SAINT GREGOIRE I
Naissance de Grégoire. — Son caractère. — Il se retire dans un monastère. — Fourberie des bénédictins. — Zèle de Grégoire pour la conversion des Anglais. — 11 est ordonné diacre et envoyé en ambassade à Conslantmople. — U revient à Rome. —11 gouverne son monastère avec une grande sévérité. — Sa charité envers le peuple. — Élection de Grégoire. — Il refuse le pontificat. — Grégoire est découvert dans une caverne où il s'élait cacbé. — U monte sur le saint-siége. — On 1 a luse dby] o;risie
— Intolérance du pontife. — 11 compose des dialogues sur des miracles grossiers el des fables ridicules. — Querelles entre le pape et le patriarche de Conslantinoiile. — Guerre avec les Lombards. — Rome est assiégée. — Grégoire piopose la pai( aux Lombards. — Flalteries du pape envers la reine Brunehaut — Conversion des Anglais. — La religion place les princes au-dessus des peuples. — Grégoire est accusé d'avoir empoisonné un évêque. • — Superstitions grossières des Marseillais. — Pompe des cérémonies religieuses. — Découverte du purgatoire. — Incontinence du clergé. — Condamnation des agnoïles.
— Maux lie Grégoire — Les têtes de six mille enfants nouveau-nés sont trouvées danacles viviers du pape. — Flatteries du pontife envers Phocas. — Mort de Grégoire. — Son caractère. — Ses funérailles. — îable sur la délivrance de Triijan. — Miracle ridicule sur la communion. — Grégoire persécute les sorciers. — U détruit par fanatisme les monuments païens. — 11 brûle les ouvrages des auteurs profanes. — La politique des prêtres couvre le monde des ténèbres de l'ignorance.
Le père de Grégoire, nonimi'' lluiilifii. l'tait mem- ]:>re du sénat et posséilail J ininiiiisis rirliesses; sa mère, Silvie, canonisée depuis par ll'glise, était de famille patricienne, et descendait eu ligue directe du pape Feli.x IV.
Notre premier historien, Grégoire de Tours, contemporain de saint Grégoire, assure que Rome ne renfermait aucun homme plus instruit que cet évèque dans la connaissance des lettres et de l'art de la parole. « Dès son enfance, dit l'historien, il s'attacliait « aux maximes graves et profondes des anciens " auteurs; il se plaisait aux entretiens des vieillards, « et montrait pour l'étude de la sagesse un esprit et >< un jugement remplis de maturité. Destiné par sa " naissance aux plus importantes dignités de l'em- « pire, on lui enseigna la rhétorique, la jurispru- " dence; et quand il fut arrivé à l'âge d'homme, ses « talents lui valurent le titre de sénateur. L'habileté w qu'iliit paraître dans cette charge attira l'attention « de l'empereur Justin le Jeune, qui le nomma prî- « teur de Rome, principale magistrature de la ville.
« Alors Grégoire, voulant réunir l'amour des let-
" très à celui de la vertu, cultiva la science et la • piété au milieu des grandeurs, espérant que son " âme résisterait aux vanités du luxe. Mais il com-
■ prit bientôt qu'il est difficile de servir Dieu au milieu des pompes de la terre, et ses pensées se
' tournèrent vers la sainte retraite des cloîtres. La '< mort de son père l'ayant rendu possesseur de ter- ^' res, de maisons, de châteaux, de trésors considéra- « blés que ses ancêtres avaient longtemps accumulés, < il se trouva dans cette situation d'esprit où le >< monde se place entre Dieu et l'homme.
« Cependant, maître de choisir la plus illustre 'i alliance de Rome et de l'empire et de s'élever jus- (' qu'aux marches du trône, il n'hésita point dans sa ^ résolution; il quitta ses habits éclatants d'or et .< de pierreries, renonça à ses grandes dignités, em-
■ ' ploya ses immenses richesses à fonder des couvents " en Sicile, et donna aux religieux de ces pieuses '■ demeures des revenus qui les dispensaient de re- >i courir au pain de l'aumône. Il transforma même a son palais en monastère, et le dédia à saint André.
« Enfin, frappé de l'excellence de la foi clirétienue,
SAINT GREUOIUE !■
a il distribua aux pauvres ses vaisselles d'or etd'ar- « gent, ses meubles précieux, ses riches tentures; « il prit le grossier habit des moines et quitta le <t monde.
(■ Action plus admirable que l'abdication des rois <> qui déposent leurs couronnes lorsqu'ils ne peuvent (' plus en soutenir le poids! »
Les divers ordres religieux se sont disputé l'honneur d'avoir eu le pontife sous leur règle, et les bénédictins se sont montrés les plus ardents dans la lutte. Baronius et Antoine Gallon, savant prêtre de l'Oratoire do Rome, se sont opposés aux prétentions de ces moines, et la polémique qui s'est engagée à ce sujet a dérouvertlesiburberiesde l'ordre de Saint- Benoît. Le P. Gallon exhuma des bibliothèques de ces religieux un grand nombre de faux actes fabriqués au monastère de Mont-Cassin, et imprimés à Venise. Ces titres portaient les signatures apocryphes des papes et des princes, et attribuaient de
nombreux domaines et même des villes entières aux moines de ce couvent.
Saint Grégoire demeura plusieurs années sous la direction de Valentius, qu'il avait appelé près de lui pour gouverner le cloître de Saint-André, ovi il s'était retiré; et son intention était de passer sa vie entière dans l'humilité et dans l'obéissance. Cependant, après la mort de Valentius, les frères l'ayant élu supérieur du monastère, il se rendit à leurs prières et accepta la charge d'abbé. Dans la ferveur de son zèle pour la religion, il se condamnait aux rigueurs du jeûne le plus absolu, et s'appHquait tellement à l'étude des livres sacrés qu'il affaiblit son corps et tomba en langueur. Sa mère, retirée dans un lieu appelé la Gelle-Neuve, où depuis on bâtit un oratoire et le célèbre couvent deSaint-Labas, lui envoyait pour le nourrir des légumes crus tiempés dans de l'eau, qui lui étaient portés dans une coupe d'argent ; on raconte que Grégoire n'ayant plus rien ù ',8
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donner, ni or, ni argent, ni même de vêtements, l'offrit à un pauvre qui lui demandait l'aumône.
