‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 61 sur 125 · SI · texte numérisé non relu

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dres ecclésiastiques, eut alors recours à la puissance temporelle; et Smaragde, gouverneur de l'Italie, seconda l'intolérance criminelle du pape en persécutant le clergé d'Istrie. Il chassa Sévère du siège d'Aquilée, l'arracha de sa cathédrale, et l'emmena prisonnier à Ravenne, ainsi que trois autres prélats 2t un vieillard appelé Antoine, zélé défenseur de l'Éjlise. Ces malheureuses victimes des violences de Smaragde furent hvrées aux mains des bourreaux; et à force de tourments on les contraignit de communiquer avec l'un des esclaves du saint père, Jean l'Apostat, évêque de Ravenne, qui lui-même avait autrefois approuvé les trois chapitres, et avait été séparé de la cour de Rome pour ce crime. Après leur abjuration, Sévère et les autres prisonniers obtinrent la permission de retourner à Grade, mais les peuples et le clergé schismatiques les. regardant comme des apostats, ne voulurent pas les recevoir dans la viUe, ni même s'entretenir avec eux.

Les hérétiques, convaincus de rexcellencc de leur doctrine, résistèrent avec fermeté aux persécutions de Pelage ; et animés par l'enthousiasme religieux, ils se proclamaient ouvertement les défenseurs des trois chapitres, afin d'obtenir les palmes du martyre. Le courage qu'ils montraient dans les supplices détermina l'empereur à suspendre les exécutions. Il ordonna à Smaragde de faire cesser les violences exercées contre eux et de réprimer le fanatisme du saint-père, jusqu'au jour oui Italie serait délivrée des Lombards et aurait recouvré sa liberté. A cette époque, il promettait de convoquer les évêques d'Occident dans un concile pour décider sur les coupables et pour continuer les persécutions. .

"Trois ans après, c est-à-dire en 589, Grégoire d'Antioche, accusé d'inceste avec sa sœur par un laïque, se justifia par serment dans un synode tenu à Gonstantinople. L'accusateur du prélat fut déclaré calomniateur, condamné au bannissement, traîné ignominieusement dans les rues de la ville, et frappé par le bourreau avec un nerf de bœuf garni de pointes aiguës. L'assemblée devant laquelle Grégoire s'était justifié avait été présidée par Jean le Jeûneur, patriarche de la ville impériale, qui prit le titre d'é- \êque universel, pour montrer que les chefs du clergé d'Orient étaient soumis à son autorité. Aussitôt que Pelage eut été instruit des prétentions ambitieuses ilu prêtre Jean, il envoya des lettres à Byzance, déclarant qu'en vertu du pouvoir donné à saint Pierre ii annulait les actes du synode de Gonstantinople, et défendait aux diacres de l'pmpereur d'assister à l'office divin célébré par un orgueilleux qui détruisait l'égalité de 1 Église, et qui prenait un titre aussi contraire à l'humilité épiscopale.

Cette même année, Récarède, roi des Visigoths, après avoir adopté publiquement, et de concert avec les- grands du royaume, la religion catholique, assembla un concile à Tolède, oîi furent convoqués les seigneurs et les prélats de tous les pays ds son obéisimce, afin de condamner l'hérésie arienne dont les peuples étaient infectés. Soixante-quatorze évêques et six ambassadeurs de prélats assistèrent à ce synode, que le roi présidait en personne. On ouvrit la session par la lecture d'une profession de foi souscrite par le prince et par la reine Baddo, sa femme, dans

laquelle se trouvaient formulées des accusations violentes contre les doctrines d'Arius et de ses complices, et qui se terminait par une apologie des quatre grands conciles œcuméniques reconnus par l'Église. Ensuite, le roi engagea les Pères à délibérer sur les réformes capables de remédier aux désordres. Le concile décréta que les prêtres et les évêques, au lieu de vivre publiquement avec leurs femmes, comme ils le faisaient auparavant, apporteraient plus de mystères dans leurs relations charnelles, et ne coucheraient pas dans les chambres de leurs épouses. Il leur fut également défendu de faire mourir les enfants qui devaient le jour à des unions illicites. Les Pères firent pour les clercs une obligation, sous peine des censures les plus redoutables, de ne point poursuivre leurs confrères ni les la'iques devant les juges séculiers ; mais de les appeler devant les tribunaux ecclésiastiques.

Les sessions du concile étaient à peine terminées, qu'une nouvelle assemblée fut convoquée à Narbonne, dans la partie des Gaules qui appartenait aux Goths, pour juger les doctrines ariennes. Différentes décisions y furent prises contre les hérétiques; entre autres on leur fit défense de regarder le jeudi comme un jour de fête, parce que dans le paganisme il était consacré à Jupiter; on leur interdit de travailler le dimanche, sous peine, pour les hommes libres, de payer dix sous d'or, et pour les esclaves de recevoir cent coups de fouet. Ces divers empiétements du clergé sur le pouvoir séculier montrent avec quel empressement les prêtres se hâtaient d'user des prérogatives qui leur avaient été accordées par le concile de Tolède.

A cette époque, les prélats avaient déjà la prétention de vouloir que les rois apprissent d'eux la manière dont ils devaient gouverner les peuples. Enfin les Pères du concile terminèrent leurs ridicules séances par un décret qui ordonnait aux fidèles de chanter le Gloria Patri après le dernier verset des Psaumes, pour montrer qu'ils condamnaient l'arianisme. Telles furent les grandes choses qui illustrèrent le règne de Récarède le Gatholicpre.

L'Europe était alors ravagée par une maladie contagieuse inconnue aux hommes, qui lui donnèrent le nom de la partie du corps qui était frappée des atteintes de ce mal cruel. Pelage en fut attaqué, et mourut en 590, après avoir tenu le saint-siége pendant douze années et trois mois.

Yves de Chartres et Gratien rapportent plusieurs décrets attribués à Pelage, et Dupin assure qu'ils sont authentiques. Dans la première de ces décrétales, le saini-père défend l'élection des moines pour gouverner les Eglises, regardant les fonctions du clergé séculier comme distinctes de celles du clergé régulier. D après l'opinion du pontife, les prélats vivant avec les laïques doivent connaître les actions et les intérêts du monde ; tandis que les rehgieux suivant les règles de la vie monastique au milieu des cloîtres, n'ont point acquis l'expérience nécessaire et sont incapables de diriger les fidèles. Dans la seconde décrétale il permet, en considération du petit nombre de personnes qui se consacrent à la cléricature, de donner les ordres à ceux qui auraient eu des enfants de leurs servantes ou même de courtisanes, après la mort des femmes légitimes.

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