VIGILE
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[,a chaire de saint Pierre
générales, surtout lorsqu'elles devaient se tenir hors de leur juridiction. Aussi le saint-père fit-il tous ses efforts pour changer la résolution de l'empereur, ou tout au moins pour éviter de comparaître au concile. Justinien fut inflexible, et de nouveaux ordres obligèrent le pontife à obéir.
Avant le départ de Vigile, le clergé souleva des séditions dans le peuple, et lui fit pressentir le sort qui l'attendrait à Rome, s'il abandonnait les intérêts de la religion. Le jour même où il quitta la ville, des moines le poursuivirent à coups de pierres, et le chargèrent d'injures et de malédictions. Malgré ces insultes, Vigile, désirant se concilier les esprits pour l'époque de son retour, relâcha en Sicile, et acheta
des grains qu'il fit transporter à Rome, avec ordre de les distribuer au peuple en son nom; après quoi il continua sa route pour Constantinople.
L'empereur et les évêques qni étaient à la cour reçurent le saint-père avec de grands honneurs; et après les cérémonies d'usage on ouvrit le concile. Dès les premières conférences , Vigile ayant déclaré que Mennas et Théodore étaient hors de sa communion en soutenant les principes de Justinien, le prince laissa éclater son indignation, et ordonna aux gardes d'arracher de son trône le prêtre indigne dont la présence déshonorait l'assemblée; ce qui eût été exécuté sur l'heure sans les prières de l'impératrice, qui suppha son mari de suspendre les effets de sa vengeance.
Cotte princesse, qui songeait toujours à son projet d'abattre Mennas pour rétablir Anthime sur le siège de Constantinople, espérait cpie le pape se déterminerait à rcrnplu- les promesses qu'il lui avait faites autrefois pour cette affaire importante. Vigile, qui avait toujours présent à l'esprit les menaces du clergé de Rome, refusa de ratifier ses anciens engagements, et préféra se réconcilier avec Mennas , sous la condition néanmoins que le patriarche souscrirait à tout ce qui serait déterminé sur la matière des trois chapitres par les évèques latins.
Théodore de Gésarée fit également la paix en acceptant les mêmes conditions ; toutefois, pour éviter que sa réunion avec ces deux prélats ne pût être prise pour une déclaration en faveur des eutychiens et des acéphales, Vigile excommunia solennellement les sectateurs de l'hérésie.
Cette première marque de déférence ne satisfit pas entièrement Justinien, qui voulut que Vigile condamnât les trois articles; alors le pontife protesta contre la violence qui lui était faite, et refusa de prendre une détermination sans le consentement des évoques Jatins. De son côté, l'empereur ne garda plus de mesures envers le saint-père, et les choses furent portées si loin qu'un jour le pape dit en pleine assemblée : « Je m'aperçois qu'on me regarde ici comme un esclave que vous prétendez avoir le droit de gour- Jiander; il est vrai que je suis dans les fers, mais rappelez-vous que Pierre, dont j'occupe la place, n'a rien perdu de sa liberté. »
Dans une autre circonstance, il rappela au prince les paroles d'Agapet : « Je pensais venir à la cour d'un empereur chrétien, et je me trouve dans celle de Dioclétien, le plus cruel des tyrans. » La fermeté du pontife fit encore fléchir Justinien, et il permit aux évêques de s'assembler pour délibérer sur l'affaire des trois articles.
Soixante et dix prélats s'étaient déjà réunis, lorsque le pape déclara le concile dissous avant qu'on eût pris aucune décision ; les Pères reçurent l'ordre de donner leur avis par écrit, et il envoya les bulletins au palais do l'empereur. Enfin quelques jours après Vigile donna lui-même son avis, qui était la condamnation des trois chapitres, sans préjudice du concile de Chalcédoine. Fleury a prétendu que dans cette dernière clause il s'agissait d'une question de lait où l'Éghse n'était point intéressée; une pareille insinuation ne peut provenir que d'une ignorance prodigieuse ou d'une insigne mauvaise foi; car l'affaire des trois chapitres était tellement importante pour la religion, qu'un grand nombre d'évêques se séparèrent de la communion de Vigile parce qu'il avait prononcé la condamnation.
Cependant le jugement du pontife ne contenta ni les acéphales ni les orthodoxes, qui le regardaient comme une marque de l'apostasie du pape. Dace, évêque de Milan, qui était resté le dernier attaché à sa fortune, l'abandonna, et refusa de prendre part à la nouvelle constitution ; deux de ses diacres, Rustique et Sébastien, suivirent le même exemple, et publièrent dans les provinces f{ue le pape avait abandonné le concile de Chalcédoine.
VigUe, toujours en contradiction avec lui-même dans ses démarches, faisait paraître des sentiments
orthodoxes ou favorisait les hérétiques, suivant les intérêts de sa grandeur. Au contraire, les défenseurs des trois chapitres demeuraient fermes dans leur croyance ; ils tinrent en lUyrie un synode où ils condamnèrent Bénénatus, évêque de la première Justinianée. L'année suivante, les prélats d'Afrique, assemblés en concile, montrèrent encore plus de vigueur; ils excommunièrent le saint-père comme traître et apostat, entreprirent la défense de la doctrine des trois chapitres , et envoyèrent leurs lettres à l'empereur, par Olympius Magistrien.