Ses abstinences lui causèrent bientôt d'horribles souffrances corporelles, qui ne l'empêchèrent cependant point d'écrire ou de dicter les sentiments que lui inspirait la lecture des livres sacrés.
Un jour, en traversant la place du marché aux esclaves, ses regards s'arrêtèrent sur de jeunes hommes d'une beauté remar([uable et d'ime blancheur extraordinaire, qui étaient exposés en vente; le saint demanda de quel pays arrivaient ces malheureux; le marchand répondit qu'il les avait aciietés dans la Grande-Bretagne, et qu'ils étaient encore enveloppés des ténèbres du paganisme. Celte réponse fit pousser un profond soupir à Grégoire: « Quel sujet de larcc mes pour un chrétien, s'écria-t-il, de penser que « le prince de l'abîme enchaîne encore à son empire « des peuples d'une forme si ravissante ! pourquoi " faut-il qu'ils aient une âme priv^, îles trésors de « la grâce, qui seule donne aux hommes la véritable « beauté ! »
Aussitôt il se rendit au palais de Latran et supplia lé pontife Benoît d'envoyer des missionnaires en Angleterre afin d'y porter la parole de Dieu. Aucun ecclésiastique ne voulant remplir cette mission dangereuse, Grégoire offrit au saint-jièie ilr partir seul pour ces contriM's lointaine-;. Le pajn' ii':^ lui accorda sa demande qu'après d'instantes prières, craignant que le clergé et le peuple ne soulevassent une sédition lorsqu'ils apprendraient que Grégoire avait abandonné la ville sainte.
Le vénérable abbé sortit de Rome pendant la nuit, pour éviter les obstacles qui pourraient s'opposer à son voyage. Malgré ces précautions, son absence ayant été connue des Romains, les fidèles se rassemblèrent tumultueusement: a|>iès une iKliliération, ils ' se formèrent en trois tioupes menaçantes pour bar- J rer les rues par lesquelles Benoit se rendait à la cathédrale, et ils crièrent sur son passage : « Prenez « garde à vous, saint- père, vous avez oiïensé le bien- « heureux apôtre Pierre et causé la ruine de notre « ville, en permettant à Grégoire de quitter nos « murs! » Benoît, effrayé de ces cris et redoutant une sédition plus violente, s'engagea à faire partir des courriers pour rappeler le zélé missionnaire. Grégoire, qui n'était qu'à trente milles de Rome, fut ramené en triomphe. L'année suivante il fut nommé diacre de l'Église; il refusa néanmoins d'abandonner la solitude, et demeura enfermé dans son monastère de Saint-André. Enfin à l'avènement de Pelage II au trône pontifical, ayant été choisi comme ambassadeur du saint-siége à Constantinople, pour obtenir de l'empereur des secours contre les Lombards, il quitta sa retraite, et partit suivi de plusieurs moines de sa communauté.
A son arrivée il eut à combattre la doctrine du patriarche Eutychius, qui enseignait qu'après la résurrection notre corps cessait d'être palpable et devenait plus subtil que l'éther, sentiment alors regardé par l'Eglise latine comme un reste de l'hérésie d'Origène.
Pendant son séjour à la cour impériale, le légat forma des baisons d'amitié avec les hommes les plus recommandables, et s'attira leur estime par la pro-
fondeur de son jugement et par la
mœurs. Il fut ensuite rappelé à Rome par le pontife,
auquel il rendit compte de l'heureux succès de ses
négociations.
Pelage voulut par reconnaissance l'attacher à sa personne en qualité de secrétaire, mais Grégoire supplia le saint-père de lui permettre de rentrer dans sa rettaite de Saint-.André. Il retourna en effet avec ses moines, et les soumit à une discipline si rigoureuse, que sa sévérité, dégénérant en cruauté, excita une rébellion parmi les religieux. L'abbé revint enfin à des sentiments d'humanité, et sa charité lui fit trouver des ressources infinies pour soulager les misères du peuple pendant les fléaux qui venaient de transformer la ville sainte en une affreuse solitude. Il engagea les biens du couvent pour nourrir les citoyens ruinés par les débordements du Tibre; et à la tête de ses moines, il parcourut les rues de Rome pour enlever les cadavres des malheureux cpii avaient succombé à la peste.
Pelage II étant mort de la contagion, le sénat, le clergé et le peuple élevèrent au souverain pontificat le diacre Grégoire, en reconnaissance de sou ardente charité et des services qu'il avait rendus à Rome. Mais par humihté il refusa ce glorieux fardeau : bien différent en cela de ces prêtres avides qui ambitionnaient les dignités. Il écrivit même à l'empereur pour le supplier de ne pas confirmer son élection et de faire ordonner le plus digne à sa place. Le saintpère, persuadé que sa demande serait approuvée par la cour de Constantinople, résolut de se dérober à tous les yeux jusqu'à Tépocpie de l'exaltation d'un pape, afin de pouvoir rentrer dans son monastère de I Saint-André. Le gouverneur de Rome intercepta la I lettre de Grégoire, et par ses ordres des émissaires ! se répandirent dans la campagne pour découvrir la retraite du pontife. Enfin des bergers le tirèrent 1 d'une caverne et le ramenèrent à la ville, où il fut I cbnsacré malgré sa résistance.
