‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 63 sur 125 · SAINT GRÉGOIRE I · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE I

Les religieux de saint Benoit

vos aumônes entre les familles malheureuses, les ecclésiastiques nécessiteux et les religieuses que nous avons recueillies dans notre ville et qui fuyaient la persécution. En cuire, pour faire cesser les murmu-

res de la milice et pour vous attirer des actions de grâces, nous avons fait payer aux troupes la solde qui était due depuis plusieurs mois. »

L'anuécj suivante, le pontife assemljla un synode

pour condamner la secte des agnoïles; ces liérétiqiies soutenaient cpie Jésus-Christ, par son incarnation, ayant pris la nature humaine, jouissait des mèraos facultés que les autres hommes, et que pendant le cours do sa vie mortelle il n'avait pu obtenir le don des langues, ni la révélation du jugement dernier, Euloge d'Alexandrie se déclara également contre la nouvelle hérésie, et Grégoire lui écrivit à ce sujet : « J'ai admiré votre doctrine, dont la conformité avec celle des Pères me fait comprendre que le Saint-Esprit s'est révélé de la même manière dans tous les idiomes. Ainsi il est manifeste que l'homme qui n'est pas nestorien ne peut être agnoïte. Ne laissez point ralentir votre zèle pour l'orthodoxie, vous à qui la santé du corps donne la force d'accomplir la volonté de l'intelligence ; proscrivez courageusement les hérétiques. Pour moi, je sens que je succombe aux souffrances qui m'accablent; depuis près de deux ans, mes pieds ne touchent plus le sol ; les jours de fêtes solennelles, à jieine puis-je rester debout quelques instants afin de célébrer l'office sacré. La vie m'est à charge ; j'attends et j'appelle la mort comme le seul remède à mes maux. )>

En ellVt, les souffrances du saint-père, suites des austérités qu'il s'était imposées, augmentaient chaque jour ; et il écrivait à une dame romaine, appelée Justinienne, tourmentée du mal qui le déchirait : « Vous savez combien ma stature était puissante et ma santé vigoureuse; maintenant le mal affreux de la goutte m'a consumé comme le ver du sépulcre. Si ces douleurs incessantes ont pu appauvrir ainsi mon corps, que deviendra le vôtre, déjà si frêleavant cette maladie cruelle? »

Cependant Grégoire, malgré ses souffrances continuelles,-ne cessait point de veiller aux intérêts de l'Église romaine; il défendit aux évêques de diminuer les domaines et les revenus ou d'altérer les titres des monastères ; et il leur enleva la juridiction sur les couvents de leurs diocèses. Il ordonna aux moines de s'assujettir à toutes les rigueurs de leurs règles, et rendit un décret qui commandait aux prêtres de se séparer des femmes légitimes ou illégitimes avec lesquelles ils vivaient. La sévérité du pontife eut des conséquences terribles et causa un nombre prodigieux d'infanticides.

Un historien raconte qu'une année après la publication de cet édit, Grégoire ayant donné l'oi'dre de pêcher dans les viviers qu'il avait fait construire pour conserver le poisson, on retira de- l'eau six mille têtes d'enfants nouveau-nés. Le saint-père comprit alors c{ue son décret était contraire aux lois de la nature ; il le révoqua aussitôt, et s'imposa une pénitence sévère afin d'obtenir de Dieu le pardon des cruautés abominables dont s'étaient rendus coupables les prêtres de son Église, et dont il était la première cause.

A cette époque, Grégoire renvoya en Angleterre l'ecclésiastique Laurent, que l'évèque Augustin avait député à Rome depuis trois ans; il le chargea de ses réponses aux questions qui lui avaient été adressées par le prélat de Cantorbéry, et lui remit ses lettres pour le roi de Kent et pour sa femme la reine Berthe, cpi'il appelle Aldeberge. Il remercie cette princesse delà protection qu'elle accorde à Augustin,

il la compare à sainte Hélène, mère de Constantin, dont Dieu s'était servi pour convertir les Romains à la loi chrétienne, il l'exhorte à raffermir le roi son époux dans la religion, et l'engage à s'occuper surtout d'amener ses sujets au christianisme, v Vos « bonnes œuvres, lui dit-il, sont connues non-seu- « lement dans notre ville apostolique, où l'on prie « avec ardeur pour la durée de votre règne, mais « encore à Constantinople , où la renommée les a « portées jusqu'au trône de l'empereur. »

Il recommande au roi Étlielbert de conserver fidèlement la grâce qu'il a reçue par le baptême, d'abolir le culte des idoles, auquel les peuples se montraii-nt encore attachés, d'étabhr les bonnes mœurs à sa cour, en employant les menaces, les caresses, et principalement par son exemple ; enfin, il le prie de donner son entière confiance à l'évèque Augustin et de suivre fidèlement les instructions de l'Église.

L'année suivante il écrivit en ces termes aux prélats de la province de Byzance : «Il est louable, « mes frères, de respecter ses supérieurs ; cependant « la crainte de Dieu n'autorise point à dissimuler « leurs fautes. Depuis longtemps j'ai connaissance « des accusations portées contre Clémentin, votre ce primat, et je n'ai pu vérifier si elles étaient légi- « times; le soin de mes peuples et la \'igilance qu'il « me faut déployer contre les ennemis qui nous en- « vironnent, ne me laissant pas une heure poui « examiner des plaintes aussi graves, nous vous ce exhortons à vous informer avec zèle de la conduite ce de notre frère ; s'il est coupable, il faut qu'il soit ce puni selon les canons; s'il est innocent, vous dece vez le justifier. Celui d'entre vous qui montrera ce dans ce jugement de la lâcheté ou de la faiblesse, ce qu'il sache que Dieu le condamnera pour les mêmes ce crimes qu'il aura voulu dérober à notre justice. »

En France, la reine Brunehaut et le roi Théodoric, son petit-fils, employèrent" la médiation de saint Grégoire afin de conclure la paix avec l'empire. Ils consultèrent également le saint-père sur un point de discipline i-elatif à un évêque de France, qui éprouvait dans la tête des douleurs si violentes qu'elles le rendaient insensé, et l'empêchaient de remplir les fonctions épiscopales. Le pontife donna ses instructions au métropolitain de Lyon, sur la conduite qu'il aurait à tenir envers son suffragant, dans cette circonstance particuhère. Dans sa réponse à Bruneh.aut, il suivit sa politique habituelle pour les puissances du siècle, adressant de grands éloges à cette princesse sur sa piété, et de lâches flatteries sur la munificence qu'elle déployait envers le clergé. Il la prévenait, à la fin de sa lettre, qu'il accordait les privilèges demandés pour les deux monastères qu'elle avait fondés à Autun. Les actes de ces couvents renferment des clauses si bizarres, qu'ils ont été déclarés apocryphes par un grand nombre d'historiens.

En Orient, Phocas s'était emparé du trôneimpérial après avoir fait égorger Maurice et ses enfants. L'usurpateur envoya son portrait à Grégoire, qui le plaça, avec celui de l'impératrice Léontia, dans l'oratoire de Saint-Césaire, au palais de Latran. Sa Sainteté écrivit ensuite au monarque pour le féliciter de son heureux avènement à la couronne. Maimbourg, après avoir tracé un tableau affreux des crimes de Phocas, s' ex-

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