Enfin Vigile, comprenant que sa poUtique tortueuse n'avait pu réussir à tromper aucun des partis, consentit à recevoir les trois chapitres, et proposa un concile général pour terminer les différends.
Théodore Ascidas, évêque de Césarée, profondément affligé des désordres et des séditions que toutes ces disputes excitaient dans l'empire, vint se jeter aux pieds de Justinien, et au nom du clergé il lui adressa ce discours : « Quoi! seigneur, n'est-ce pas une chose honteuse que le maître de l'univers, après avoir subjugué tant de nations différentes , en soit réduit à plier sous le caprice d'un prêtre qui ne sait lui-même ce qu'il veut? Vigile disait hier : Anathème à quiconque ne condamne pas les trois articles! Aujourd'hui il dit : Anathème à quiconque les condamne ! et sous prétexte d'en réserver le jugement au concile, il ose, de son autorité privée, casser les édits de l'empereur, et imposer sa croyance même à Constantinople. Le monde entier connaît votre grande piété ; vos édits ont été accueillis par toutes les ÉgHses ! et maintenant que penseront les peuples en voyant un étranger renverser d'un seul mot des actes aussi solennels, en votre présence, au mépris des quatre patriarches et d'un grand nombre d'évêques, qui vous ont prêté leur concours pour faire exécuter les édits?... Qu'est devenue votre autorité, grand prince, si vous ne pouvez commander à vos sujets qu'après en avoir reçu la permission de Vigile? Que dirait l'impératrice, cette vertueuse princesse dont nous pleurons la perte récente, si elle voyait Justinien abaisser la dignité royale jusqu'à recevoir publiquement un démenti d'un prêtre orgueilleux, d'un pontife simoniaque ? »
Ce discours changea les dispositions de l'empereur; l'édit contre les trois chapitres fut remis en vigueur, et soutenu par les écrits de Théodore, qui avait conduit l'affaire avec une grande adresse. A cette occasion. Vigile voulut adresser des plaintes à Justinien, mais le prince refusa de l'entendre... Il menaça de l'excommunication ceux qui oseraient enfreindre ses ordres ; on répondit à ses menaces en faisant afficher les édits dans toutes les églises. Alors la rage du pontife s'exhala en imprécations et en injures ; on méprisa ses outrages comme on avait méprisé ses menaces. Poussé à bout, il convoqua dans le palais de Placidie tous les évêques qui étaient à Constantinople, les diacres et même le clergé inférieur ; il protesta en leur présence contre les démarches de l'empereur, et lança des anathèmcs terribles contre ceux qui suivraient la doctrine des trois chapitres et ne se soumettraient pas à la décision des évêcpies d'Occident.
Dès lors on ne garda plus de mesures, et chaque
pirti se livra à toute la fureur du fanatisme. Le pape i:e se croyant pas en sûreté dans le palais de Placidie, alla se réfugier dans l'église de Saint-Pierre, où il composa le fameux décret d'excommunication contre Théodore, Mennas et leurs adliérents. Cependant il le tint secrec, pour se ménager encore quelques moyens de salut, et le confia à un moine qui devait le publier dans le cas où on attenterait à sa liberté ou à sa vie.
L'empereur refusa de considérer l'église de Saint- Pierre comme un lieu d'asile inviolable pour un prêtre criminel et audacieux qui osait le braver jusque sur son trône; il ordonna au préteur, chargé d'arrêter les voleurs et les meurtriers, d'enlever Vigile de sa retraite, et appuya les officiers ordinaires de justice par un détachement de soldats de sa garde.
La troupe ayant pénétré dans l'éghse, les épées nues î. la main et les arcs bandés, s'avança pour saisir le pape, gui s'était caché sous le maître-autel, dont û embrassait les piliers. Alors le préteur, sur l'j refus du portife d'obéir aux ordres du prince, fut obligé d'employer la violence ; il ordonna aux soldats de chasser les diacres et les clercs à coups de hallebardes, ei fit enlever le saint-père du sanctuaire, en le tirant par les pieds, par les cheveux et par la barbe; comme Vigile était grand et vigoureux, dans la lutte, il rompit deux piliers de l'autel; en sorte que si les clercs n'eussent soutenu la sainte table, elle serait tombée sur lui et l'aurait écrasé. Mais pendant l'arrestation, le peuple, appelé à la révolte par les prêtres, s'étant rassemblé en armes, attaqua le préteur avec furie, chassa les troupes de la basilique et maintint Vigile dans son asile.
Justinien, à son toui, fut obligé de proposer des voies d'accommodement. Trois personnes de la cour vinrent en son nom représenter au pontife qu'en se réfugiant dan^ une église il avait fait un outrage à l'empereur, qu'il semblait regarder comme un tyran; olle3 l'engagèrent ^ réprimer le fanatisme de ses prêtres, qui excitaient des révoltes et désignaient le prince à la vengeance des peuples ; elles le prévinlent que s'il en agissait autrement, Justinien, pour faire cesser les désordres, serait obligé d'employer les moyens les plus violents, et de faire le siège de Ie. basilique de Saint-Pierre ; enfin elles promirent au pontife, s'il consentait à retourner dans le palais de Placidie de lui donner toutes les garanties et toutes les sûretés désirables. Vigile répondit qu'il se rendrait à leurs désirs, sous la condition qu'on ne forcerait ni lui ni les siens à approuver des articles de foi que leur conscience repoussait. Justinien consentit à eti prendie l'engagement solennel; mais l'orgueilleux pontife prétendit prescrire les termes et les clauses du serment. Alors on lui signifia que s'il ne voulait pas accepter les conditions qu'on lui offrait, i seiait enlevé par les soldats dans l'église même et condamné à finir ses jours au fond d'un cachot. Celte menace 1" détermina à retourner au palais de Placidie.