( La conduite de Grégoire n'a pu le préserver des soupçons de dissimulation et d'hypocrisie, et des auteurs recommandables affirment que l'orgueilleux diacre avait voulu ajouter à l'honneur de la dignité suprême, la gloire de l'avoir refusée ; sans admettre cette accusation contre Grégoire, nous dirons cependant que l'ambition la plus effrénée se cache quel- ([uefois sous les apparences de l'immilité.
La cérémonie de la consécration eut lieu dans la basilique de Saint-Pierre, et les Romains élevèrent sur le trône de l'Éghse un homme pieux, éclairé, capable de propager l'instruction des fidèles par ses ouvrages, par ses prédications, et dont la politique habile devait disposer favorablement l'esprit des souverains pour les intérêts temporels de la religion. A cette époque, les évêques, après leur ordination, envoyaient leur profession de foi et des lettres synodales aux chefs des grands sièges ; Grégoire pour se conformer à l'usage, convoqua un concile, et adressa ses lettres aux prélats les plus considérables du clergé d'Orient et d Occident.
N'imitant point l'exemple de ses prédécesseurs, qui vivaient dans de somptueuses demeures, entourés d'esclaves nombreux, il ne retint à son service que des clercs et des religieux, afin que son palais rap-
s AINT GRÉGOIRE I«
pelât l'austérité des monastères. Les revenus de son Eglise étaient employés au soulagement des pauvres, et toutes ses journées consacrées à l'éducation des enfants et à l'instruction des fidèles.
Dès le commencement de son pontificat, sa sollicitude s'étendit jusijiraa clrrui' de Sicile, aucjuel il ordonna de tenir rli;ii|ue anm'i' nu i-mn il.' pour régler les affaires ecclesiastii|Ue-<. 11 , rnvil ejisuite à Justin, gouverneur de cette province, ]iour se plaindre de sa négligence, le menaçant de l'accuser auprès de l'empereur, malgré l'amitié c[ui les unissait, d'avoir causé la ruine d'une ville immense en ne lui fournissant pas les blés destinés au peuple de Rome. Car dans ces siècles de barbarie, l'imprévoyance des princes ou l'avarice des gouverneurs occasionnait souvent des pestes et des famines qui décimaient les malheureux peuples.
Saint Grégoire voulut profiter de la terreur profonde que les fléaux avaient inspirée aux esprits, afin de ramener les hérétiques; et dans ses déclamations il montrait les portes de l'enfer ouvertes pour les recevoir. Ses projets échouèrent cependant, et ses exhortations sur la rigueur des jugements de Dieu n'empêchèrent point les évèques d'Istrie de persévérer dans leurs désordres et daîis leur schisme. Il entreprit également de réformer la conduite scandaleuse des prêtres dans toute la chrétienté ; mais le clergé lui opposa des obstacles invincibles en Espagne, en Lombardie, à Naples, dans la Fouille, en Africpie et même en France.
Le pontife convoqua un concile dans la ville sainte pour juger Sévère, patriarche d'Aquilée, auquel l'empereur Maurice avait donné ordre de se soumettre aux décisions de Grégoire. Malgré les dangers aux- C[uels ils s'exposaient, les évèques de la province engagèrent Sévère à résister aux volontés du souverain; ils écrivirent à Maurice que le pontife latin ne pouvait pas être leur juge, étant déjà leur accusateur; ils se plaignirent des violences qu'il exerçait contre eux et de ce qu'il voulait les contraindre à rejeter les trois chapitres, que la cinquième assemblée œcuménique avait approuvés. L'empereur appréhendant que les schismatiques ne se jetassent entre les mains des Lcwnbards, écrivit au pape que la confusion dans laquelle était plongée l'Itahe ne permettait pas d'user de rigueur envers les prélats ; qu'il fallait attendre un temps plus opjiortun pour les soumettre ; et il chargea Romain, exanjue de Ravenne, d'empêcher toute persécution contre eux, avec recommandation expresse de remplir ses ordres. Grégoire, voyant ainsi s'anéantir les projets qu'il avait conçus pour la réunion des chefs du clergé d'Istrie, s'écria : « Les « armes des barbares font moins de mal à la religion « que la faiblesse coupable de l'exai-que et de l'em- « pereur. » Ainsi Grégoire, qui avait condamné la persécution contre les Juifs, voulait cependant contraindre les hérétiques à rentrer dans le sein de l'Église orthodoxe; tant l'esprit d'intolérance offre de contradictions chez les prêtres !
Les voies de rigueur lui étant fernu'es, il eut recours aux caresses, aux séductions et :mx pi l'senis ; il adressa des lettres à un grand nomluc de schismatiques, et finit par obtenir leur réunion à son siège. Cependant, comme il est difficile aux hommes d'avoir
des principes constants dans leur conduite sur des sujets contraires à la raison, le pape, dominé par
son intolérance, mêlant encore le fanatisme à la religion, voulut qu'en suicliarijeàl d'impôts ceux qui relusaient (i'adhi'i-er à s-s senlnnents, et ordonna à Colomb, évèi|ue lie Xuniiilie, et au gouverneur de l'Afrique de ivpi imn i iujieMl ri l'insolence des donatistes. Ensuileil rei lierclia lalliaiice des Lombards, afin d'obtenir leur protection pour les provinces d'Occident et pour la chaire de saint Pierre. Enfin, le roi Autharis étant mort, il écrivit à la reine Théodelinde, et la supplia au nom du Christ de consentir à son union avec le prince de Turin, pour augmenter la gloire de la religion en convertissant le monarque à la foi catholique.
Séduit par les charmes de sa nouvelle épouse, le jeune duc consentit, en effet, à embrasser le christianisme; et, par son exemple, il entraîna à sa croyance ceux de ses sujets qui étaient encore idolâtres ou ariens.
