SEPTIEME SIECLE
Élection de Sabinien. — Sa dureté envers les pauvres. — Il accuse saint Grégoire d'avoir acheté le tilre de saint. — Il veut faire condamner comme hérétiques les livres de son prédécesseur. — Le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. — Saint Grégoire apparaît au pontife et le frappe mortellement.
Pendant le septième siècle, les évèques de Rome commencent à étendre leur domination spirituelle et temporelle; employant tour à tour la ruse et l'audace, ils courbent humblement la tète devant les mailres de l'empire lorsque ceux-ci sont puissants, et se révoltent contre leur autorité lorsqu'ils les voient vaincus par leurs ennemis ou dans l'impossibilité de les punir. II est vrai que les empereurs s'attirèrent par leurs fautes la haine des peuples et le mépris du clergé, d'abord en s' abaissant jusqu'à soutenir des thèses théologiques, jusqu'à épouser les querelles les plus ridicules sur les dogmes du catholicisme ; ensuite, ce qu'il y a de plus odieux, en poussant la fureur des cuntroverscsjusqit'à persécuter les infortunés ([ui avaient d'autres opinions que celles des princes. Au milieu de ces disputes oiseuses, les inli'vèts matériels des provinces étaient ué.nli^i's ; el lnui naturellement les citoyens qui étaient sépai'i'S des croyances du monarque s'habituaient à le regarder comme un ennemi, et cherchaient à secouer le joug.
Les papes profitèrent de cet engouement des empereurs pour les questions religieuses, cl ri'ndirent les disputes entre eux et leur.^' siijcis ]ilii;; vinleiitr
et plus acerbes, tantôt en se rangeant du parti des princes, tantôt en adoptant les opinions des sujets; ils acquirent ainsi un pouvoir réel qu'ils surent rendre de plus eu plus formidable, en s'appuyant sur la superstition et sur le fanatisme.
La conséquence de cet état de choses fut que les ténèbres de l'ignorance couvrirent le monde entier ; les papes en vinrent jusqu'à défendre aux fidèles d'apprendre à lire, sous peine d'excommunication; par leurs ordres, les monuments des temps anciens tombèrent sous la hache des prêtres ; les plus précieux manuscrits furent jetés aux llammes par les mains de ces Vandales couverts de la tiare, et l'humanité n'eut plus qu'à se voiler la face pour pleurer sur les riches trésors qui lui étaient ravis.
Ainsi se trouvaient méconnues, avilies, conspuées, les sublimes doctrines de Jésus-Christ, ainsi se trouvait interprétée l'intention du Révélateur 1 Les papes substituaient leurs caprices aux lois de l'Évangile, et se servaient de l'autorité qu'ils avaient usurpée en emiiloyant frauduleusement le nom du Christ pour opiirimer les hommes. Enfin leur audace était telle i|u'ils osaient dire : « Peuples, écoutez! Nous qui
« sommes les interprètes de la science suprême, nous <• vous déclarons que la vérité sort de notre bouche, « que nous avons le droit de vous imposer nos " croyances; et celui qui ne prêchera pas, qui n'en- « seigncra pas ce que nous prêchons, ce que nous u enseignons, sera poursuivi, condamné, excommu- « nié, fût-ce le Christ lui-même ! ! ! »
Le pontife qui commence la série des évêqucs romains du septième siècle, fut le Toscan Sabinien, fils de Bonus, qui était d'une naissance illustre, et qui s'était attiré le mépris des Romains à cause de ses mœurs diï?.solues. Anastase le Libiiothécaire nous apprend qu'il avait été nonce de saint Grégoire à la cour de l'empereur Maurice, et qu'il fut élu par le clergé, qui le regardait non comme le plus digne de gouverner l'Eglise, mais comme le plus capable d'augmenter la puissance des prêtres et la splendeur du trône pontilical.
Sa conduite se montra bien différente de celle de son prédécesseur; car dans une famine qui désolait la ville apostolique, il fit vendre les blés que Grégoire distribuait aux malheureux à titre de don gratuit. Or, comme les pauvres ne pouvaient donner un sou d'or pour trente mesures de grain, et mouraient de faim par milliers auprès des greniers d'abondance du saint-siége, les notables s'en émurent, et se rendirent en procession au palais de Sabinien pour le conjurer au nom du Christ de ne pas laisser périr de misère ceux que le saint-père devait nourrir dans les monastères, pendant les afflictions de la disette. Mais, sans même vouloir les écouter, le pontife les fit chasser de sa présence, leur criant : « Loin d'ici, misé- « râbles ! Me croyez-vous disposé à imiter l'exemple >■ du dernier pape, l'imbécile Grégoire, et à vous aclic- ' ter le titre de saint par mes prodigalités ? »
Néron blâmait également ses ancêtres d'avoir épuisé les deniers de l'épargne par des largesses excessives envers les citoyens ! Étrange aberration de l'esprit humain ! un Sabinien et un Néron osaient s'ériger en censeurs des actes de leurs prédécesseurs, comme s'ils n'avaient point eu à redouter à leur tour le jugement de la postérité!
