‹ Histoire des papes (volume 2)Chapitre 66 sur 125 · HONORIUS · texte numérisé non relu

HONORIUS

iioNortiius

Election d'Honorius. — Adalwade, roi des Lombards est détrôné, et l'arien Ariovalde est proclamé souverain. — Le pontife veut rétablir Adalwade sur le trône. — L'exarque Isacius repousse les plaintes du pape. — Conversion du roi Edouin. — Honorius adressa des lettres a\ix peuples d'Ecosse. — Kête de l'Exaltation de la Croit. — Histoire du monothélisme. — Le pape devient hérétique. — Lettre d'Honorius. — Le concile condamne le pontife. — Infaillibilité du saint-siége. — Mort du pape Honorius.

Honorius, fils d'un consul appelé Pétrone, était originaire de la Campanie. A peine installé sur le saint-siége, il apprit que les Lombards avaient chassé leur roi Adalwade, souverain orthodoxe, et qu' Ariovalde, prince arien, venait d'être proclamé à sa place.

Redoutant l'influence du nouveau monarque sur la religion de ses peuples, le pontife écrivit à Isacius, exarque de Ravenne, afin qu'il rétablît le roi déposé, et qu'il ordonnât aux évêques italiens qui avaient approuvé cette révolution de se rendre à la cour du Rome, pour être jugés et condamnés d'après les ca nons de l'Église. Mais l'exarque, plus sage que le saint-père, ne répondit pas même à sa demande, et fit un traité d'alliance avec Ariovalde.

Vers la fin de l'année 625, le roi de Northumbre, cédant aux sollicitations de la reine Êthelburge et aux prédications du métropolitain de Cantorbéry et de Paulin d'York, se détermina à embrasser la religion chrétienne. Honorius récompensa ces deux prélats de cette brillante conversion, en les autorisant à porter le pallium ; il adressa ensuite une lettre à Êdouin, pour l'exhorter à s'instruire dans les dogmes de la religion, et à les propager parmi les habitants des provinces de Norfolk et de Suffolk. H écrivit également aux Écossais, les engageant à suivre dans leurs cérémonies la coutume de Rome, et à se conformer aux décisions du concile de Nicée pour célébrer la fête de Pâques.

Dans l'intervalle, l'empereur Héraclius avait vaincu

les Perses et rentrait alors triomphant dans Constantinople, ramenant les chrétiens qui étaient en esclavage et auxquels il avait fait rendre la Hberté; Jl rapportait également la vraie croix que Chosroës avait enlevée de Jérusalem quatorze ans auparavant. Cette précieuse relique fut déposée dans la cathédrale de Constantinople, en attendant que l'empereur piit la rapporter à Jérusalem. L'année suivante, au commencement du printemps, Héraclius s'embarqua pour la Palestine, afin de remercier Dieu de ses victoires sur les lieux mêmes de sa passion ; lorsqu'il fit son entrée dans la ville sainte, le patriarche Zacharie vint à sa rencontre à la tête de son clergé, et reçut de ses mains la croix du Sauveur, qui était encore renfermée dans son étui d'or comme elle avait été emportée. Le saint prélat examina les sceaux, reconnut qu'ils étaient intacts, et après avoir ouvert l'étui avec les clefs, il en retira le bois sacré qu'il montra aux assistants. L'Éghse latine célèbre llanniversaire de ce glorieux événement le cpiatorzitSne jour de septembre, sous le nom de l'Exaltation de 1^ Croix; l'Èghse grecque célèbre le même jour une fête analogue, non point en l'honneur du retour de la sainte croix, mais pour rappeler l'apparition du Labarum sous Constantin le Grand. Cette dernière version a fait supposer qne la vraie croix avait bien réellement été détruite par les Perses, et que le fait attribué à Héraclius n'était qu'une invention des évêques de Rome, une nouvelle fourberie sacerdotale.

Bientôt l'hérésie des monothélites vint causer un nouveau scandale dans l'Église par la publication de la fameuse Ecthèse de l'empereur Héraclius. Elle commençait par ces mots : a Voulant nous conformer à la sagesse des saints Pères, nous ne reconnaissons en Jésus-Christ, vrai Dieu, qu'une seule volonté.... « Cette audacieuse proposition jela l'Église dans une effroyable confusion, et nous dirons avec saint Augustin, que dans ces temps de ténèbres la religion était obscurcie par la multitude de scandales qui s'élevaient contre elle !

