •■. Si vous ne pouvez i-eussir, ajimla-l-elle , iaites-le arrêter et envoyez-le à Constaniinupie. sans aucun délai, car nous vous adressons un piêtrr dont nous nous sommes assuré le dévouimieni. el qui s'est engagé à rétablir Anthime et à l'aire triompher les acéphales. »
Bélisaire craignait que l'exécution de cette entreprise ne mit la confusion dans Rome et ne soulevât un seliisnie .lanuerniN, Kncore mal affermi dans sa con((uèie, il ne x.ndail pas s exposer à perdre en un momeul la gloire qu'd avait acquise par la défaite des ^'andales et des Goths ; mais sa femme, qui avait su prendre un grand ascendant sur son esprit, le détermina à exécuter les ordres de la princesse ; et le résultat fut la déposition de Silvère et l'élection odieuse de Vigile.
D'après le commandement du général grec, le clergé s'assembla pour donner un successeur au pontife déposé. On mit d'abord en question si le siège devait être regardé comme vacant ; les suffrages ayant été jjayés à l'avance , on décida pour l'affirmative ; quelifuesuns voulurent ensuite donner l'exclusion à Vigile, et protestèrent contre ses prétentions; leur petit nombre les fit traiter avec mépris, et ceux qui avaient été achetés par ^«le l'argent ou gagnés par des promesses, convinrent de procé der sans retard à la consécration du nouveau pape.
En outre. Vigile exigea qu'on remit entre ses mains le malheureux Silvère, sous prétexte qu'il devait répondre de la tranquillité de la ville; il le fit sortir de Ronn' et l'envoya sous une lionne garde à Patare en l.\ri'. Cuntiv son attente, l'évêque du pays reçut son piisoiinier eomme un conlesseur, et non seulement il lui rendit les honneurs dus à un pontife, mais encore il entreprit de le rétablir sur son siège. A cet effet , il lit lui-même le voyage de Gonstantinople , représenta hautement à l'empereur l'injustice de la condamnation de Silvère, et obtint du prince que l'accusé retournerait à Rome pour subii' un nouveau jiiu'ernent. Justinien s'engagea, s'il était innocenl de la trahison dont on l'accusait, à le faire remonter sur la chaire pontificale, et s'il était coupable, à le bannir seulement de Rome, sans le condamner à la dégradation.
Mais l'impératrice Théodora avait trop d'intérêt à maintenir Vigile dans son usurpation pour permettre que les volontés de l'empereur fussent exécutées; cl, de son côl''', Vigile était livip actif pour s'endormir au milieu des dangers (pii le menaçaient ; il
écrivit donc à Bélisaire qu'il ne pouvait lui donner la somme dont ils étaient convenus, à moins que son adversaire ne fijt remis entre ses mains comme otage. Alors on enleva Silvère de sa retraite , et il fut livré à l'infâme Vigile, qui le lit conduire par de farouches satellites dans une île déserte nommée Palmaria , où l'on exilait ceux c[u'ou voulait faire mourir promptement et sans éclat.
Les bourreaux, que Vigile nommait les défenseurs de la sainte Église , exécutèrent les ordres qu'ils avaient reçus et qui leur enjoignaient d'en finir promptement avec le prisonnier; le malheureux Silvère fut privé de nourriture pendant neuf jours entiers , et comme la mort n'arrivait pas au gré de l'impatience des prêtres qui le gardaient, ils l'étranglèrent et s'en revinrent à Rome. Telle fut la punition du crime dont Silvère s'était rendu coupable en usurpant le premier siège de l'Église.
Pendant cinq jours , le clergé resta incertain sur le choix d'un pape ; les distributions d'argent réunirent enfin les suffrages sur Vigile ; et après quelques jours d'intrigues, il fut reconnu comme le plus digne d'occuper la chaire de saint Pierre. Les prêtres procédèrent à son exaltation, malgré l'anathème dont il avait été frappé par Silvère, et malgré l'affreuse compHcation de crimes et de fourberies qu'il avait mis en œuvre pour arriver au pontificat.
Cependant après la mort de son prédécesseur, Vigile se trouva placé dans une position extrêmement difficile; d'un côté, le clergé romain le pressait de condamner les acéphales, et de l'autre, l'impératrice réclamait impérieusement l'exécution de ses promesses. Pour conjuger le péril le plus imminent, Sa Sainteté remit à Antonine , femme de Bélisaire, qui passait pour la favorite de l'Impératrice, plusieurs lettres destinées à Théodose d'Alexandrie, à Anthime de Gonstantinople et à Sévère d'Antioche, dans lesquelles le pape déclarait professer la même foi qu'eux; en même temps il les priait de conserver ses lettres secrètes jusqu'à ce qu'il eût affermi son autorité ; et il leur recommandait, afin d'éloigner les soupçons, de dire ouvertement que l'évêque de Rome leur était suspect.