/i peine fut-il installé dans son ancienne demeure, qu'au mépris des paroles données, le saint-père fut accablé d'outrages, exposé aux plus infâmes traitements j les olficiers de l'empereur l'arrachèrent du palais, le traînèrent dans les rues de lu ville avec
une corde au cou et en le frappant sur la joue, ils disaient au peuple : « Voilà le châtiment par lequel notre très-illustre empereur punit ce prêtre rebelle et obstiné, cet odieux pontife, qui a fait étrangler le malheureux Silvère ; cet infâme scdomite, qui a fait mourir sous le bâton un pauvre enfant qui lui avait résisté. » Après cette cérémonie il fut ramené au palais , renfermé dans une salle et gardé prisonnier par les soldats du prince.
Deux jours avant Noël il parvint à tromper la vigi lance de ceux qui l'entouraient; il franchit pendant la nuit une petite muraille que l'on construisait autour de sa prison, s'enfuit de Constantinople , et su réfugia dans l'église de Sainte-Euphémie de Chalcédoine. Pour échapper a la colère de l'empereur, il feignit d'être tombé dangereusement malade.
Dès que Justinien eut connaissance de la fuite de Vigile, il lui envoya plusieuis personnes de distinction pour l'engager à sortir de Sainte-Euphémie et à rentrer dans Constantinople, où il recevrait toutes les satisfactions qu'il pourrait désirer. Cette fois le pape repoussa les avances du prince, et le menaça de décider de sa seule autorité les questions religieuses des trois chapitres, si l'on refusait de les soumettre au jugement d'un concile d'évêques d'Oc- ! cident En effet il rendit un décret que l'on nomma constitution, peur le distinguer du premier jugement; et dans cette bulle, adressée à l'empereur, il révoqua les anathèmes qu'il avait autrefois lancés contre ceux qui adoptaient les trois chapitres. Nouvelle preuve que ie samt-siége n'était pas infaillible, comme ont osé l'affirm'er certains papes !
Malgré l'absence de Vigde et son opposition déclarée, le cinquième concile de Constantinople continua ses aélibérations, condamna les trois chapitres, et repoussa les prétentions du pape comme attentatoires aux libertés da i'Êglise. Il résulte de ces débats entre les évêques d'Orient et le saint-père, que les conciles des premiers siècles examinaient, souvent même rejetaient et condamnaient les décisions du souverain pontife. Encore une preuve évidente qu'ils ne regardaient pas ces décisions comme revêtues du caractère d'infaillibilité !
Le cardinal Baronius a voulu contester l'autorité du concile de Constantinople, mais le cardinal Noris en a fait l'apologie dans une belle et savante dissertation historique où il relève plusieurs erreurs du Père Hallois. Il est vrai qu'un auteur impartial en aurait déduit des conséquences plus défavorables encore pour le saint-siége ; cependant il est curieux de voir un adorateur de la pourpre romaine, un cardinal, avouer que la décision d'un pape a été condamnée par un concile œcuménique.
Les trois chapitres ayant été anathématisés, on pressa Vigile de souscrire au jugement des Pères ; sur son refus, l'empereur le condamna à l'exil; ses domestiques lui furent enlevés; les évêques, les prêtres et les diacres de son parti furent chassés, dispersés dans le désert, et on abandonna le pape pendant six mois entiers sans secours, livré aux douleurs de la pierre, maladie qui l'avait continuellement fait souffrir pendant les sept années de son séjour à Constantinople.
Throdorc de Ccsarée, guidé par des sentiments
HISTOIRE DKS PAPEi-
honorables, et désirant élever sur le saint-siège un homme vénérable, avait fait publier que Vigile élait déclaré hérétique, et pressait les Romains de choisir un autre pape ; mais ])ar une de ces bizarreries de l'esprit humain qu'on comprend sans pouvoir les expliquer, il se trouva que le mépris qu'on avait eu autrefois pour le saint-père s'était change en amour et en vénération. Le clergé et le peuple romain le regardaient comme un confesseur de la foi de Jésus- Christ banni et persécuté pour la défense de son Église, et ils refusèrent de nommer un nouveau pontife, malgré les ordres de Narsès, qui commandait pour l'empereur en Italie.
Néanmoins, le saint-père se fatigua de l'exil; les maux qu'il souffrait lui firent surmonter la terreur que lui inspiraient les évèques latins, et il déclara qu'il donnait son approbation au concile. Nous pouvons ajouter que cette résolution tardive lui fut inspirée par la crainte de voir élever sur le saintsiége le fameux diacre Pelage, qui, après avoir défendu les trois chapitres, avait fait sa soumission, et s'était engagé envers le prince à faire exécuter ses volontés.
