D0RE
Election du pontife. — Son origine. — Lettre du pontife au patriarche de Jérusalem. — Il condamne l'Ecthèse d'Héraclius
— Le mttropolilain de l'Ile de Chypre anathématise l'Ecthèse. — Lettre de l'archevêque au pape. — Paul de Constantinople méprise les remontrances du saint-père. — Le pape nomme Etienne de Dore son vicaire en Palestine. — Rétractation de Pyrrhus. — Profession de foi du patriarche de Constantinople. — Le Type. — Réflexions sur le caractère des prêtres.
— Condamnation de Pyrrhus. — Excommunication de Paul, patriarche de Constantinople. — Mort de Théodore I".
Théodore parvint au siège de saint Pierre quelque temps après la mort de Jean IV; son tlection fut confirmée par l'exarque de Ravenne. Ce pape était Grec d'origine et fils d'un patriarche de Jérusalem. Au commencement de son pontificat, il reçut les lettres synodales de Paul, nouvellement élu au siège de Constantinople, et celles des évêques qui avaient consacré son ordination.
Le saint-père répondit au patriarche en ces termes : a La lecture de vos lettres, mon cher frère, « nous a fait connaître la pureté de votre foi ; mais « nous sommes surpris qu'elles ne condamnent pas « l'édit affiché, au grand scandale des fidèles, dans « tous les carrefours de votre ville. Les dogmes con- « firmes par tant de conciles ne doivent pas être cor- « rigés par Héraclius ni par Pyrrhus ; car les Pères « qui les ont formulés auraient usurpé le nom de " saints, et devraient être déchus de la béatitude « céleste et plongés dans les flammes de l'enfer.
« Notre étonnement s'est augmenté en apprenant « que les prélats qui vous ont consacré avaient appelé « trois fois saint l'hérétique Pyrrhus. En quittant le f< siège de Constantinople , ce prêtre indigne s est « servi du prétexte de son grand âge et de ses infirmités ; * et noua Bavons qu'il a obéi à la terreur que lui " jnspiro la Iwinn du puple, A4aai m abandon vo-
« lontaire de son Église ne lui enlève point l'épisco- ^c pat; et pendant toute sa vie, s'il n'est condamné « réguHèrement, vous devez redouter un schisme, ou « vous devez craindre qu'il ne revendique le siège « que vous occupez.
I Dans cette pensée, nous voulions différer la rè- <t ception de vos lettres jusqu'au moment où Pyrrhus « serait déposé ; néanmoins, par un sentiment d'af- « fection pour votre personne, nous avons donné nos « instructions à l'archidiacre Séricus et à Martin, « diacre et apocrisiaire, pour nous représenter dans un « concile que vous assemblerez, afin d'examiner ca- « noniquement la cause de cet hérétique. Ne différez (( point sa condamnation sous prétexte que vous ne « pouvez juger èquilablement un évêque absent; sa « présence au synode n'est point nécessaire, puisque « vous possédez ses écrits. D'ailleurs, ses excès « n ont-ils pas scandalisé les fidèles? N'a-t-il pas « donné des louanges à HéracHus? crime abominable, or puisque ce prince a censuré la foi des Pères. N'a- ■ t-il pas approuvé de sa souscription l'Ecthèse in- « fàme qui renferme un prétendu symbole? N'a-t-il pas » surpris la vigilance de plusieurs évêques, en leur « faisant souscrire à son exemple cette lettre con- « damnable? Enfin ne l'a-t-il pas fait afficher inBO- (« lammonl dan^les vue» rie fionstantinoplp, en W^«
THÉODORE l"
« prisant les injonctions paternelles et les avertisse- <! ments sévères de notre prédécesseur.