Grégoire éprouva une joie extrême du succès de sa politique, et, dans une lettre adressée à Théodelinde, il exalte les vertus de cette reine . donne de grands éloges à l'ardeur de son zèle, et la remercie d'avoir détruit l'arianisme, en rattaciiant les peuples lombards à l'Église romaine.
A cette époque, l'empereur rendit un décret par lequel il était défendu aux fonctionnaires publics ainsi qu'aux citoyens manpu's à la main gauche comme soldats enr.'ili's, d'entrer dans les rangs du clergé séculier ou r<''gnlier. Ia' pape toujous attentif aux intérêts du saint-siége, écrivit à Maurice : « Moi, qui suis au-dessous du ver cjui se plonge dans le sable, je ne puis m'empêcher d'élever la voix lorsque-j'entends proclamer une loi opposée aux préceptes de Dieu. Vous devez savoir que la puissance n'a été accordée aux souverains que pour diriger les royaumes de la terre et non le royaume des cieux; cependant les ordres que vous avez donnés touchent aux choses sacrées, "V^otre décret, seigneur, m'a causé une profonde affliction ; néanmoins soumis aux décisions impériales, j'ai envoyé dans toutes les parties de fOrient et de l'Occident vos édits. que je trouve condamnables. Ainsi je remplis le double devoir d'un chrétien en obéissant au monaripie , et en lui déclarant hautement mes sentiments sur l'injustice de ses actions. »
La même année 593, le saint-père fit le premier usage de l'autorité qu'il voulait s'arroger sur les autres Églises, en rétablissant dans les fondions sacerdotales un prêtre que le métropolitain de ]\Iilan avait excommunié , et en prétendant que le saintsiége avait le droit de surveiller toutes les élections pour cpi'elles fussent régulières ei canoniques. L'archevêque de Milan se soumit , mais l'évêque de Ravenne fut moins D)ii5sant; il refusa de céder aux avertissements de Grégoire, et adopta pour lui-même l'usage de porter le paUium, afin de montrer que sa dignité ne le cédait en rien à celle de 1 évêque de Rome. Saint Grégoire s'éleva contre celte nouvelle prétention , et adressa au pasteur merveilleux deux lettres véhémentes qui ne purent le ramener à des sentiments plus conformes à rhumihté évangélique.
On rapporte à la fin de l'année 593 la publication
de ses Dialogues , ouvrages indignes de la sévérité sacerdotale, remplis de miracles grossiers et de fables ridicules, qui furent reçus avec enthousiasme dans l'empire, et particulièrement en Italie. Les bénédictins affirment qu'ils avaient été écrits à la prière de la reine Théodelinde pour servir à la conversion des Lombards, plongés encore dans une ignorance profonde, et dont l'intelligence sauvage ne pouvait être frappée que par des prodiges bizarres et parles miracles les plus extraordinaires. Nous devons blâmer Grégoire d'avoir employé le secours de la superstition pour convertir les idolâtres, et surtout d'avoir voulu contraindre les fidèles mêmes àajouter foi à ses contes superstitieux. En effet , l'impératrice Constantine lui ayant fait demander des reliques de saint Paul, il répondit à l'ambassadeur qu'il n'osait satisfaire à ses ordres, parce qu'il était impossible de toucher ou de voir le corps du liienheureux apôtre sans être puni à l'instant de cette sacrilège témérité ; et à l'appui de sa fourberie , le saint-père lui raconta plusieurs miracles auxquels il paraissait accorder toute créance.
Quelque temps après, Jean le Jeûneur, chef du clergé de Gonstantinople, adressa au pontife les actes d'un jugement rendu contre un prêtrf grec accusé d'hérésie; comme, dans le rapport, il prenait le titre d évèque universel , le pape voulut réprimer l'ambition de Jean, et lui défendit au nom de l'Église d'élever son siège au-dessus de ceux des autres prélats. Maurice écrivit au saint-père en faveur du patriarche, et engagea Grégoire à se rétracter ; mais celui-ci, qui regardait cette question de prééminence comme un article de foi, qualifia de crime 1 usurpation du titie d'évêque universel et répondit au prince : « Jean le Jeûneur trouvera en moi un adversaire intraitable jusqu'au jour où il renoncera à son orgueil. » Il adressa des lettres sur le même sujet à Euloge d'Alexandrie et à saint Anastase d'Antioche, leur défendant de donner à aucun prélat le titre d'universel; et il écrivit à l'impératrice pour se plaindre de Maxime de Salone, qui méprisait ses défenses et ses excommunications.
Au commencement de l'année 595, des affaires plus graves que la contestation du titre d'œcuménique donnèrent de vives inquiétudes au pontife. L'exarque de Ravenne avait rompu les traités faits avec les Lombards, et s'était emparé sur eux de plusieurs villes importantes; ce qui avait si fort irrité Agiiulfe, leur roi, qu'il sortit de Pavie, sa résidence ordinaire, marcha avec une puissante armée sur Pérouse, la saccagea, et, malgré le respect qu'il portait au saint-père, vint mettre le siège devant Rome. Le pape, redoutant les effets de la vengeance de l'empereur, s'il consentait aune alliance avec les barbares, n'osa pas ouvrir les portes de la ville , et résolut de supporteras horreurs d'un siège. Il encouragea les Ro-, mains à une défense vigoureuse , afin de gagner du temps et pour attendre les secours que l'empereur devait envoyer de Grèce; enfin, comme il se voyait réduit aux dernières extrémités, il fit faire au roi Agiiulfe des propositions de paix qui
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furent acceptées ; et les Lombards se retirèrent chargés de butin, emportant tout l'or que renfermait la ville sainte.
