SEVERIN
pas été monothélite, et qu'il n'a point partagé l'hérésie du prince. D'autres s'appuient sur des preuves irrécusables, et citent une lettre de Cyrus, patriarche d'Alexandrie, qui indique positivement l'envoi de l'Ecthèse d'Héraclius au souverain pontife de Rome, et son adhésion forcée après l'attaque du palais de Latran par les soldats de Maurice. Ainsi il est prouvé cpie Severin fut un pape hérétique, à moins d'objecter que n'étant pas encore ordonné lors de son abjuration, le Saint-Esprit n'avait pu lui communiquer les lumières de rmfainibilité; ce qui soumettrait alors la volonté divine au caprice des princes. Du reste, ce pontife se fit estimer par ses vertus, par sa douceur, par son amour pour les pauvres, et par le soin qu'il prit de renouveler les fameuses mosaïques de l'abside de la cathédrale. La durée de son règne n'est pas exactement déterminée ; cependant l'opinion générale place l'époque de sa mort en 640. Il fut enterré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome. Après la mort de Severin, le saint-siége resta vacant pendant quatre mois et vingt-neuf jours, par suite des intrigues d'Héraclius qui faisait traîner les élections en longueur pour avoir le temps de soumettre les Grecs et les Latins à son Ecthèse. Cependant la chose difficile pour l'empereur n'était pas de faire accepter ses croyances sur le monothéhsme aux chrétiens d'Orient, assez portés d'eux-mêmes à ne point s'en tenir aux décisions antérieurement prises, et toujours disposés à discuter et à chercher des
modifications aux dogmes, mais Héraclius voulait en outre imposer ses opinions aux évêques latins.
Ceux-ci se sentant appuyés par la noblesse et par le peuple, repoussèrent l'adoption de l'Ecthèse, et cherchèrent à nommer un pontife qui partageât leurs sentiments. De leur côté les agents de l'empereur, conformément aux ordres qu'ils avaient reçus, mirent en œuvre l'intrigue et la corruption, et parvinrent à faire rejeter les candidats qui refusaient de s'engager préalablement à se conformer aux volontés d'Héraclius. Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, l'un de ceux qui étaient le plus opposés au prince, engagea à cet effet une polémique violente avec les monothélites ; il avait même parcouru l'Orient pour fouiller dans les bibliothèques, et déjà il avait composé trois énormes volumes avec des passages des Pères favorables à son opinion, lorsqu'au moment où il se préparait à venir à Rome pour présenter ces travaux au clergé italien, il tomba dangereusement malade et prévit que sa fin était prochaine. Il appela alors à Jérusalem Etienne de Dore, le premier de ses suffragants; il monta avec lui sur le Calvaire, et après lui avoir fait jurer sur l'hostie consacrée qu'il lui obéirait fidèlement, il lui dit : « Allez vers les « évêques d'Italie, et ne cessez point de les presser « qu'ils n'aient condamné les nouveautés impies I qu'Héraclius veut introduire dans le rathohcisme.» Etienne de Dore obéit à son métropo itain, et se mit immédiatement en route pour Rome.
HISTOlllE DliS l'Al>E6
Election de Jean IV. — Naissance du pontife. — Ecthèse de l'empereur HéracliUj,-. — Jean condamne l'hérésie des monothélites. — Le pape envoie de l'argent en Dalmatie pour racheter des captifs. — Les reliques des saints martyrs Venance, Anastase et Maur, sont apportées à Rome — Disputes des moines et des prêtres. — Mon de Jean IV.
Jean IV, fils du scolastiquc Venantius, était né en Dalmatie. Il fut nommé évèque de Rome par le peuple, par le clergé et par les grands; et son élection ayant été confirmée par le chef de l'empire, il monta aussitôt sur le saint-siége.
Avant de poursuivre le récit des guerres religieuses, il est nécessaire de donner la définition de l'Ecthèse d'Héraclius, qui causait alors de si grands désordres dans l'Eglise. Ce fameux édit commençait par une profession de foi orthodoxe sur la Trinité; ensuite il expliquait l'incarnation, en établissant la distinction des deux natures, et en conservant l'unité des deux personnes. L'auteur concluait ainsi : «Nous « attribuons à la parole de Dieu, c'est-à-dire au « Verbe incarné, toutes les opérations divines et hu- « maines du Christ. D'après la doctrine des conciles, <» nous disons qu'une seule puissance exécute ces « deax opérations, et qu'elles procèdent l'une et >i l'autre du Verbe incarné, sans division , ni confu- <i sion, ni succession. »
« Nous n'employons point le terme « une seule « opération, » quoiqu'il se trouve dans les écrits des « Pères, parce qu'il pourrait sembler étrange aux « esprits simples, et parce que nous craignons que « nos ennemis ne s'en emparent pour combattre la •i croyance établie de la double nature de Jésus- « Christ. Nous rejetons de même le terme « deux « opérations," parce que cette expression ne se trouve < point dans les ouvrages des docteurs de l'Église,
« et que celui qui l'admettrait serait entraîné à re- « connaître dans le Christ deux volontés contraires., « c'est-à dire deux personnes, l'une voulant l'accom- « plissement du sacrifice de la croix, l'autre s'oppo- « sant au supplice. Pensée impie et opposée à la « doctrine des Pères 1
« L'hérétique Nestorius, en divisant l'incarnation, « n'a pas osé dire que les c'eus fils de Dieu imaginés « par lui eussent deux volontés; il reconnaît au con- « traire une seule volition dans ces deux personnes, a Ainsi les cathoHques, qui ne conçoivent qu'une « seule nature dans le Christ, ne peuvent pasadmet- « tre en lui deux puissances qui se combattent. Donc, « nous confessons avec les Pères une seule volonté « dans le Verbe incarné; et nous croyons que sa « chair, animée d'une âme, possédant l'activité de la « raison, n'a jamais accompli une action particulière « et opposée à l'Esprit divin qui lui est uni hyposta- « tiquement. »
Cette exposition du monothélisme ainsi formulée avait été composée ]iar le patriarche Sergius, et décrétée sous le nom de l'empereur Héraclius, qui l'appuya de toute son autorité jusqu'à sa mort. Après ce prince, la face politique des choses changea en Orient. Héraclius avait laissé à Constantin, son fils, les lênes de l'empire ; mais avant que celui-ci eût pu s'affermir sur le trône, l'impératrice Martine, soutenue parle patriarche Pyrrhus, avait fait empoisonner le jeune priBcej)our élever i sa place Héracléo-