Vigile écrivit une lettre au patriarche Eutychius, dans laquelle il se reconnaît coupable d'avoir manqué de charité en se séparant de ses frères; il ajoute qu'on ne doit point avoir honte de se rétracter quand on est tombé dans Terreur; il cite l'exemple de saint Augustin, et termine ainsi son épitre :
I Nous faisons savoir à toute l'Église catholique ■.< que nous condamnons et anathématisons, comme « tous les autres hérétiques, Théodore de Mopsueste ^i et ses écrits impies; les ouvrages de Théodoret « contre saint Cyrille, contre le concile d'Ephèse, et « ceux qu'il a composés en faveur de Théodore et « de Nestorius, ainsi cpe la lettre à Maris le Persan, « que l'on attribue à Ibas. Nous soumettons à la « même excommunication ceux qui défendent et sou- « tiennent les trois chapitres, ou cpii entreprendront « de le faire. Nous reconnaissons pour nos frères et <( nos collègues ceux qui les ont condamnés, et nous « cassons par cette nouvelle buUe tout ce qui a été « fait par nous ou par d'autres pour la défense des « trois chapitres. »
La lettre de Vigile se trouve encore dans les ouvrages grecs, mais les historiens sacrés ont jugé prudent de la laisser dans l'oubli ; il reste seulement en latin une constitution beaucoup plus détaillée, où le saint-père condamne les trois chapitres; il reconnaît que la lettre de saint Léon n'a été approuvée ^\i concile de Chalcédoine qu'après avoir été examinée et trouvée conforme à la foi des conciles précédents ; aveu tiès-important que les prêtres repoussent aujourd'hui.
Ainsi le pontife accomplit cette grande iniquité, et condamna solennellement la mémoire des prélats qui étaient morts dans la paix de l'Église !
Les témoignages de neuf auteurs grecs, latins et arabes, dont plusieurs' écrivaient sous le règne de Justinien, garantissent l'authenticité des faits. Et pour ceux qui révoqueraient en doute l'exactitude de 1 histoire, nous les renverrons , pour se convaincre de l'apostasie et de l'infamie du saint-père, aux termes mêmes du sixième concile général, dont nous rapportons la substance :
« L'empereur Marcien approuva la lettre de saint « Léon; Anatohus, évêque de Constantinople, l'ap- -' prouva aussi, et elle fut reçue généralement de ■' tout le concile de Chalcédoine, qui condamna
« le sentiment d'Éutychès Vigile s'entendit
« également avec l'empereur Justinien, et le cin- " quième concile fut convoqué pour frapper d'ana- « thème des libelles abominables qui se répandaient « secrètement »
Toutes ces preuves démontient que Vigile condamna formellement les trois chapitres, et approuva la décision du concile de Constantinople, pour obtenir la permission de retourner à Rome, et de remonter sur le siège pontifical. Avant son départ, il obtint de Justinien une constitution en faveur de ritahe, dans laquelle le prince confirmait toutes les donations faites aux Romains par Athalaric, Amalasante ou Théodat, et révoquait celles de Totila; il déclarait également que les mariages des eccl'siastiques avec des vierges consacrées à Dieu étaient nuls devant la loi; à cette époque on n'était pas encore accoutumé au célibat, et les prêtres se mariaient même avec des religieuses.
Vigile retournait à Rome pour faire peser sur les peuples un joug de despotisme et de terreur; heureusement cet indigne prêtre ne réalisa point les rêves de son ambition; pendant son voyage, on lui versa un breuvage empoisonné, et il mourut à Syracuse au commencement de l'année 555, après avoir tenu le saint- siège dix-huit ans et demi, emportant dans la tomlie la haine des Latins et l'exécralior. des Grecs. Son corps fut rapporté à Rome, et enterré dans l'église de Saint-Marcel.
Les anciens martyrologes lui donnent rang parmi les saints avec le titre de martyr; néanmoins l'Eglise n'a pas confirmé cette canonisation.
Le saint-père, élevé au faîte des grandeurs par un meurtre odieux, éprouva dans le cours de son pontiGcaf des souftVances incroyables , sans même exciter la compassion. Son histoire est une longue suite d'horreurs et d'abominations; fourhe, avare, suborneur et assassin. Vigile est mort en abusai?' de la religion et en trompant les hommes.
i>i;la(IE r
Naissauce de Pelade. — Siège de Home. — l'nlitiquo de Ptia'.;e. — Pillage rend à Constantinople. — Son fanatisme contre les origénistes- — Dispute — Pelage usurpe ie souverain pontificat — Les prêtres l'accu^'iit ile iYi de le sacrer. — Pelage se purge par serment des crimes qui li.i i .;i; l'argent rapporté de Constantinople par son prédécesseur. — le ■ ji' flexions sur le génie persécuteur qui a toujours dislintrué le cailn-iii i l'i ■ Concile de Paris. — Mort du souverain pontife.
de Homo par lotila, roi des Gotlis. — Pelage si ; violenlrs entie Pélsge et Théodore d'Alexandrie
i:M'i^ iiiii'inent de Vigile. — Les évêques refuseni ,, . 11 1 lit (11' grandes largessesau peuple avec . \. -■■ \ i: -'■, 'i pe-sécuter les hérétiques. — Ré- - l'i li.Ljt , iivoH- lies reliques au roi Childclirrl. -
Pelage était Rcinaiii de ii;tisi^;iiii;i', et lils de Juan, ancien vicaire d'un préfet du prétoire. Lorstjne Vigile fut obligé de t[uitter Rome pour s;e rendre à Constantinople auprès de Justiuien, le saint -père avait envoyé de Sicile plusieurs vaisseaux chargés de blé pour soulager h"; lir-;:.in^ du peuple; mais comme les Gotlis ;i--h'L'c;i!eiit la ville, les navires furent capturés ù l'intc et IvLune demeura affamée.