0 Ainsi, lorsque vous aurez examiné ces accusa- « lions dans votre assemblée, vous l'excommunierez « et vous le dépouillerez du sacerdoce , non-seule- « ment pour la conservation de la foi, mais encore « pour la sûreté de votre ordination. Si ses partisans « apportent des obstacles à votre justice et veulent « exciter un schisme, vous rendrez leurs efforts im- " puissants en obtenant de l'empereur un ordre qui « contraigne le coupable à se présenter devant nous, <t ainsi que nous l'avons déjà demandé au prince. »
Les avis de Théodore ne furent point écoutés, et le patriarche Paul atîecta même un dédain injurieux pour les remontrances du saint-siége.
Sergius, métropolitain de l'île de Chypre, écrivit au pontife pour se plaindre de la conduite du clergé de Gonstantinople. Quant à lui, il déclarait reconnaître la primauté de l'éghse de Rome, fondée sur le pouvoir donné à l'apôtre Pierre; il se glorifiait de son attachement à la foi de saint Léon, et anathématisait l'Ecthèse affichée dans la capitale grecque. « Jusqu'à ce jour, dit-il dans sa lettre, nous avons « gardé le silence sur leserreurs de nos frères, espé- « rant qu'ils abandonneraient l'hérésie pour revenir « à la doctrine de l'Église catholique ; mais leur obs- « tination nous a forcé de rompre avec eux pour a suivre les opinions d'Arcade, notre saint oncle, en « nous conformant à la communion orthodoxe de « votre grandeur. Tels sont nos sentiments, ceux de « notre clergé et ceux de nos provinces !.... »
Etienne, chef du diocèse de Dore, et premier suffragant de Jérusalem, adressa également dés plaintes au pape sur les désordres que la faction de Paul de Gonstantinople causait en Palestine. «Sergius, écrit- « t-il, prélat de Joppé, après la retraite des Perses, « s'est emparé du vicariat de Jérusalem sans aucune « forme ecclésiastique, et seulement appuyé par les « magistrats séculiers ; il a même ordonné plusieurs « évêques de la dépendance de ce siège. Néanmoins « ceux-ci, reconnaissant combien leur élection était « irrégulière et désirant être maintenus dans leurs « évèchés, se sont attachés au patriarche de la ville « impériale, en approuvant la nouvelle doctrine. »
Le pontife, pour remercier Etienne de sa soumission, le nomma son vicaire en Palestine, et, par les mêmes lettres, il lui accorda le pouvoir d'arrêter les désordres des Églises de cette province, en déposant les prélats élus irrégulièrement par Sergius de Joppé. Etienne exécuta les ordres du saint-père ; cependant il refusa de nommer aux sièges vacants, ne reconnaissant point à Théodore le droit de créer des évêques sans la permission du prince.
Les prélats d'Afrique se déclarèrent ensuite contre le monothélisme, et adressèrent leurs lettres à la cour de Rome. L'aLbé Maxime , homme célèbre par la sainteté de ses mœurs et la pureté de sa foi, entreprit lui-même la conversion de Pyrrhus, et la force de ses raisonnements fut telle, que dans une conférence il l'obligea à se rétracter. Dix ans plus tard, le vénérable Maxime expiera par un supplice atroce son attachement à l'Eglise, et le bourreau sera un pantife de Rome! L'hérésiarque converti quitta l'Afrique, et vint en Italie pour demander à Dieu le
pardon de ses péchés. Suivant la coutume, il fit ses dévotions sur les tombeaux des apôtres; il fut ensuite admis à présenter au saint-père, à genoux, dans une posture humihante, un écrit dans lequel étaient anathématisées les doctrines que lui-même ou ses prédécesseurs avaient soutenues contre la foi.
Cette manifestation pubhque du retour de Pyrrhus à l'orthodoxie remplit de joie Théodore; il lui ouvrit les trésors de Saint-Pierre pour faire des largesses au peuple, et le fit siéger à l'un des côtés de l'autel, l'honorant comme évêcpae de Gonstantinople. Le saint-père le défraya ensuite de toutes ses dépenses, et lui fournit les sommes nécessaires pour soutenir avec faste la dignité de patriarche.