Sabinien, possesseur des trésors de Saint-Pienc, non content de se montrer aussi dur envers les pauvres que Grégoire avait été charitable, voulut anéantir les ouvrages qui lui avaient acquis une si grande réputation, et prétendit qu'ils étaient entachés d'hé • résie. Le synode convoqué par le saiut-père avait déjà donné l'ordre de les livrer aux ilammes, lors • qu'un diacre, nommé Pierre, se leva de son banc, assurant avec serment que pendant la vie de Grégoire il avait vu le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, se poser sur la tête du saint et lui dicter ses ouvrages. Cet incident bizarre empêcha Sabinien d'exécuter son entreprise.
Enfin la dureté du pontife, son insatiable avarice, le rendirent tellement odieux aux Romains, qu'un complot se forma contre sa vie. Plusieurs prêtres pénétrèrent secrètement et de nuit dans ses appartements et l'assassinèrent.
Un auteur du temps rapporte une autre version sur sa mort; il prétend qu'au moment où Sabinien s'occupait à compter ses trésors dans une chambre secrète, saint Grégoire apparut au pontife, lui reprocha les malheurs de Rome et lui ordonna de changer de conduite; et que sur son refus, il le frappa à la tête avec tant de violence, que le saintpère mourut de sa blessure, le 15 février 60c, après avoir régné six mois. On pense que son corps fut juté hors c'cs murs de la ville sainte.
luleneui du faiillieon
Vacance du saint-siége. — Élection de Bimiface. — Ambition du pontife. — Le tyran Phocas lui donne le titre d'évêque universel. — Concile tenu à Rome. — Despotisme de Boniface. — Mort du saint-pèie.
Les contestations et les brigues qui suivirent la mort de Sabinien prolongèrent pendant une année entière la vacance du siège de Rome.
Enfin la faction de Boniface III l'emporta ; il reçut l'ordination épiscopale, et fut élevé sur la chaire apostolique. Né dans la ville sainte, et diacre de cette Eglise, il avait été envoyé, sous le pontificat de Grégoire, à la cour de l'empereur en qualité de nonce. Ce pape orgueilleux osa le premier porter le titre d'évêque universel, refusé si longtemps par les pontifes romains aux patriarches grecs.
A cette époque, Phocas gouvernait l'empire ; le prince irrité contre GjTiaque, qui lui avait refusé l'entrée du temple après le meurtre de l'impératrice Gonstantine et de ses filles, résolut, pour se venger du prélat, d'élever le siège de Rome au-dessus de celui de Byzance , et il nomma Boniface évèque universel de toutes les Églises de la chrétienté.
Le pontife convoqua aussitôt un synode, et fit confirmer le t^tre que l'empereur venait de lui donner, en déclarant la prédominance de son Église sur celle
de Gonstantinople. Ce même concile défendit de renouveler les intrigues qui avaient lieu pour l'élection' des papes, les marchés simoniaques, la cession des bénéfices ecclésiastiques, les promesses d'évêchés, et ordonna que le clergé, les grands et le peuple, s'assembleraient trois jours après la mort des évêques de Rome, pour nommer leurs successeurs.
Boniface décréta également que la nomination des prélats, dans tous les royaumes, ne serait canonique cpi'après la confirmation de la cour de Rome. Sa bulle commençait par ces mots : «Nous voulons et ordon- « nous qu'un tel soit évèque et que vous lui obéissiez a en tout ce qu'il vous commandera, sans hésitation. »
Ainsi l'autorité des successeurs du pêcheur Simon grandit en un seul jour par la volonté d'un exécrable meurtrier, d'un usurpateur, et les papes s'élevèrent de l'obéissance au despotisme.