Gyrus, le vénérable évêque d'Alexandrie, dér,irant faire cesser les disputes, convoqua un grand concile qui examina les sentiments des monothélites et décréta que leurs opinions étaient conformes aux écrits des orthodoxes. On résuma les décisions de l'assemblée en neuf articles; le septième, qui est le plus remarquable, établit que les Pères reconnaissent, avec Sergius, patriarche de Conslantinople, qu'il existe en Jésus-Christ une seule volonté ^u opération ; cette opinion était adoptée par les prélats, sous le prétexte spécieux de ramener les sévériens à l'unité.

Sergius, de son côté, convoqua un synode dans son diocèse, et fit approuver les actes du concile tenu par Cyrus. Mais Sophrone, moine de Jérusalem, condamna cette erreur, qu'il traitait d'hérésie, et voulut contraindre les patriarches d'Alexandrie et de Constantinople à une rétractation solennelle. Sergius, qui connaissait l'esprit brouillon des moines, s'adressa au pontife romain pour qu'il obligeât le religieux à garder le silence sur des questions qui pouvaient faire couler des flots de sang dans tout l'Orient.

Honorius répondit au patriarche : « ^'otre lettre nous instruit des nouvelles disputes de mots soulevées par un certain Sophrone, jadis moine, et maintenant évêque de Jérusalem. Nous approuvons notre frère Cyrus, prélat d'Alexandrie, qui enseigne avec vous qu'il existe une seule opération en Jésus- Christ ; et nous blâmons sévèrement ce religieux, qui s'est rendu auprès de vous pour combattre vos doctrines, et dont l'orgueil a été humihé par la force de votre éloquence. La lettre que vous nous adressez montre que vos décisions sont dictées avec beaucoup de circonspection et de prévoyance, et nous vous louons d'avoir retranché la parole nouvelle qui pouvait scandaliser les esprits simples.

. « A votre exemple, nous confessons une seule volonté dans le Christ, parce que Dieu, par son incarnation, n'a point reçu la tache originelle; il a pris seulement la nature de l'homme ainsi qu'elle fut créée avant que le péché l'eût corrompue. La science des conciles et des Écritures n'autorise pas à enseigner une plutôt que deux opérations, et notre intelligence ne conçoit point cette double faculté dans la volonté divine et humaine du Christ.

« Nous devons rejeter le mot opération parce qu'il semble exprimer à la fois la cause et l'effet, et qu'il porterait les fidèles à confondre l'œuvre avec la vo-

lonté qui l'a produite. Cependant, si je condamne le sens double de cette parole, c'est à cause du scandale qu'elle introduirait dans l'Église, en permettant aux esprits simples de nous confondre avec les nestoriens et les eutychiens, car il importerait peu d'admettre le mot opération. Nous professons ces sentiments avec vous, de même que vous l'enseignerez unanimement avec nous.

« Ceux qui attribuent une ou deux natures au Christ et affirment qu'il accomplit une ou deux opérations, outragent la majesté de Dieu; car le Créateur n'ayant pu être créé, ne saurait avoir une ou deux natures. Je vous déclare ce principe afin de vous montrer la conformité de ma foi avec la vôtre, et pour que nous restions 'toujours animés du même esprit.

« Nous avons écrit à nos fières Cyrus et Sophrone pour qu'ils terminent des querelles oiseuses et qu'ils n'insistent plus sur les nouveaux termes, volonté ou opération. Nous les engageons à dire avec nous que le Christ est un seul Dieu qui, par le secours de deux natures, opère ce qui est divin ou ce qui est humain. Nous avons également ordonné aux envoyés qui nous ont apporté l'épître synodale de l'évêque de Jérusalem, de ne point parler à l'avenir des deux opérations ; et ils ont promis de se conformer à notre volonté, si le patriarche d'Alexandrie cessait d'écrire ou de parler sur l'unité d'opération de Jésus- Christ. »

Les lettres du pontife furent reçues sans opposition par les prélats d'Orient; et l'hérésie des monothélites, soutCQue par toute l'Église grecque, se trouva encore plus puissante par la protection d'Honorius l".

Le pape mourut en 638, après un pontificat de douze années, selon la chronologie d'Anastase le bibliothécaire.

Honorius, pendant son règne, avait donné un patriarche orthodoxe aux maronites, suivant une version arabe.

