THEODORE
ouvrages qui sont la règle de l'Église. Nous défendons de rien ajouter aux dogmes, et de chercher à les interpréter selon des sentiments irréligieux ou des intérêts particuliers.
« Nous voulons que l'état de tranquillité qui régnait avant ces discussions soit rétabli, comme si elles ne s'étaient point élevées ; et pour ne laisser aucun prétexte à ceux qui veulent disputer sans fin, nous avons donné l'ordre d'enlever les écrits affichés aux vestibules de la cathédrale de Constantinople et des autres métropoles de l'empire.
I Ceux qui oseront contrevenir à la présente ordon- 0 nance seront soumis au jugement terrible de Dieu « et encourront notre indignation. Les fatriarches, j les évêques et les autres ecclésiastiques seront dé- " posés ; les religieux excommuniés et chassés de « leurs monastères; les grands perdront leurs digni- « tés et leurs charges ; les citoyens notables seront « dépouilles de leurs biens, et les autres punis corce porellement et bannis de nos états. »
L'empereur Constant ne fut pas plus heureux que ses prédécesseurs et ne put arrêter les troubles de di
l'Église, car les prêtres sont opiniâtres dans le mal ; ils soutiennent les erreurs les plus extravagantes, les plus bizarres, et lorstp'elles ont été longtemps débattues, ils les adoptent comme des articles de foi, et les imposent à l'humanité crédule.
D'ailleurs le besoin de dominer les consciences, de gouverner les hommes par la superstition, tourmente sans cesse les ecclésiastiques; ils cherchent à prouver l'importance de l'oraison au déiste, qui regarde les momeries religieuses comme des outrages à la Divinité; ils soutiennent l'existence du paradis et de l'enfer au matérialiste qui nie l'existence de l'âme; enfin dans les pays où ils possèdent la puissance, ils exercent sur les croyances un despotisme qu'ils condamneraient si d'autres l'employaient contre eux-mêmes.
Théodore montra une grande intolérance dans les disputes théologiques du monothélisme; et sur le simple soupçon que Pyrrhus, retiré à Ravenne après sa rétractation , professait de nouveau l'hérésie , il assembla quelques évêques dans la basilique de Saint- Pierre, fît un simulacre de synode, et prononça contre le patriarche un anathème terrible.
On assure même qu'il profana le vin de la coupe sacrée, en le mêlant à l'encre dont il se servit pour signer la condamnation de Pyrrhus. Les auteurs ecclésfastiques justifient cette action sacrilège, sous prétexte que cet usage était particulier aux prélats grecs. L'existence de cette coutume prouve au moins que les chrétiens d'Orient n'admettaient point encore le dogme de la présence réelle dans l'Eucharistie, et qu'ils ne croyaient pas à la transsubstantiation. S'ils avaient eu la foi que le pain et le vin étaient le corps et le sang de Dieu, le pontife eùt-il osé, en présence d'un synode , mêler le vin qui est censé représenter le Christ avec une matière profane ?
Le cardinal Bàronius prétend que Théodore condamna dans un nouveau concile le formulaire de l'empereur Constant et anathématisa le patriarche de Constantinople. Cependant les auteurs qui ont rapporté la tenue de cette assemblée ne parlent pas du Type, ni de l'excommunication de Paul, ce qui doit nous faire présumer qu'il fut anathématisé peu de temps après, et seulement lorsque le saint-père eut compris que les lettres et les avertissements de ses
légats ne pourraient jamais ramener ce prélat à la soumission au saint-siége et à la foi romaine.
Aussitôt que Paul eut appris sa déposition, il fit fermer l'église des orthodoxes, située dan» le palais de Placidie; il défendit aux nonces qui habitaient cette magnifique demeure de célébrer le service divin, et il les poursuivit avec acharnement, ainsi que les évêques catholiques et les simples fidèles. Les uns furent bannis, les autres jetés dans les cachots, et plusieurs même frappés avec des cordes et déchirés à coups de verges.
Pendant que ses ambassadeurs étaient exposés à la fureur de ses ennemis, le pontife s'occupait à faire transférer les corps des saints martyrs Primus et Félicien dans la magnifique basilique de Saint-Étienne, et faisait élever un oratoire à saint Sylvestre dans le palais de Latran, et un autre au bienheureux martyr Euplus, hors de la porte de Saint-Paul.
Malgré les soins qu'il donnait à sa polémique contre les monothélites, et qui absorbaient presque tous ses instants, Théodore ne négligeait aucune occasion d'étendre l'influence du siège de Rome sur les Églises d'Occident; il entretenait des relations actives avec le clergé espagnol, et faisait prévaloir ses opinions dans le septième concile de "rolède ; il correspondait également avec les ecclésiastiques des Gaules, et dirigeait les délibérations du troisième concile qui se tint dans ce pays par ordre de Glovis II.
A son instigation, saint Éloi et saint Ouen firent approuver le symbole de Nicée, et empêchèrent ainsi l'hérésie monothélite de se propager en France. Théodore porta même sa sollicitude jusque sur les provinces des Pays-Bas, où saint Omer trdvaillait à la conversion des infidèles avec Mommolin, Ébertran et Bertin. Ce fut encore par ses conseils que ces missionnaires convertirent quelques seigneurs influents et fondèrent diverses maisons religieuses , entre autres le célèbre monastère Sithien ou Saint- Bertin, dans lequel, un siècle plus tard, l'usurpateur Pépin le Gros enfermera le dernier héritier de la dynastie mérovingienne.
Au milieu de cette vie active, le pontife fut attaqué d'une maladie grave dont il mourut en 649, après un règne d'environ huit années; il fut enterré dans l'église de Saint-Pierre.