Mais Boniface ne jouit pas longtemps du pouvoir absolu; il mourut dans l'année même de son élection, le 12 novembre 606. Ses restes furent déposés dans la basilique de Saint-Pierre de Rome.
liOMFAGE 1\
Vacance du saint-siége. — Élection de Boniface IV. — Origine du pontife. — Le temple du Panthéon cliangé en église chrétienne — Voyage de l'évéque de Londres à Rome. — Le concile déclare que les moines peuvent être promus aux sièges copaux. — Comparaison curieuse du saint-père. — Les moines ressemblent aux chérubins. — Le pape change i monastère. — Mort de Boniface IV.
Les désordres précurseurs de l'élection des pontifes recommencèrent à la mort de Boniface III, malgré les décrets du dernier concile, et retardèrent pendant dix mois la nomination d'un nouveau pape. Enfin les intrigues et la simonie élevèrent au trône pontifical un prêtre de l'Église romaine, qui prit le nom de Boniface IV. Le saint-père, fiis d'un médecin appelé Jean, avait été recueilli dans sa j.=^unesse par des moines, qui l'instruisirent dans la science des Écritures sacrées. Aussi, pour montrer sa reconnaissance à ses anciens compagnons, il les combla de richesses et répandit ses faveurs sur tous les ordres religieux.
Le tyran Phocas, désirant se conserver l'appui de l'évéque de Rome, offrit à Boniface le temple du Panthéon, élevé par Marins Agrippa, gendre d'Auguste, trente ans avant l'ère chrétienne, et consacré autrefois à toutes les divinités du paganisme. Le pontife accepta avec empressement l'offre de l'empereur, et transforma cet édifice admirable en une basilique chrétienne , qu'il dédia solennellement à la Vierge, sous le nom de Notre-Dame de la Rotonde.
Mellitus évêque de Londres, vint à cette époque en Italie, et assista au concile tenu par Boniface en 610, pour déterminer les règlements et la forme du gouvernement des Églises d'Angleterre.
Holslenius prétend que le synode rendit un décret
qui autorisait les moines à se faire nommer évêques et à remplir les fonctions sacerdotales. Le même auteur cite une lettre de Boniface IV au roi Éthelbert, dans la([uelle il menace de l'excommunication les successeurs du prince qui s'opposeraient à l'ordination des religieux. « La profession monastique, ajoute le « pontife, est la plus favorable aux hommes pour les « préparer au ministère de la parole du Christ ; par « la sainteté de la vie du cloître, ils méritent d'être « comparés aux anges, et comme les anges sont les ^< messagers de Dieu dans le ciel, de même les moines c( doivent être ses ministres sur la terre. D'ailleurs ne « ressemblent-ils pas aux chérubins glorieux par les X formes extérieures? Le capuce qui recouvre leur « tête est semblable à deux ailes brillantes ; les lon- « gués manches de leurs tuniques en forment deux « autres; et l'on peut affirmer que les extrémités du « vêtement qui enveloppent leur corps représentent <c encore deux ailes. Ils ont donc six ailes comme les « séraphins, et ils appartiennent à la première hiérar- « chie des anges !»
Le saint-père poussa le fanatisme monastique jusqu'à changer en couvent sa maison paternelle. Enfin ce pontife imbécile mourut en 614, après sept ans de pontificat; comme son prédécesseur, il l'ut enterré à Saint- Pierre de Rome.
IIISTOIIIE DES PAPES
DÉODAT \\t
i de Déodat. — Miracle surprenant opéré par le saint-père, ur la durée de son pontificat. — Mort du pape. — RéflexioE
- Lettres qui lui sont attribuées, sur sa sainteté.
Après la mort de Bonilace IV, Déodat parvint à la papauté. Il était fils d'un sous-diacre de l'Église de Rome, qui lui avait donné une éducation pieuse ; et dès sa jeunesse il s'était acquis, par son humilité et ses mœurs régulières, une grande réputation de sainteté.
Lors de son élévation sur le trône de l'Église, une lèpre endémique étendait ses ravages sur les pauvres, toujours nombreux dans la ville sainte. Cette cruelle maladie se communiquait sans l'attouchement, et seulementpar le souffle de ceux qui en étaient infectés ; malgré ces dangers, le vertueux pontife visita les malades, et montra une charité évangélique afin de soulager leurs souffrances.
Une pieuse légende ajoute qu'un jour Déodat, voulant encourager le clergé à imiter son exemple, baisa un lépreux sur le front, et que le malade fut guéri aussitôt. Les autres actions du pontife sont entièrement ignorées.