Alors Pelage, ijui se préparait déjà les moyens de parvenir au souverain pontificat, saisit cette occasion d'accroître sa populaiité; il acheta aux Gotlis les grains dont ils s'étaient emparés, et les distribua aux pauvres et aux malades. Les Romains, juir reconnaissance, le nommèrent chef d'une aml)assade chargée de demander au roi des Goths une trêve de cpjelques jours, et de lui proposer de se rendre à discrétion, s'ils ne recevaient point de secours de Constantinople.
Totila refusa d'écouter les offres des députés romains ; leur démarche lui ayant fait connaître la position désespérée de ses ennemis, il poussa le ■ siège avec vigueur, et trois jours après il s'empara de la ville. Avant tout, le barbare voulut entrer dans l'église de Saint-Pierre, « afin, disait- il, de rendre
de solennelles actions de grâces à Dieu pour le succès do ses armes; » Pelage le reçut à la tête dv clergé, tenant lÉvangile entre ses mains; il se prosterna aux pieds du roi, pendant que les prêtres criaient d'une voix lamentable : « Seigneur, épargnez les vôtres ! le Dieu des armées nous a soumis à votre autorité, épargnez vos sujets. » Totila se laissa fléchir par leurs prières ; il défendit aux Goths de continuer les massacres, d'insulter à la pudeur des femmes, et permit seulement le pillage; il lit abattre les murailles de la ville, et détruisit également les grands édifices. Le sac de Rome dura quarante jours; et les Goths se retirèrent après cette expédition, sur la nouvelle cjue Bélisaire accourait au secours de l'Italie avec une puissante armée.
Pelage fut ensuite chargé par le clergé de se rendre à G" Mstantinople auprès de Vigile, afin de surveiller \-a. conduite du pontife ; il obtint à la cour de Justinien le titre d'apocrisiaire de l'Église de Rome, et fut honoré de la confiance du prince. Quelque temps après, l'empereur l'envoya à Gaza avec Éphrem d'Antioche, Pierre de Jérusalem et Hippaced'Éplièse. pour enlever le pallium à Paul d'Alexandrie, et consacrer à sa place Zoïle, patriarche de la même vilUv
IIISTOIUE DES PAPES
Il s'acquitta fidèlement de sa mission, et revint à Gonstantinople le mois suivant. Pendant son séjour dans cette ville, plusieurs moines lui présentèrent des articles extraits des livres d'Origènc, dont ils voulaient poursuivre l£^ condamnation auprès de l'empereur contre les moines de la Nouvelle Laure, qui adoptaient les opinions singulières de ce célèbre Père de l'Église grecque, et qui excitaient des troubles dans les couvents de la Palestine. Pelage, qui était l'ennemi déclaré de Théodore de Gappadoce, partisan d'Origène, qui s'était constamment opposé à ses brigues pour le pontificat, s'empressa de saisir l'occasion de se venger; il se joignit à Mennas, patriarche de Goustantinople, pour appuyer auprès de l'empereur la requête des moines de Palestine et l'aire condamner les hérétiques ; mais ses démarches furent traversées par Justinien, qui publia le fameux édit sur les trois chapitres, composé par Théodore de Gappadoce. Pelage, trompé dans sa vengeance, souleva contre ce décret tout ce qu'il put trouver de catholiques prêts à le seconder. Grâce à l'apocrisiaire, les scandales et les désordres furent si grands, que l'évèque Théodore disait « que Pelage et luimême méritaient d'être brûlés vifs pour avoir excité dans l'Église des disputes aussi violentes, et pour s'être servis de la religion, ce manteau qui couvre tous les crimes, afin de satisfaire leurs sentiments de haine et de jalousie. »
Pelage fut condamné à l'exil, et n'obtint son pardon de l'empereur qu'après avoir souscrit à l'édit et avoir fait sa soumission au concile. Justinien lui rendit ensuite toute sa faveur, et lui promit de le faire consacrer évèque de Rome après la mort de 'Vigile.
Enfin le souverain pontife ayant obtenu la permission de retourner en ItaHe, Pelage demanda à l'accompagner dans son voyage ; et nous savons que Vigile mourut à Syracuse, des suites d'un breuvage empoisonné ! Pelage s'empara aussitôt du manteau pontifical ; et sans même attendre le résultat d'une élection réguhère, il se déclara évêque de Rome par l'autorité de l'empereur Justinien. Gependant, à son arrivée dans la ville sainte, les évêques refusèrent de consacrer son usurpation, et l'accusèrent publiquement de la mort de son prédécesseur. Le clergé de Rome, les religieux, le peuple, refusèrent la communion du pontife, et il ne se trouva que trois prêtres, Jean de Péruse, Bonus de Férentin, et André, prêtre d'Ostie, qui consentirent à procéder à son ordination.
Dans cet abandon général. Pelage s'adressa au patrice Narsès, et lui demanda sa protection. Celuici, pour obéir aux ordres du prince, consentit à soutenir le nouveau pape ; il ordonna une procession solennelle, dans laquelle on déploya tout le luxe et toutes les pompes des grandes cérémonies, afin d'^'^tirer l'affluence du peuple.