Maurice blâma sévèrement Grégoire d'avoir trai té avec ses ennemis , et il lui adressa une lettre dans laquelle il appelle simplicité la confiance du saintpère en leur vénération pour sa personne sacrée. Le pape , blessé dans sa vanité, montra que l'humilité sacerdotale triomphe rarement de l'orgueil, et il reprocha vivement au monarque de l'avoir accusé d'ignorance et de simplicité.
Sa Sainteté expédia ensuite des lettres au roi Ghiidebert et à la reine Brunehaut, sous le prétexte apparent de leur recommander un prêtre qu'elle envoyait aux évêques des (jaules, mais en réalité pour solliciter leur appui.
Jean le Jei!ineur, ennemi irréconciliable du pontife, étant mort, Maurice éleva sur le siège de (Jonstantinople un prêtre nommé Cyriaque, homme d'un caractère paisible. Le nouveau patriarche, ayant assemblé un concile, selon la coutume, lit parvenir au saint-père sa lettre synodale et sa profession de foi. Les députés furent reçus avec honneur par le pontife; et, malgré le titre d'universel que prenait encore le patriarche , il répondit à cette lettre en avertissant avec douceur Cyriaque de renoncer au nom superbe et profane d'évêque universel. En même temps, il rappela de la cour impériale son légat, le diacre Sabinien, et envoya pour le remplacer dans ce poste difficile le prêtre Auatolius, auquel il défendit néanmoins de communiquer avec le patriarche, jusqu'au moment où le prélat consentirait à s'iminilier et déclarerait renoncer au titre d'œcuiiiéiiii|ue.
Les épîtres de Grégoire écrites à lempcreur ft aux chefs du clergé d'Alexandrie et d'.lntioche, afin dejustifier les ordres qu'il avait donnés à son envoyé, prouvent qu'il rejetait comme mensongère l'histoire de Sozomène, et qu'il n'approuvait pas les louanges que l'auteur donne à Théodore de Mopsueste. Ces lettres laissaient supposer qu'il ne croyait même pas à l'existence d'Eudoxe, l'ancien chef des purs, dont la secte remontait au règne de Constantin, préférant, par une bizarrerie inconcevable, encourir les reproches d'une ignorance grossière des écrivains sacrés et des Pères, à la honte de reconnaître pour hérétique l'une des plus grandes lumières de l'Eglise. Mais les actions de Grégoire établissent d'une manière si incontestable l'étendue de ses connaissances, qu'elles forcent à rejeter sur sa politique les écarts de son esprit, et qu'elles nous obligent à convenir qu'il était capable de tout oser pour conserver à la religion l'auréole de majesté dont il voulait l'entourer.
Lorsqu'il n'était encore qu'abbé du monastère de Saint- André, Grégoire avait déjàemjjloyé tous ses efforts pour établir des missions dans les îles Britanniques; lorsqu'il fut chef de l'Église, il résolut de mettre ses projets à exécution. L'Angleterre était alors troublée par des guerres sanglantes excitées par Ethelbert, qui régnait dans cette contrée, et qui avait fait demander en mariage Aideberge, fille de Caribert, roi de France. Ce mo-
JUSTÛIIIE llES J'AI'KS
narquc avait répondu qu'il consentirait à une alliance avec lui lorsqu'il aurait renversé la puissance du roi Geolin, dont il était le vassal : quelque temps après Éthelbert ayant déclaré son royaume de Kent indépendant, s'unit en effet à la fille du monarque frank. La jeune princesse otiiil rlirélirnnc, et comme il est
dans la naturede l'iio ir Je r/'liTaux influences des
fc^mmes, le roi monlu ImimiI,,i .h's dispositions favorables pour la religion nouvelle. Aldeberge en instruisit aussitôt la cour de Rome; et des missionnaires reçurent l'ordre de se rendre dans la Gmnde- BretaLiiii', uiipirs de la reine.
A]iirs un \n\,me périlleux, Augustin, abbé de Saint-Amlii' , ilicf de la mission, débarqua sur les côtes de la province de Kent, et fit avertir Éthelbert qu'il venait d'une région très-éloignée de son royaume, afin de l'instruire des vérités sublimes qui devaient lui assurer un bonheur éternel. Le roi , ac compagne de sa femme et des officiers de sa cour, alla au-devant du missionnaire, qu'il- ne voulut entendre qu'en pleine campagne, dans la crainte de succomber à des sortilèges , qu'il croyait empêclier par cette précaution singulière.
Augustin parla longuement au souverain sur les dogmes sacrés de l'Évangile. Le prince s'étant fait expliquer les paroles du religieux, lui répondit : « Ce que je viens d'apprendre est grand , et vos promesses m'attirent à vous; cependant je ne suis ])oint encore déterminé à quitter la croyance que j'ai reçue de mes ancêtres , surtout pour une religion fondée sur le témoignage d'hommes qui me sont inconnus. Mais, comme vous avez entrepris ce long. et pénible voyage pour apporter à mon peuple des biens que vous croyez réels, je ne vous renverrai pas sans vous écouter encore, et je prendrai soin que vous soyez traité avec honneur dans mes états. Si mes sujets , convaincus par vos discours , désirent partager vos croyances, je ne m'opposerai pas à ce qu'ils se fassent baptiser. »
Les missionnaires s'établirent à Gantorbéry et firent un grand nombre de conversions. Aldeberge de son côté pressait son mari de s'instruire des dogmes de la religion chrétienne, et le menaçait même de rompre avec lui ses relations d'épouse s'il persévérait dans l'idolâtrie. Le prince, fatigué des obsessions de la reine, consentit enfin à recevoir le baptême. L'exemple du chef a toujours une grande influence sur les peuples barbares ; aussi les Anglais accoururent-ils en foule pour recevoir l'eau sacrée qui devait les régénérer.
