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Election de Martin I". — Son origine. — Son éducation. — Concile tenu à Rome. — Discours du pape. — Deuxième session du conc 'e île Latran. — Examen de l'Ecthèse. — Jugement du concile. — Lettre du pape à l'empereur. — Le prince veut faire ;u éter le pontife. —Corruption du clergé. — Martin 1" est enlevé de Rome. — Son séjour dans l'île de ^axos. u est inlenogé par le sacellaire. — Insultes faites au pontife. — Paul de Constantinople obtient la grâce du pape. — Martin est envoyé en exil. — Mort du pontife romain.
Martin I" était d'une naissance distinguée et originaire de Tudertum ou Todi, dans la province de Toscane. Dès son jeune âge, il avait été confié à des maîtres habiles qui développèrent les heureuses dispositions qu'il avait pour l'étude. Il termina sa philosophie et acquit une connaissance parfaite de l'art de l'éloquence; cependant sa piété l'ayant porté à examiner la vanité des choses humaines, il pensa que le savoir d'un orateur et d'un philosophe était un écueil dangereux pour le salut de l'âme. Alors il se détermina à renoncer aux grandeurs du siècle et à se consacrer entièrement à Dieu, en embrassant l'étA ecclésiastique, dans lequel d'ailleurs il espérait oLleiiir un poste honorable.
Dans toutes les fonctions qu'il remplit, le saint ministre montra un grand zèle pour la religion et se fit distinguer par ses lumières et par sa profonde sagesse. Un mois et demi après la mort de Théodore, malgré les intrigues de ses compétiteurs, il fut nommé pontife par le peuple, par le clergé et par les grands de Rome; et son élection fut aussitôt confirmée par l'empereur Constant, qui ordonna à ses agents d'employer toute leur influence pour rendre le nouveau chef de l'Église favorable au Type. Mais la pureté de sa foi et les conseils de saint Maxime, qui était alors dans la ville apostolique, le déterminèrent à prendre une résolution contraire ;
et, pour détruire les dernières espérances des hérétiques, il réunit au palais de Latran, dans la chapelle du Sauveur, appelée Gonstantienne, un concile de cinq cents évèques, et soumit à leur jugement toutes les questions religieuses qui troublaient les Eglises. Le synode resta assemblé plusieurs mois et tint cinq sessions, dontchacune estnommée « secretarium» dans le style de l'époque, soit à cause du lieu, soit parce que les prélats convoqués avaient seuls le droit d'entrer dans l'assêmblpe. La première séance eut lieu le 5 octobre 649 ; Théophylacte, protonotaire de l'Église romaine, prit la parole, et pria le pontife d'exposer le sujet de la convocation du concile. Martin s'exprima en ces termes : «Mes frères, nous avons à examiner les erreurs introduites dans la chrétienté par les patriarches d'Alexandrie et de Constantinople, Cyrus et Sergius, et par leurs successeurs Paul et Pyrrhus. Huit années se sont écoulées depuis la publication de cette bulle de scandale, oii Sergius décidait dans neuf propositions différentes, qu'il existait en Jésus-Christ une seule personne, où la divinité et l'humanité se confondaient ; hérésie condamnable qui fortifiait les erreurs des acéphales. Ensuite ce patriarche a prononcé anathème contre ceux qui ne partageaient pas sa croyance coupable', et non seulement il a répandu cette doctrine, mais encore il a composé, sous le nom de l'empereur
Héraclius, cette fameuse Ecthèse de scandale. Il prétend, d'après Apollinaire l'impie, qu'il existe dans le Christ une seule volonté, comme la conséquence d'une seule opération; il a osé afliclier cette bulle sacrilège aux portes de son église, et la faire approuver par plusieurs chefs du clergé dont il a surpris la religion.
« Pyrrhus, successeur de ce patriarche, a souscrit également à cet édit coupable ; et par son exemple d'illustres prélats ont été entraînés dans le schisme. Plus tard, le repentir l'ayant conduit à nos pieds, il a présenté une requête .écrite de sa main pour abjurer l'hérésie que lui et ses prédécesseurs avaient soutenue contre la foi catholique ; mais depuis il est retourné comme un chien à son vomissement, et nous avons été obligé de punir son crime par une déposition canonique.
«Quant au nouveau patriarche Paul, il accepte ouvertement l'Ecthèse de Sergius, et il a entrepris d'en prouver l'orthodoxie ; pour le punir de son audace, nous avons prononcé notre anathème contre lui. A l'imitation de Sergius, il a surpris la religion du prince, et luia persuadé de pubher, sous le nom de Type, un décret qui détruit la foi catholique en défendant aux fidèles d'employer les termes «une ou deux volontés, » ce qui laisse supposer que Jésus- Christ est sans volouté et qu'il n'accomplit aucune opération. Bien plus, loin d'être touché de repentir en apprenant sa déposition, il s'est livré à des violences sacrilèges; il a fait fermer notre église du palais de Placidie, il a plongé dans les cachots les légats de notre siège, il a fait frapper do verges des prêtres orthodoxes, et enfin il a condamné un grand nombre de moines à la torture.