La piocession, partie de la basilique de Saint- Pancrace, se dirigea vers celle de Saint-Pierre; lorsqu'elle fut arrivée dans l'intérieur de l'église, le saint-père prit l'Evangile d'une main, la croix de l'autre, les mit sur sa tête, et dans cette position il monta à la tribune, afin d'être vu de toute l'assemblée. Alors il protesta de son innocence, prit Dieu à témoin et jura par les sacrés mystères et par le corps de Jésus-Ghrist, qu'il n'était point coupable
de la mort de Vigile, et qu'il n'avait contribué en rien aux souffrances qu'il avait éprouvées à Constantinople. Il conjura les fidèles de s'unir à lui pour faire cesser le^ désordres qui existaient dans l'Êghse, et il leur demanda des enfants pour augmenter les membres du clergé.
Ensuite Pelage créa de nouveaux officiers, et fit de grandes largesses au peuple avec les sommes que Vigile avait apportées de Goustantinople. Néanmoins le schisme ne fut pas éteint; les défenseurs des trois chapitres étaient nombreux, surtout en Toscane, en Lombardie et dans les autres provinces; ils ne pardonnèrent jamais au saint-père d'avoir souscrit aux actes du cinquième concile, et d'avoir commis un parricide abominable pour s'élever au pontificat.
Malgré les clameurs des Romains, Pelage, soutenu par l'autorité impériale, se maintint sur la chaire de saint-Pierre; il donna l'intendance des biens de l'Éghse à Valentin, son secrétaire, et fit rendre à toutes les basiliques les vases d'or et d'argent, ainsi que les voiles qui en avaient été enlevés par les prêtres dans les temps de troubles. Il s'appliqua à réprimer les hérésies d'Italie, et excita Narsès à persécuter les malheureux schismatiques.
« Ne vous arrêtez pas aux vains discours des hommes. timides, qui blâment l'Église quand elle commande une persécution afin de réprimer les erreurs pour le salut des âmes. Les schismes sont des maux violents qui doivent être guéris par des remèdes puissants et terribles ; et l'Écriture et les Canons nous autorisent à réclamer l'appui des magistrats pour contraindre les schismatiques à rentrer dans le giron de l'Église. Faites donc ce que nous vous avons demandé; envoyez à l'empereur, sous bonne garde, ceux qui sont séparés du siège apostolique. N'ayez aucune crainte de votre salut éternel ; les exemples des plus grands saints vous apprendront que les princes doivent punir les hérétiques non-seulement par l'exil, mais encore par la confiscation des biens, par de dures prisons et même par les tortures. »
L'eunuque Narsès, excellent capitaine et brave de sa personne, s'opposa constamment aux mesures violentes que proposait le saint-père; il chercha au contraire, par sa douceur et par sa tolérance, à ramener les esprits à des sentiments plus conformes aux préceptes de l'Évangile; en sorte qu'on disait que l'homme de guerre agissait en pasteur, et le pasteur en homme de guerre. Nous devons convenir que le clergé a toujours trouvé une grande joie à nager dans le sang, à contempler le carnage, et que les prêtres ont surpassé même les rois en cruautés, lorsqu'ils ont eu dans les mains la puissance souveraine. C'est une vérité malheureusement étabhe par l'histoire, que l'intolérance religieuse, pendant près de deux mille ans, a dépeuplé les États les plus florissants, a porté chez toutes les nations les torches du fanatisme, a fait surgir dans toutes les contrées des bûchers, des roues, des échafauds, des incendies, et a commandé partout des viols et des massacres. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que les ministres de toutes ces cruautés se sont couverts aux yeux des peuples du prétexte spécieux du main-
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tien de l'orthodoxie de l'Église, et ont fait prendre en exécration une religion sublime dans sa morale. Les malheurs qui ont fait gémir l'humanité n'ont jamais eu d'autre cause que l'ambition des prêtres ou l'orgueil des som'erains ; cependant les partisans de la théocratie prétendent qu'un prêtre n'est point persécuteur lorsqu'il force les hommes à entrer dans le bon chemin ; et ils s'appuient sur les fameuses paroles de l'Évangile: » Gontrains-les d'entrer. »
Mais d'après cet odieux principe, les orthodoxes fournissent des armes contre eux-mêmes ; et suivant leurs maximes, les hérétiques devraient faire couler des flots de sang dans les pays où leur pouvoir est tout-puissant !
Peuples ! repoussez ces hommes impies, dont l'avarice et l'ambition se cachent sous le masque de l'hypocrisie! Revenez à des sentiments plus élevés, et songez, quelle que soit votre religion, que l'amour du travail et la cliarité pour ses frères sont les seuls actes agréables à la Divinité.