Augustin fut établi évêque de l'Eglise qu'il venait de fonder; quelques années après, le succès de ses conversions avait déjà recruté un nombreux clergé, qu'il songea à soumettre à l'autorité du pontife. Il réunit alors tous les prélats d'Angleterre pour leur fiiire connaître les ordres qu'il avait reçus de Rome ; et en sa qualité de légat, il ouvrit la séance sans même se lever de son siège. L'assemblée, offensée de l'impudence d'Augustin, apporta des obstacles invincibles à sa volonté, et le célèbre Dinoth, abbé de Ranger, lui parla en ces termes :
« Vous nous proposez de nous soumettre au trône de l'Apôtre, orgueilleux prélat ; ignorez-vous donc que déjà nous sommes soumis au Christ, à votre
pape, et à tous les chrétiens par les liens de l'amour et de la charité? Nous recherchons avec ardeur l'humilité évangélique, nous employons tous nos soins à instruire, à secourir les hommes, et à les faire devenir enfants de Dieu, et nous ne connaissons point d'autre devoir à remplir envers celui que vous appelez saint-père.
<> Quel besoin avons-nous d'aller chercher un supérieur à Rome, puisque nous sommes gouvernés, sous la puissance de Jésus-Christ, par l'évêque de Caerléon, que nous avons choisi pour diriger nos Églises et nos consciences? Ainsi n'insistez pas davantage, nous refusons votre chef suprême ! » Augustin, désespérant de vaincre leur résistance, après une longue discussion, s'écria : « Puisque vous refusez la paix que je vous propose avec vos amis, abbé Dinoth, vous ;i\\m la guerre avec vos ennemis, et leurs glaives v.ms Ii,i|i|m lunt de mort. « Ces paroles ont été inteiiir.'!,is i (iimne une prédiction qui fut accomplie par If massacre des moines de Ranger. Cependant, en supposant la réalité de cette prophétie, il est très-probable que la vengeance italienne, ou ce qu'on appelle la haine des prêtres, aura concouru à l'accomplissement de la prédiction du prélat.
Grégoire écrivit à la reine Biunehaut pour la remercier de la charité qu'elle avait exercée envers Augustin. Dans toutes les lettres que le pontife adressait à cette femme exécrable, il la comblait de louanges emphatiques, affirmant que la plus heureuse des nations était la France, qui possédait une reine douée des vertus les plus rares et des
qualités les plus brillantes Il est vrai de dire que
Brunehaut, alliant la superstition à la cruauté, répandait des richesses considérables sur le clergé pour fléchir la justice divine; les basiliques, les monastères se multipliaient par ses ordres, et elle courbait son front dans la poussière lorsqu'elle entrait dans les temples pour demander à Dieu le pardon de ses empoisonnements ou de ses infanticides ! ! !...
Vers le même temps l'exarque romain mourut à Ravenne; le pape n'ayant plus à redouter les investigations d'un homme qui s'était toujours opposé à ses envahissements, put enfin s'occuper d'établir des relations d'amitié avec les Lombards, et conclut avec le roi .\gilulfe un traité qui assurait une protection puiss.-iiih' ,in s.-iint-siége.
(in-niic iv( ul ensuite les députés des fidèles de Gapi iii' , l'iNniuc de cette île, située au fond du golfe de ^'enise, se plaignait d'avoir été entraîné dans le schisme des prélats distrie pour la défense des trois chapitres, et témoignait le désir de se réunir au siège de Rome ; mais avant même d'avoir reçu une réponse du saint-père, il changea de sentiments. Alors son peuple, qui était disposé favorablement pour l'unité, envoya demander au pontife un autre directeur. Le pape écrivit à Marinien, métropolitain de Ravenne, le chargeant d'ordonner un autre évêque à Caprite, si le titulaire refusait sa communion, et lui enjoignant de déposer solennellement cet hérétitfue, sans s'inquiéter des ordres de l'empereur Manrici', ipii avait défendu les violences contre les schismali.pu's.
Ainsi le fanatisme de l'orthodoxie ne respectait ni l'autoriié des princes ni l'intérêt des nations ; et la
SATNT GRÉGOIRE 1-
conduite de Grégoire nous déiiionlic Li réflexions de Bayle : « S'il est \r.ii i[iu ne sont que des doctrines humaines, allrilnu'cs à Dieu par la fourberie des |iirln's. et iiii|iosi''e aux nations par les puissants do la ten c alin de 1rs Icnir sous le joug d'une obéissance passive, et défaire servir à leurs jouissances les sueurs et le sang des malheureux peuples, il faut avouer aussi que les princes sont IdinlH's les iiremiers dans les pièges qu'ils a\aienl len^lns ;\ llnnuanitc ! ■•
Pour i)|iei'er la n'uuion des liéréli([ucs au trône de saint Pierre, Grégoire employa toutes les ressources de sa politique. Anatolius, son légat cà la cour de Maurice, avait ordre d'accueillir favorablement les chrétiens qui se rendaient à Gonstantinople pour abjurer le schisme d'Istrie; il lui était recommandé également de solliciter pour eux la protection do l'empereur, et d'obtenir des pensions pour les nouveaux convertis. Aussi, l'intérêt d'une part, la crainte des tourments de l'autre, secondèrent les vues du pontife et amenèrent des conversions nouilireuses.
L'évêque Maxime seul, méprisant l'or et les foudres du saint -sié,i;o, pei'sista dans l'héiV'sie, continua l'exercice des lonctiiins l'pisriipal 'S dans la ville de Salone, et accusa même (iregou-e il'avuir empoisonné révê([ue Malchus, ([ui s'opposait également à ses dessins. Le pape répondit que le prélat était mort subitement le jour de son excommunication, dans la demeure du notaire Boniface, où il avait été conduit après sa condamnation. Alors Maxime appela le saint-père traître et hypo:rite, empoisonneur et meurtrier: il lennnvola son accusation, offrant de fournir les ineuvi's que Malchus avait été sacrifié à la haine du saint-père.