«Nos prédécesseurs ont déployé toute la prudence et la charité chrétienne, en usant de prières et de réprimandes etivers les évèques de Constantinople; mais ces prélats ont fermé leur esprit aux conseils et aux remontrances apostoliques. J'ai donc cru nécessaire de vous assembler, afin que tous réunis en présence de Dieu, qui nous voit et nous juge, nous délibérions sur les coupables et sur leurs sacrilèges erreurs. Que chacun prononce donc librement d'après les inspirations du Saint-Esprit . »
On lut publiquement la lettre du métropolitain de Ravenue, qui s'excusait de n'avoir pu se rendre au synode; ensuite on régla les formes par lesquelles on devait procéder à la condamnation des monothélites.
La seconde session fut tenue le 8 du même mois. Le saint-père ordonna que l'accusation contre les hérétiques serait formulée par les parties intéressées ou par le primicier et le notaire de l'Eglise romaine. Théophylacte prit la parole en ces termes «Je déclare à votre béatitude qu'Etienne, évêque de Dore, premier suffragant de Jérusalem, est au seuil de la basilique où nous sommes assemblés, et qu'il demande à se présenter devant vous. » Le pontife donna l'ordre de l'admettre dans le concile.
Les portes furent ouvertes, et le prélat, introduit par le maître des cérémonies, présenta sa requête au synode. Le notaire Anastase en fit la lecture, la traduisant du grec en latin; elle contenait les explications des premiers troubles en Orient, les articles publiés par Gyrus à Alexandrie, la lettre de saint Sophrone, qui lui ordonnait de se rendre à Rome
pour faire condamner les hérétiques, et terminait en rappelant les plaintes qu'il avait déjà faites à Théodore coalre Sergius de Joppé. Nous citerons les dernières paroles de sa requête : «J'ai exécuté les ordres du saint-père défunt envers les prélats hérétiques, et je n'ai consenti à les admettre à la communion orthodoxe qu'après avoir reçu leur rétractation souscrite de leur main. Toutes ces abjurations ont été remises au pape Iilartin I".
<i Maintenant je vous suppHe, mes frères, de vouloir écouter la demande que mon humilité vous adresse au nom des prélats, des peuples catholiques d'Orient, et du glorieux Sophrone; nous vous adjurons de dissiper par vos lumières les restes de l'hérésie, et de faire succéder la charité évangélique au fanatisme aveugle qui pousse les fidèles dans des guerres interminables. »
Le synode reçut également les plaintes de plusieurs abbés, prêtres ou moines grecs, qui demandaient la condamnation des monothélites ; on lut ensuite les anciennes requêtes adressées au saint-siége contre Gyrus, Sergius et leurs adhérents. Alors le pontife se levant de sa chaire s'exprima ainsi : «C'est assez de plaintes, mes frères, contre les coupables. Le temps nous manquerait si nous vouhons produire devant vous toutes les réclamations qui nous ont été présentées par les catholiques. Nous sommes assez édifiés sur la culpabilité des hérétiques, et nous pouvons remettre à la session suivante pour examiner canoniquement les écrits de chacun des accusés.»
L'assemblée s'étantréunie neuf jours après, on commença la séance par l'examen des ouvrages de Théodore, évêquede Pharan. Martin cita plusieurs passages des Pères qui condamnaient les erreurs de ce prélat. Les sept articles de Gyrus d'Alexandrie furent ensuite examinés, ainsi que la lettre de Sergius de Constantinople, qui les approuvait, en prononçant anathème contre ceux qui ne reconnaissaient pas en Jésus- Christ une seule opération théandrique. On commenta le passage de saint Denis, évêque d'Athènes, cité par Gyrus, et tiré de la lettre de Gaïus; il finissait ainsi: « Enfin le Christ n'a fait ni les actions divines comme Dieu, ni les opérations humaines comme homme, mais il a montré aux nations une nouvelle espèce d'opération d'un être incarné, que l'on peut appeler actes théandriques. »
Ces paroles étaient réellement de saint Denis l'Aréopagite; et le pontife, ne pouvant les expliquer, accusa Gyrus et Sergius d'avoir falsifié ce passage, en mettant dans son septième article les termes de «nouvelle opération» au lieu de ceux «d'opération théandrique, » qui devaient y être placés. Il essaya de démontrer que Sergius avait détruit le sens de ces paroles en supprimant dans sa lettre le mot théandrique pour écrire seulement celui d'opération. Remarques dignes du théologien le plus subtil !
On édifiait ainsi les fidèles par des disputes prolongées et violentes, fondées sur des termes que l'esprit sophistique des Grecs avait introduits dans le langage de l'Eglise. Martin, après avoir soutenu que le mot théandrique renferinait nécessairement l'idée de deux opérations, ajouta : « Si cette expression signifie une seule opération, elle veut dire qu'elle est simple ou composée, naturelle ou personnelle. Si