Yicehn assure que ce pape se distingua par la pureté de ses mœurs et par sa charité envers les pauvres. Il se conforma du moins à l'esprit du siècle, qui faisait consister les vertus et le mérite des pontifes dans leur amour pour les fondations d'éghses ou de monastères; car il donna plus de trois mille livres romaines aux couvents, il fit couvrir le dôme de Saint-Pierre de lames de cuivre, qu'il prit dans le temple de Jupiter Capitolin, et renouvela les vases sacrés de cette cathédrale.

Honorius, mort en odeur de sainteté, ne fut censuré d'abord par aucune autorité ecclésiastique ; mais quelques années après, le sixième concile général déclara que ce pontife avait entièrement partagé l'impiété de Sergius. Ses lettres furent publiquement livrées aux flammes avec celles des autres monothélites, et les Pères crièrent : « Anathème sur Honorius l'hérétique. » Les septième et huitième synodes œcuméniques confirmèrent le jugement, et déclarèrent que les papes n'étaient point infaillibles!!!

IIISTÛlllE DES PAPES

Election de Severin. — Origine du pontife. — Il est assiégé dans le palais de Latran. —Les soldats pillent les trésors du saintsiége. — On soupçonne le pape d'avoir été monothélile. — Son caractère. — Il renouvelle la mosaïqua de Saint-Pierre de Rome. — Incertitude sur la durée de son pontificat. — Mort de Severin. — Vacance du saint-siége.

Après la mort d'Honorius, un évêque nommé Severin, Romain de naissance, parvint au souverain pontificat ; mais il ne put exercer les fonctions sacerdotales que l'année suivante, son élection n'ayant point été confirmée par l'empereur.

Le saint-père, par son obstination à refuser son approbation à l'Ecthèse d'Héraclius, ayant excité la colère du cartulaire Maurice, celui-ci rassembla les soldats, et leur parla en ces termes : « Camarades, Honorius est mort sans vous payer la solde arriérée, et ses trésors se sont grossis des sommes envoyées de Constantinople pour l'entretien des troupes. Le successeur de ce prêtre avare, au mépris d'engagements solennels, refuse d'acquitter une dette légitime, et repousse nos justes réclamations. Maintenant, si nous voulons recevoir le prix du sang que nous versons pour l'empire, nous n'avons qu'un seul moyen, c'est d'employer la force et de nous faire justice par nous-mêmes. Courons sus au clergé et faisons rendre gorge à ces prêtres scélérats, suborneurs d'héritages, coureurs de fdles, qui s'engraissent des offrandes des dévots imbéciles. »

Rendus furieux par ce discours, les soldats saisirent leurs armes et coururent au palais de Latran pou ■ le piller; les portes massives arrêtèrent leurs eliorts pendant trois jours, et Severin, à la tête de son clergé, défendit courageusement les trésors de l'Église. Enfin, épuisés de fatigue et de blessures, les serviteurs du pape demandèrent à capituler. Maurice suspendit le combat, calma la sédition, et se faisant ac-

compagner par les juges de Rome, il pénétra sous les voiites de ce riche édifice. On apposa les scellés sur le vestiaire, sur les salles des ornements, des vases, des couronnes ; sur la chambre du trésor, sur celle des lingots et sur les galeries remplies de richesses immenses envoyées par les empereurs et par les rois, ou déposées par les patrices et par les consuls afin de nourrir les pauvres ou de racheter des captifs. Alors on découvrit combien les intentions des pieux donataires avaient été méprisées, puisque leurs présents, enfouis dans les trésors des papes servaient non à soulager les misères des hommes, mais à entretenir le luxe et la débauche du clergé romain.

Le cartulaire écrivit à l'exarque de Ravenne pour lui rendre compte de ce qu'il avait exécuté ; et Isacius vint aussitôt à Rome, afin de confirmer, disait-il, l'élection de Severin au siège épiscopal de cette ville. Il éloigna les chefs du clergé qui auraient pu soulever le peuple contre les actes du despotisme miHtaire, et les envoya en exil dans différentes provinces. Ensuite il fit cerner par ses troupes les abords du palais de Latran, et pendant huit jours les soldats furent employés à enlever l'or, les meubles, les ornements et les vases précieux, qui rempHssaient la demeure des pontifes. Severin comprenant alors que la puissance du glaive était encore plus redoutable que celle de la croix, se détermina à souscrire à l'Ecthèse de l'empereur, et en retour, il reçut de l'exarque l'autorisation de gouverner l'Église.

Plusieurs historiens prétendent que le pontife n'a

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