L'ingénieux auteur des Lettres persanes nous dit: Le premier sentiment d'un homme religieux doit être de plaire à la Divinité qu'il adore; etle moyen le plus certain pour y parvenir est d'observer les devoirs de l'humanité ; le premier entre tous, c'est l'amour de ses frères ; car, dans quelque religion que l'on vive, dès qu'on en suppose une, il faut bien supposer aussi que Dieu aime les hommes ; et s'il aime les hommes, qu'on est sûr de lui plaire en exerçant envers eux tous les devoirs de la bienfaisance. En effet, le seul hommage digne de Dieu est d'observer cette loi divine ; et les cérémonies du culte, souvent ridicules ou mystérieuses, sont justifiables seulement dans la supposition que Dieu les a commandées à l'homme pour le mettre en communion avec ses frères, d Pelage, entièrement opposé aux sentiments de tolérance, renouvela ses instances auprès de Narsès afin qu'il secondât ses projets de vengeance. Les hérétiques, de leur côté, déclarèrent le général grec excommunié, parce qu'il paraissait accorder sa protection àl'infàme Pelage. Le saint-père s'empressa de féliciter Narsès de ce que la Providence avait permis qu'il fût ainsi anathéraatisépour faire briller la pureté de sa foi; en même temps il l'engagea à tirer une vengeance éclatante de cet attentat, à faire conduire les coupables à Gonstantinople, pieds et poings liés, et surtout Paulin, évèque d'Aquilée, qu'il appelait usurpateur. Il désigna aussi à la colère du patrice un autre évêque scbismatique, nommé Eupbrasius, accusé d'homicide et d'un adultère incestueux.
Afin d'éviter les effets de la vengeance du pontife, les prélats de Toscane lui écrivirent en se justifiant de leur séparation. Pelage leur répondit: » Com- « ment ne croyez-vous pas être séparés de la comte munion des fidèles, lorsque vous ne récitez pas ce mon nom dans vos prières, selon l'usage établi « dans l'Eglise? Car, tout indignecpie j'en sois, c'est « en ma personne que résident les pouvoirs accor- « dés par Dieu aux successeurs de saint Pierre. « Mais afin de détruire les mauvaises pensées qui « pourraient exister dans vos esprits et parmi vos « peuples sur la pureté de notre foi, je vous déclare « que JQ me conforme au>- décisions des conciles de
« Nicée, de Gonstantinople, d'Éphèse, de Chalcé- " doine, et que j'anathéraatise les hommes qui révoc. quent en doute l'orthodoxie de ces quatre assem- ■ blées œcuméniques, ainsi que la lettre du pape '< Léon, confirmée par le synode de Chalcédoine. »
Un grand nombre d'évêqucs de la Gaule exprimèrent également leur mécontentement contre le saint-père, et se plaignirent au roi Ghildebert du scandale que la condamnation des trois chapitres causait à l'Église. Le prince chargea Rufin, son ambassadeur à Rome, de demander des exphcations sur ce jugement, afin de les soumettre au clergé de France. Pelage s'empressa de répondre au roi; en môme temps il lui envoya, par les mains de Lerins, des reliques des apôtres et des martyrs qu'il recomcommandait à sa piété. Sa profession de foi expliquait les mystères de la Trinité et de l'incarnation, ainsi que le dogme de la résurrection des morts; et dans sa lettre particulière adressée au souverain, il louait la grandeur de Ghildebert, et lui disait que selon les paroles de l'Écriture sainte, « les lévites du Seigneur devaient être soumis aux puissances de la terre. »
Dans le troisième concile de Paris, qui se tint la même année, les Pères firent plusieurs canons pour empêcher l'usurpation des biens de l'Église A cette époque de barbarie et d'ignorance, les seigneurs dépouillaient leurs familles par dévotion pour enrichir les monastères, et d'autres dépouillaient les monastères pour s'emparer de leurs richesses. Parmi leurs bienfaiteurs, les moines citent le duc Grodin ; d'après leurs légendes, il paraît que ce seigneur employait ses immenses trésors à élever chaque année trois palais; qu'il y faisait venir les prélats des environs pour les inaugurer, et qu'après leur avoir donné des repas somptueux, il leur distribuait non -seulement la vaisselle d'argent, les riches tentures, les meu blés précieux et les domestiques , mais encore les palais, les métairies, les terres, les plaines défrichées, les vignes et les serfs qui les cultivaient.
Gependant la plupart des nobles, loin d'imiter l'exemple du pieux Grodin, s'emparaient à main armée des couvents, pillaient les églises, et chassaient les prêtres ou les moines de leurs demeures. Le synode prononça la peine de l'excommunication contre ceux qui retiendraient les biens du clergé régulier ou sécuHer, et les déclara anatliématisés etmeurtriers des pauvres, jusqu'au jour où ils restitueraient les domaines dont ils se seraient emparés. Défense fut faite aux laïques de se metti'e en possession des évêchés, sous prétexte d'en surveiller l'administration pendant leur vacance ; et si l'usurpateur résidait dans un autre diocèse, le concile commandait aux prêtres d'adresser leurs réclamations au prélat de la province, afin de contraindre le ravisseur à rendre le patrimoine des ecclésiastiques.
Les Pères déclarèrent que les évoques étaient les gardiens des chartes des Églises et les protecteurs des biens du clergé. Ils défendirent d'épouser une veuve ou une jeune fiUe contre son consentement, même avec l'autorisation du prince. Ils condamnèrent les mariages entre les parents, les alliés et les personnes consacrées à Dieu. Ils défendirent également d'ordonner les évoques sans l'approbation des
irrsTniRE des papes
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français au sixième sièeie
citoyens; et dans le cas où un prêtre s'emparerait d'un siège par ordre du souverain, ils commandaient aux prélats de la province de repousser l'usurpateur, sous peine d'être retranchés eux-mêmes de la communion des fidèles. Enfin, le dernier canon renvoyait aux métropolitains le jugement des ordinations déjà faites et qui pouvaient être entachées d irrégularités. Telles furent les importantes décisions du synode de Paris.