Grégoire, poussé par une ambition insatiable, voulut étendre l'autorité pontificale sur toute la chrétienté. Il envoya flvriaqiie. alilié du monastère de Saint-André, dans les (laulex |,iinr assembler le clergé de ces pro\iuees ei les (lis]M,-i'r a leniunâître son pouvoir. Le jiiélat de\aiit s'arrèler i Maiseille, le pape écrivit à Séiénus. i''vèi[ne : Nous vous adressons notre ambassadeur, vous priant de rarcueiilir avec tous les honneurs qui sont dus à nelie, >i('.,'e, et de subvenir aux frais et aux (ir'|ieiises .le sa su,(e.
« Nous vous louons en Jésus-l ilnisi m>Mi iie,cher frère, du zèle que vous ave/, umnln'' en luisanl les images (jue votre peuple admail. el ikjus \oiis applaudissons d'avoir l'ait jeter liorsdu lieu saini les idoles sorties de la main des limiimes, |iuisqu'elles usurpaient l'adoralKin due seidenienl à la Lninih'.
« Cependant votre ardeur vous a empuiN' Ini)! loin; vous auriez dû les transformer par quelques mutilations en saintes représentations de nos martyrs. et les conserver dans vos temples. Car il est periius de placer des tableaux dans les ('glises, alin que les simples apprennent à connaître les divins niyslères de notre religion qu'ils ne peuvent étudier dans les saints livres. »
Sérénus, à la lecture de cette lettre, manifesta sa surprise de la doctrine singulière ipu' l'/^vèque de y exposait. « (Je n'est punil ainsi ipie pen-
Uor
saient les Pères, dit-il à l'cuvo)!' de (li ('■gnire. Moïse a foi'mellement défendu de faire des images modelées ou peintes, ni de s'attacher à rien de matériel.
in de n'occuper l'esprit des hommes que des objets li se conçoivent par l'mtelligence, sans le secours un sens corpiu-el. Saint Clément d'Alexandrie afrme ([u'il est e\|n e-^iaueni dideudu même d'exer- •r un arl propre a liomiier |i>s Immmes, OU défaire uuiiie re|iii'>seiilalinn de i-e qui est au ciel, sur la parce (|ue, dit il, celui C[ui s et les iiniiil H élises géuéra- ,,lus im'a.rr-aMe -p.e'les ub-
dans le , dieux
talent le Christ ou la Vierge? Origéne n a-t-il pas proscrit le culte des images par la considération seule qu'elles sont les œuvres d'hommes do mauvaises mœurs? Que diraient tous ces grands saints s'ils voyaient, comme nous, exposés dans nos temples, à l'adoration insensée de la foule, des statues du Sauveur, qui ne sont autres que les portraits exacts des larrons qui ont servi de modèles aux
peintres, tent les pieux ( \ crété 1111
loi ([Ue je dnis :
de lapiimilixe 1 qu&a,riu., da portail i|ue ,lesi gare sou iiortr;
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ures (le ^'iorgcs qui represenes |iio-iilui'es'.' Enfin, ajouta le ( oieile .rCivire n'a-il-pas dé- II eiille uo devaient pas se voir le di'cision catégori([ue est la ; l'est la doctrine des Pères et ■ L'aliho Cyiia(|uo lui ri'pondit
même avait rns>:)r au lui Ablint dans le ciel, et que cette ville d'Edesse de la fureur des e de Justinien. Cette autorité lie au pridal. ipii persista dans i\il les images de sou église.
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L'abbé Cyriaque se rendit ensuite à Aulun pour remettre à Siagrius, évoque de cotte ville, la lettre du pape, ipii lui accordait le pallium et donnait à son sn'ge le premier rang dans la province, après rivalise mi'tropolitaine de Lyon. Le saint-père reeommaudail aux ]irrdats des (iaiiles d'assembler fréipieinmeiit le eler-i' alin di' n'^ler les affaires ecclé^ siaslrpies; il dideuil ni aux piètn'sde garder dans leurs demeures d'autres femmes que celles autorisi'- s ]iar les canons, et condamnait les ordinations simoniaquos, ainsi que l'élévation des la'iques aux
.Vpiès a\oii rempli diverses missions dans la Caille, Cyiiaipii' se reudi en Espagne, où il devait porter plusieurs lettres : l'une était adressée à saint L'andro, l'antro l'i Claude, persnunago d'une grande \)[r[r et capitaine habile, et enfin la li'oisièine était desiiuoe au souverain du pays, ap])elé Récarède. Cn'goire doniiail de grands éloges au prince sur le zèle qu il a\ail manifesté pour la religion dans la 1 loi lis SOS sujets, ol surtout parce ;si' l'or que les .Iiiil's lui otfraient en révocation des lois cruelles portées contre eux. Le pontife lerininait sa lettre par des conseils de la plus odieuse poliiiip.ie : « Ayez soin, prince, lui disait-il, de ne pas vous laisser surprendre par la colère, et de ne pas exécuter trop promp-
convers (■[u'il av
écha.
tcment ce que vous permet votre puissance. En châtiant les coupables, la colère doit marcher après la réHexion et obéir comme une esclave. Quand la raison est maîtresse des actions d'un roi, elle sait l'aire passer pour justice la cruauté la plus implacable, pour louables les actions les plus coupables, et elle maintieni les peuples dans l'asservissement.
Pour remercier Récarède des riches présents qu'il avait faits à l'Eglise pontificale, le pape lui envoyait une petite clef forgée avec le fer des chaînes de saint Pierre, un crucifix renfermant du bois de la vraie croi.x, et des cheveux de saint Jean-Baptiste ! ! !