Ainsi Pyrrhus , descendu volontairement de son siège, se repentit bientôt d'avoir abdiqué la puissance, et abjura ses croyances pour retourner dans les grandeurs ! tant le désir de commander est ardent chez les prêtres, et tant l'esprit ecclésiastique offre de contradictions inexplicables!
Son apostasie entraîna la défection des autres évêques orientaux. Les trois primats, Colomb de Numidie, Etienne de Ryzacène et Réparât de Mauritanie, adressèrent une lettre synodale au pontife, avec l'approbation de tous leurs suffragants, en faveur de Pyrrhus, et réclamèrent sa réinstallation sur le siège de Gonstantinople.
Paul, menacé d'une déposition et pressé par les légats du pontife, qui l'exhortaient à expliquer dans quel sens il entendait le symbole d'une seule volonté en Jésus-Christ, résolut enfin d'envoyer à la cour de Rome une lettre dogmatique pour décider la cjuestion qui divisait la chrétienté. Après avoir glorifié sa charité envers les fidèles et sa patience envers ses ennemis qui l'accablaient d'injures et de calomnies, il déclara sa foi sur l'incarnation, et ajouta : « Nous I croyons que la volonté du Christ est une, parce « que notre intelligence repousse la pensée d'attri- I buer à Dieu une double action, et d'enseigner <t qu'il se combat lui-même en admettant deux per- « sonnes en lui.
« Cependant nous ne voulons pas confondre ces « deux natures, afin d'en établir une pour révoquer a l'existence de l'autre. Mais nous disons que sa <c chair, animée d'une âme raisonnable, et enrichie « de sa tùule ]missaiice divine par l'hypostase, n'a •t qu'une volili'ju inséparable de celle du Verbe, qui « lui fait accomplir toutes ses actions.
« Ainsi la chair ne fait aucune opération qui lui ■1 soit naturelle, et ne peut agir par sa propre impul- « sion contre l'ordre du Yerbe ; elle subit sa loi et « ne produit que des phénomènes qui émanent de « lui. Nous ne voulons point blasphémer l'humanité « du Christ en disant qu'elle fut dominée par la né- « cessité de la nature, et qu'en repoussant les souf- « frances de la croix, elle méritait la môme répri- .< mande que l'apôtre saint Pierre.
<r Voici dans quel sens nous interprétons le refus « de la passion et ces paroles de l'Évangile : « Je suis « descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais i celle de celui qui m'a envoyé. » Nous prenons ces 1 mots négativement; nous croyons que le Christ 0 n'exprime pas ce qu'il est, et qu'il dit seule- » ment ce qu'il n'est pas, comme dans ce pas-
ITISTOIRE DES PAPES
; do^îey.cîu du ciel non p-ur faire l
mz-h Celle de celji
« sage : « Je n'ai commis ni péché ni iniquité. » Paul, pour donner plus de force à ses décisions, cite en sa faveur l'autorité des Pères, et termine ainsi : « Les évèques Sergius et Honorius, l'undela « nouvelle, l'autre de l'ancienne capitale de l'empire, « étaient du sentiment que je professe.» 11 nomme même le patriarche de Constantinople avant le pontife romain, pour montrer la suprématie de la métropole grecque sur le saint- siège.
Cette lettre n'apaisa point le mécontentement du pape et ne suspendit point les querelles des prélats l'Occident et d' Aûique. Alors Paul engagea le prince,
pour arrêter les désordres, à puLlier un édit qui mît fin aux disputes et imposât silence aux deux partis. Dans ce décret, appelé Type, l'empereur posa d'abord la question, rapporta sommairement les raisons pour et contre le monothélisme ; ensuite il ajouta : « Nous défendons à nos sujets catholiques « de disputer à l'avenir sur les dogrnes d'une volonté " et une opération, ou de deux opérations et deux ■ volontés. Nous approuvons ce qui a été décidé par « les Pères sur 1 incarnation du Yerbe, déclarant « su'ivre les doctrines enseignées par les saintes « Écritures et les conciles œcuméniques et par les