Ou lui attribue une lettre adressée à Gordien, évêque de Séville ; mais elle est évidemment apocryphe, puisque le siège de cette ville fut occupé par Isidore depuis l'an 600 jusqu'en 636, intervalle qui renferme le règne de Déodat. L'auteur de cette pièce déclare que, suivant les décrets du saint-siége, le mari et la femme qui auraient tenu leurs enfants sur les fonts sacrés du baptême doivent être séparés, sous peine d'excommunication; il ajoute cependant
ee par Saint-
qu'après avoir accompli la pénitence impoi l'Eglise et payé une amende au trésor de Pierre, ils pourront se réunir en se soumettant de nouveau au sacrement du mariage.
On ignore l'époque exacte où Déodat parvint au trône apostolique; la durée de son pontificat n'est pas plus certaine ; et l'on croit qu'il mourut au mois de novembre de l'année 617. Son corps fut placé dans la basilique de Saint-Pierre.
Déodat a laissé la réputation d'un homme sage, vertueux, et l'affection qu'il montra toujours pour les pauvres lui a justement mérité le nom de saint. Il est le premier pontife dont on ait des bulles scellées en plomb.
Sous le règne de ce pape, les Perses firent la conquête de Jérusalem et de la Palestine entière; ils immolèrent par milliers les prêtres, les moines elles vïérges consacrées à Dieu ; ils briîlèrent toutes les éghses, s'emparèrent d'une quantité innombrable de vases sacrés, de châsses précieuses, et emmenèrent en esclavage le patriarche Zacharie et un peuple immense. Mais ce qui surtout répandit une douleur universelle parmi les chrétiens, fut la perle de la précieuse croix d'or qui renfermait un morceau de la vraie croix. Cette relique sacrée fut enlevée à l'adoration des fidèles ; il ne resta de tous les instruments de la passion du Sauveur qu'une éponge et une lance qtjij'urent envoyées à Gonstantinople.
BONIFAGE V
Élection du pontife. — Son origine. — Ses lettres. — Conversion de la princesse Éthelburge et de son frère Elhelbert, roi de Kent. — Boniface envoie des présents au roi et à la reine de Norllumibre. — II déclare que les églises seraront de lieu d'asile pour les scélérats. — Mort de Boniface V. — Miracles publiés par Jean Mosch. — Saint Riquier refuse 1 absolution au roi Dagobert.
Boniface V était originaire de Naples, et prêtrecardinal du titre de Saint-SLxte; il fut choisi pour succéder à Déodat I", dans le mois de décembre de l'année 617. On ignore la plus grande partie des actes de son pontificat.
Bède rapporte trois lettres que le pape écrivit pendant la durée de son règne. L'une est adressée à Juste, métropolitain de Gantorbéry ; il félicite le prélat du succès de ses travaux apostoliques, et l'e.xhorte à persévérer dans ses missions pour convertir les peuples de l'Angleterre. Il lui accorde le pouvoir d'ordonner des évêques, afin de faciliter la propagation de l'Evangile; et pour récompenser son zèle, il lui envoie le pallium.
A cette époque, Édouin, cinquième souverain de Northumbre, épousait la princesse Éthelburge, steur d'Ethelbert, roi de Kent. La condition principale du mariage était que la jeune reine, qui déjà avait embrassé la religion chrétienne, pourrait se faire accompagner par des moines chargés d'expliquer au monarque les dogmes nouveaux, afin de le convertir; mais si le prince persistait dans les croyances de ses ancêtres, elle devait jouir d'une entière liberté de conscience, et avoir la faculté de s'entretenir avec les pi êtres de sa suite et de pratiquer ses actes de dévotion avec les moines qui seraient le plus à sa convenance. Boniface ayant appris les dispositions favorables d'Édouin, lui écrivit : « Roi de Northumbre, je remercie le VI ai Dieu d'avoir éclairé votre esprit, en
vous faisant comprendre la vanité des idoles. Puisse bientôt votre âme être frappée des rayons de la grâce, afin que votre exemple entraîne les autres princes de l'Angleterre, et leur fasse abandonner les superstitions du paganisme, pour déposer aux pieds du Christ leur sagesse et leur puissance. »
Une autre lettre du saint-père était adressée à la reine; il la félicitait de s'être placée, ainsi qu'Êthelbert, son frère, au rang des fidèles de l'ÉgUse; il l'exhortait à s'appliquer, par son exemple et par ses entretiens, à convaincre le souverain son époux des vérités de la parole évangéhque et à le rendre plus ardent pour la propagation de la foi. Il leur envoyait des présents, au nom de l'apôtre saint Pierre, protecteur du royaume de Northumbre : une chemise brodée en or et un riche manteau étaient destinés au roi Êdouin ; Éthelburge reçut différents objets de coquetterie, entre autres, un miroir d'argent et un peigne d'ivoire enrichi de ciselures et de rehefs d'or.