Vers le même temps, Grégoire écrivit à Jean de Syracuse au sujet des cérémonies religieuses qu'il pratiquait à Rome et qu'il l'engageait à adopter dans son Eglise; cette épitre remarquable témoigne qu'il avait déjà réformé la célébration de l'office divin, et qu'il avait introduit un grand nombre d'abus dans la religion chrétienne. Le culte fondé par les apôtres sui la simplicité des âges primitifs, avait été entouré dès le sixième siècle de la pompe des cérémonies du paganisme; et saint Grégoire, dont la poHtique consistait à frapper les sens des hommes, afin de les enchaîner à l'Église par les liens de la superstition, matérialisa le culte plus encore que n'avaient fait ses prédécesseurs. Il ordonna de nouvelles pratiques religieuses dont l'éclat imposait aux peuples grossiers; il remplit les temples de tableaux et d'ornements précieux, il fit exposer des statues de saints et de saintes, de marbre ou de pierre, et il temporisa même avec les croyances des nations idolâtres, en introduisant leurs rites et leurs dogmes dans la religion du Christ.
Nourri de la lecture des auteurs latins, il avait appris de Virgile « que les âmes humaines sont enfermées dans la prison obscure des corps, ou elles acquièrent une souillure charnelle, et qu'elles conservent un reste de corruption même après être sorties de la vie du monde. » Le poète avait dit : « Pour les purifier, on leur fait souffrir divers genres de supplices ; les unes, suspendues dans Féther, sont le jouet des tempêtes; les autres expient leurs crimes dans l'abîme des eaux ; la flamme dévore les plus coupables; aucune n'est exempte de châtiment.
« Il est quelques ombres placées dans les champs délicieux de l'Elysée, où elles attendent qu'une longue révolution d'années les ait purifiées des souillures de l'existence terrestre, et les ait rétaWies dans leur première pureté, essence suprême, émanation de la divinité. Après mille printemps passés dans ce séjour profond, elles le quittent, et Dieu les rappelle sur les bords du Léthé.... »
Dans ses Dialogues et dans ses Psaumes de la pénitence, Gtrégoire s'exprime ainsi : « Lorsqu'elles ont été délivrées de leur prison terrestre par la mort, les âmes coupables sont condamnées à des supplices dont la durée est infinie; celles qui n'ont commis, pendant leur passage dans le monde, que des fautes légères, parviennent à la vie éternelle après avoir été régénérées par des flammes purifiantes M En rapprochant ces deux passages, on voit
évidemment que le saint-père a pris au paganisme le dogme du purgatoire, qui était inconnu aux apôtres, aux premiers fidèles, et dont il ne se trouve aucune trace, soit dans les ouvrages des docteurs de
l'Église, soit dans la prière des morts, en usage dès le temps de TertuUien.
Saint Grégoire, toujours fidèle à sa politique d'envahissement, profitait habilement des habitudes des païens pour les conquérir au christianisme, comme il le témoigne lui-même dans une lettre adressée à Augustin, apôtre de l'.Angleterre. Après différentes considérations sur la manière dont les prélats devaient consacrer au service divin les temples profanes, il lui dit : « Gardez-vous de renverser ces édifices ; il suffit de briser les idoles qu'ils renferment et de purifier l'enceinte avec de l'eau consacrée. Vous pourrez ensuite élever des autels chrétiens et déposer des reliques sous les voûtes sanctifiées. Rappelez-vous aussi qu'il faut ravir au démon les monuments de son culte et non les anéantir ; d'ailleurs, en les conservant, vous serez utile à la cause de Dieu, car les païens dont les pas foulent souvent le seuil de ces demeures, se convertiront afin de prier encore dans ces lieux accoutumés à leur voix ; et ceux qui ont l'habitude d'immoler des victimes à l'enfer seront détournés de leurs sacrifices impies par la splendeur de vos cérémonies rebgieuses.
« Au jour de la dédicace, ou de la mort des saints martyrs dont les restes sacrés seront déposés dans la nouvelle église, vous ferez des tabernacles de rameaux d'arbres autour du temple, et la fête sera célébrée par des festins pieux. Dans ces solennités, vous permettrez aux peuples d'immoler des animaux suivant l'antique usage, pour qu'ils en rendent grâces à Dieu et non aux mauvais esprits. Vous conserverez quelques-unes de leurs anciennes coutumes, et alors ils consentiront plus facilement à pratiquer le nouveau culte que nous voulons leur imposer. »
Le pontife s'appliqua également à réformer la psalmodie de l'Église; il composa le fameux chant grégorien, dont tous les écrivains ecclésiastiques font le plus grand éloge ; quelques auteurs affirment mêtoe qu'il n'y avait rien de plus admirable que la conception de son antiphonaire. Malgré les souffrances qui l'accablaient et les occupations du gouvernement, il régla lui-même la musique des psaumes, des hymnes, des oraisons, des versets, des cantiques, des épîtres, des évangiles, des préfaces et de l'oraison dominicale. Il institua l'académie de chantres, où les clercs étudiaient la musique religieuse jusqu'au temps de leur entrée au diaconat. Le saint-père en était le professeur principal, et on conserva longtemps, au palais de Latran, le lit sur lequel, étant malade, il enseignait le chant des hymnes sacrées, et le fouet dont il menaçait les jeunes clercs et les enfants de chœur qui manquaient la mesure.
Grégoire, ayant appris qu'un concile avait été convoqué à Gonstantinople par les ennemis du saintsiége, s'empressa de prévenir les principaux évêques des projets ambitieux de Gyriaque. Le saint-père les exhortait à maintenir l'autorité de Rome sur Byzance, et à refuser au patriarche le titre orgueilleux d'évêque universel.
En même temps il adressait une lettre à l'empereur Maurice, pour le remercier des trente livres d'or qu'il avait envoyées aux pauvres de Rome : a Nous avons, disait Sa Sainteté, fidèlement partagé