Parmi les prélats qui assistèrent à cette assemblée, l'un des plus illustres était, sans contredit, saint Germain de Paris, évèque de cette ville. Il était né
à Autun, de parents très-religieux, qui le placèrent fort jeune dans un cloître de la petite ville d'Avalon, où il fit ses premières études. Dans la suite, il s'éleva par ses mérites à la dignité d'abbé de Saint-Symphorien , monastère situé dans un faubourg d' Autun ; plus tard, sa communauté l'envoya au concile d'Orléans, où ses lumières et sa grande piété lui méritèrent l'estime de ses collègues, et lui valurent le siège épiscopal de Paris, qui se trouvait vacant par la mort d'Eusèbe. Les grandeurs ne changèrent rien aux habitudes du pieux abbé ; il fut simple, auss; détaché du monde qu'auparavant; et
PÉLACtE I-
L'Excommunication
il semblait n'avoir acceptô la haute distinction d'évÔL|ue que puur montrer aux autres prélats qu'il était possible de pratiquer à la fois les devoirs de l'épiscopat et les austérités du couvent.
Ses vertus lui avaient gagné l'affection du roi Childebert, tant les nobles caractères imposent aux plus grands criminels. Ce tyran cruel le chargea même de faire la dédicace d'une basilique élevée en l'honneur de saint Vincent, qu'il avait fondée pour perpétuer le souvenir d'un éclatant miracle.
Voici, d'après la chronique, quel était ce prodige : Pendant que Childebert assiégeait la ville de Saragosse avec son frère Glotaire, ils virent une procession de femmes, vêtues de deuil, les cheveux épars et la tète couverte de cendre, sortir par une des portes, et faire le tour des murailles enchantant les louanges de Dieu et en portant une châsse. Aussi-
tôt les Franks furent saisis d'une terreur divine, les armes leur échappèrent des mains, et tous se jetèrent à genoux. Childebert, surpris de ce miracle, fit appeler l'évêque de Saragosse, et lui proposa d'accorder la paix à son peuple en échange des reliques de la ville. Le prélat accéda aux désirs du monarque, et lui remit la précieuse châsse qui renfermait une étole et une tunique de saint Vincent. Childebert leva aussitôt le siège, repassa dans les Gaules et fit élever, pour renfermer la précieuse relique, une église magnifique construite en forme de croix dont les nefs étaient soutenues par des piliers de marbre qui se divisaient en colonnettes élégantes.
Pelage mourut en 559, après avoir régné trois ans et dix mois au milieu des troubles religieux et des schismes qui avaient séparé de son siège l'Église d'Orient et une partie de l'Occident.
JEAN III
Obscurité de l'histoire de Jean III. — Élection du pontife. — Deux évèques gaulois sont condamnés à la déposition pour leurs Ils en appellent au saint-père, qui les rétablH dans leurs sièges. — Ils sont condamnés une seconde fois par le
-Mort du pape Jean III.
concile de Châlons.
Les chroniques de l'Église à la fin du sixième siècle sont stériles d'événements, et l'histoire' des pontificats les plus importants par leur durée se trouve développée en quelques pages.
Après la mort de Pelage, on ékit pour lui succéder Jeari, surnommé Catelin. Le nouveau pontife termina les basiliques de Saint -Phihppe et de Saint- Jacques, commencées sous son prédécesseur, et les enrichit de mosaïques et de peintures dont les sujets étaient tirés des Ecritures saintes. Il fit la dédicace de ces temples, et l'on croit qu'il institua les fêtes des apôtres Philippe et Jacques. Le cimetière des martyrs fut ensuite agrandi par ses soius, et il ordonna que les jours de dimanche, l'éghse de Latran fournirait au clergé de cet oratoire le pain, le vin et le luminaire.
Déjà si.v années s'étaient écoulées depuis l'élection du pontife, lorsque deux évêques du royaume de Gontran scandahsèrent le peuple par leur vie abominable. Le prince fit assembler à Lyon un concile qui déclara les deux prélats déposés pour crinies d'adultères, de viols et de meurtres.
Loin de se soumettre à celte décision, ces prêtres
indignes accusèrent le synode d'avoir excédé ses pouvoirs, et ils en appelèrent au pape, qui eut l'audace de les rétablir dans leurs sièges. Ainsi la cour de Rome justifiait les actions les plus condamnables, lorsque ceux qui les avaient commises contribuaient à augmenter la puissance pontificale!
Les prélats coupables, se voyant soutenus par le saint -père, persévérèrent dans leurs excès; et leurs débordements furent tels, que le clergé de Bourgogne les anathématisa de nouveau dans une assemblée tenue à Ghâlons, où ils furent déclarés évêques prévaricateurs, adultères, simoniaques, traîtres à la patrie, et criminels de lèse-majesté.
Quelques auteurs affirment que Jean III n'a point approuvé le cinquième concile œcuménique. Le cardinal Norris a démontré que cette assertion était contraire à la vérité, et le Père François Pagi partage ce sentiment; tous deux appuient leur opinion sur les témoignages d'auteurs estimés, mais qui n'ont pas cependant l'authenticité qu'exige l'histoire.
Le pontife mourut en 572, après un règne de treize ans ; il fut enterré dans la basilique de Saint- Pierrs de Rome.