Le pape, voulant, comme ses prédécesseurs, se servir de la religion pour étendre l'autorité temporelle du saint- siège, fit publier dans tous les États chrétiens une bulle porfant que les malfaiteurs, quels que fussent leurs crimes, ne pourraient être arrachés des basiliques oii ils se seraient réfugiés. Les églises étaient déjà un lieu d'asile inviolable pi ur tous les scélérats, mais Boniface V fut le premier qui convertit en loi cet usage établi par la pohtique des prêtres et l'ambition des évêques.
HISTOIIIE DES PAPES
Le saint-père mourut le 25 octobre 625, après avoir occupé la chaire pontificale pendant sept ans et du. mois; il fut enterré dans k cathédrale de Saint-Pierre de Rome.
Sous ce pontificat parut le fameux livre de Jean Mosch, appelé le Pré spirituel, où le burlesque le dispute au cynisme. Ce Jean Mosch était un anachorète égyptien qui, après s'être sauvé de son pays lors de l'invasion des Persans, avait obtenu la direction d'un couvent à Rome. Dans son ouvrage, il se pose comme le témoin oculaire de tous les prodiges qu'il raconte. Il est utile pour bien faire connaître l'esprit de ce siècle de donner la traduction littérale de quelques-uns de ces miracles. « Dans un voyage que je fis en Gilicie, dit le légendaire, je me liai d'amitié avec un prêtre qui voyait descendre le Saint- Esprit sur l'autel à l'heure du divin sacrifice ; jamais cet ecclésiastique ne pouvait se résoudre à célébrer la messe avant d'avoir été visité par cette glorieuse personne de la Trinité ; en sorte que si le Saint-Esprit était occupé, il l'attendait jusqu'à none, avant de dire l'office. — Près d'Égine en Gilicie, je fus témoin d'un autre miracle bien singulier qui confondit les ennemis de notre sainte religion ; un stylite catholique envoya prier un moine de la communion sévérienne de lui remettre une hostie consacrée par un prêtre de sa croyance; celui-ci croyant avoir fait un prosélyte s'empressa d'apporter lui-même une hostie. Alors le catholique fit bouillir de l'eau en notre présence, et quand le liquide fut en ébuUition, il jeta l'hostie, qui aussitôt se fondit; ensuite il prit une partie imperceptible d'une hostie consacrée par
un prêtre orthodoxe, il la jeta de même" dans la cuve bouillante, et immédiatement l'eau perdit sa chaleur. Pour se venger de sa défaite, le stylite sévérien se jeta sur son adversaire, lui arracha le reste de l'hostie, la roula dans ses doigts, la jeta à terre, la foula sous ses pieds ; mais incontinent un coup de foudre le pulvérisa, et l'Eucharistie étincelante de lumière remonta lentement vers le ciel. » Le Pré spirituel est entièrement composé de récits semblables tantôt burlesques, tantôt obscènes, et tous aussi extraordinaires. Jean Mosch dédia son ou\Tage à Sophrone, son cher disciple, ce qui a porté quelques historiens à citer ce dernier comme l'auteur de ce recueil. Après sa mort, on transporta son corps à Jérusalem, et il fut déposé dans le monastère de l'abbé Théodose.
En France florissait un autre moine nommé saint Riquier, fondateur du fameux monastère de Gentule; ce pieux cénobite, qui avait été converti à la religion chrétienne par deux prêtres hibemois appelés Caidoc et Friscor, poussait si loin le fanatisme de la pénitence, qu'il ne mangeait que deux fois la semaine du pain d'orge semé de cendres, et ne dormait qu'une nuit sur quatre. Gette existence fit grand bruit dans la province, et de toutes parts les fidèles accoururent pour recevoir sa bénédiction ; entre autres visites , on dit qu'il reçut celle de Dagobert, qui venait demander l'absolution de ses péchés; mais le saint refusa de lui accorder sa demande, et lui déclara que jamais les portes des cieux ne s'ouvriraient devant les rois oppresseurs des peuples. Hélas ! les choses ont bien changé depuis, car les tonsurés ne se f)nt pas faute de sacrer et de bénir les plus exécrables despotes
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