Dans la confession de foi qu'il leur envoyait, le saint-père rejetait les deux natures en Jésus-Ghrist, repoussait la lettre de saint Léon, et déclarait excommuniés ceux qui ne croyaient pas à une personne et à une essence. Il est donc incontestable que Vigile fut prêtre apostat et pontife hypocrite; car dans le temps même qu'il approuvait les opinions des acéphales par une lettre qu'il leur écrivait secrètement, il faisait en public profession de la foi des orthodoxes.
Justinien, irrité de ce que '\'igile ne lui avait point écrit à son entrée au pontificat, interpréta défavorablement son silence, et envoya en Italie le patrice Dominique, avec des lettres qui exprimaient des soupçons sur le pape; l'auiliassaili m- était chargé en outre de le sommer d'avoir à s'explujucr sur les relations qu'on l'accusait d'entretenir avec les hérétiques. Dans sa réponse , Vigile donna de grands élosres au prince sur la pureté de ses sentiments; Il Jai déclara qu'il n'avait point d'autre croyance que celle de ses prédécesseurs, Gélestiu, Léon, Hormisdas, Jeau et
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Bthsaiie aveugle et mendiant
conquêtes 1 or et le pays des Vaiidiles
Agapet; qu'il recevait le.s quatre conciles et la lettre de saint Léon, et qu'il anathématisait tous ceux qui avaient des opinions contraires ; enfin il priait l'empereur de conserver les privilèges du saint-siége, et de lui envoyer comme ambassadeurs des catholiques irréprochables. Sa Sainteté écrivit également au patriarche Mennas pour le féliciter de ce qu'il exécutait les promesses qu'il avait faites au pape Agapet, lors de son ordination, en recevant les quatre conciles et en excommuniant les schismatiques.
Profuturus, évêque de Brague en Lusitanie, consulta Vigile sur plusieurs points de discipline. Le saint-père, dans sa réponse, condamnait les priscillianistes, qui s'abstenaient de chair (depuis cette époque l'Église a introduit elle-même cette superstition parmi les fidèles). Il s'exprime longuement sur la manière de convertir les ariens, et sur la consécration des églises ; il recommande de célébrer la messe dans les nouveaux temples, et défend de se servir de l'eau bénite dans les cérémonies.
Théodebert, roi d'Austrasie, qui avait envoyé des troupes en Italie à l'occasion de la guerre entre les Romains et les Goths, consulta également Vigile sur la pénitence qui devait être imposée à un homme qui avait épousé la femme de son frère. Le pape adressa une réponse au roi, et en même temps il écrivit à saint Césaire d'Arles, qu'il eût à s'informer du fait et de la disposition du pt-niteiit, pour instruire
Théodebert du temps nécessaire à une telle pénitence, en le priant d'empêcher de semblables désordres à l'avenir. Les motifs qui l'engageaient à renvoyer cette affaire à saint Césaire sont remarquables : « On doit, dit le saint -père, commettre aux évèques des provinces la mesure de la pénitence, afin que l'on puisse aussi accorder l'indu'gence selon la componction du pénitent et la somme qu'il payera à l'Eglise. »
Justinien, à mesure qu'il avançait en âge, s'abandonnait de plus en plus à son fanatisme religieux, à la passion des controverses, et composait une foule d'ouvrages sur la théologie. Mais en voulant approfondir les mystères de la' religion, il finit par s'éloigner insensiblement des principes orthodoxes qu'il avait professés ; il publia des édits pour condamner les trois chapitres de Théodore de Mopsueste, la lettre d'Ibas, l'écrit de Théodoret, et enfin les douze anathèmes de saint Cyrille.
Les édits de l'empereur étaient reçus par tous les évêques d'Orient ; et Vigile seul, dominé par le clergé romain, s'opposait à la propagation de ses principes dans l'Occident.
Irrité de l'obstination du pontife, le prince résolut de soumettre les questions à un concile général; il écrivit donc à Vigile qu'il avait ordonné la convocation d'un synode, et qu'il lui commandait de partir sans délai pour se rendre à Constantin ople.
Les papes ont toujours redouté les assemblées